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 MUSIQUE Sovietique (1917-1980)

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Xavier
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 3 Avr 2007 - 13:42

Rubato a écrit:
J'y pense, ce sera peut-être le bon endroit pour parler de Sofia GUBAIDULINA?

C'est plutôt carrément une contemporaine; un sujet à créer peut-être. Wink
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptySam 7 Avr 2007 - 18:57

De quelques supercheries :
Lieutenant Kijé et les Beethoven rouges


Dès les années 30, les journaux appelaient « Beethoven rouges » les compositeurs sans talent, susceptibles de se substituer à n’importe quel autre compositeur, des sortes de nègres, de remplaçants, prêts à écrire à votre place votre symphonie ou votre opéra. Ils étaient interchangeables, donc sans danger : certains d’entre eux ont connu une grande célébrité, signant les œuvres de compositeurs proscrits ou exilés dans les républiques périphériques. Le véritable auteur était parfois crédité comme collaborateur ou co-auteur, avant que son nom disparaisse des éditions ultérieures de la partition. Il semble que ce fut le cas de Mukhtar Ashrafi, (1912-1975) compositeur Ouzbekh, récipiendaire de deux prix Staline, le 1er pour sa première symphonie « héroïque » artiste du peuple de l’URSS, décoré de l’ordre de Lénine, qui, une première fois confondu, fut chassé de l’association des musiciens, mais parvint à retrouver sa position et sa gloire première, aux dépends sans doute de compositeurs plus originaux, dont ni les noms ni les œuvres n’ont survécu.
Le plagiat, ou plus exactement le vol pur et simple, était devenu un système, ne suscitant que de rares protestations, car s’il n’apportait aucun lustre aux plagiés, il leur permettait de trouver un travail lucratif, à moins encore qu’ils ne fussent plus en état de se plaindre, et que leurs partitions ne soient remises –post-mortem- à quelques compositeurs officiels en mal d’inspiration.
Volkov raconte qu’une dame, professeur au conservatoire de Moscou, recopia pendant des années les symphonies de l’américain William Schuman, qui furent jouées et jugées tout à fait conformes au réalisme soviétique, avant qu’un membre un peu plus cultivé de la comission du répertoire ne découvre accidentellement la supercherie. Encore le fait de la révéler était-elle dangereuse puisque recevoir du courrier des Etats-Unis était en soi à une époque, comme posséder des billets en dollars, passible d’une dizaine d’années de déportation.

Les plus grosses supercheries dans le domaine des arts sont mieux connues en ce qui concerne la littérature. Un poète kazakh, Djamboul Djabaiev, put jouir pendant des décennies d’une célébrité internationale : ses poèmes traduits en russe étaient appris dans les écoles, même Shostakovich déposa quelques notes au long de ses vers. Le Djamboul en question existait bien, c’était un gardien de chèvres qui grattait un instrument traditionnel ; il ne connaissait pas un mot de russe, mais il faisait bonne figure sur les photos, et d’innombrables artistes occidentaux en visite posèrent à ses côtés. Ses poèmes patriotiques et ses odes à Staline plaisaient aux dirigeants, et pour cause, elles étaient parfois l’œuvre de grands poètes qui n’eussent pas voulu les signer. Mais Djabaiev, comme les véritables auteurs avaient grand besoin des honoraires qui s’y rattachaient. Il se dit que le roman de Cholokov, Le don paisible, qui lui valut le prix Nobel et suscita plusieurs opéras, dont celui de Dzerjinsky, n’était lui-même que le recopiage de diverses sources… Shostakovich, pour avoir la paix (et faire trembler rétrospectivement Dzerjinsky ?), prétendit pendant des mois qu’il préparait un opéra sur Le don paisible : c’était une technique pour écrire en paix des quatuors. Nombre de compositeurs prétendirent ainsi élaborer des Lénine-Symphonies, ce qui remplissait quelques colonnes de journaux tout en leur permettant de travailler à des partitions qu’on ne songeait pas à taxer de formalisme puisque l’auteur reconnaissait avoir des projets plus conformes à la doctrine officielle.

Tous ces compositeurs qui n’ont jamais existé ou bien sont des carcasses vides rapellent la nouvelle Lieutenant Kijé de Iouri Tynianov : dans ce récit historique situé sous Paul 1er, une coquille dans un document de la bureaucratie amène à la création d’un héros militaire inventé qui finira enterré en grande pompe dans un cercueil forcément vide. Ce n’est qu’à la lumière du récit d’origine (et Tynianov lui-même fut considéré par le pouvoir comme le chef de fil en littérature des « formalistes ») et des pratiques de l’époque qu’on peut pleinement apprécier l’intention ironique de la musique de Prokofiev (1933) pour le film du même nom : les contrebasses moqueuses de la Romance, le faux mariage (et la vraie vodka), le conte de fées de la promenade en traîneau, la parodie d’enterrement avec ses cuivres dissonnants et ses cordes volubiles. Prokofiev n’a jamais été aussi proche du Shostakovich des années 30. La suite (où le saxo remplace les voix) a été créée à Paris en 1937. Prokofiev étant rentré en Russie en 1932, choisir dès l’année suivante d’illustrer une œuvre aussi cynique vis-à-vis des autorités, n’était pas le meilleur moyen de se concilier les bonnes grâces du régime. Mais Prokofiev a souvent été à contre-courant, en voulant plaire il s’est mis dans les pires guêpiers comme avec son opéra Semyon Kothko. Il a finalement aussi reçu pour sa 7ème symphonie un Prix Staline, quelques mois seulement avant leur mort commune…
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptySam 14 Avr 2007 - 13:46

c'est une question complexe, à laquelle ce fil tente par moment de répondre: force est de constater que parmi tous les grands compositeurs de cette période seuls Shosta et Prokofiev sont parvenus à une célébrité internationale durable, avec juste derrière Katchaturian et Kabalevsky.
Je pense que pour les deux premiers cela est dû au fait qu'ils se sont fait un nom à l'étranger, à la suite de plusieurs coups d'éclat, qu'ils ont été utilisés par le pouvoir comme les ambassadeurs de la culture soviétique, et peut-être qu'ils ont réussi à maintenir un rapport de force personnel avec Staline.
Popov n'avait sans doute ni leur ambition ni la force de caractère nécessaire pour résister à la pression et de 1941 à la mort de Staline, il a préféré se tenir dans l'ombre: le pouvoir l'a discrédité en soulignant l'image d'alccolique dégénéré qui colle à ses dernières oeuvres: il y a des légendes qui ont du mal à se dissiper, on dit aussi volontiers que Schulhoff est devenu un compositeur rétrograde après sa troisième symphonie, donc pas de demande, pas d'enregistrements, pas de concerts.
Il semble qu'il y ait en russie un intérêt au moins pour quelques musiques de films célèbres, mais il ne sont pas disponibles dans le commerce ni en cassette ni en DVD. Par ailleurs après avoir déboulonné les statues de Lénine, je ne pense pas que grand-monde se risque de sitôt à monter quelques grandes oeuvres comme sa Lénine Symphonie, ni celle de Shebalin (ou dans le cas de Schulhoff la mise en musique du manifeste du PC de Marx). Pire, nombre de grandes oeuvres de la génération suivantes sont indisponibles également ou le deviennent au hasard et au compte-goutte (Tischenko ou Boris Tchaïkovsky d'une stature pourtant égale à celle de Shosta et Prokofiev).
Même parmi ceux qui n'ont eu que des difficultés limitées avec le pouvoir, on ne peut pas dire qu'il soit très facile d'accéder à leurs oeuvres.
Je m'étonne chaque jour de l'impossibilité de se procurer des enregistrements des partitions de la deuxième carrière de Mosolov, et en cherchant bien deux ou trois des 22 symphonies de Vainberg.
La seule échappatoire me paraît un accroissement de la demande pour qu'au moins le peu qui a été enregistré ne disparaisse pas dès que le tirage est épuisé.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyJeu 19 Avr 2007 - 16:05

Pour les oeuvres de l'avant-garde russe avant 1930, on se reportera à
https://classik.forumactif.com/Musique-classique-c1/General-f1/Nikolai-Roslavets-et-les-futuristes-russes-t10-20.htm
ainsi qu'aux topics scriabine
https://classik.forumactif.com/Musique-classique-c1/General-f1/Alexandre-Scriabine-1872-1915-t905.htm?highlight=scriabine

Je ne considère ici que la position de ceux qui ont survécu aux années 30 et ce qu'il est advenu de leur musique dans la période soviétique.

Les survivants du futurisme

L’exil intérieur de Roslavets

Le pouvoir soviétique a eu du mal à se débarrasser de Nikolaï Andereïevich Roslavets (1881-1944).
Favorable à la révolution de 1917, élève de Vassilenko et Ippolitov-Ivanov, il est l’un des trois compositeurs phares de l’avant-garde des années 20 aux côtés d’Arthur Lourié et de Mossolov ; Roslavets a eu le tort, avant Schönberg d’inventer un système, dans la descendance de Scriabine, échappant à la tonalité, construit sur une succession d’accords synthétiques (qui comprennent à la fois les notes de la mélodie et ses harmonies).
Le sommet de sa carrière est sans doute ce concert de 1927 où sa cantate Octobre fut jouée avec la suite de Steel de Mosolov, en première partie de la création de la 2ème symphonie de Shotakovich, « Dédicace à Octobre ». De 1917 à 1924, Roslavets resta prudemment directeur du conservatoire ukrénien après quoi il se rapprocha de la capitale pour éditer une revue moderniste : il se décrivait alors comme un « prolétarien intellectuellement créatif, et d’extrême-gauche », ce qui poussa la RAPM à le condamner comme artiste petit-bourgeois, ennemi du peuple. Il fut exilé à Tachkent en Ouzbekhistan, jusqu’en 1933 : il y composa le 1er ballet authentiquement ouzbèkhe, Le Coton.
Revenu à Moscou, il réussit à réintégrer l’union des compositeurs en 1940, année où il fut frappé d’un infarctus qui, dit-on, lui laissa peu le loisir d’écrire. Tout ce qu’on connaît de cette dernière période, les 24 préludes pour piano et violon, porte à penser qu’il se serait rapporché d’une esthétique plus tonale et conforme à ce qu’on exigeait d’un compositeur soviétique.
Comment savoir ? on ne possède aucun enregistrement de sa symphonie de 1922, ni du premier concerto pour violon de 1925. Le lendemain de sa mort des membres de l’association des musiciens prolétariens firent une descente et confisquèrent tout ce que sa veuve n’avait pu sauver. La plupart des pièces que l’on joue aujourd’hui sont des reconstructions plus ou moins heureuses.
Roslavets a été porté par la vague ces dernières années, mais on a pas été chercher plus loin que quelques pièces de musique de chambre.


Arthur Lourié
Le fantôme de Princeton


Le destin d’Arthur Lourié semble avoir été de ne rester toute sa vie qu’une doublure.
Né en 1892 à Saint-Pétersbourg, il est mort en 1966 à Princeton, New Jersey. Ami de tous le grands poètes révolutionnaires, il a été, comme Shostakovich, élève de Glazunov ; on le cite, dans sa jeunesse comme un second Roslavets. Pourtant c’est lui le seul musicien à co-signer en 1914 « Nous et l’Ouest », le Pacte Futuriste rédigé par le poète Livchitz et le peintre Yakulov. Vers 1915, il a lui aussi la prescience d’un système dodécaphonique et invente un système de notation composé de blocs séparés par des blancs, qui tiennent lieu de barre de mesure. Ses Formes en l’air dédiées à Picasso sont une des rares apparition du « cubisme » en musique.
Après avoir été commissaire du Peuple en 1921 il profite d’une visite à Busoni pour émigrer.
En France tout d’abord, où il devient la doublure et l’inspirateur de Stravinsky, sa Petite Musique de Chambre (1924) précède de 3 ans l’Apollon Musagète, son Concerto Spirituale précède d’un an la Symphonie de Psaumes (Lourié faisait partie de la maison Stravinsky, il écrivait des articles élogieux sur le maître et réduisait ses partitions pour le piano).
Plus tard, suivant Koussevitzky, il deviendra la doublure de lui-même, passant dix ans sur son second opéra, Pierre le Grand et le Maure, toujours pas exécuté à ce jour (il en existe une petite suite d’orchestre, non enregistrée). Stravinsky continuera à lui emprunter des bribes de son système de notation et quelques textes.
On croit, car de petites pièces pour piano ont échappé au silence, et de plus rares miniatures pour violon et bois, qu’il n’a écrit que de la musique de chambre, alors qu’il a produit au moins deux symphonies, et un premier opéra « Une fête en temps de Peste » (sujet identique à l’opéra de César Cui).
Alors, était-il plus sage de partir? Pour vivre aux Etats-Unis de quelques partitions de musique de film et d’un poste de professeur d’université ?

Le cas de Leonid Polovinkin (1894-1949) pourtant plus sage et néo-classique, dont les dernières compositions ont été jouées en 1934 et qui n’a laissé que de la musique de piano parcimonieusement éditée, et plus encore de Vladimir Deshevov (1889-1955) dont la dernière apparition connue est l’opéra Le bois et l’acier en 1929, précédée du ballet L’homme de Fer (1924), ne semblent pas prouver qu’il était plus sage de rester. Même en se pliant aux consignes, Alexei Zhivotov on lit parfois Chivotov(1904-1964), autre pétersbourgeois, héros du siège de Léningrad, en dépit d’un catalogue important de musique de film et de chansons et chœurs patriotiques, reste l’auteur d’un unique (et formidable) « Fragments » pour nonette op 2 qu’il coucha sur le papier en 1929, alors qu’il n’avait pas encore obtenu son diplôme.


Dernière édition par le Jeu 19 Avr 2007 - 16:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyVen 20 Avr 2007 - 11:52

c'est moi qui ai fait dériver le sujet avec quelques considérations sur Strauss, encore qu'il y aurait certainement des choses à comparer du point de vue de l'influence des théories politiques sur l'oeuvre de Strauss et la nature de ses rapports avec le pouvoir qui peuvent évoquer la condition de certains soviétiques, ou même des gauchistes émigrés aux états-unis, et petit-à-petit réduits au silence ou à la servilité (Weill, Toch, Eisler).
Donc, pour en revenir aux survivants de l'avant-garde russe:

Lev Knipper
Musique et police


Né à Tbilissi en 1898, neveu de la femme de Tchekov, Knipper commença par combattre la révolution dans les rangs de l’armée blanche. Après un exil de deux ans à l’étranger, il rentra en 1922 et fut immédiatement recruté par le GPU, avec pour mission probable de fournir des rapports secrets sur ses petits camarades. Il travailla au théâtre avec Nemirovitch-Danchenko et Stanislavski, (lequel vivait en aristocrate décadent dans un monde totalement déconnecté du réel. Shostakovich raconte qu’il fallut lui certifier plusieurs fois que les appartements communautaires étaient une réalité, et non un argument de comédie, avant qu’il feigne d’accepter de le croire).
En 1934, Knipper, qui s’était dans sa jeunesse signalé par un modernisme radical, écrivit une 4ème symphonie avec chœur, qui contenait le tube mondial Poliushko Poile, Plaine ma plaine, devenu la marque de fabrique d’une époque et celle des tournées de l’armée rouge (Alexandrov fournissait l’essentiel de leur répertoire).
Il échappa curieusement à toutes les poursuites officielles, en 1936, comme en 1948, mais sa virulence verbale envers les proscrits –« Nous ne sommes pas là, pour planter les derniers clous dans le cercueil de Shostakovich » prononça-t-il du haut de la tribune en 1936- le plaça sans doute à l’écart du milieu des compositeurs, ce qui le poussa à s’intéresser à des travaux d’ethno-musicologie sur le Turkmenistan, le Kyrgiztan et le Tadjikistan. Il y avait un adage qui disait que la répression s’atténuait en fonction des kilomètres qui vous séparaient de Moscou et Léningrad.
On connaît surtout aujourd’hui un concerto pour basson et cordes censé reprendre ses essais des années 20, mais dont il ne livra la partition qu’en 1970, et qui, légèrement dissonant, est un peu ennuyeux.

Grâce à Rostropovich qui en est le dédicataire, on possède de Knipper un enregistrement du concerto-monologue pour violoncelle, 7 cuivres et deux timbales de 1962, une œuvre profonde, à l’orchestration d’une grande originalité. Sa façon de faire sonner l’orchestre d’harmonie, de l’utiliser comme un chœur, souvent dans des dynamiques en sourdine plus qu’en fanfare, rappelle les extravagances jazz des années 30 tout en se référant aux pièces concertantes que Rimsky, encore militaire, écrivait dans sa jeunesse.
Etonnamment, Knipper s’y montre plus moderne et d’avant-garde que dans le concerto pour basson censé évoquer les années 20. Aigreur des dissonnances, trompette insolente, ces 16 minutes de lyrisme flirtant avec les frontières de la tonalité rapprochent cette œuvre de certains concertos pour orchestre de Schedrin.

Maintenant que la quatrième symphonie a disparu des catalogues, c’est peu pour évaluer la personnalité d’un compositeur qu’on ne regarde plus qu’à travers le miroir déformant des chants de masse et des marches.
Dans les luttes d’influence politiques, Knipper s’est placé du côté du manche : il semblerait qu’il y eût chez lui un réel talent : ses compromissions n’ont pas suffit à permettre la survie de ce qui paraît le plus intéressant dans sa production.

Pourtant lorsqu’il mourut en 1974, il avait composé 5 opéras, dont Le Petit Prince, de nombreux ballets, et 21 symphonies !
On est bien en peine de donner un avis sur sa production au vu de ces deux exemples, on n’a jamais fait la preuve non plus qu’il dénonça qui que ce soit.


Dernière édition par le Mer 27 Juin 2007 - 17:30, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyVen 20 Avr 2007 - 11:56

Alexander Vasilievich Mosolov

Mosolov était sans doute le plus doué et le plus original des musiciens moscovites de sa génération. Il était né en 1900 d’un père avocat qui mourut en 1903 : sa mère, cantatrice célèbre du Bolchoï, épousa en secondes noces un peintre. Des artistes se réunissaient souvent chez eux, Glière faisait partie des familiers.
Commissaire du Peuple pour le Contrôle étatique à l’âge de dix-sept ans, il eut pendant la révolutions quelques contacts personnels avec Lénine, avant de s’engager dans la cavalerie de l’Armée rouge, pour combattre sur les fronts polonais et ukrainiens. Il y fut assez gravement blessé et décoré. De retour à Moscou, il travailla comme ses pairs en tant que pianiste dans les salles de cinéma avant d’entrer au conservatoire où il eut à la fois Glière et Miaskovsky comme professeurs. Avant d’obtenir son diplôme en 1925 ( avec le poème symphonique
«Crépuscule» op 9) il était déjà l’auteur de 2 sonates, et d’une quantité de mélodies et de pièces pour violoncelle et piano .Avec sa femme, pianiste, et sa mère, il participait au sein de l’AMC (association de la musique de chambre, organisation progressiste destinée à promouvoir la musique contemporaine) à la création de nombreuses pièces, travail qu’il relayait à la radio où il occupait un poste de programmateur.
Sa musique soulève déjà les controverses, il est attaqué par le principal théoricien de l’économie soviétique, alors rédacteur de la Pravda, Nikolai Boukharine : « Qu’est-ce que cela veut dire, la solitude en 1924, dans le pays où a triomphé la révolution ?.. Boukharine trouvera la réponse, quatorze ans plus tard, il sera l’un des premiers à être exécuté sur ordre de Staline.

Qui a fait quoi le premier est une question de peu d’importance : si l’on veut une réponse on dira que c’est Stravinsky avec le Sacre, dix ans avant tout le monde, puis Bartok et Le mandarin merveilleux, dont la principale révision date de 1923. Mais pendant l’année 1924 naît le véritable et éphémère courant machiniste ou urbaniste, 2ème vague de la musique du bruit :
-en 1923, Georges Antheil (un américain à Paris) commence le « Ballet Méchanique » pour 16 pianos mécaniques, 8 pianos, 16 percussionistes, hélices, moteurs d’avions et quelques instruments électriques. Le premier concert fin 1923 déclenche un terrible scandale, Fernand Léger en fait la trame d’un film cubiste en 1924
-année où Honegger compose Pacific 231 et Prokofiev, à Paris, sa deuxième symphonie qu’il surnomera « de fer et d’acier », dont le premier mouvement reprend les mêmes ostinatos à base de percussion de piano mélés à des dissonances parfois presque forcées (procédés que Prokofiev avait utilisé de façon plus discrète et tonale dans son premier concerto pour piano de 1911).
-le 6 juin 1925 la première de la 2ème symphonie de Prokofiev à Paris sous la baguette de Koussevitzky déclenche un nouveau scandale. A l’issue du concert, Prokofiev déclare : « Ni le public ni moi, n’avons rien compris à cette musique », ce qui semblerait confirmer qu’il s’agit de sa part d’une pose un peu outrancière. Prokofiev songera toute sa vie à « réviser » l’œuvre, lui assignant même le numéro d’opus 136. Il n’aura heureusement pas le temps d’en réduire la virulence. Il est à noter que la symphonie, en deux mouvements, se termine par un thème et variations (non exempt ni de « barbarismes » stravinskien, ni de cantilenes lyriques typiques de leur auteur) sur une mélodie d’origine chinoise, cette influence asiatique caractérisant aussi de nombreuses œuvres des années 20. Cette même année, Pierre Monteux joue à Moscou Pacific 231, dont le retentissement est encore perceptible dans la production soviétique contemporaine.
-en 1926 Mosolov reçoit une commande du Bolchoï pour un ballet intitulé L’Acier. Il semble qu’il soit resté inachevé mais l’auteur en tire une suite de quatre tableaux dont le premier est créé par Malko et la philharmonie de Leningrad en décembre 1927 (toujours ce fameux concert « dédicace à octobre » (on aimerait réentendre ça si quelque musicologue exhumait la partition de la cantate de Roslavets sus-mentionnée) : c’est Zavod (la Fonderie d’acier) op 19, qui fait le tour du monde en quelques mois, offrant à Mosolov une célébrité internationale qui permet le déchaînement de la Rapmiste (le néologisme est de Mosolov). D’autant plus qu’un deuxième succès international surgit avec le premier concerto pour piano op 14 qui date également de 1927 et dont la toccata finale reprend les même procédés d’écriture, ceux que Deshevov explore aussi dans Rails op16.

Une chose est certaine, le concerto op 14 avait tout pour déplaire, son introduction andante lugubre, ses éruptions de cuivres, ses enchaînements ironiques de séquences scriabiniennes, ses aspérités, ses polyrythmies si proches de Popov, ses emprunts au jazz, ses motifs répétitifs, ses moments de sévère atonalité, ses accès de dépression, la brutalité d’une joie caricaturale. Le deuxième mouvement, sent la musique de chambre, on croit avoir successivement une sonate pour alto, un trio avec basson et percussion, interrompus par des lambeaux de scherzo comme des fins avortées de fox-trott (en french-cancan ?) fantômatique : on y trouve aussi cette trompette militaro-foraine qui hantera Shostakovich six ans plus tard dans son propre concerto, des plages de balancement ravéliens, un fifre, son tambour, une cadence hallucinée. La toccata finale suggère à son début très fortement celle que Prokofiev écrivit en 1911. La musique s’empile par couches successives, comme dans Zavod, c’est une mécanique imparable et inquiétante. De l’exaltation de l’indistrialisation, Mosolov est passé à la description d’une immense machine à broyer : on n’en sort pas indemne. D’ailleurs lors d’une tournée en Allemagne tout le matériel du concerto fut mystérieusement égaré ; on le retrouva dans une valise à Vienne en 1975.

L’ironie grinçante, l’influence du comique de l’absurde sous des dehors si sérieux, c’est cela qui doit déplaire aux censeurs : on sent nettement la nocivité des sous-entendus, mais on ne sait pas par quel bout prendre cette musique, ni comment l’attaquer.
On doit à Edison Denisov d’avoir exhumé deux cycles de mélodies de 1926, qu’il orchestra en 1981 : Les 3 scènes d’enfant op 18 deviennent une sorte d’opéra miniature à un seul personnage, où la musique mime remarquablement l’action. Cette œuvre pour laquelle Mosolv écrivit les textes est d’une troublante perversité :1ère scène « Maman, donne moi une aiguille, je vais coudre un pantalon pour le chat qu’il ne reste plus assis dans son coin », bruit de chute, miaulement plaintif, une voix s’exclame « Ah, le méchant ! ». Scène 2 : ronronnement de la toupie, arrêt soudain « La toupie est cassée, je l’ai eue ce matin », l’enfant se plaint en entonnant une romance en vogue de l’époque « Que ferons-nous quand l’été viendra ? Tu n’as ni sabre ni pelle… et moi pas de toupie ». Scène 3 : l’enfant a fini le pantalon, mais… il appelle sa grand-mère « Ah babushka, j’étais en train de jouer, j’ai oublié tout le reste ! je me suis battu avec le chat, étouffé les mouches ! »
Les «Annonces de journaux» op 21 tirées des Isveztia sont aussi dans l’air du temps, après les Altenberg lieder et comme l’opéra d’Hindemith, Nouvelles du jour. S’y succèdent une annonce pour vendre au meilleur prix des sangsues, un setter perdu (récompense et menaces comprises), l’avis qu’un citoyen bègue a fait changer son de Zaïka en Nosenko (i.e. bien pourvu), la publicité sur fond de marche funèbre d’un exterminateur de souris et de rats, rendant des « visites personnelles ».

Le quatuor op 24 est une œuvre stupéfiante : d’une structure parfaitement classique, il crée des espaces sonores inédits. Dès l’introduction les quatre instruments entonnent des boucles en gammes défectives, très chromatiques, les écarts de registres sont considérables, les violons explorent le suraigu. On y trouve à la fois les ostinatos familiers de sa musique d’orchestre, des batteries de bois d’archets sur les caisses de résonnances, des harmonies de quartes vides et criardes, comme des atmosphères de rêves intenses, des rêves toujours brisés, dont la paix première tourne assez vite au cauchemar placide, les rythmes sont irréguliers et impairs, incantatoires. C’est une des premières pièces de Mossolov qui intègre des mélodies traditionnelles, comme la chanson turkhmène du deuxième mouvement, vite interrompue par un intermezzo en forme de danse folklorique grinçante : frottées, pincées, glissées, frappées, les cordes ont des vrombissement d’insectes, la pulsation rythmique ne s’interrompt jamais, s’élargissant par moment en danse languide. Le scherzo hésite entre la danse paysanne et le mécanisme d’horlogerie légèrement déréglé. Le finale évoque peut-être en son début les quatuors de Ravel et Debussy, inventant une chanson populaire qui finit en ronde atonale : c’est un ensemble de mosaïques organisées dans une super-structure très finement maîtrisée, presque cyclique. Cette œuvre résume et anticipe la musique de chambre du 20ème siècle : s’il n’avait pas dormi dans un tiroir on dirait volontiers qu’il est à la source du grand essor contemporain des années soixante, d’Ulstvolskaya à Schnittke, et que parmi les grands quatuors de Shostakovich, seul le onzième s’approche de son radicalisme. Ce quatuor, qu’on n’entendit jamais en public à Moscou, eut un grand succès critique en Allemagne, où certains critiques le décrivirent comme une œuvre typiquement russe, il n’est pas exclu qu’il ait eu une influence en retour sur Hindemith, Krenek ou Schönberg.

On s’étonne à peine que l’opéra Le Héros n’ait pas connu de performances publiques : il fut créé, mais en 1989, on n’a pas de nouvelles depuis !
Encore mieux, toutes les partitions de l’année 1928 sont perdues, la première symphonie « Cubaine », la sonate pour alto et piano, la suite de danses en trio. Il ne reste de cette époque que Turkhmenian nights, trois mouvements pour piano, en 1929, année où Mosolov, condamné par la RAPM pour « urbanisme » est déclaré ennemi du peuple et où toute exécution publique de ses œuvres est interdite. Mosolov s’attaque alors à la composition d’un opéra en cinq actes « Le barrage » qui paraît l’occuper presque deux ans. De nombreuses mélodies des années 30-31 sont également réputées perdues, et l’on ne sait rien du 2ème concerto pour piano de 1932.

En mars 1932, Mosolov écrivit une lettre personnelle à Staline (cette lettre demeura secrète jusqu’en 1989) qui disait :

Au Camarade Staline,

Moi, le compositeur A.V. Mosolov, me vois contraint de m’adresser à vous, vous priant d’éclaircir ma situation chez nous, en Union soviétique, de l’évaluer comme il convient, et de m’assister dans mon malheur…
Au cours des trois dernières années, je n’ai absolument rien publié ; depuis 1928 on a peu à peu cessé de jouer mes œuvres, et en 1930 et 1931, aucune de mes compositions n’a été exécutée, qu’il s’agisse des chants de masse ou des grandes œuvres symphoniques et scéniques. L’une après l’autre, les autorités musicales de Moscou, effrayées par mon nom « odieux », ont rompu toutes relations avec moi sous le prétexte que je n’avais pas de travaux à présenter ou que ma musique était « délétère »…
Ainsi, privé de mes droits de musicien, je n’ai pas la possibilité de participer à la construction de l’U.R.S.S., je ne sais que faire. Je ne suis nullement antisoviétique, je voudrais apporter une contribution active à notre vie, je voudrais travailler et composer, mais on ne me donne rien à faire et mon nom est devenu, après avoir été cité maintes fois –et nullement de manière flatteuse- dans la revue Le Musicien Prolétarien, le symbole de l’ennemi de classe antisoviétique…
J’endure ces persécutions depuis 1926. Je ne puis à présent attendre plus longtemps. Je dois créer et être joué ! Je dois confronter mes œuvres au jugement des masses, même si cela doit aboutir à un échec, je saurai alors reconnaître le chemin à suivre…

JE VOUS PRIE :
1- ou bien d’intervenir auprès de la RAPM et des Rapmistes afin qu’ils cessent leurs tracasseries à mon endroit, qui durent depuis un an déjà, et de me donner la possibilité de travailler en U.R.S.S.
2- ou bien de me permettre de me rendre à l’étranger où, par ma musique, je serai plus utile à l’U.R.S.S. qu’ici, chez nous, où l’on me persécute et l’on ne me donne aucune possibilité de révéler mes talents et de faire mes preuves.


En général, envoyer pareille missive aurait du suffire à faire déporter n’importe qui sur le champs, mais quand on s’adressait directement à lui, Staline aimait semble-t-il jouer au chat et à la souris avec l’impudent. Il est possible d’ailleurs que l’argument de la notoriété de Mosolov à l’extérieur ait porté : il était encore pour l’occident un symbole de la russie soviétique. En 1936, à Paris, Pathé enregistra le 78t « La fonderie d’acier »
Cette plainte supplémentaire poussa-t-elle Staline à dissoudre les organisations prolétariennes devenues trop puissantes ?
On peut penser, au vu de sa production, qu’il fut suggéré à Mosolov, dès 1933, de se tourner vers l’étude du folklore des républiques lointaines et de lui faire écrire un chant de louanges turkhmène à Staline. Ou bien Mosolov essaya-t-il de lui-même de se plier aux nouvelles règles du réalisme soviétique ? Les deux symphonies de 1934 et 1937 (n°3 Song symphony) voisines avec une suite Turkhmène, une suite Ouzbèque, la rhapsodie Khirgize pour chœur et orchestre. S’il ne fait pas l’objet encore d’une condamnation officielle il est chassé en 1936 de l’Union des compositeur, au motif « d’ivresse publique ». Si ce motif avait suffit à faire exclure les compositeurs de l’union, il n’en serait resté qu’une poignée. En 1937, il fut arrêté pour « propagande anti-soviétique » et condamné pour des motifs obscurs à huit ans de travaux forcés sur le chantier du canal de la Mer Blanche (celui-là même que beaucoup d’intellectuels français louèrent comme une des plus belles réalisations de l’union soviétique) : c’était une demi-condamnation à mort puisque moins de 50 pour cent des travailleurs en revinrent. Mais le 25 août 1938, sur intervention de ses professeurs, Glière et Miaskovsky, qui risquaient eux-même leur carrière, la peine fut commuée en un bannissement de cinq ans de Kiev, Moscou et Léningrad. Mosolov retourna à ses études folkloriques : il recommença à composer. La guerre lui permit de revenir à Moscou où il acheva deux opéras, Un Signal (perdu) et Masquerade (1940-44), un oratorio sur Kalinin, un second quatuor, et un concerto pour Harpe.


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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptySam 21 Avr 2007 - 10:09

A part Zavod, je n'ai rien entendu de Mossolov.

D'après ton post, sa musique serait assez âpre, remplie de passage tantôt brutaux, atonaux, tantôt plus douce, mais pas de passages lyriques comme on en trouve chez Chosta ou Proko ?

J'ai vu que son catalogue comporte 34 opus, mais que beaucoup d'oeuvres, comme ses symphonies, ses suites, ses opéras, sont sans numéro.

Tu as entendu les symphonies qui ont été conservées ?
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptySam 21 Avr 2007 - 10:14

hélas non, je n'ai pas pu accéder à grand chose de sa musique ultérieure, et pourtant il semble que les partitions existent: j'y reviendrai, je n'ai que deux exemples de musique concertante de sa deuxième carrière. Ce qu'on ne perçoit pas (ou peu) dans sa musique de jeunesse, c'est que Mosolov était aussi un grand mélodiste, romantique et lyrique certainement. C'est aussi désolant que Popov, on ne trouve rien, ce qui était disponible hier, a disparu aujourd'hui. Je suis convaincu que c'est un compositeur majeur, on voit qu'il n'a jamais cessé de produire, même quand il n'y avait aucun espoir que ses oeuvres soient jouées.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyVen 27 Avr 2007 - 19:46

MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 Nikola10
La classe de Nikolaïev au conservatoire de Leningrad en 1924: on reconnait, debouts au dernier rang Shostakovich et Maria Yudina, Sofronitsky -assis à gauche au deuxième rang, à l'opposé le professeur-

Quelqu'un reconnait-il les autres? si ça se trouve Popov est là aussi
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMer 9 Mai 2007 - 22:58

J'ai écouté les quatuors, celui de Mossolov est mon préféré entre Bartok et Chostakovitch mais en moins sarcastique. Ceux de Roslavets sont agréables à écouter aussi mais sont moins personnel, le premier me fait penser à Debussy parfois et j'ai d'ailleur peine à y trouver un son "russe". Mais il faut que je réécoute, heureusement les vacances approchent! Wink
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMer 9 Mai 2007 - 23:03

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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMer 9 Mai 2007 - 23:13

oui, je n'ai parlé de Roslavets ici que dans sa période soviétique, donc pas grand chose puisque rien de son oeuvre au-delà de 1917 ne semble disponible: j'ai rajouté un paragraphe plus haut à propos du quatuor de Mosolov que je trouve stupéfiant et peut-être la première oeuvre de Mosolov à cultiver ce rapport aux racines de la musique russe et au folklorisme. Les seules éloges concernant ses oeuvres tardives en font d'ailleurs un maître de la musique (chorale) folklorique preuve sans doute qu'il ne fut qu'à demi-forcé de s'y intéresser pour survivre.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptySam 12 Mai 2007 - 17:09

Russe ou pas, Roslavets fait de l'excellente musique, on sera tous d'accord là-dessus. (Alors c'est lui, LE compositeur du forum ?)
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyDim 13 Mai 2007 - 10:49

sofro a écrit:


J'ajoute Moisei Vainberg (1919-1996), très lié à Chostakovitch dont il a un style assez proche, arrêté par le régime en 1953, auteur de 22 symphonies et nombreuses pièces de musique de chambre (17 quatuors, sonates pour instruments divers, quintette pour piano et cordes...)
C'est un compositeur à redécouvrir, d'après ce que l'on en dit, et le peu que je connais (quintette pour piano et cordes op 18: un chef d'oeuvre, j'en ai parlé dans le sujet sur les quintettes).
Malheureusement, très peu de ses oeuvres sont disponibles sur le marché de la musique enregistrée.

En voilà 2 se symphonies, comme cela, il n'en restera plus que 20 à retrouver Smile

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Le disque est en vente ici : http://www.ozon.ru/context/detail/id/2479487/
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyDim 13 Mai 2007 - 14:17

voilà un disque sans doute très intéressant, non seulement pour Kondrashin, mais aussi parce qu'il comporte deux symphonies rares, dont une "polonaise", Vainberg ayant apparemment émigré en 39 (on en apprend grâce à Kia) avec sa 5ème symphonie sous le bras (dédiée à DS). Le mandataire de Liana le mette dans sa liste!
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyDim 27 Mai 2007 - 17:00

Les professeurs: nos chènes vénérables

Ippolitov
Ippolitov-Ivanov est né dans un faubourg de Peterbourg en 1859, son père était mécanicien au Palais ; il fut, avant sa mue, membre du chœur de St-Isaac, puis élève du conservatoire, et enfin l’un des rares à bénéficier directement de l’enseignement de Rimsky.
Ses œuvres de jeunesse, sa première symphonie surtout, ne se démarquent guère de l’influence du maître : tout son inventivité semble se résumer à l’œuvre qui assure sa place dans l’histoire de la musique russe, les premières esquisses caucasiennes, qu’Abravanel et Stokowsky répétèrent à l’envi.
Avant la révolution Ippolitov, qui finit par accoler le nom de sa mère à son patronyme pour se différencier du critique du même nom, écrivit beaucoup de musique religieuse, mais tout cela a disparu avec les temps modernes, ne nous laissant le juger que par rapport à son intérêt pour le folklore des marges de l’empire (les musiques turques notamment) ou des pièces plus conventionelles et abstraites comme les Fragments d’Ossian ou un Episode de la vie de Schubert pour baryton et orchestre qui dresse dans un langage romantique un monument de plus à la syphillis et à la folie.
Ippolitov participa aussi largement à l’effort commun de révision des grands compositeurs russes « empêchés », on lui doit de nombreuses scènes de Boris Godounov « oubliées » par Rimsky et Glazounov, et surtout l’orchestration et la fin du Mariage de Moussorgsky, rare opéra comique avant le Nez.
Un bon point, il défendit son élève, Mosolov, dont il ne devait pas apprécier la musique.
Ippolitov a eu la chance de mourir à Moscou en 1935, sans connaître la première purge de la musique. Son décès l’aurait-elle précipitée ?


Reinhold Glière

On sous-estime l’influence de Glière, autant que celle de Hasse, de Hummel, ou de JCF Bach. Ceux qui le considérent comme un compositeur de second ordre, sans doute parce qu’ils retrouvent dans sa musique l’influence de Rimsky dont Arensky et Ippolitov-Ivanov lui transmirent l’enseignement, ne peuvent nier ses talents de professeurs : il suffit de dresser une liste succinte de ses élèves ; Miaskovsky, Prokofiev surtout dont il fut, à la demande de Taneyev, le précepteur et le mentor, dès l’âge de onze ans, Davidenko, Alexandrov, Mosolov, Katchaturian, Lyatochinsky, Rukov, pour ne mentionner que ceux passés à la postérité.
Glière a réussi l’exploit de se concilier à la fois les tenants de la tradition sous Nicolas II, et les révolutionnaires de l’ère soviétique, pour qui il avait pris parti dès 1905. L’essentiel de son œuvre de musique de chambre et de musique pure date d’avant 1917. Son chef d’œuvre, la troisième symphonie, Illya Mourametz (dédiée à Glazunov), est sans doute la première symphonie russe à se développer sur une durée de près d’une heure trente et à intégrer la leçon de Mahler en même temps que l’héritage wagnérien. Dès 1909, avec le poème symphonique Les Sirènes, il se situe aussi dans la droite ligne de Debussy et Sibélius.
A part un fragment symphonique de 1924 et quelques ouvertures de circonstance toute la carrière musicale post-révolutionnaire de Glière se déroule –prudence ou impossibilité de se hisser au niveau de la 3ème symphonie ?- dans le domaine du théâtre et du cinéma, ainsi que dans la production de divers concertos qui sont tous des premières nationales (harpe, violoncelle, cor, soprano). Comme Ippolitov-Ivanov, sa deuxième carrière est également très influencée par le folklore : il fut notamment appelé par l’Azerbaïdjan afin de créer le premier opéra national (Shakh-Sanem 1925) et écrivit deux autres opéras ouzbèques en collaboration avec des compositeurs locaux .
Alors que son élève Prokofiev révolutionnait les ballets russes de Diaghilev à Paris (Chout, le Fils Prodigue), Glière reste surtout pour la postérité le fondateur du ballet soviétique et le premier à traiter par la danse un thème révolutionnaire.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyDim 27 Mai 2007 - 21:20

Un compositeur qui mérite aussi une attention bien particulière, c'est Arno Babadjanian, un compositeur peu connu d'origine Arménienne, très influencé par la musique de Chostakovith ou encore Prokofiev, qui a écrit des vrais petits chefs d'oeuvres comme son trio pour piano ou encore ses pièces pour piano seul comme "six tableaux". Bref un grand musicien et un excellent pianiste que je vous conseil de découvrir.


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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyDim 27 Mai 2007 - 21:27

oui tout à fait d'accord, et je conseille notemment ses enregistrements avec l'orchestre de variété de l'Urss, en particulier le célèbre nocturne: Babadjanian fait une musique qui ressemble à Katchaturian et aux pièces de danse d'Amirov: de belles chansons aussi même si ça ne se hisse peut-être pas au niveau des maîtres précédemment invoqués;
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyLun 28 Mai 2007 - 2:22

sud273 a écrit:

Oh Liana, étoile de mes aspirations soviétiques, si quelquechose d'autre que Rails ou le Nonette tombait dans ton escarcelle, je voterais à nouveau contre Debussy I love you

Enflure !
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyLun 28 Mai 2007 - 2:33

Très réussi le Rails de Deshevov, modernité futuriste qui rappelle le bon Satie.

Zhivotov et ses "fragments pour nonette" vraiment intéressant, format quasi webernien, tonalité assez distendue dans certains passages. Ca ne fait pas très soviétique. Il a caché ça sous son lit pendant des décennies ? Des couleurs avec sourdine qui rappelle Pärt, belle utilisation des timbres. Un passage dans le 5° mvt fait penser à une voix humaine ou une trompette bouchée ? Le dernier mouvement est plein d'humour avec sa marche infernale et grinçante.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyLun 28 Mai 2007 - 8:47

j'ai longtemps cru que le nonette était tout ce qui avait survécu de Zhivotov (jusqu'en 26 on pouvait écrire ce genre de chose sans disparaître du jour au ledemain) et j'ai toujours pensé que la voix appartenait à un des instrumentistes.
Donc très chère Liana? ce poème héroïque de Zhivotov par Mravinsky (vil tentateur ce Sofro) vous dit-il quelquechose? (auquel cas je pourrais même envisager de voter contre Debussy et pour Beethoven... pale )
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyLun 28 Mai 2007 - 10:28

sud273 a écrit:
oui tout à fait d'accord, et je conseille notemment ses enregistrements avec l'orchestre de variété de l'Urss, en particulier le célèbre nocturne: Babadjanian fait une musique qui ressemble à Katchaturian et aux pièces de danse d'Amirov: de belles chansons aussi même si ça ne se hisse peut-être pas au niveau des maîtres précédemment invoqués;

Oui le nocturne est une de ses pièces les plus connu, qui l'a écrit en hommage d'ailleurs à la mort de Katchaturian, mais selon moi, ce n'est pas une des ces pièces les plus réussi, en tous cas, des plus abouti, bien sûr la melodie, influencé par des musiques folkloriques est magnifique, mais il faut absolument que vous écoutiez son trio ou même son concerto pour piano, qui sont vraiment dés oeuvres d'une grande maturité que l'on pourrais rapproché au post romantisme de Rachmaninov.... (J'ai un enregistrement de Babadjanian lui même d'ailleurs)
Il est vrai qu'il a écrit quelques chansons populaires, et d'ailleurs c'est ce qui la rendu très célèbre dans cette région du Caucase, mais ce n'est pas une musique qui le représente, c'était d'abord, je pense, pour des intérêts financiers?....
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyLun 28 Mai 2007 - 10:50

Biboubs a écrit:
Un compositeur qui mérite aussi une attention bien particulière, c'est Arno Babadjanian, un compositeur peu connu d'origine Arménienne, très influencé par la musique de Chostakovith ou encore Prokofiev, qui a écrit des vrais petits chefs d'oeuvres comme son trio pour piano ou encore ses pièces pour piano seul comme "six tableaux". Bref un grand musicien et un excellent pianiste que je vous conseil de découvrir.

De Babadjanian, je ne connais justement que les oeuvres que tu cites, c'est-àdire son trio et ses 6 tableaux, ainsi qu'un petit aria pour alto et piano. Je suppose que sa musique se rapproche de son compatriote Alexandre Aroutounian, une musique très touchée par le folklore arménien. Celui-ci est surtout connu pour son concerto pour trompette et sa rhapsodie arménienne (composée d'ailleurs en collaboration avec Babadjanian).
Je crois que ses oeuvres les plus intéressantes sont d'abord son concerto pour violon de 1988 (intitulé d'ailleurs Armenia 88 ), et sa Symphonie pour grand orchestre de 1957, où l'influence populaire arménienne se fait également sentir. Une musique plus légère dans son Ouverture de fête, et sa sonfonietta pour cordes;
Lui aussi a dû se plier à des oeuvres de circonstance, comme une Ode à Lénine et un Hymne à la Fraternité, mais il semblerait que les autorités soviétiques n'aient pas été trop dominatrices envers lui.


Sud : il est effectivement malheureux que Glière et Ippolitov ne soient connus que par des "tubes" : la danse russe du Pavot rouge pour le premier, le cortège du Sardar des Esquisses caucasiennes pour le second. Pourtant l'un et l'autre mériteraient à être plus connus.

Heureusement que l'infatigable Naxos nous a donné les symphonies et les poèmes symphoniques de Glière, ainsi que le Pavot rouge qu'il faut absolument écouter dans son intégralité. Par contre je ne connais rien à sa musique de chambre à l'exception des 8 pièces opus 39.

Ippolitov est encore plus mal desservi au disque, et là aussi c'est Naxos qui sauve la mise avec les deux Suites d'Esquisses caucasiennes et les Fragments Turcs. Un CD BMG réunit sa symphonie, la rhapsodie arménienne et le poème symphonique Mrzyri (avec soprano).
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyLun 28 Mai 2007 - 11:48

là je dois dire que j'en connais moins que vous: ma connaissance de Babdjanian se limite à un disque où il interprête ses propres oeuvres, et où le nocturne et Rêves sont les seules incluant un dispositif orchestral.
Pour Aroutourian j'en sais encore moins, j'ai effectivement le concerto pour trompette (d'ailleurs magnifique) avec celui de Vainberg. Je serai curieux d'en savoir plus. Je suis un peu plus renseigné sur Fikret Amirov dont la musique présnte des similitudes avec celles des précédents.

Pour Glière, hormis un feuillet d'album pour trompette et piano, je ne connais quasiment rien de sa musique de chambre: Chandos a fait un effort d'enregistrement, mais le disque d'ouvertures et autres pièces tardives dirigé par Sinaïsky m'a plutôt déçu. Il semble que la suite du cavalier de Bronze que j'avais commandé dernièrement soit définitivement épuisée, mlais en cherchant bien on trouve peut-être Taras Bulba et d'autres extraits de ballet.
Je n'ai pas parlé ici des symphonies en détail car ça appartient à une autre époque de la musique russe (et il y a un fil Glière ailleurs)
Ippolitov-Ivanov, malgré ma bonne volonté peine à me séduire, sa 1ère symphonie est moins intéressante que celle de Steinberg, ses oeuvres tardives ne sont pas d'une grande originalité, et les fragments turcs sont franchement peu de mon goût.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyLun 28 Mai 2007 - 12:00

Citation :
De Babadjanian, je ne connais justement que les oeuvres que tu cites, c'est-àdire son trio et ses 6 tableaux, ainsi qu'un petit aria pour alto et piano. Je suppose que sa musique se rapproche de son compatriote Alexandre Aroutounian, une musique très touchée par le folklore arménien.

Oui, c'est vrai que ça musique se rapproche de celle de Aroutounian, ils étaient très amis et ils ont d'ailleurs composés des oeuvres pour deux pianos en communs. (Comme la rapsodie pour deux Pianos.)
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 5 Juin 2007 - 1:19

Voyons où en étions-nous resté à la conférence précédente?
Les professeurs, Glière et
MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 Red_po10

Le Pavot rouge a connu sa première représentation le 14 juin 1927 au Bolschoï, sur un livret et dans des décors de Mihkail Kurilko.
Le scénario tient de Carmen et Butterfly. De quoi s’agit-il ? de l’idylle d’un capitaine de vaisseau russe et d’une danseuse de cabaret chinoise, le tout sur fond de révolte des Boxers (de coolies) et de fraternisation des troupes révolutionnaires soviétiques dans un empire dominé par les danses occidentales, Charleston, et Fox-trott. La danseuse jette au capitaine un pavot rouge, elle lui sauve la vie au troisième acte pendant la révolte, tandis que son « patron » tire sur elle profitant du désordre populaire : en mourrant elle tend à une petite fille la même fleur, symbole ambigu de liberté.
La thématique musicale emprunte aux gammes pentatoniques et aux mélodies chinoises, y oppose des danses coloniales décadentes comme celles que découvrent les footballers de L’âge d’Or de Chostakovich quelques années plus tard, sans oublier un peu de musique de bataille n’excluant pas la citation de l’Internationale.
En même temps qu’il se situe dans l’imagerie révolutionnaire héritée d’Eisenstein, et élève au rang d’icône la représentation du marin russe, Glière se réfère au conte de fée, donnée récurrente du ballet tsariste, expression imprécise à travers laquelle tous les sentiments peuvent s’exprimer en plein jour puisqu’ils ne sont que les conséquences de circonstances magiques et que chacun peut y comprendre ce qu’il veut.

L’acte II est donc une phantasmogorie alanguie et romantique traversée de visions d’opiomanes, bouddhas d’or et cargo rose,où chacun apporte sa propre histoire. Il culmine dans l’Adagio des 4 déesses, moment de simplicité sublimée comme peut l’être le pas de deux du deuxième acte de Casse-Noisette.
On se trouve stylistiquement entre Katchaturian (Glière lui a tout appris et Aram volé un peu plus qu’on ne lui apprenait comme le montre la présence d’une « danse des poignards », la fameuse danse de la pomme, (danse du marin russe) mais plus encore la « danse de victoire des coolies » qui la précède et semble la première danse arménienne de la musique soviétique) et un post-romantisme qui eut été stigmatisé chez tout autre, mais Glière était pour le régime soviétique un Tchaïkovsky populaire et inattaquable ; il a payé de sa personne pour ne donner que des œuvres raisonnables et des musiques de film, il a laissé pousser ses sourcils pour se transformer en aimable censeur après avoir été le doux romantique des années d’espérance.

L’orchestration et même la structure de ce ballet a considérablement influencé toute la production qui lui succède : il n’a d’ailleurs jamais quitté la scène russe et demeure à l’origine de quelques légendes de la danse. Lors de la reprise, la première du 27 avril 28 fut marqué par le suicide de deux danseuses du corps de ballet qui se précipitèrent, poignets liés du haut des cintres, juste avant le dernier rideau, au moment où l’orchestre entonne la citation de l’Internationale. On prétendit que les demoiselles étaient amoureuses de Kurilko, alors cinquantenaire et borgne.
Après avoir été quelques temps un coquelicot, le pavot trop connoté devint « la fleur rouge » en 1957.

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Le "hit", danse de la pomme, danse du marin russe, tube d'Abravanel, Stokovsky etc...
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 5 Juin 2007 - 1:56

J'ai peur.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 5 Juin 2007 - 1:58

J'ai de la chance, ma panne de lecteur mp3 me met à l'abri de ce Titanic pour quelques temps encore. Wink
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 5 Juin 2007 - 3:43

Bon sinon, si on veut éviter que ce sujet fasse 25 pages, il y avait déjà un sujet Gliere mais bon... https://classik.forumactif.com/Musique-classique-c1/General-f1/Reinhold-Gliere-t1389.htm
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 5 Juin 2007 - 3:45

Oui, mais ça entre dans la série cohérente de Sud... Very Happy
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 5 Juin 2007 - 3:52

C'est vrai. Smile
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 5 Juin 2007 - 10:15

En tout cas, moi j'adore ce ballet, et je ne peux que vous inviter à vous procurer ce double CD dans une médiathèque (ou de l'acheter : c'est un Naxos, donc à petit prix)...

Sud l'a bien résumé, et j'aimerais bien écouter un autre ballet de Glière : Le Cavalier de Bronze dont je n'ai entendu qu'un extrait. Mais celui ci ne semble plus exister en CD.

Glière a encore composé d'autres ballets : Chrysis, Cleopatre, Le Commandant, Taras Boulba. Tu as des renseignements sur eux, Sud ?
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 5 Juin 2007 - 16:20

j'ai évité de parler du Glière d'avant 1917, et ici je pense que ça se justifie car son style change assez radicalement avec la révolution. Donc, je ne parlerai pas de Chrysis et de ses métamorphoses... Quant aux autres ballets, je recherche désespérément des enregistrements des suites. Caïman me fait miroiter un Tarass Bulba pour dans trois semaines, je pense que j'en dirai un mot quand je serai plus renseigné après un petit développement sur les concertos, mais d'ici que j'en sois arrivé à l'après 1948, vous aurez tous écouté religieusement le concerto pour colorature et ceux pour harpe, cor et violoncelle (David spécialement dont Glière est un des compositeurs préférés)
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyJeu 7 Juin 2007 - 0:56

Miaskovsky

Miaskovsky est une personnalité unique, il échappe à tout ce qu’on veut en dire : il est à la fois le symbole de l’académisme, un post romantique effréné, un moderniste radical; il est de la lignée des Weber, des Bruckner, des Schumann et des Schmidt, un kaléïdoscope de l’écriture contrapuntique, un maître de l’orchestration, dont les intentions sont constamment voilées, assombries, rendues à un réalisme quasi-ennuyeux, un mélodiste empêché, toujours actif, mais triste, un graphomane à la Milhaud, un des symphonistes majeurs du 20ème siècle à en croire son catalogue impressionnant , et en tant que professeur l’un des rares épigones de Nadia Boulanger.

Lui-même élève de Taneyev, qui concentre les mêmes qualités et les mêmes défauts, il a poursuivi une carrière toujours marquée par une absolue sincérité en la croyance que l’avenir de la musique reposait dans la culture classique et un sérieux imperturbable, enfin, flegmatique, un pince sans rire à la Satie, pas un grotesque, cet élément même qui caractérise l’école de Moscou, l’aspiration à un classicisme sérieux, tout aussi slave, moins sensible aux influences cosmopolites d’un occident versé dans le fox trott et le tango, plus perméable aussi aux recherches théoriques, ne prenant des modernistes que le sérieux des atonalités et des polythmies que les autres nations d’europe centrales développent, imperméable aux distractions françaises comme aux excentricités américaines.

Miaskovsky a bénéficié, ces dernières années d’un regain de popularité : il a été assez enregistré par une nouvelle génération de chefs, alors que pendant sa vie ses œuvres ont connu de terribles éclipses. Svetlanov a donné quelques enregistrements importants : il est vrai qu’il lui était redevable en tant que compositeur.

Si l’on regarde en détail les dates d’écriture de certaines symphonies de Miaskovsky on y trouve une extraordinaire sensibilité aux temps, ce qu’il écrit est d’une actualité stupéfiante, plus que Prokofiev en exil, une sorte de journal à la Seigerstam, -ce qui se passe dans ma vie je vous le traduis en bd- . Sa 10è symphonie par exemple de 1927 reprend la même exaltation d’un machinisme inquiet, et le même lyrisme que certaines musiques contemporaines, comme le septuor de Popov. Et même en cherchant bien les dernières mesures du finale n’ont-elles pas quelque rapport avec plus contemporain ?
Là aussi, il introduit des parties de concerto intercalaires, de musiques de chambre, dans un esprit beaucoup plus baroque qu’un Mahler, dans une aridité quasi-Schonbergienne souvent, des tensions à la Krenek, il y a chez Miaskovsky des affolement de tempi qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, un discours abscons qui anticipe Ulstovskaya et Denisov.

Si l’on a la chance d’avoir l’oreille pour, c’est un maître.
Mais il reste un imitateur de Bach, un Balakirev décollé de la musique folklorique, un repère comme une fin de non recevoir.

L’essentiel de Miaskovsky n’est peut-être pas dans le corpus impressionnant des 27 symphonies. En témoigne l’op32 qui fait se succéder une sérénade, cordes et bois, pourvu d’un adagio de 8 mn (et d’un finale de danse française pour une fois, -dirait-on pas du Magnard ?) , une sinfonietta en 3 mouvements, et un lyric concertino. A travers la série de ses concertos pour les plus grands solistes de son temps il atteint une veine plus personnelle, une sincérité qui tendrait presque à l’épanchement. Si Shostakovitch a écrit un clavier bien tempéré, Miaskovsky a fait l’Estro Armonico de la musique soviétique.
Cet effort renouvelé vers l’épure, une certaine discrétion, un manque d’ambition par rapport à ses contemporains, le place à l’écart des mouvements politiques. Comme la 12ème était dédiée aux Kolkhozes, sa 16ème symphonie de 1936, rend hommage à l’aviation soviétique : on plaque sur la musique les images que l’on veut, en 1940 il partage avec le quintette de DSCH un prix Lénine pour une 21ème symphonie débarrassée des prétextes idéologiques. La suivante est une œuvre pour orchestre d’harmonie, un des rares exemples accomplis du genre hors de la production américaine.
Il faudrait avoir le temps de faire le tri : mais dans le domaine symphonique, le plus original de Miaskovsky appartient sans doute à la période précédente, le 6ème symphonie qui reste la plus connue, et surtout la 3ème, scriabinienne, son œuvre la plus sentimentale et romantique, la plus inspirée peut-être.
On compte parmi ceux qui fréquentèrent sa classe Mosolov, Biély, Golubev, Kabalevsky, Katchaturian, Shebalin, Schedrin, Lokschin, Boris Tchaikovsky qui en conservent tous la trace.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyJeu 7 Juin 2007 - 9:49

Merci. Very Happy

Oui, c'est très beau, beaucoup de métier, mais personnellement, comme pour Raff d'une certaine manière, je ne trouve rien de particulièrement personnel ou saillant qui m'y fasse revenir. C'est cependant très beau et maîtrisé.
Ta comparaison avec la lignée Weber-Brahms-Schmidt me paraît tout ce qu'il y a de plus juste, même s'il n'a la force d'aucun des trois.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyJeu 7 Juin 2007 - 10:49

DavidLeMarrec a écrit:
mais personnellement, comme pour Raff d'une certaine manière, je ne trouve rien de particulièrement personnel ou saillant qui m'y fasse revenir. C'est cependant très beau et maîtrisé.

Oh là là, je me sens particulièrement visé Wink Raff étant justement un des compositeurs-fétiches Very Happy c'est même en son hommage que j'ai pris Joachim comme pseudo Laughing

Mais je ne veux pas faire de hors sujet, surtout que dans l'ensemble je suis d'accord avec ton post : moi non plus je ne trouve pas de grande originalité chez Miaskovski. Je possède justement cette 6ème symphonie avec choeurs, que je trouve d'ailleurs trop longue (plus d'une heure) et plutôt ennuyeuse, bien qu'on y reconnaisse çà et là la Carmagnole, le "ça ira", le Dies Irae...
Par contre je préfère la dernière, la 27ème en ut mineur, plus "russe".

Toutefois je reconnais n'avoir pas suffisamment entendu d'oeuvres de lui pour vraiment m'en faire une idée (trois ou quatre symphonies, les sonates pour violoncelle, mais rien en quatuor à cordes ou pour piano). Je serais justement curieux d'écouter la symphonie kolkhozienne.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyJeu 7 Juin 2007 - 13:29

je ne savais pas que ton "joachim" était une référence à Raff, que j'aime bien mais qui n'est pas non plus un de mes compositeurs favoris: à vrai dire, en rapport avec Saint-Georges je situais la référence plutôt chez le violoniste, ami de Brahms, et compositeur lui-même...
En ce qui concerne Miaskovsky, j'espérais que quelqu'un de plus informé allait prendre le relais et nous signaler quelques unes de ses oeuvres les plus intéressantes. Il semble qu'il y ait en effet beaucoup de musique de piano (dont une bonne partie existante mais encore inédite) et pour les quatuors, je crois qu'ils sont au nombre de 13, je dois en avoir un ou deux, mais je ne peux pas dire non plus que j'y retourne très souvent: en fait c'est surtout par la présence des grands interprêtes que la musique de Miaskovsky continue à se défendre, à travers Oïstrakh, Rostro etc
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyVen 22 Juin 2007 - 0:44

je me rends bien compte de l'inutilité qu'il y a à commenter une musique devenue inaccessible (hormis un extrait de trois minutes) mais même en l'écoutant, on pensera sans doute qu'elle ne présente qu'un intérêt documentaire; il me semble bien pourtant qu'elle exerce dans la mémoire des compositeurs russes une influence durable pendant une trentaine d'années, tour à tour comme un modèle et comme un repoussoir:

Plaine ma plaine
La 4ème symphonie de Lev Knipper


Il semble que la toute la carrière de Knipper ait été liée aux destins des armées : revenu de l’autre camp, recruté par la police politique, Knipper parcourt l’empire soviétique dans les années trente liant des amitiés solides avec soldats, marins et gardes-frontière : c’est du moins ce que dit laconiquement la notice du seul CD ayant existé présentant l’enregistrement de sa 4ème symphonie. Ici le chef était une femme et la version date des années 80.

MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 Pochet10

A noter que ce disque reprend une version de la suite du Red Poppy par l’orchestre du Bolchoï, dont l’interprêtation est assez épouvantable : on y trouve la preuve que les compositions les plus célèbres du ballet soviétique étaient réorchestrées, adaptés en fonction des moyens (assez pauvres) de la maison, ce qui expliquerait les insinuations de Volkov selon lesquelles les partitions des ballets de Prokofiev étaient si mal orchestrées qu’on ne les jouait jamais dans leur version originales.

Citation :
« Knipper se rendit dans le centre du Caucase, au Pamir, vers l’extrême-est, où il rencontra les hommes de l’Armée Rouge, marins et garde-frontières avec lesquels il bâtit une longue et créative amitié artistique… Ainsi en 1932, après un voyage sur les côtes du Pacifique, Knipper écrivit sa 3ème symphonie « de l’Est lointain » couronnée par un finale chorale où l’on entend résonner le thème d’un Chant de Marche de l’Armée Rouge. Un an plus tard naissait la 4ème symphonie « Poème d’un combattant du Komsomol » qui connut un enregistrement sous la baguette du compositeur. Ces deux œuvres étroitement liées marquent un jalon important de l’histoire de la musique symphonique soviétique, traitant des nouveaux thèmes révolutionnaires, si fréquemments présents dans la musique du temps. La 4ème symphonie fut créée par Alexandre Gauk en 1934, la même année qui vit la sortie sur les écrans du fameux film Tchapaev [musique de Gavrill Popov]
La 4ème symphonie est le produit des vives impressions d’un voyage dans les steppes de Crimée où se déroulèrent les fameux épisodes de la guerre civile. Dans l’imagination créative de l’auteur apparut l’image d’un jeune combattant du Komsomol qui se porta volontaire pour le front et mourut en défendant le gouvernement soviétique… Le texte fut écrit par le poète Viktor Gusev. »

Les deux premières strophes du poème, celles qui aparaissent dans le premier mouvement (dispositif inhabituel, la plupart des symphonies chorales de l’époque commençant comme chez Mahler par un long prélude symphonique) sont mondialement célèbres puisqu’il s’agit de la chanson Polyushko Poile, dont la célébrité distrait tellement l’auditeur moderne qu’il devient impossible à la première écoute de ne pas éclater de rire et perdre en conséquence totalement le fil du discours général. Cette mélodie revient en leitmotiv tout au long des quatres mouvements même si le dispositif choral se réduit considérablement avant le final. On dit que cette chanson est l’invention collective de soldats de Crimée, mais le premier à la noter et à l’orchestrer est bien Knipper. De même on fera à Shostakovich le reproche d’avoir « emprunté » et signé la célèbre chanson du film Contreplan (« Dans le frais matin » autre tube de la variété internationale des années 50).

Citation :
Transcription des paroles russes

Polyushko-pole, polyushko, shiroko pole,
edut po polyu geroi,
eh, da krasnoi armii geroi.

Devushki plachut,
devushkam sevodnya grustno,
milyi nadolgo uehal,
eh, da milyi v armiyu uehal.


Traduction

Plaine, ma plaine, vaste plaine
Les héros marchent par les champs
Hè! Les héros de l’Armée Rouge.

Les filles pleurent
Les filles aujourd’hui ont du chagrin
Leurs amoureux sont partis pour longtemps
Hé! Leurs amoureux sont partis avec l’armée


Russian lyrics in Cyrilic alphabet

Полюшко-поле, полюшко, широко поле,
Eдут по полю герои,
Эх, да красной армии герои.

Девушки плачут,
Девушкам сегодня грустно,
Милый надолго уехал,
Эх, да милый в армию уехал

Un 1er thème dramatique descendant, aux accents de fanfare, précède un fugato dans les basses duquel se glisse le second thème en sourdine aux cuivres , comme une armée s’avançant dans des steppes aux soleils voilés.
Subitement chanson, ténor solo sur percussions de sistres, cordes en pizzicati, reprise par le chœur, accelerando,où prédominent les voix d’hommes, s’agglomérant comme un peuple qui se lève, reprise de la symphonie en forme de combat, tam-tam, fifres, musique de bataille, effet cinématographiques prokovien : trémolo de cordes, rappel de la petite chanson avec sa rythmique de tambourin, puis on tombe dans Roméo et Juliette, avec la transition lyrique et romantique d’un premier adagio qui enfle pour se mêler au retour de la chanson toujours plus endiablée, dans un déploiement de moyens péplumesques. On assiste à la construction d’une scène d’opéra à la Moussorgsky où le héros est le chœur, le peuple, les orchestres d’harmonie ; la mélancolie alcoolisée de l’ame slave ayant raison de ce vacarme conclut par un retour à l’individu au violon solo, à la percussion seule, puis au silence.

Trombes, strates de cuivres à l’unisson, roulements de tambour, thème de marche joyeuse, ponctuées de rythmes syncopées et de trivialités de refrains et d’orchestrations de brass-bands : on dirait une marche de Sousah, mais en sourdine, à la limite de l’ironie, les troupes qui sont passées devant vous s’éloignent : à ce début de scherzo succède un second adagio « deplorando » un de ces champs de bataille comme devant le palais d’hiver de la future 11ème de Shostakovich.. On est allé à l’assaut, on a joué une joyeuse marche, maintenant on compte les morts. Au-dessus dans le ciel, les cuivres brucknieriens réintroduisent la musique de marche ; la chanson reprend, voix de femmes, déploration encore.
Alors seulement commence le véritable andante tchaïkovskien, tempo di marcia funebre, des bois chantent dans la forêt obscure, par-dessus les tubas, le mouvement s’emporte par vagues comme chez Khrennihov ou Katchaturian, toute la structure joue d’astuces d’instrumention, le chœur ponctue, d’un seul mot « Plaine ».

Le final commence de façon faussement héroïque, laissant place à une scène d’opéra villageois, d’opérette presque : on pense à la caractérisation de la scène du fouet dans Lady Macbeth, les trombones vrombissent et glissent. Les chœurs masculins et féminins s’opposent avec vivacité, imitatant des rires, sur un rythme de danse aussi entraînant qu’un final de Balakirev : il y a là une grande maïtrise d’écriture de l’effectif d’opéra, un final bouffe digne de Rossini dans sa première partie, avant quelques rodomontades triomphales et holywoodiennes… mais revoilà la chanson et les accords dramatiques du début, une affirmation carillonnante par les chœurs à l’unisson d’une identité russe, volontaire, joyeuse et mélancolique à la fois.

La 4ème symphonie de Knipper est un spectacle d’environ 35 minutes, à la fois risible et admirable, elle s’adresse au public de masse comme au mélomane en quête d’émotions inédites. Elle fixe le modèle d’un genre dans lequel Chebaline s’était illustré dès la Lénine-Symphonie de 1931 et qu’on retrouvera encore chez Popov avec la quatrième symphonie (inédite au disque) « Honneur à la patrie » (1949) pour soliste, chœur sans sopranos et orchestre. La caricature de ce genre aboutira d’un côté à l’oratorio, de l’autre à la 13ème de Shostakovich (à la 12ème aussi, purement orchestrale mais comportant de nombreuses citations de chants révolutionnaires).
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptySam 23 Juin 2007 - 15:08

Pour apporter quelques précisions à propos des ré-orchestrations des ballets soviétiques (ce qui fait qu'on se demande parfois dans quelle version on les entend et peut justifier certains jugements a priori sur de grandes partitions massacrées par l'usage d'orchestrateurs médiocres):

Liana écrit:
Citation :
Citation :
les insinuations de Volkov selon lesquelles les partitions des ballets de Prokofiev étaient si mal orchestrées qu’on ne les jouait jamais dans leur version originales

c'est juste pour confirmer les "insinuations" de Volkov : certains des ballets de Prokofiev étaient effectivement mal orchestrés.
Toutefois, Prokofiev n'y était pour rien, car ce n'est pas lui qui les a orchestrés.
Dans les mémoires d'un certain Rogual'-Levitski (apparemment, l'orchestrateur professionnel de la musique pour ballet : il compte à son actif une "Listiana", une "Chopiniana" etc.) qu'il a intitulés "Liaisons éphémères" et qu'il a consacrés à Prokofiev (nonobstant le fait qu'il n'ait reconnu la valeur de la musique de ce dernier que sur le tard - bien après la mort du SSP, - et encore), il raconte avoir orchestré, le ballet "Le Bouffon" [Chout] dont la partition manuscrite avait été perdue, à la demande du compositeur - et pourtant, les propos de SSP qu'il cite témoignent du fait que SSP n'approuvait pas tellement la méthode d'orchestration de Rogual').

Il mentionne aussi le percutionniste du Bolchoï, Boris Potrebov, qui a été chargé d'orchestrer "Le Cendrillon" par la direction du théâtre, orchestration dont SPP a été très mécontent.

Ces mémoires ont été publiés en 2001 dans le recueil "Sergueï Prokofiev. Correspondance, mémoires, articles" à Moscou.

Voilà, j'espère que cette petite précision t'intéressera

Réponse:
Citation :
oui Liana, tout à fait intéressant: je me suis toujours posé la question à cause des lignes consacrées à SSP dans les "mémoires de DSCH" de Volkov, et je trouvais un peu suspectes ces attaques continuelles contre Prokofiev. La précision est donc bienvenue car je me pose la même question concernant les différentes versions des orchestrations des "suites" de Katchaturian, mais il semble que ce soit là Lev Atovmyan, qui en soit responsable comme pour la plupart des suites de musique de film de DSCH (en fait je nage parfois dans le flou et je découvre à mesure que j'essaye de clarifier en écrivant). On trouverait des pratiques semblables dans les classiques américains de l'époque, avec des orchestrateurs professionnels pas toujours crédités.

Liana
Citation :
Oh Khatchatourian, c'est autre chose, tout le monde sait qu'il ne savait pas orchestrer, comme la plupart de compositeurs "prolétariens" (il y a pas de raison pour qu'ils aient été plus professionnels que les écrivains qui ne connaissaient pas l'orthographe, sans parler de syntaxe, ni les peintres incapables de dessiner un cube en plâtre).

Pour ce qui concerne SSP, il en va tout autrement : les pages les plus réjouissantes des Mémoires de Rogual' sont celles où il raconte ses entrevues avec SSP et les corrections que ce dernier apportait à l'instrumentation du Bouffon que Rogual lui apportait à mesure que son travail avançait : l'on voit bien que Prokofiev était très sûr de lui, qu'il savait exactement quels effets il voulait obtenir (et qu'il surestimait les capacités de compréhension de son orchestrateur, avant de se rendre compte qu'il y allait trop vite et de réexpliquer !)

Je ne souscris pas tout à fait aux propos sur l'indigence des orchestrations de Kachaturian, mais les précisions sur le travail des orchestrateurs professionnels me paraissent intéressantes, notamment dans la perspective de l'écoute de certaines "suites" de musique de film, et lorsqu'on en viendra au chapître sur la création de l'hymne soviétique.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMer 27 Juin 2007 - 20:09

Je viens de réécouter cette symphonie de Knipper, avec ton analyse à l'appui, et sans vouloir t'envoyer des fleurs, il faut dire que cette analyse est remarquablement bien faite...

Personnellement, j'aime bien cette symphonie d'un compositeur dont j'ignorais même le nom il y a peu de temps.

J'ai toujours cru que le "plaine ma plaine" était un chant populaire comme par exemple Kalinka. On en apprend tous les jours sur ce forum.

Merci pour ces informations précieuses, Sud Very Happy
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptySam 7 Juil 2007 - 16:28

Deux femmes dans la tempête

Zara Levina
, a, dit-on, conservé de sa Crimée natale (Simferopol 1906-Moscou 1976) le goût d’un folklore peu représenté dans la musique soviétique : c’est lui accorder peu de crédit.
Les seules œuvres dont on dispose montrent une toute autre maîtrise de la pensée musicale, ne serait-ce que par le formidable écart qu’elles stylistique qu'elles présentent.
Le Poème pour alto et orchestre de 1928 en fait une épigone de Roslavets, concentrée sur la forme brêve, indubitablement éprise des impressionismes français et finlandais. Mais elle a peu produit de musique de chambre, quelques pièces brêves rédigées sous le coup de l’émotion et de l’inspiration, commentant les événements de sa vie personnelle, démarche petit-bourgeoise pour la russie soviétique d’après 36. (« Le poète écrit sous le coup de l’inspirateion/ Mais il est des gens à qui les coups ne font rien » écrivait Prévert)
En 1925, après Odessa où elle croisa peut-être David Oïstrakh, Levina fut l’élève de Glière (et de Blumenfeld pour le piano) au conservatoire de Moscou, avant de passer elle-aussi par la classe de Miaskovsky.
Son 2ème concerto pour piano, élaboré de 1943 à 1945, montre un tout autre tempérament. Ce morceau de 18 minutes évoque à la fois la construction rhapsodique et cyclique du premier concerto de Liszt : le discours officiel tend à faire croire qu’il s’agit d’un commentaire sur la guerre, dont le passage centrale serait une déploration sur les soldats victimes de la brutale attaque contre l’Union Soviétique, auxquels se mêlent quelques commentaires héroïques sur fond de mélodies tatares, le tout se résolvant dans un point de vue optimiste : « la vie continue ».
C’est en fait une « rhapsodie in black » construite sur un thème de valse qui évoque Rachmaninov et Barber, non sans faire penser au passage à quelques modernes plus radicaux (voir l’ostinato d’accords frappés qui n’a rien à envier à l’étude d’attaque de Stockhausen)
Schedrin, Blacher- à l’orchestration d’une grande originalité, dans les subtiles alliances de percussions rares (cloches, célesta), le mélange de violence virile à la prokofiev, et de lyrisme forain qui n’ignore pas Chostakovich et Khatchaturian : le tout dans un aimable amour des formes courtes, de résistance –bien que les thèmes ne cessent de se répéter- à l’envie d’en dire trop, comme le symbolise une fin abrupte, hommage à certains Mossolov ou Fleishman retirés de la circulation.

Nina Makarova, s’il arrive qu’on cite son nom, est surtout connue pour avoir été l’épouse de Khachaturian : on trouvait autrefois certaines de ces pièces pour violon sur les disques russes de musique de chambre consacrés à son mari. Née à Yurino sur la Volga en 1908 (décédée en 1976 elle aussi), elle semble, comme son futur mari avoir trouvé dans les chansons populaires sa première inspiration musicale : et si le matériel folklorique l’inspire, son œuvre ne cite jamais non plus directement aucun matériel thématique strictement emprunté au folklore. Entrée en 1928 dans la classe de composition de Miaskovsky, elle semble avoir plus directement conservé du maître une réthorique académique et certains phrasés orchestraux privilégiant bois et cordes, s’arrêtant toujours avant que l’épanchement n’arrive, une certaine difficulté à progresser sans recourir à la grosse artillerie aussi : un compositeur qu’on situerait plus volontiers dans la veine de Brahms. Makarova a abordé tous les genres, auteur de deux opéras (Courage et Zoya) elle a aussi beaucoup écrit pour son instrument, le piano : elle fit en effet carrière surtout en tant que pianiste, et dans l’interprétation de ses propres œuvres, voyagea à travers le monde, de la France au Brésil, profitant de la célébrité éphémère que connut sa symphonie en ré mineur, écrite en 1938.
Le premier mouvement de cette œuvre en forme de tryptique commence comme une pastorale qui vire au poème héroïque : l’andante central, plus romantique est surtout remarquable par son épisode cmédian, sorte de scherzo paysan qui s’épanouit en déclamations dramatiques, avant que l’incipit ne se représente, transformé, accompagné d’harmonies étrangement atonales : il en résulte une berceuse angoissante, modale, bi-tonale qui n’a pas dû être sans effet sur la musique ultérieure de Popov.
Le final-surprise commence dans un ostinato de cordes tout droit issu d’Honegger ou d’Hindemith, qu’évoquent aussi les thèmes enlacés en contrepoint des bois. Là, dans un nouvel adagio, la voix devient véritablement personnelle, lyrique et chromatique, la construction orchestrale tend vers une apothéose cinématographique, cultivant une harmonie très particulière, proche de Milhaud, des effets d’arrêt et de reprise à la Hanson.
Si madame Makarova avait vécu ailleurs elle aurait sans doute une célébrité comparable à celle d’Harris ou de Randall Thompson.
Rien peut-être qui dépasse un Rakov, un peu plus à dire que Parsadenian ou Boïko…
Nina Makarova fut aussi l'une des premières à se lancer dans la direction d'orchestre, au théâtre principalement, où elle conduisit plusieurs de ses musiques de scène: c'est en effet dans ce domaine, de même que dans celui de la création radiophonique que Levina et Makarova paraissent avoir connu les plus durables succès -ou plutôt le moins d'obstacles.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 10 Juil 2007 - 0:19

Sud ad ipsum, Vale!
Playlist: ce matin Alexei Zhivotov Poème héroïque, 2 fois; une chance que Mravinsky ait enregistré ça!
dans la journée je ne sais plus, ma tête part en morceaux: si j'ai écouté les 16 et 25ème concertos de Mozart par Serkin et Mitropoulos, un grand moment! merci au fournisseur (section "libre de droits")
ensuite, Tchaïkovsky, la 5ème, l'enregistrement de studio de Mravinsky à Londres, un bout du 3ème quatuor, trois scènes des actes 2 et 3 de La Dame de Pique (en sautant celle au bord de la Néva), la musique incidentale d'Hamlet avec ses curieuses mélodies en français, ses fanfares de théâtre. Me suis posé alors moultes questions concernant le rôle de cette 5ème symphonie dans l'érection d'un dogme, d'un modèle de la musique programmatique russe -et de l'éviction de la suivante, la symphonie en mi bémol avortée, recyclée en 3ème concerto pour piano.

Puis Yudina dans la 2ème sonate de Shostakovich (enregistrement 1965), un grand moment d'émotion dépouillée, pas une trace de pédale, une introduction très rapide: version que l'auteur dénigrait semble-t-il. Quel finale!
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 10 Juil 2007 - 16:24

La trilogie des années 20 :
Symphonies 5-6-7 de Miaskovsky


Dans son autobiographie, Miaskovsky lui-même décrit ses quatre premières symphonies comme des œuvres pessimistes et introspectives. On oublie trop que dans certaines de ces partitions plus ou moins dépréciées qu’il se montre lui aussi, et plus encore que Roslavets préoccupé par ses propres recherches, l’un des continuateurs de Scriabine.

Parmi les 27 symphonies, on cite en général la 6ème comme étant la meilleure : c’est la plus enregistrée (tout est relatif, on doit disposer de trois versions plus ou moins disponibles) . Plusieurs raisons à cela : c’est la plus longue et la seule à faire appel –brièvement- à un chœur qui demeure ad libitum, elle est écrite dans une tonalité peu usitée (mi bémol mineur), elle cite le Dies Irae grégorien, la Carmagnole et le Ça Ira, elle permet de réduire l’image de son auteur à un compositeur académique et pessimiste, elle occupe historiquement et en référence à la révolution de 1917 une position capitale, sans beaucoup de concurrence possible, ce qui fit dire aux critiques du temps que c’était la première œuvre à mériter ce nom en Russie depuis la dernière Symphonie de Tchaïkovsky. Miaskovsky lui-même après le temps du triomphe, et quand viendront les attaques, ne l’épargnera pas dans son autocritique.

En 1921, Miaskovsky est enfin démobilisé. Diplomé depuis 1911, auteur d’une première symphonie en 1908, il a été empêché de composer de 1914 à 1918, par son engagement sur le front autrichien, puis dans la marine qui a fini par le ramener à Moscou où il réussit à s’occuper de la réorganisation de la vie musicale sous le régime bolchévique. Sa première symphonie post révolutionnaire est la 5ème (1918) : on est surpris par l’atmosphère pastorale qui se dégage de son premier mouvement, tranquillement impressionniste, avec ses belles mélodies de bois entrelacées : les transitions ont même des airs de thèmes paysans à la Pierre et le loup, et de lointains relents de danses et de thèmes liturgiques ; cette jovialité terrienne ne cette pas dans le scherzo allegro burlando, pièce brillante qu’on prendrait pour une danse de Katchaturian ou Kabalevsky. Le finale détendu parait se référer aux maîtres de ce genre d’exercie, Borodin, Balakirev, tempéré par un clacissisme à la glazounov, non sans quelques effets de pizzicati et d’ostinati de bois proche de la veine parodique d’un Prokofiev.

Mais en 1921, l’optimisme tranquille n’est plus de mise : les menées contre-révolutionnaires, les épidémies, la guerre civile, la famine donnent à l’époque une coloration plus sombre encore. Dans sa vie personnelle Miaskovsky est touché par plusieurs deuils : son père meurt en 1918, puis sa tante –qui l’a élevé- en 1921 : c’est en se rendant dans cet appartement de son enfance que Miaskovsky avoue dans son journal, avoir eu le première idée des mouvements médiants de la 6ème symphonie, et d’abord du scherzo noté « presto tenebroso » où les commentateurs russes ont souvent prétendu voir une tempête de neige en pénétrant dans l’appartement de sa tante décédée. Mais l’idée de deuil se répand dans d’autres sections de la symphonie, avant d’apparaître textuellement dans le dernier mouvement le thème du dies irae hante le trio par allusion subtile (le chant de violon soutenue par le célesta au centre de ce mouvement parait un apaisement fragile) et structure le thème secondaire de l’andante appasionnato : l’apodose du 1er mouvement utilise d’autres références tragiques, citant la scène de la mort de Boris Goudounov, et de façon plus déguisée l’andante finale de la Pathétique.
Car, si la symphonie dit bien quelque chose de la révolution, elle est aussi un journal des temps de résistance, et commente le destin d’un individu, plus que son sacrifice aux idéaux politiques. Par moments, comme dans le chœur final basé sur un thème liturgique russe faisant référence à la séparation de l’âme et du corps, elle n’est pas exempte de références religieuses. Sur ces aspects Miaskovsky n’apporte aucun éclaircissement ; il commente plutôt le côté « éloge de la révolution » lorsqu’il parle publiquement des sources de son inspiration. Il raconte une réunion d’avant 1918, avec les collaborateurs du journal Muzika, durant laquelle le peintre Lopachinsky aurait chanté les deux chansons révolutionnaires, parlant avec enthousiasme des cercles d’ouvriers réunis autour d’un brasero dans les banlieues parisiennes, pour danser et chanter La Carmagnole, une vision très romantique de la révolution socialiste, épisode joyeux qui, dans la symphonie, ouvre sur le Dies Irae et un tragique tout mahlérien faisant plutôt songer à l’écrasement dans le sang des communards.
Miaskovsky parle encore de l’impression indélébile que lui aurait laissé le discours du procureur Nikolai Krilenko, dont la conclusion : « Mort, mort aux ennemis de la révolution » aurait fourni la métrique de base et même le thème déclamatoire d’ouverture, ces accords brisés, familiers à ceux qui connaissent les symphonies de guerre des compositeurs soviétiques. En même temps ce thème, qui se décline en cris, soupirs, halètements durant le premier mouvement (qui dure plus de vingt minutes) réapparait à la fin de l’andante sous une forme beaucoup plus scriabinienne et mélodique, proche d’une évocation extatique. Le matériel du premier mouvment, dans sa raideur fait penser au premier mouvement de la 3ème symphonie de Miaskovsky (1914) sauf que le thème lyrique et le thème déclamatoire et tragique y apparaissent dans l’ordre inverse.

Si la 6ème est remarquable dans la production de Miaskovsky c’est qu’elle constitue une des premières tentatives de description d’une époque contemporaine, elle enferme tout un monde dans sa conception, comme le fait une symphonie malherienne, elle constitue une référence inévitable si l’on veut comprendre le genre tel qui est représenté par les 7è-8è-11-12 de Chostakovich. Elle offre aussi une structure parfaitement classique mais élargie, en même temps que cyclique, et il ne semble pas qu’il y ait grand-chose qui lui ressemble même dans la production ultérieure de l’auteur, la 8ème peutêtre mais qui prend ses distances avec le présent pour s’inspirer de l’histoire de Stenka Razin. Le public en eut peut-être conscience dès la création le 4 mai 1924 (Nijkolai Golovanov, Bolschoï) : Belyalev, auteur de la première biographie de Miaskovsky se souvient qu’il y eut une ovation d’une quinzaine de minutes, sept rappels qui finirent par forcer le compositeur à venir saluer : il se vit remettre une couronne de lauriers tandis que de nombreux musiciens pleuraient en scène et dans la salle. Ce récit ressemble beaucoup à celui qu’on fait 14 ans plus tard de la première symphonie de Shotakovich.

Pourtant dans l’ombre de la 6è, se trouve une petite symphonie de 25 minutes (deux sections enchaînées) écrite en 1922 (crée en 25) donc concuramment à la précédente et d’un caractère tout différent, qui évoque plus l’optimisme de la 5ème, mais retourne aux tentatives lyriques post-scriabiniennes. Le motif d’ouverture sur des nappes de cordes instables et polytonales est particulièrement frappant, l’atmosphère mystérieuse des accodrs de harpes, les motifs des cuivres, rapellent terriblement ce qu’on trouve chez les futuristes contemporains. La section d’ouverture s’engage ensuite dans un mouvement haletant de valse ravélienne, d’une grande complexité ryhmique et harmonique. Peut-être est-elle une réaction directe à la partition de La Valse, dont Prokofiev, qui travaille pour Diaghilev à Paris, a pu faire parvenir la partition jusqu’à Moscou . Peut-être Miaskovsky n’a-t-il jamais auant joué avec les limites de la tonalité, jamais son orchestration n’a été aussi claire, légère, tourbillonnante, conférant à l’auditeur l’étrange sentiment de se trouver dans une forêt de conte de fée, instable comme la mer, tour à tour rassurante et terrifiante en fonction des effets de lumière. Tout est étonnant, l’adagio debussyste, un lever de soleil qui se désagrège, la très breve coda en traits de cordes superposés qui se termine après un glissandi de trombones comme un coup de marteau ou le bruit mezzo-forte d’un couperet de guillotine.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 10 Juil 2007 - 22:05

Toujours cette capacité remarquable à raconter des histoires. Very Happy

Myakovsky n'est pas de la plus grande originalité, mais c'est un compositeur de valeur, assurément. Et il y a de quoi s'occuper rien qu'avec les symphonies...
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMer 11 Juil 2007 - 9:37

plus on l'écoute, plus on est surpris: c'est peut-être un peu résistant et opaque au début; de plus il y a un gros trou dans la dicographie, il ne reste pratiquement aucun enregistrement des symphonies 13 à 19.
La 7ème symphonie est vraiment des plus étranges, on pense beaucoup à Ravel, Debussy, au premier Bax (à RVW par moments aussi). Une bonne porte d'entrée pour se faire une autre idée de sa musique: ce n'est ni sombre ni grandiloquent, et très à l'opposé de ce qu'on imagine de la musique soviétique.
Par trois fois, le projet d'une intégrale des 27 symphonies a sombré dans la faillite des labels Russian disc, Olympia, et la mythique intégrale Svetlanov (si elle existe ce dont je commence à douter) aurait été distribuée aux frais du chef à moins d'un millier d'exemplaires.

Il y a fort peu "d'histoires" à raconter sur lui, il s'est surtout consacré à l'étude et à ses élèves, demeurant assez discret, mais abordant des styles finalement divers.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyLun 16 Juil 2007 - 20:04

Je viens d'écouter le Poème Héroïque de Zhivotov. Evidemment, ce n'est pas aussi moderne et personnel que ce qui nous est parvenu de sa musique de chambre, mais tout de même, exploitant aux extrémités le souffle "wagnérien" puis le souffle "russe", il parvient, avec un langage simple, à un résultat qui ne peut qu'entraîner l'adhésion. Je suis assez séduit, je dois dire.

(Orchestre avec Mravinsky, survolté, mais avec des pains vraiment partout.)

En revanche, couplage avec le Troisième Concerto pour orgue de Khatachaturian... je ne crois pas avoir entendu pire de lui, ce qui n'est pas peu dire. Aussi épanouissant que du Tüür ayant confié son inspiration à Glass...
Sud m'avait bien prévenu : ne touche pas au bouton rouge !
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 17 Juil 2007 - 9:38

khatchaturian, c'est la troisième symphonie (que j'aime beaucoup personnellement, surtout dans cette version et avant la révision des années 50 qui diminue le nombre de trompettes, masque l'orgue etc) Mais comme dirait Xavier, il y a un fil Khatchaturian, je crois que je vais me servir du fil existant pour parler de ce "fokloriste stalinien" selon la description de Liana.

Je dois dire que Zhivotov suscite effectivement une grande curiosité chez moi, le talent est toujours là, on sent un souffle effectivement qui prend en compte Mahler et les post-romantiques, une orchestration riche et qui réussit malgré le sujet à ne pas tomber dans le clinquant militaire:;et ce petit tambourin de danse orientale qui surgit soudain parmi les cordes?
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 17 Juil 2007 - 11:49

sud273 a écrit:
khatchaturian, c'est la troisième symphonie
Je ne veux pas insister, mais. Mr. Green


Citation :
Je dois dire que Zhivotov suscite effectivement une grande curiosité chez moi, le talent est toujours là, on sent un souffle effectivement qui prend en compte Mahler et les post-romantiques, une orchestration riche et qui réussit malgré le sujet à ne pas tomber dans le clinquant militaire:;et ce petit tambourin de danse orientale qui surgit soudain parmi les cordes?
Chose étonnante, jusqu'à la vulgarité des fanfares s'élance ici avec séduction.
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 17 Juil 2007 - 19:18

DavidLeMarrec a écrit:
sud273 a écrit:
khatchaturian, c'est la troisième symphonie
Je ne veux pas insister, mais. Mr. Green



Et oui, cher David, Sud a raison : Khatchaturian a composé 3 concertos (piano, violon, violoncelle) et 3 concertos-rhapsodies (également piano, violon, violoncelle), et 3 symphonies, dont la troisième, effectivement, comporte un orgue et 15 trompettes. Wink
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MessageSujet: Re: MUSIQUE Sovietique (1917-1980)   MUSIQUE Sovietique (1917-1980) - Page 1 EmptyMar 17 Juil 2007 - 20:53

je pense que David insistait surtout sur le fait qu'il trouve ça très mauvais (le point de vue est défendable, comme l'inverse sans doute)
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