Autour de la musique classique

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 Sofia Goubaïdoulina

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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptySam 8 Fév 2014 - 20:01

pour moi Gubaidulina reste hors de portée, j'écoute pourtant des choses plus *difficiles... Je pense que ce qui m'agace chez elle relève de la tendance contemplative new age, et d'une certaine façon de se plier, à retardement, aux modes du temps. Gubaîdulina c'est toujours la première de la classe  Razz Mais Schnittke me pose aussi problème par moments, je trouve que le bavardage reste source d'ennui, à la décharge de Schnittke, il a assez peu vécu pour réviser ses partitions, Penderecki c'est autre chose, il reste quelques coups de génie avant qu'il sombre dans la tonalité à l'estonienne.
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LeKap
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptySam 8 Fév 2014 - 20:30

sud273 a écrit:
pour moi Gubaidulina reste hors de portée, j'écoute pourtant des choses plus *difficiles... Je pense que ce qui m'agace chez elle relève de la tendance contemplative new age, et d'une certaine façon de se plier, à retardement, aux modes du temps. Gubaîdulina c'est toujours la première de la classe  Razz Mais Schnittke me pose aussi problème par moments, je trouve que le bavardage reste source d'ennui, à la décharge de Schnittke, il a assez peu vécu pour réviser ses partitions, Penderecki c'est autre chose, il reste quelques coups de génie avant qu'il sombre dans la tonalité à l'estonienne.


Tu la trouves donc sans intérêt ( je parles de ses compositions of course)
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptySam 8 Fév 2014 - 20:44

non pas du tout, je la trouve du niveau de Pärt, Kancheli, Alla Pavlova (bcp moins intéressante que Schnittke, Denisov, Ulstvolskaïa, Volkonsky, même Bacewitz à tout prendre). Ce n'est pas mon monde, ça ne remue rien en moi physiquement, et je me méfie que ce qui tente de ne parler qu'à mon intellect geek
Je reconnais que je n'ai pas persisté, les premiers contacts ayant été d'une grande neutralité. Nulle doute qu'en insistant on trouve des trésors, quelqu'un d'une telle expérience ne pouvant écrire constamment des choses inconsistantes.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptySam 8 Fév 2014 - 21:05

LeKap a écrit:
Mes premières impressions ressemblent étrangement à celles ressenties avec l'univers de Schnittke
Elle est moins néo- que le Schnittke le plus gentil et moins apocalyptique que le Schnittke moderniste, mais il y a de ça.

Toujours beaucoup de charme dans ses compositions ; rien de très nouveau, mais beaucoup de belles couleurs. Je conseillerais en priorité la Passion selon Jean, le concerto pour alto et l'Alleluia.

Mais les œuvres que tu citées, un peu moins originales, sont sympas.
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LeKap
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptySam 8 Fév 2014 - 21:27

Ok les amis - je continuerai mon aventure

C'est drôle , alors que pendant des décennies j'étais hermétique à ce genre de musique - ce genre de composition m'attirent de plus en plus avec l'âge.

Des découvertes et de belles expériences - c'est chouette

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Xavier
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2014 - 1:52

Ca ne coûte pas grand chose d'aller voir l'index avant de risquer de créer un sujet doublon... ça évite un déplacement aux administrateurs et ça rend le travail de Lucien d'autant plus utile.  Smile 

Je fusionne.
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lulu
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2014 - 2:10

maintenant que ceci est fait (c’est dû à un problème de translittération, je pense, Xavier) ;

Je n’ai pas écouté grand-chose, mais ses compositions pour ensemble et/ou chœur un peu new age comme le dit Sud, quelque part entre Pärt et Ligeti, je n’accroche pas trop... Confused 

Par contre, je reste assez attaché à la Chaconne. Honnêtement, c’est une œuvre qui me lasse assez vite (elle n’est pourtant pas bien longue), mais j’avoue être assez accro au début de la pièce et à certains de ses passages. C’est en fait une œuvre de relative jeunesse (1962), plus ou moins reniée par Goubaïdoulina. Assez caractéristique de l’avant-garde soviétique de l’époque, je trouve. J’y retrouve aussi, dans la virtuosité contrapuntique, certains points communs avec Busoni. Loin d’être indispensable, donc, mais fort sympathique. Surprised


Dernière édition par lucien le Jeu 4 Sep 2014 - 21:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2014 - 2:16

Ah bon, tu trouves la Chaconne représentative de l'avant-garde d'alors ? J'ai plutôt l'impression d'entendre du néo, moi. J'aime sa musique pour piano de toute façon, mais de là à trouver ça aventureux...
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2014 - 2:17

je n’ai pas dit que c’était aventureux, David... Surprised
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2014 - 2:20

Mais même pour l'avant-garde soviétique, on est quasiment dans le new age, qui n'était pas trop l'atmposphère dominante chez ces gens.
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2014 - 2:27

...tout de même, je me demande si on a écouté la même œuvre... scratch 

enfin bon, je trouve que c’est un style (et une atmosphère, oui) assez caractéristique, je ne fais pas des considérations en terme d’innovation, d’aventureux ou je-ne-sais-quoi-d’autre, considérations au demeurant assez peu pertinentes à mon avis à partir de 1960 (ou d’une autre date, peu importe). Surprised
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2014 - 2:31

lucien a écrit:
...tout de même, je me demande si on a écouté la même œuvre... scratch 
Très vraisemblablement, puisqu'il n'y en a qu'une. Il y a longtemps que je ne l'ai pas réécoutée, mais comme j'ai quand même pas mal fait tourner l'intégrale Haefliger, je crois me représenter assez bien ce dont il s'agit. Et on est plus proche du néo-classicisme que des mélodies déceptives et des sorties de route harmoniques propres à la musique soviétique.
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2014 - 2:40

je crois que nous ne parlons pas de la même chose lorsque nous utilisons le terme même d’avant-gardehehe

bon... de toute façon ta plus grande connaissance théorique et historique te donne naturellement raison... Neutral
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2014 - 2:44

Mais mon écoute lointaine et surtout mon goût douteux me donnent tort. Avec ça, on n'est pas plus avancé.

Bien, pour demain, en plus du Winterreise de Patzak, il faut que je réécoute la Chaconne de Goube. Ok, on en reparle demain (et si, pendant ta matinée, tu pouvais préciser ce que tu veux dire par avant-garde, manière qu'on soit sûr de ce qu'on défend...).
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyMer 12 Fév 2014 - 1:14

Bien, j'ai fait mes devoirs comme promis, mais toujours rien écrit. Rolling Eyes

Le langage musical n'est effectivement pas néo... mais l'effet produit est bien celui d'une épure, presque archaïsante et régressive. C'est peut-être aussi le projet, vu le titre de la pièce, mais le reste de sa production est assez comparable (même si celle-ci se distingue par sa limpidité).

Bref, je suis assez d'accord avec le moi-même d'il y a longtemps.
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptySam 15 Fév 2014 - 11:09

J'ai écouté hier le concerto pour Basson et slow strings
Spécial mais agréable , avec toutes les acrobaties que le basson nous offre , et l'écoute se poursuit clopin-clopant
jusqu'au 4ème mouvement (il y en 5) ou je suis tombé de mon fauteuil - quelle surprise ! un hurlement à se démettre la machoire  hehe 

Etrange
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyDim 17 Jan 2016 - 13:31

lucien a écrit:
Sofia Gubaidulina (1931–)

Cinq études pour harpe, contrebasse et percussion (1965)
Pantomime pour contrebasse et percussion (1966)
Huit études pour contrebasse (1974/2009)
Sonate pour contrebasse et piano (1975)
lucien a écrit:
In Croce pour contrebasse et bayan (1979/2009)
Quasi Hoquetus pour alto, contrebasse et piano (1984/2008)
Silenzio pour bayan, violon et contrebasse (1991/2010)
Ein Engel, lied pour voix d’alto et contrebasse (1994)
lucien a écrit:
Galgenlieder à 3 pour mezzo, percussion et contrebasse (1996)
Pentimento pour contrebasse et trois guitares (2007)

Sofia Goubaïdoulina - Page 2 MI0003295399

Ce coffret est fabuleux. Il y a peut-être des choses plus inégales sur le premier cd, mais les deux autres ce ne sont que des chefs-d’œuvre. Petite remarque sur le dernier : les Galgenlieder à 3 sont une version différente des Galgenlieder à 5, et Pentimento semble être une version antérieure de Repentance (avec le violoncelle en moins).

**

Je suis un peu occupé donc je vais aller vite.
J’adore Gubaidulina. Ne faites pas attention à ce que j’ai écrit plus haut si vous le voulez bien.

Gubaidulina est (très) souvent citée comme l’un des trois grands noms de la musique contemporaine post-soviétique, avec Denisov et Schnittke. On cite moins souvent Volkonski, qui les précède pourtant ; il faut dire que (bizarrement) sa musique a eu un impact durable beaucoup moins important.
Elle a commencé ses études musicales en République tatare, à Kazan, « l’endroit ou l’Orient rencontre l’Occident ». Elle se rend ensuite à Moscou où comme beaucoup de ses contemporains elle étudie auprès de Peïko et de Chebaline, parmi les figures officielles les plus ouvertes qu’on puisse trouver en Union soviétique. Elles prend aussi des cours privés avec Gerchkovitch, un élève de Berg et de Webern installé en Union soviétique depuis la seconde guerre mondiale et par qui sont passés presque tous les compositeurs importants des deux ou trois générations suivantes : Volkonski et les trois précités, Tichtchenko, presque l’entièreté des Sept de Khrennikov, les membres fondateurs de la nouvelle Association de Musique Contemporaine, etc. Est décisive aussi la visite de Nono, en 1963, avec qui Gubaidulina présente une nette parenté stylistique. Dans les années 60, pour gagner sa vie, elle compose de nombreuses musiques de films. Comme chez Schnittke, ce travail est très formateur. L’un comme l’autre se serviront de ce domaine moins contrôlé par l’Union des compositeurs comme un terrain d’expérimentation. En 1975, elle fonde avec Artyomov et Suslin Astraea, un groupe d’improvisation libre utilisant des instruments traditionnels. Cette expérience est également très importante puisqu’on retrouve le même esprit dans beaucoup de ses compositions ultérieures.
En 1973, Volkonski est contraint à quitter définitivement la Russie. Le début de la fin, si je puis dire. En 1981, il est suivi par Suslin, qui s’installe en Allemagne. En 1979, Gubaidulina est parmi les Sept de Khrennikov, à qui il est reproché d’avoir été représenté à un festival à Cologne consacré à la musique soviétique contemporaine. Dans les faits, ses œuvres étaient déjà interdites d’exécution publique en Union soviétique depuis 1970. Cette dénonciation peut être vue je crois comme le dernier fait d’armes d’un combat d’arrière-garde alors que l’esprit changeait déjà. En avril 1982 a lieu un concert historique où Rozhdestvenski dirige des œuvres de Schnittke, Denisov et Gubaidulina. Mais paradoxalement, après la Perestroïka, la dissolution de l’Union soviétique n’a pas amené l’ouverture qu’on aurait pu espérer. L’AMC fut écartelée, et la plupart des compositeurs contemporains quittèrent le pays. Même Denisov, pour qui le développement de la musique contemporaine dans le territoire soviétique comptait beaucoup, passa la fin de sa vie entre la France et la Russie. Il meurt en 1996 ; Schnittke en 1998. À Moscou c’est l’élève le plus direct de Denisov, Yuri Kasparov, qui prend les choses en mains. Il est probable que la situation actuelle serait très différente sans lui. Gubaidulina, quant à elle, quitte la Russie en 1992 pour s’installer près de Hambourg. Sa célébrité débute en 1981 quand Kremer crée à Vienne la première version de l’Offertorium. 25 ans plus tard, c’est Anne-Sophie Mutter qui crée à Lucerne un autre concerto pour violon, In tempus praesens, confirmant sa reconnaissance internationale.

Pour décrire l’esthétique de Gubaidulina, je vais m’y prendre en deux temps.
Pour Gubaidulina, composer est un acte de foi. C’est particulièrement marquant chez elle, mais c’est en fait une caractéristique partagée par presque tous les compositeurs ayant contribué au renouveau de la musique contemporaine en Union soviétique. Denisov « toute ma musique est spirituelle » : malgré son formalisme derrière lequel se cache une forte composante romantique, Denisov donne avant tout une dimension spirituelle à sa musique, en multipliant les références et les symboles religieux (notamment les lettres-notes D G B). Ustvolskaia « Mon œuvre n’est pas religieuse, mais assurément spirituelle ». Chez Schnittke aussi l’aspect religieux ou spirituel est très important (« Je me sens allemand, russe et juif. Et ma foi est perçue comme catholique, judaïque et orthodoxe. J’ai pris conscience de mon dilemme sans solution, de n’appartenir à personne, de ne pas avoir de pays, pas de lieu à moi. Je m’y suis finalement résigné. Peu importe au fond où l’on se trouve. Ce n’est pas essentiel. L’important, c’est ce que l’on pense. »). C’est également vrai pour Gubaidulina. J’avais noté un jour cette phrase : « je ne connais pas de tâche plus sérieuse que d’aider par la musique à reconstituer son intégrité spirituelle ». En fait, en Union soviétique, ce renouveau de la musique contemporaine s’accompagne presque systématiquement, en plus d’un intérêt pour les techniques modernes occidentales et en même temps pour les racines russes populaires, d’une part de cette dimension spirituelle qui contraste naturellement avec l’idéologie officielle, et d’autre part d’une prise de distance avec les formes favorisées par le régime, en particulier la symphonie (Schnittke est une exception notable, avec neuf symphonies numérotées).
Cette aspect de la musique de Gubaidulina se développe particulièrement à partir des années 80. Un très grand nombre de titres ont une origine religieuse. On trouve de nombreux symboles, comme la figure de la croix. C’est une recherche d’une foi personnelle, affranchie du système ecclésiastique. Beaucoup d’œuvres ont ainsi une totalité mystique ou rituelle. Cette recherche n’est pourtant pas contradictoire avec un certain constructivisme formel (notamment le symbolisme des chiffres).

De la même façon, la connaissance de nombreuses techniques d’écriture n’est pas contradictoire avec la spontanéité. Quand on écoute sa musique, il y a des traits stylistiques récurrents, comme ces mélodies chromatiques nues et sinistre, les glissandos, les clusters, les unissons menaçants, les silences, une utilisation particulière des harmoniques, etc., et la superposition ou succession de gammes diatoniques, chromatiques et même en quarts de ton à partir des années 90. Pourtant Gubaidulina a écarté pour sa musique le terme de “polystylisme”, et en effet ce n’est nullement l’impression qu’elle donne — si polystylisme il y a, c’est un polystylisme très différent de celui qu’on trouve Schnittke. En fait, ce qui est très important chez elle est à la fois la maitrise d’un grand nombre de techniques d’écriture, qu’elles soient classiques, modernes ou inventives, et leur oubli au moment de composer une œuvre. Ce qui fait que sa musique a un caractère à la fois très spontané et très recherché, très original, unique et pourtant changeant, mystérieux.
Plus récemment, suite à son implantation durable en Allemagne, elle a écrit des œuvres plus grandioses, des oratorios et des fresques orchestrales. Je connais pas ou très peu ce versant de sa production, mais je le perçois comme plus “léché”. La musique de chambre reste pour moi sa grande force. C’est là qu’on trouve, dans un grand dépouillement, une grande exploration des timbres instrumentaux et un fort esprit rituel d’improvisation. C’est une musique parfois étrange mais toujours très forte, bouleversante.


Dernière édition par lucien le Dim 17 Jan 2016 - 16:39, édité 4 fois
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyJeu 26 Juil 2018 - 1:41

Hier en Playlist:
lulu a écrit:
Sofia Gubaidulina (1931–) :
Quatuor à cordes nº1 (1971)
Quatuor à cordes nº2 (1987)
Quatuor à cordes nº3 (1987)
Trio à cordes (1988)
The Danish Quartet
Sofia Goubaïdoulina - Page 2 R-2196676-1447230718-6429.jpeg
Benedictus a écrit:
Tu connais le disque du Quatuor Stamic chez Supraphon? Il y a aussi le 4ᵉ Quatuor et les brèves Réflexions sur B-A-C-H. (Je vais le réécouter, je n'en ai plus qu'un souvenir assez vague (mais positif.)
lulu a écrit:
oui je l’ai écouté, souvenir vague moi aussi, c’est d’avoir réécouté le troisième dans une autre interprétation (un cd Melodiya avec du Schnittke et du Karetnikov) qui m’a donné envie de les réécouter, au passage en prenant une autre interprétation pour étoffer ma collection, mais je trouve ces œuvres difficiles, peut-être parce que comme je l’ai souvent répété le quatuor à cordes est le plus souvent difficile pour moi.
Benedictus a écrit:
Oui, dans mon souvenir, les quatuors, c'est ce que j'ai entendu de plus austère (aride, même) de Goubaïdoulina.
lulu a écrit:
effectivement.

Du coup:

Sofia Goubaïdoulina - Page 2 Goubai10
Quatuor à cordes nº1 (1971)
Quatuor Stamic: Jindřich Pazdera (violon I), Josef Kekula (violon II), Jan Pěruška (alto), Petr Hejný (violoncelle)
Prague, VI & VIII.2011
Supraphon


En effet, vraiment le versant le plus aride de Goubaïdoulina.

Et pourtant, c’est très typique de la compositrice - le langage extrêmement composite, les expérimentations sur les textures et les effets «cinétiques», les recherches timbrales et rythmiques qui font écho à des musiques traditionnelles ou archaïque, l’atmosphère crypto-liturgique...

Mais d’un autre côté, il faut compter avec le dénument propre au genre quatuor à cordes (sans les alliages instrumentaux originaux et parfois chatoyants du reste de sa production), la construction de l’œuvre en un long mouvement aux logiques parfois déroutantes (de bifurcations en bifurcations jusqu’à une fin particulièrement évasive), le langage plus tributaire de l’héritage des Viennois et l’inscription dans la période la plus «avant-gardiste» de Goubaïdoulina.

Cela dit, si on consent à l’effort d’y entrer, l’écoute est passionnante, l’œuvre révèle d’austères beautés - mais exige vraiment de la concentration.
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gluckhand
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyMar 9 Fév 2021 - 4:35

Concerto pour piano « Introitus » et orchestre de chambre .L'oeuvre a été composée en 1978.Superbe version sur YT par Alexandre Bakhchiev. Avec Gubaidulina,c'est toujours un monde nouveau,plein de sensations et d'émotions différentes, un monde parallèle ,ou tous ne sont pas admis.Mysticisme,hors-naturel et musique s'y rejoignent, heureux les pauvres d'esprit,ils y seront tous accueillis avec joie et bonheur ,c'est leur monde .

Piano Concerto "Introitus" Alexander Bakhchiev youtube

Autre version totalement différente ,moins envoûtante en live, avec Alice Di Piazza,qui a mis, elle-même la vidéo en ligne.

Alice Di Piazza, Sofia Gubaidulina concert de piano « Introitus »

Bon pour moi, il y a pas photo, la version Alexander Bakhchiev est beaucoup plus recommandable, mais bon voir jouer du Gubaidulina, c'est toujours un plaisir.
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gluckhand
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyMer 10 Fév 2021 - 10:48

Sonnengesang « Canticle du Soleil »
L'oeuvre est dédiée à Mstislav Rostropovich pour son soixante-dixième anniversaire.

Une oeuvre magnifique, sûrement un de ses chefs-d'oeuvre, mêlant ,comme des chants orthodoxes ,aux voix fèminines et  aux intruments,avec toujours la force et l'ambiguité parfois acide ou grave ,même parfois oppressante,mais toujours vivante du violoncelle,souvent  récurrent même  chez Gubaïdulina.Ce mélange étrange de messe et de fête paienne,auxquels se mêlent ,les voix,le rappel des cloches et des percussions, donne un résultat assez singulier,ou tous se rejoignent dans ce  cantique en l'honneur du soleil,comme une petite procession antique,qui resterait sur place .C'est du moins, ainsi que je le ressens, est-ce ,ce qu'elle a voulu, c'est une autre histoire.Une chose à noter en voyant ,cette oeuvre en live, c'est le très petit nombre d'instrumentistes,pour finir,par rapport, au ressenti de l'oeuvre et de la puissance qu'elle dégage.C'est toujours intèressant, de voir visuellement, comme c'est le cas ici, une oeuvre contemporaine,comment c'est fait exactement .
Rappelons que notre chère Sofia,va sur ses 90 ans, cette année,merci à toi ,chère Sofia,pour tout ce que tu nous a donné. Embarassed


Pour l'écouter.
https://www.youtube.com/watch?v=faAsqEubdAo[/quote]

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Dernière édition par gluckhand le Mer 10 Fév 2021 - 14:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyMer 10 Fév 2021 - 13:07

Sofia Gubaidulina - In Tempus Praesens
Anne-Sophie Mutter, violon London Symphony Orchestra Valery Gergiev

Encore un chef-d'oeuvre,que ce concerto pour violon,et orchestre et quel orchestre,Valéry Gerviev, est vraiment un merveilleux chef, je n'hésiterais pas à dire le plus grand parmi ses contemporains.Il tire toujours le maximum d'une oeuvre, qu'elle soit moderne ou ancienne, du moins classique.Dans Benvenuto Cellini, il a remis Berlioz à sa place, la plus grande. Bon,inutile de présenter Sofia Gubaidulina ici,elle a 90 ans, son oeuvre est faite,on ne peut nous ,simples auditeurs, que constater les chefs-d'oeuvres, comme celui-ci .Anne-Sophie Mutter n'a pas suscité énormément de créations ,que je sache,dans les concertos pour violon.Mais là c'est une commande de sa part. Le concerto de Sofia, est  dans une  forme classique.Elle n'en est pas à son premier essai, elle avait  aussi composé un très beau « Offertorium »une sorte d'hommage à Bach, pour à peu près la même formation.Cette fois-ci l'oeuvre a un sens plus philosophique, le titre n'est pas anodin "in Tempus Praesens",je ne suis pas latiniste, mais la traduction la plus simple, serait  peut être Vivre au présent" si je ne me trompe et Sofia a laissé un long commentaire sur ce sujet.Anne-Sophie Mutter est géniale aussi,elle dessine bien les lignes de cette oeuvre avec son beau violon, oeuvre pleine de foi, pour le présent, et pour l'avenir , toujours , d'une grande spiritualité.Il y a surtout un bel équilibre ,dans cette  oeuvre.Décrire le monde particulier de Gubaîdulina, n'est pas évident pour moi,il est singulier et toujours plein de surprises.je crois que quand on aime Sofia, on part sans hésiter dans tous ses délires,un certain surnaturel et sa façon, parfois ,hors-normes,de faire de la musique ,par rapport à d'autres compositeurs de son époque.Elle est atypique et si elle a eu,au début, des influences connues, elle s'est peu à peu ,détachée de toute école.

https://www.youtube.com/watch?v=L8JVSYj-qV8

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gluckhand
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyJeu 11 Fév 2021 - 5:35

Sofia Gubaidulina: Concerto for Bassoon and Low Strings (1975)
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Encore une fois avec son concerto pour basson,Sofia a remis à l'honneur un instrument presqu'oublié, du moins en tant que soliste, dans la musique contemporaine et c'est bien dommage, car il a un beau son ,qui résonne beaucoup en nous,les humains .J'ai vu aussi  quelque part,un très court concerto de Jolivet, pour cet instrument.
Son amitié et son admiration, pour le  bassoniste Valery Popov,y est pour beaucoup,dans cette création, comme d'ailleurs, pas mal de ses oeuvres,pour de nombreux amis ,interprètes et musiciens.
Moi,j'avoue que c'est avec cette oeuvre singulière que j'ai découvert la compositrice ,j'ai été un peu scotché et époustouflé,quand s'élève soudain un grand cri humain,dans cette partition
Sofia, encore une fois,utilise toutes les possibiltés du basson et en joue à merveille, tellement bien, même que c'est ,sûrement devenu le concerto ,le plus joué pour cet instrument,de notre époque.Mais il y a encore , à travers cette oeuvre, toujours son univers personnel ,dans les dialogues ou échanges,entre les instruments,elle sait parfaitement ,comme Keuris, aussi et d'autres, créer un certain climat lunaire,,parfois tendre, parfois ironique ou moqueur , parfois aussi provocateur.
La grande surprise de ce concerto, c'est bien sûr,c'est le grand cri humain déchirant qui surgit dans le quatriéme mouvement et malheureusement,il n'y est pas dans cette version Valery Popov,pourtant remarquable .Je ne sais pourquoi exactement .Inutile de dire que cela, lui fait perdre de son originalité et même de sa puissance dramatique.D'ailleurs ,c'est une oeuvre qui suscite pas mal de différences entre les versions,ce qui prouve sa richesse et aussi bien sûr ,ses difficultés.

Pour l'écouter dans la version Popov
https://www.youtube.com/watch?v=lBlVARagiSk

Pour l'écouter dans une autre version avec le cri
Gubaidulina: Bassoon Concerto / Detto II / Concordanza
· Harri Ahmas · Sinfonia Lahti Chamber Ensemble · Osmo Vänskä

Gubaidulina: Bassoon Concerto / Detto Ii / Concordanza
Harri Ahmas / Ensemble: Sinfonia Lahti Chamber Ensemble / Conductor: Osmo Vänskä

Pour ceux qui lisent l'anglais, il y a une étude très poussée sur cette oeuvre ici.
The Concerto for Bassoon and Low Strings by Sofia Gubaidulina:
a performance guide


Dernière édition par gluckhand le Jeu 11 Fév 2021 - 17:57, édité 1 fois
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gluckhand
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyJeu 11 Fév 2021 - 10:26

Glorious Percussion (2008) Sofia GUBAIDULINA
Concerto for percussion ensemble and orchestra (Sikorski)
Sofia Gubaidulina, "Glorious Percussion" / Witold Lutoslawski, "Symphony no. 3". Orchestra del Teatro La Fenice, Les Percussions de Strasbourg, direttore/conductor John Axelrod (Venezia, 4 ottobre 2013)


La version live ,qu'en donne ici,Les Percussions de Strasbourg à la  Biennale Musica 2013,est vraiment  exraordinaire.Pas un moment sans intèrêt,pas un moment de relâchement dans cette oeuvre ou Sofia fête les percussions,toutes les percussions ,traditionnelles ou exotiques ,parfois dans des climats suprenants ou déroutants.Parfois dans un climat poètique,qui nous rappelle quelque chose lointainement  .C'est même un festival multicolore de toutes sortes d'instruments,qui nous remplit la tête.C'est plaisir,d'écouter dans ce concerto, tous ces instruments divers ,briller de mille sons différents, toujours dans un contexte étudié et d'une grande sureté orchestrale .« Quand j’ai considéré lequel des trois aspects fondamentaux de la texture musicale... pourrait représenter les « racines », il est devenu clair pour moi que c’était le rythme."
Donc une oeuvre au rythme, tendu, endiablé ,rêveur et pour la fin, brutal.Des montées et descentes en puissance de l'orchestre, mais toujours équilibrées chez elle,par des sons aigus, ou des sons graves ou l'inverse,comme dans un jeu, ou il ne faut laisser la victoire à personne.Mais toujours une exceptionnelle maîtrise de son discours ,ainsi qu'une clarté confondante des instruments.
C'est une oeuvre d'un abord plus facile ou plus classique que certaines autres,qui je pense ravira et ne devrait pas vraiment désarçonner les auditeurs.Le quintette de percussions Glorious Percussion a été formé pour jouer la première du concerto pour percussions en 2008 et a pris son nom du titre de l’œuvre.

Pour écouter la version Live / https://www.youtube.com/watch?v=7czMd6huJ2w

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyJeu 11 Fév 2021 - 17:34

gluckhand a écrit:
Encore une fois avec son concerto pour basson,Sofia a remis à l'honneur un instrument presqu'oublié, du moins en tant que soliste, dans la musique contemporaine

Oh si, quand on cherche un peu il en existe pas mal d'importants (bien sûr pas autant que pour piano-violon-violoncelle et pas aussi célèbres, mais tout de même). Wolf-Ferrari, Hindemith, Poulenc, Nussio, Rota, Donatoni, Bozza, A. Butterworth, John Williams (et bien sûr Jolivet) ont laissé des pièces solistes importantes dans les années 50 à 90…


Citation :
J'ai vu aussi  quelque part,un très court concerto de Jolivet, pour cet instrument.

Il a un seul mouvement, mais ça fait 15-20 minutes tout de même, pas spécialement court.


Merci pour l'invitation, je n'avais pas encore écouté celui de Guba, je vais le faire !
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 EmptyDim 21 Mar 2021 - 21:31

En Playlist, Benedictus a écrit:
Sofia Goubaïdoulina - Page 2 Goubai11
Hommage à T.S. Eliot (1987) pour soprano et octuor
Christine Whittlesey (soprano), Eduard Brunner (clarinette), Klaus Thunemann (basson), Radovan Vlatković (cor), Gidon Kremer (violon I), Isabelle van Keulen (violon II), Tabea Zimmermann (alto), David Geringas (violoncelle), Alois Posch (contrebasse)
Polling, IV.1987
DG


Très beau, mais pas évident, vraiment sur la ligne de crête entre sa veine moderniste-austère (les quatuors) et la veine coloriste-spiritualiste plus accessible (style Cantique du Soleil) et l’on bascule souvent de l’un à l’autre. (À noter, d’étonnants échos du Britten de la Sérénade ou du Nocturne.)
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sofia Goubaïdoulina - Page 2 Empty

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