Autour de la musique classique

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 Hans Werner HENZE (1926-2012)

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Benedictus
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyMer 18 Déc 2019 - 20:58

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_15
Symphonie n°9 (1997) pour chœur mixte et orchestre
Ingo Metzmacher / Berliner Philharmoniker, Rundfunkchor Berlin / Gerd Müller-Lorenz
En public, Berlin, IX.1997
EMI


Cette espèce de symphonie-oratorio est assez extraordinaire: une sorte de postromantisme atonal aux couleurs magnifiques (quoique plus étouffées que dans les deux symphonies qui précèdent), une écriture chorale particulièrement impressionnante qui va d’une intensité dramatique très opératique (le III) à quelque chose de plus «rituel» (le VI) ou de plus poétique et méditatif (le VII.) Par ailleurs, le propos de l’œuvre (adapté de Das siebte Kreuz d’Anna Seghers) explique assez largement la sincérité cathartique de cette symphonie (cela possède un caractère plus frontal et expressionniste que les autres symphonies tardives de Henze, plus hédonistes) - a fortiori quand on connaît un peu la biographie de Henze.

Metzmacher fait sonner Berlin avec une qualité de détail inaccoutumée avant l’ère Rattle - dommage cependant que la prise de son très EMI 90’s ne lui rende pas mieux justice: ça sonne quand même bien flou et terne, alors qu’en salle ça devait être incroyable. (Là aussi, il faudrait sans doute que j’essaie Janowski / RSO.)
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyJeu 19 Déc 2019 - 1:14

Tiens, du coup j'écoute la 8 :

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 E3uqjo11 et Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 P-0111

Je me souviens d'avoir beaucoup apprécié la 7e, mais je n'ai pas gardé de souvenir précis de celle-ci que j'avais pourtant également écoutée dans la foulée. Pourtant cette symphonie assez brève (25 minutes) en trois mouvements inspirée du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare, au-delà de la profusion de timbres et de couleurs qui me semble assez coutumière du compositeur (et qui en dépit de son hédonisme, peut assez vite me soûler), recèle des moments particulièrement envoûtants : le très dense premier mouvement ne m'a pas vraiment captivé, mais le deuxième mouvement ménage des sortes de fenêtres contemplatives dans la prolifération narrative, qui sont des instants de grâce pure; l'Adagio final "respire" également davantage, mais il est difficile de se fixer sur tel ou tel épisode tant le propos reste foisonnant, dans un langage assez uniformément lumineux (et strictement atonal, malgré quelques échappées consonantes).
Pas d'enthousiasme excessif donc, mais beaucoup de beautés, et une impression globale assez positive et prégnante.

Concernant les deux versions, il me semble que Janowski "fond" l'ensemble dans une espèce de postromantisme englobant, là où Stenz est plus pointilliste, lumineux et hédoniste dans son exaltation des timbre et des micro-événements singuliers (et m'embarque davantage).
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyJeu 19 Déc 2019 - 2:35

7e Symphonie

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Front12Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 E3uqjo12


Contrairement à ce que j'aurais pu imaginer, le mouvement perpétuel du premier mouvement m'enthousiasme bien plus que par le babillage kaléidoscopique de celui de la symphonie suivante : le propos en est beaucoup plus contrasté, et le ton d'une tout autre ampleur expressive, avec une énergie et une tension dramatique jamais relâchée, sans rien céder (bien au contraire) à la féerie des couleurs et des timbres... pour le coup je suis vraiment emballé. Very Happy
Et ce n'est pas le Ruhig Bewegt qui pourrait altérer cet enthousiasme : contrairement à la 8e, Henze ménage ici un maximum de contrastes et de puissance dramatique — contrastes non seulement entre les deux premiers mouvements, mais au sein de celui-ci, entre la désolation (envoûtante) de la première moitié et de la fin, et les deux déchaînements de violence séparées par un "œil du cyclone" d'un lyrisme lunaire... On est ici dans un univers vraiment ténébreux, assez proche de Wozzeck, vraiment à l'opposé de la symphonie suivante (et beaucoup plus exaltant).
Le rapprochement avec Berg (mais plutôt celui de la Suite lyrique transposé à l'orchestre) me semble encore plus flagrant dans le troisième mouvement, autre mouvement perpétuel beaucoup plus bref que le premier, et d'une violence expressionniste qui rompt toutes les digues...
Le mouvement final est une lente déploration aux harmonies étranges (presque consonantes par moments, quoique toujours très brouillée), lardée de fanfares de trompettes bouchées, qui délaisse en partie l'expressionnisme des II et III pour un langage plus abstrait, par touches de couleurs successives (qui m'évoque un peu Tichtchenko par moments, peut-être en raison de la proximité de mes écoutes...); cela dit, la géhenne resurgit à plusieurs reprise, atteint un sommet d'intensité avant de s'interrompre brusquement pour laisser résonner et s'éteindre un obscur agrégat grave de vents pp...

Une œuvre vraiment radicalement différente de la 8, aussi sombre que la suivante est claire, et vraiment très marquante : décidément, je multiplie ces temps-ci les découvertes susceptibles d'occuper une place parmi mes symphonies préférées (mais j'attends d'écouter d'autre symphonies de Henze, en particulier les premières)...

J'ai regretté au départ de ne pas avoir d'autre version sous la main (un petit Stenz par exemple), mais je dois avouer que je n'ai rien à reprocher à ce Rattle période Birmingham – pourtant encore plus fondu que Janowski, mais d'un lyrisme et d'une sensualité (et d'une puissance dans les accès de violence) assez irrésistibles : l'anti-Rattle en moi est même forcé d'admettre que cette interprétation me convainc plutôt davantage...
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyJeu 19 Déc 2019 - 10:48

Golisande a écrit:
J'ai regretté au départ de ne pas avoir d'autre version sous la main (un petit Stenz par exemple), mais je dois avouer que je n'ai rien à reprocher à ce Rattle période Birmingham – pourtant encore plus fondu que Janowski, mais d'un lyrisme et d'une sensualité (et d'une puissance dans les accès de violence) assez irrésistibles : l'anti-Rattle en moi est même forcé d'admettre que cette interprétation me convainc plutôt davantage...
Oui, Rattle est très bien, mais dans la 7 on a quand même la chance de disposer à la fois de Stenz (chez Oehms, voir ici) et de Cambreling (chez Hänssler)!
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyJeu 19 Déc 2019 - 11:11

J'ai écouté ce à quoi je pouvais accéder le plus facilement... Et c'est déjà plus que satisfaisant (Janowski aussi d'ailleurs), donc je ne peux que me réjouir à la perspective d'entendre (éventuellement) encore mieux ! bounce
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyVen 20 Déc 2019 - 0:08

... ce que je fais d'ailleurs sans tarder Mr.Red

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 42600310Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 00408810

Cette musique est décidément merveilleuse. Le balancement à 7 temps du premier mouvement m'avait plus ou moins échappé, alors qu'il est presque constamment évident; il me semble que Stenz danse davantage que les deux que j'ai écoutés hier soir, tout en proposant une plus grande variété de climats et de couleurs, une plus nette individualisation des timbres... Donc oui, on peut dire que c'est mieux...
Cambreling produit une sensation très différente : j'ai presque l'impression d'être dans une symphonie postromantique, les contrastes narratifs sont mis en avant au détriment de la poussée, du moteur rythmique (qui semble ne jamais s'enclencher pour de bon), et la sonorité orchestrale est plus globale, malgré une très grande précision... Disons que ça ressemble plus à une symphonie du XXe standard, dans une prise de son standard... Stenz me semble plus frappant et séduisant, mais j'aurais tendance à conseiller Cambreling aux amateurs de musique symphonique du XXe moins radicale.

2e mouvement : je commence par Cambreling, qui sonne d'abord comme du Berg mais exalte ensuite le côté webernien de cette musique (que je n'avais entendu ni chez Janowski ni chez Rattle), avant de sombrer dans un océan de dissonance véritablement dantesque, sans que chaque instrument (dont chacun joue une partie différente) cesse d'être individuellement audible... Je suis toujours plus sensible à l'œil du cyclone qu'aux deux terribles murs qui l'encadrent, mais tout ça est foutrement impressionnant et attachant, et la fin du mouvement est vraiment magnifique...
Sans surprise, Stenz est plus pointilliste, résolument moderniste et analytique; le début n'a plus rien d'un postromantisme bergien, et il n'y a aucun contraste marqué entre ces deux premières minutes et ce qui suit; les sonorités sont encore plus hypnotisantes que chez Cambreling, on a nettement perdu pied avec tout ce qui pourrait rattacher cette musique à un langage issu du XIXe. En contrepartie, les vagues de violence sont moins impressionnantes – on à plus affaire à un déferlement de sons presque contrôlé qu'à une masse sonore irrépressible – et du coup les fenêtres de calme, elles aussi, perdent de leur impact... Néanmoins il y a quelque chose de fascinant dans cette interprétation, qui me laisse imaginer que j'y reviendrai davantage.

Troisième mouvement : pas grand chose à ajouter concernant les différences entre les deux versions, que j'ai tout de même du mal à départager... Le son de Cambreling, qui me ramène à une esthétique plus familière, exerce sur moi une séduction certaine – et par ailleurs le rythme me semble un peu plus lisible, moins fondu dans la prolifération des timbres (et de toute façon ce mouvement est un joyeux b....l Mr. Green )
(au fait, j'ai omis (par oubli©) de dire que ces deux versions me paraissent beaucoup moins sombrement expressionnistes que les deux autres — surtout Rattle qui apporte un éclairage assez radicalement différent sur cette musique, qui ce soir me semble plutôt lumineuse — mais c'est peut-être lié à ce que j'ai écouté juste avant)...

Le côté Dutilleux (ou même Florentz) du quatrième et dernier mouvement m'avait également échappé — et pourtant cette ressemblance me paraît absolument évidente à l'écoute de Cambreling; le langage est très nettement différent de celui des trois autres (malgré le contraste entre ces derniers) : hier j'ai parlé de Tichtchenko (mais pas le Requiem), aujourd'hui de Dutilleux/Florentz, en tout cas on n'est plus dans une atonalité pure – il y a de la consonance, des pôles harmoniques assez clairs (quoique toujours brouillés par un grand nombre de notes "étrangères").
J'ai fondu mes commentaires des deux versions, qui me semblent ici moins différentes dans leur approche... Ce qui se confirme pour l'une comme pour l'autre, c'est le caractère globalement assez lumineux (quoique constamment tourmenté) qu'y gagne cette musique; les sommets d'intensité ne m'apparaissent plus du tout comme des évocations de l'Enfer – ça demeure d'une extrême véhémence, tout en étant plus abstrait et distancié...
Encore une fois, Rattle mérite d'être écouté par contraste (quant à Janowski, je le confronterai à Cambreling à l'occasion bounce ...)
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyVen 27 Déc 2019 - 17:40

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_16 Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_18 Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_19
Symphonies n°1 (1947/63; rév. 1991) pour orchestre de chambre, n°2 (1949)¹, n°3 (1949-50)² et n°4 (1955) pour grand orchestre³
Marek Janowski / Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin
Berlin, VIII.2012¹, I.2010², IX.2010³
Wergo


J’ai pris énormément de plaisir en redécouvrant ces quatre symphonies (que je ne connaissais jusqu’ici que dans les versions de Henze lui-même chez DG): elles sont subtiles et complexes, mais d’une expressivité très immédiate et d’un hédonisme sonore très séduisant. Quoique les réécritures et révisions successives rendent l’unité de la 1ᵉ un peu problématique, on peut dire globalement que le langage passe, entre les deux première et les deux suivantes, d’une tonalité très subvertie (chromatisme expansif, modalité, polytonalité...) à une atonalité très polarisée (quelque part entre le Schoenberg de 1905-1910 et le Hartmann contemporain de ces symphonies.) On y retrouve les qualités qui me retiennent souvent chez Henze: une sorte de sens dramatique très prononcé (une progression cursive, sinueuse mais sous-tendue par une tension constante et accentuée par des contrastes expressifs très forts et une écriture rythmique très mobile) et un art de l’instrumentation raffiné et versatile (les alliages de timbre, les jeux de textures sont vraiment somptueux.)

J’ai pour ma part une fascination particulière pour l’hétérogénéité stylistique de la 3ᵉ qui juxtapose des scintillements et des sinuosités impressionnistes, un certain formalisme expansif plus «moderniste germanique» avec les éclats de couleurs franches et les rythmes syncopés d’une inspiration «primitiviste» (entre Sacre et Varèse): dans ce kaléidoscope de couleurs, de textures et de rythmes, on a l’impression de reparcourir les langages et les esthétiques de la première modernité, tout en voyant se dessiner une sensibilité singulière (et assez paradoxale.)

Comme pour la 7 et la 8 dont parle Golisande juste au-dessus, les interprétations de Janowski vont dans le sens d’une intégration sonore et d’une intensifté du geste expressif d’esthétique assez postromantique (alors qu’une lecture plus «pointilliste» et distanciée serait non moins légitime), mais sans pour autant aller jusqu’au «fondu», ce qui était un peu le défaut (nullement rédhibitoire, au demeurant) des gravures DG du compositeur avec la Philharmonie de Berlin: l’image orchestrale est assez ample et enveloppante mais ne noie jamais les détails de texture ni la perspective. Le RSO est idéal d’engagement et de couleurs.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyJeu 19 Mar 2020 - 19:30

En Playlist, Benedictus a écrit:
Aujourd’hui, du Henze symphonique tardif:

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_20
Scorribanda sinfonica sopra la tomba di una Maratona (2001) pour grand orchestre
Peter Ruzicka / NDR Sinfonieorchester
Hambourg, V-VI.2001
Wergo


Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_21
Symphonie n°10 (1997-2000) pour grand orchestre
Marek Janowski / Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin
Berlin, VI.2013
Wergo


Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_22
Sieben Boleros (1998) pour grand orchestre. L’Heure bleue (2001), sérénade pour 16 instruments
Markus Stenz / Gürzenich-Orchester Köln
Cologne, I.2013
Oehms


Le langage est atonal mais très polarisé, très lisible et directionnel (avec tout un jeu de citations de musiques savantes et de danses populaires dans la Scorribanda et les Boléros), l’orchestration incroyablement brillante et colorée, l’écriture rythmique complexe mais souvent pulsée et avec toujours beaucoup de rebond. On est dans une sorte de postromantisme atonal très personnel, très évocateur, quelque part entre le Schoenberg des Pièces pour orchestre ou des Symphonies de chambre (très sensible dans L’Heure bleue) et le Dutilleux des Métaboles, et avec quelque chose de plus intensément «chorégraphique.»

(Bon, si après ça, Xavier et Arnaud n’ont pas compris que ça devrait être leur came...)
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyJeu 19 Mar 2020 - 19:41

Je connais très peu, je vais voir ça, merci. Smile
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyLun 6 Avr 2020 - 19:12

De ces derniers jours en Playlist:
Xavier a écrit:
Henze: Symphonie n°1/Henze
Very Happy Very Happy Smile +
Benedictus a écrit:
Ah oui, mais la 1 et la 2 c'est vraiment de la symphonie allemande années 50, à la Hartmann (en plus, la 1 est assez mal ficelée à cause des réécritures successives), ça n'est pas trop pour toi; tente plutôt la 3 et la 4 (plus colorées, plus bergo-franco-stravinskiennes) ou alors carrément les 7-8-9-10.

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Unansw10
REIMANN: Drei Gedichte der Sappho (2000) pour soprano et 9 instruments / HENZE: Nachtstücke und Arien (1957) pour soprano et grand orchestre / RIHM: Aria/Ariadne (2001), „Szenarie“ pour soprano et petit orchestre
Juliane Banse (soprano), Christoph Poppen / Deutsche Radio Philharmonie Saarbrücken Kaiserslautern
Sarrebruck, VI.2009
Wergo


Very Happy Tout à fait ma came, tout ça! Même si pour les Henze, où on a le choix, je préfère la voix de Michaela Kaune avec Ruzicka... D’ailleurs, les Nachtstücke und Arien, ça, c’est vraiment du Henze-pour-Xavier.

Bon, en revanche, le Reimann et le Rihm, je crois qu’il vaut mieux les lui déconseiller.  hehe
Xavier a écrit:
Benedictus a écrit:
Ah oui, mais la 1 et la 2 c'est vraiment de la symphonie allemande années 50, à la Hartmann (en plus, la 1 est assez mal ficelée à cause des réécritures successives), ça n'est pas trop pour toi; tente plutôt la 3 et la 4 (plus colorées, plus bergo-franco-stravinskiennes) ou alors carrément les 7-8-9-10.
Ah mais je vais les faire toutes. Smile
Benedictus a écrit:
Accroche-toi quand même pour la 5 et la 6 (moi, je les trouve assez sympas, mais j'ai peur qu'elles soient déjà trop darmstadtiennes pour toi...)
Xavier a écrit:
Henze: Symphonie n°2/Henze
Very Happy Very Happy Smile +
Xavier a écrit:
Henze: Symphonie n°3/Henze
Very Happy Very Happy Very Happy
Pas le coup de foudre, mais ça soutient mon intérêt.
Xavier a écrit:
Henze: Nachtstücke und Arien/Barainsky, Stenz
Very Happy Very Happy Very Happy Smile
Xavier a écrit:
Henze: Symphonie n°4/Henze
Very Happy Very Happy Very Happy
Vraiment l'impression d'écouter du Schoenberg par moments. (Variations opus 31)
Quand même un peu raide, même si coloré.

Et puis, aujourd’hui:

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_24
Heliogabalus Imperator (1971-82; rév. 1986), Allegoria per musica
Oliver Knussen / BBC Symphony Orchestra
En public, Londres, II.2014
Wergo


Shocked Un délirant poème symphonique d’une demi-heure, dans lequel Henze revendique le kitsch le plus débridé («une suite d’images romaines de cinéma ou de cirque, la ville telle qu’elle aurait pu apparaître aux yeux ou aux oreilles d’un Cecil B. DeMille... J’ai repris les couleurs pop-art criardes de mes pièces antérieures et les ai réutilisées dans cette succession d’images, contenant déjà en elles-mêmes des éléments de spectaculaire, afin de produire tout le bruit, toute la vulgarité, l’ostentation, la bestialité typiques des Romains de l’Antiquité comme d’aujourd’hui.»¹)

Au moins autant que du poème de Stefan George en épigramme, l’œuvre s’inspire du texte d’Artaud, Héliogabale ou l’anarchiste couronné, dont elle reprend la structure narrative: comme dans un poème symphonique à la Strauss, on a vraiment à faire à un récit en musique, foisonnant de figuralismes (du cortège d’entrée du jeune empereur levantin dans Rome à son meurtre par les prétoriens mutinés, en passant par les méditations d’Héliogabale, la confrontation avec le Sénat, le culte orgiaque de Baal...)

Ce qui saute aux oreille, c’est la façon dont cet extraordinaire orchestrateur-coloriste qu’est Henze utilise avec son art habituel les ressources d’une vulgarité sonore aussi décomplexée: fanfares qui pouët-pouëttent à qui mieux mieux, grandes dégoulinades grinçantes de cordes (dans la nomenclature de la partition, il est écrit: «Archi: la più possibile quantità»), babil de bois gueulards, surcharge de percussions bigarrées (steel drum, marimba, tomtom, castagnettes, cloches tubulaires...), sans parler des instruments aux effets très spéciaux - toute une collection d’appeaux à oiseaux, une sirène, un flexatone...

Mais plus profondément, le tour de force de Henze réside ici dans la juxtaposition incessante, dans un même flux dont la tension ne retombe jamais, de langages extrêmement disparates, tous incroyablement chargés: cela va de grands passages lyriques et foisonnants en langage atonal libre (à la manière des Pièces pour orchestre de Schoenberg ou de Berg), à des mouvements de danses latines symphoniques (qui font irrésistiblement penser au Bernstein de West Side Story), en passant par des strates polymodales et polyrythmiques (se rapprochant quant à elles du Messiaen de la Turangalîla-Symphonie) ou des passages dissonants-percussifs frontaux évoquant la Neue Einfachheit la plus bourrine (le Rihm de Tutuguri, par exemple.)

Au total, c’est une musique à la fois totalement impossible, too much, pourtant jubilatoire (mais aussi trop intelligente pour qu’on puisse lui assigner une place, disons, à la Ketèlbey) - et qui semble en outre poser un discours critique extrêmement ambigu: on dirait qu’à travers cette pièce, en revendiquant le kitsch le plus outrancier, Henze cherche à mettre au premier plan l’attrait pour le vulgaire et le clinquant, mais comme pour le questionner en tant que refoulé de la musique contemporaine sérieuse, dans une posture à la fois de distance (c’est une musique citationnelle, un peu à la manière des Bandar-Log de Koechlin, et le propos de Henze que j’ai cité est assez explicite) et d’adhésion (le sujet même de l’œuvre est profondément henzien - le jeune prince rebelle, le mysticisme et la sensualité - mais aussi l’écriture!) En fait, une œuvre profondément réflexive qui nous amène à nous interroger sur notre propre rapport au «mauvais goût».

Commandée et créée par Solti et le Chicago Symphony (on imagine que ça devait dépoter!), curieusement dédiée à Nono, l’œuvre comportait, dans sa version originelle, une partie en écriture aléatoire finalement supprimée. L’enregistrement de Knussen avec le BBC SO est remarquable - idéalement détaillé et coloré (on bénéficie à plein de l’effet de foisonnement du détail des timbres et des textures), et mené de façon très cursive et animée.

Je reviendrai ultérieurement sur les autres œuvres du disque - plus classiquement belles (même si on y trouve aussi l’orchestration colorée, l’intégration d’idiomes hétérogènes, y compris populaires, et ce langage entre tonalité très élargie et atonalité très polarisé.)


¹:
 


Dernière édition par Benedictus le Mar 7 Avr 2020 - 0:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyLun 6 Avr 2020 - 22:32

Benedictus a écrit:
La traduction, particulièrement maladroite, est de moi. Si un germaniste plus qualifié veut proposer mieux, ce ne sera pas de refus (Drosselbart?)

Mais il n'y a rien à redire à cette traduction, elle est excellente !

Je propose quand même ma variante (le défi d'une traduction ne peut pas être refusé) : "Une suite d'images donnant à voir une Rome sous un éclairage cinématographique et circassien, telle qu'elle a pu se présenter aux yeux ou aux oreilles d'un Cecil B. DeMille... J'ai transposé les couleurs vives du type Pop-Art de mes œuvres précédentes sur cette série d'images, et ce n'est pas pour rien qu'elles tenaient autant du spectacle ; j'y ai rendu tout le caractère bruyant, trivial, ostentatoire, animal, dont il faut bien dire qu'il fut propre aux anciens Romains comme il l'est à ceux d'aujourd'hui."
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyMar 7 Avr 2020 - 0:39

Merci!

(Euh... C'est bien d'être modeste, mais enfin, la différence saute quand même aux yeux: c'est ta traduction qui peut être qualifiée d'excellente - la mienne, bon, disons, qu'en mettant les choses au mieux, elle cerne globalement le propos sans contresens ni oubli majeur.)
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyLun 13 Avr 2020 - 11:39

Vous êtes bien bon, Monseigneur.

Mais puisque nous sommes sur le sujet Henze. Je me suis souvent demandé si l'une ou l'autre de ses œuvres avait une chance de me plaire, sans jamais être franchement séduit pas des extraits entendus ça et là. Que me conseillerais-tu qui ne soit pas trop viscéral ?
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyLun 13 Avr 2020 - 14:14

( Embarassed )

Ce qui serait a priori le plus susceptible de te plaire, ce serait sans doute les scènes d'Élégie pour de jeunes amants dirigées par le compositeur, chez DG, avec des chanteurs que tu connais (DFD, Martha Mödl!)
Je pense que tu devrais aussi aimer les Nachtstücke und Arien; peut-être aussi la Kammermusik 1958 (dans un langage plus «moderniste», mais avec de belles allusions archaïsantes et une prosodie qui pourrait t'intéresser - c'est sur In lieblicher Bläue de Hölderlin.)
Comme tu n'as pas accroché à Hartmann, je ne te conseillerais pas trop les premières symphonies; en revanche, essaie peut-être les 7, 8 et 10 - voire la 9 (cf. sup.)
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyLun 13 Avr 2020 - 18:43

(Point d'inquiétude, c'était dit dans un esprit de dérision gêné devant tant d'amabilités Mr. Green )

Benedictus a écrit:
Je pense que tu devrais aussi aimer les Nachtstücke und Arien; peut-être aussi la Kammermusik 1958 (dans un langage plus «moderniste», mais avec de belles allusions archaïsantes et une prosodie qui pourrait t'intéresser - c'est sur In lieblicher Bläue de Hölderlin.)

Tout à fait mon affaire, en effet, cette transposition du poème de Hölderlin. Je ne m'attendais pas à trouver ce type de musique chez Henze. D'ailleurs il y a de très belles choses sur ce disque :

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 R-193110

Très belle dernière plage orchestrale. Ça pourrait bien me plaire finalement, surtout si les dernières symphonies sont dans cet esprit là. J'ai dû aborder Henze par son côté plus expérimental pour en avoir une idée plutôt négative. J'irai voir du côté de cette Elégie et des symphonies que tu m'indiques dans ce cas.

Qu'en est-il du ballet Undine ? La référence à Lamotte-Fouqué pourrait me plaire également. Et à ce que j'ai cru entendre en fouillant un peu, ça s'inscrirait plutôt dans cette esthétique également.

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Qu'en penser ?
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyLun 13 Avr 2020 - 19:12

cheers

Ah, oui, La selva incantata, c'est somptueux (j'avais craint que ce soit trop hédoniste pour ton goût.) Les dernières symphonies sont en effet plus ou moins dans cet esprit-là (et en tout cas dans ce langage) - comme beaucoup de pièces orchestrales tardives, en fait.

Il faudrait que je réécoute Undine.
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyMar 28 Avr 2020 - 21:08

J'ai donc décidé de me changer les idées et de tenter du Henze, depuis longtemps sur ma liste des compositeurs-de-Benedictus (avec Cerha, Jarrell et Dufourt, s'agissant de noms récents). Je ne le connais que pour une paire d'opéras qui ont emporté mon adhésion : der junge Lord et The Bassarids (aussi, Elegy for Young Lovers dont j'adore le livret et la chanson du médecin).

J'ai donc tenté l'album cité plus haut :
Spoiler:
 

Si les Vier sinfonische Etüden et les Quattro Poemi m'ont laissé circonspects, j'ai été séduit par la luxuriante Selva Incantata : ouverture capiteuse et mystérieuse, final endiablé (j'ai pensé, la faute au titre hispanisant, à Villa-Lobos, par exemple Rudepoema ?), quel régal !
Autre plaisir sans mélange, Nachtstücke und Arien, au titre aussi prometteur que descriptif : trois nocturnes et deux arias, en effet ! Le mystérieux premier nocturne qui vire rapidement à la scène de cauchemar, ou la seconde aria qui vient sur la pointe des pieds avant d'emporter l'auditeur sur de hautes cimes ont particulièrement stimulé mon intérêt.

Héliogabale est ensuite au menu, ainsi que les suggestions faites à Drosselbart, j'espère bien y trouver mon compte...
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyMar 28 Avr 2020 - 23:26

Mefistofele a écrit:
J'ai donc décidé de me changer les idées et de tenter du Henze, depuis longtemps sur ma liste des compositeurs-de-Benedictus (avec Cerha, Jarrell et Dufourt, s'agissant de noms récents).
Bigre, voilà qui est intimidant...  Embarassed
(Enfin, au moins, ce ne sont pas des compositeurs que je pense avoir à rougir d'aimer.)

Mefistofele a écrit:
Je ne le connais que pour une paire d'opéras qui ont emporté mon adhésion : der junge Lord et The Bassarids (aussi, Elegy for Young Lovers dont j'adore le livret et la chanson du médecin).
Moi, c'est vraiment Elegy que je place tout au-dessus, Bassarids juste après (enfin, je devrais plutôt dire Elegie et Bassariden, puisque c'est en version allemande que je les réécoute.)

Mefistofele a écrit:
Si les Vier sinfonische Etüden et les Quattro Poemi m'ont laissé circonspects, j'ai été séduit par la luxuriante Selva Incantata : ouverture capiteuse et mystérieuse, final endiablé (j'ai pensé, la faute au titre hispanisant, à Villa-Lobos, par exemple Rudepoema ?), quel régal !
Pour les Etüden, oui, ça semble assez contraint. Curieux en revanche que les Quattro Poemi ne t'aient pas davantage plu - le langage, l'esthétique ne sont quand même pas si éloignés des Nachtstücke und Arien (mais encore plus des Symphonies 2 à 4.)
La selva incantata, oui, ça synthétise assez bien ce que Henze réussit de mieux: les climats un peu mystérieux ou oniriques et la danse brillante, et une écriture orchestrale tout à fait somptueuse.
En revanche, le titre, c'est de l'italien; je crois que ce serait El bosque encantado en espagnol.

Mefistofele a écrit:
Autre plaisir sans mélange, Nachtstücke und Arien, au titre aussi prometteur que descriptif : trois nocturnes et deux arias, en effet ! Le mystérieux premier nocturne qui vire rapidement à la scène de cauchemar, ou la seconde aria qui vient sur la pointe des pieds avant d'emporter l'auditeur sur de hautes cimes ont particulièrement stimulé mon intérêt.
Ah, oui, vraiment une œuvre majeure!

Mefistofele a écrit:
Héliogabale est ensuite au menu, ainsi que les suggestions faites à Drosselbart, j'espère bien y trouver mon compte...
Pour Héliogabale, bon, je pense avoir suffisamment prévenu sur le caractère particulier de la chose. Pas encore eu le temps réécouter Undine, malheureusement.
Sinon, tu peux aussi aller jeter une oreille à la Scorribanda et aux Boleros dont je disais un mot un peu plus haut.
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyMar 28 Avr 2020 - 23:44

Heliogabalus Imperator, donc...

J'avoue être un peu déçu, je m'attendais à quelque chose de plus spectaculaire, façon Khachaturian pour le cirque ou Leifs pour l'instrumentarium délirant. Mes extravagantes attentes revues à la baisse, la pièce est en effet fort intéressante pour ses effets d'orchestration uniques, que les appeaux et autres "sifflets à clochettes" ne manquent pas d'offrir (autout de 11:00, c'est fabuleux !). Couleurs bigarrées sur fond "henzien", il y a malgré les ambitions une forme de retenue, d'étrangeté, de mystère typiques du compositeur, là où Khachaturian ferait danser les ours au milieu de la batterie de grosses caisses.
Ceci étant dit, que l'auditeur ne se méprenne pas, ça dérape et ça se déhanche dès l'ouverture, avec force tintamarre et accords pétaradants, mais jamais sans que cela ne vire au carnaval : les crépuscules des pièces que j'ai écoutées jusqu'à présent se retrouvent vite. Et c'est ce contraste d'ambiances, comme la débauche des moyens et la "finesse" du résultat obtenu que je trouve vraiment intéressants... Grossier mais jamais vulgaire ? Avoir recours à tout l'arsenal de ce qui peut faire du bruit sans pour autant se contenter de faire du vacarme ?

Une pièce que je réécoute déjà pour apprécier toute la science de ses extravagances recherchées...
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyMar 28 Avr 2020 - 23:58

Ah, mais c'est justement tout l'intérêt de le chose, je crois - d'ailleurs, je soulignais (par un autre biais) son ambivalence: ça reste complètement «henzien» (ne serait-ce que dans l'art d'orchestrer, le sens de la danse, les climats mystérieux, la pluralité des langages, et jusque dans le référent historique et littéraire), ça intègre et assume le «mauvais goût» sans être en soi une œuvre destinée à une écoute au second degré.
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyMer 29 Avr 2020 - 0:25

Benedictus a écrit:

Moi, c'est vraiment Elegy que je place tout au-dessus, Bassarids juste après (enfin, je devrais plutôt dire Elegie et Bassariden, puisque c'est en version allemande que je les réécoute.)

Elegie se trouve en allemand en version intégrale ? Si non, la version écourtée ne retranche rien de majeur ? (Je vois avec DFD et Martha Mödl, ça ne peut pas être mauvais !). En tout cas, ces recommandations me donnent envie de me pencher à nouveau sur le sujet.
Pour Bassarids, je l'ai vu en anglais (récemment) mais autrement découvert en allemand. Très impressionné par la musique, j'avais été complètement largué par l'intermezzo, toutefois.

Benedictus a écrit:

Pour les Etüden, oui, ça semble assez contraint. Curieux en revanche que les Quattro Poemi ne t'aient pas davantage plu - le langage, l'esthétique ne sont quand même pas si éloignés des Nachtstücke und Arien (mais encore plus des Symphonies 2 à 4.)
La selva incantata, oui, ça synthétise assez bien ce que Henze réussit de mieux: les climats un peu mystérieux ou oniriques et la danse brillante, et une écriture orchestrale tout à fait somptueuse.
En revanche, le titre, c'est de l'italien; je crois que ce serait El bosque encantado en espagnol.

Où je dévoile que les langues latines, ce n'est pas ma spécialité ; et que je n'ai pas réfléchi 5 secondes avant d'écrire ce message lorsque la langue est aussi évidente. Embarassed
Je retenterai alors lesdits poèmes, mais j'ai trouvé ça rapidement lassant là où les Nachtstücke m'ont immédiatement captivé (et ne parlons pas de la forêt enchantée...)

Benedictus a écrit:
Sinon, tu peux aussi aller jeter une oreille à la Scorribanda et aux Boleros dont je disais un mot un peu plus haut.
Ah oui, les Boleros, je réalise que c'est une pièce que je connais, Rav–phaël avait signalé La irascible qui m'avait énormément plu. Bien noté pour le reste, me voici équipé pour les prochains jours... D'ailleurs...

Benedictus a écrit:
Mefisto qui fait moins le Malin a écrit:

J'ai donc décidé de me changer les idées et de tenter du Henze, depuis longtemps sur ma liste des compositeurs-de-Benedictus (avec Cerha, Jarrell et Dufourt, s'agissant de noms récents).
Bigre, voilà qui est intimidant...  
(Enfin, au moins, ce ne sont pas des compositeurs que je pense avoir à rougir d'aimer.)
*

Ah non, pas de modestie à avoir ou d'honneur à ravaler, dans l'absolu bien sûr ou suite à mes remarques en particulier. Après avoir déclaré ouvertement Glass, Rachmaninoff et la light music britannique ces derniers temps, et exploré tous azimuts de multiples répertoires et compositeurs, je pense qu'un peu de "sérieux" et de concentration (sans parler d'une cure de bon goût) ne peut pas me faire de mal. Very Happy

*J'ai aussi les listes de tragédie et de motets en attente, mais je n'ai pas la tête à cela en ce moment. Embarassed
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyMer 29 Avr 2020 - 1:12

J'ai donc écouté ces Szenen Aus "Elegie Für Junge Liebende", en allemand donc, et c'est vrai que c'est très bien orchestré ! Et ces voix... Très belle pièce, mais il me manque certains moments croustillants de la pièce complète (l'ordonnance du médecin évoquée plus haut, par exemple).

Scorribanda sinfonica sopra la tomba di una Maratona fait preuve de la même sorcellerie en terme d'orchestration, plus proche d'Heliogabalus Imperator du coup. Je me demande si Henze ne fait d'ailleurs pas directement référence à cette pièce dans sa dédicace (Ich übertrug die grellen Pop-Art-Farben meiner vorigen Stücke auf diese Bilderfolge, die ja auch nicht umsonst so etwas Spektakelhaftes an sich hat). C'est bigarré, ça rugit, ça détone puis se retranche dans les ombres, mais cela ne reste jamais tranquille ou contenu dans des nuances subtiles. Très impressionnant, j'ai beaucoup aimé, et cela ressemble plus à ce que j'attendais pour Héliogabale, les sifflets en moins. Very Happy

Encore merci de cette excellente recommandation !
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyDim 3 Mai 2020 - 22:37

Comme j'aime bien Henze (effectivement, ses opéras, Liebenden, Medusa, Junge Lord, j'aime beaucoup, les symphonies aussi – mais pas réécoutées depuis 15 ans…), j'ai suivi quelques-unes de vos recommandations.

Henze – Undine – London Sinfonietta, Knussen (DGG)
→ Pour ce ballet, on découvre du Henze bien tonal, qui conserve ses équilibres orchestraux, mais tire aussi vers le néoclassicisme bigarré, vraiment étonnant de l'entendre ainsi singer la musique théâtrale, pour ne pas dire de film… Pas forcément très mélodique, mais beaucoup de variété dans les saveurs et les couleurs, on y entend un métier beaucoup plus traditionnel que ce qu'on pourrait croire.

Henze : Heliogabalus Imperator – BBCSO, Knussen (Wergo)
→ Orchestration très bigarrée, amusante, mais grammaire atonale dont la direction n'est pas toujours évidente.
S'écoute très bien, mais j'avoue que le discours de la « parabole » auto-désignée m'échappe un peu.

Henze : Englische Liebeslieder, avec Karttunen au violoncelle, BBCSO, Knussen (Wergo)
→ Beau lyrisme concertant, assez séduisant.
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyDim 3 Mai 2020 - 23:08

Mefistofele a écrit:
Scorribanda sinfonica sopra la tomba di una Maratona fait preuve de la même sorcellerie en terme d'orchestration, plus proche d'Heliogabalus Imperator du coup. Je me demande si Henze ne fait d'ailleurs pas directement référence à cette pièce dans sa dédicace (Ich übertrug die grellen Pop-Art-Farben meiner vorigen Stücke auf diese Bilderfolge, die ja auch nicht umsonst so etwas Spektakelhaftes an sich hat). C'est bigarré, ça rugit, ça détone puis se retranche dans les ombres, mais cela ne reste jamais tranquille ou contenu dans des nuances subtiles. Très impressionnant, j'ai beaucoup aimé, et cela ressemble plus à ce que j'attendais pour Héliogabale, les sifflets en moins. Very Happy
Cette Scorribanda est clairement enracinée dans les musiques de danses populaires (latines, entre autres) - en fait la «marathonienne» dont il est ici question, c'est une participante à ces «marathons de danse», qui constituent le sujet d'On achève bien les chevaux d'Horace McCoy; je crois qu'à l'origine de l'œuvre, il y avait une musique de scène composée par Henze pour une adaptation théâtrale du roman par Viconti.

DavidLeMarrec a écrit:
Comme j'aime bien Henze (effectivement, ses opéras, Liebenden, Medusa, Junge Lord, j'aime beaucoup, les symphonies aussi – mais pas réécoutées depuis 15 ans…)
Allons, allons, ne fais pas ton Benedictus  Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 40601244 !

DavidLeMarrec a écrit:
Henze – Undine – London Sinfonietta, Knussen (DGG)
→ Pour ce ballet, on découvre du Henze bien tonal, qui conserve ses équilibres orchestraux, mais tire aussi vers le néoclassicisme bigarré, vraiment étonnant de l'entendre ainsi singer la musique théâtrale, pour ne pas dire de film… Pas forcément très mélodique, mais beaucoup de variété dans les saveurs et les couleurs, on y entend un métier beaucoup plus traditionnel que ce qu'on pourrait croire.
Je m'étais promis de le réécouter pour donner quelques pistes à Drosselbart, mais je n'ai pas encore eu le temps de m'y mettre. Embarassed

DavidLeMarrec a écrit:
Henze : Heliogabalus Imperator – BBCSO, Knussen (Wergo)
→ Orchestration très bigarrée, amusante, mais grammaire atonale dont la direction n'est pas toujours évidente.
S'écoute très bien, mais j'avoue que le discours de la « parabole » auto-désignée m'échappe un peu.
Ah bon? Pourtant, c'est aussi narratif et figuraliste qu'un poème symphonique de Strauss (la procession d'entrée d'Héliogabale à Rome - les méditations subversives de l'empereur - les provocations d'Héliogable devant le Sénat - les discussions des sénateurs - la célébration orgiaque du culte de Baal - la poursuite et la mise à mort d'Héliogabale par les prétoriens mutinés.)

DavidLeMarrec a écrit:
Henze : Englische Liebeslieder, avec Karttunen au violoncelle, BBCSO, Knussen (Wergo)
→ Beau lyrisme concertant, assez séduisant.
Oui, c'est très beau aussi. As-tu aussi écouté Los Caprichos, sur le même disque que les deux précédents? C'est d'une espèce de romantisme très épuré, dans des climats de mélancolie élégante et de mystère nocturne (qu'on a d'ailleurs du mal à recouper avec les gravures de Goya.)
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyDim 3 Mai 2020 - 23:21

Benedictus a écrit:
Ah bon? Pourtant, c'est aussi narratif et figuraliste qu'un poème symphonique de Strauss (la procession d'entrée d'Héliogabale à Rome - les méditations subversives de l'empereur - les provocations d'Héliogable devant le Sénat - les discussions des sénateurs - la célébration orgiaque du culte de Baal - la poursuite et la mise à mort d'Héliogabale par les prétoriens mutinés.)

J'ai suivi avec ton texte et non la notice du disque. Smile

Cependant je voulais plutôt indiquer par là que ces sections dépareillées ne m'ont pas paru très évocatrices ; j'ai entendu plein de choses assez plaisantes, mais dont le sens / l'utilité ne m'ont pas frappé – ce n'est jamais très bon signe quand face à une musique on se demande « ça sert à quoi ? ». Confused


Citation :
Oui, c'est très beau aussi. As-tu aussi écouté Los Caprichos, sur le même disque que les deux précédents? C'est d'une espèce de romantisme très épuré, dans des climats de mélancolie élégante et de mystère nocturne (qu'on a d'ailleurs du mal à recouper avec les gravures de Goya.)

Non, pas encore. Parmi ce que je n'ai pas écouté de vos recommandations, il y a encore la Selva incantata et Kammermusik 1958.
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyDim 10 Mai 2020 - 8:25

Je n'avais pas écouté Henze depuis (trop) longtemps.

Ce matin en [Playlist]

Cantata della fiaba estrema

Edda Moser: soprano
RIS-Kammerchor
Instrumentalists of
the Kammerorchester der
Berliner Philharmoniker
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*************

Musen Siziliens

Dresner Kreuzchor
Joseph Rollino, Paul Sheftel: piano
Members of the
Dresden Staatskapelle
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Deux œuvres très intéressantes. Smile
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyDim 17 Mai 2020 - 13:09

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 51rhg210

Dernier opéra de Henze ,L'Upupa und der Triumph der Sohnesliebe (français : La huppe ou le triomphe de l'amour filial)   sur un livret du compositeur d'après des légendes arabes et perses. Créé le 12 août 2003 au festival de Salzbourg sous la direction de Markus Stenz avec une mise en scène de Dieter Dorn.C'est justement cette version ,dont il est question dans ce DVD .Que dire de cette œuvre, qu'elle est un équivalent moderne de la Flûte enchantée? Etant un fana des Contes des Mille et une nuits, je ne pouvais qu'adherer,à cette œuvre ,ou pour le pouvoir et l'argent ,deux frères se liguent contre le troisième qui ,on s'en doute a tout le courage, toute l'imagination et aussi toute la bonté que les deux autres n'ont pas.Non l'histoire,les intrigues et surtout le but moral, tout ça est parfait, on est servi, les chanteurs sont tous très bons que ce soient Laura Atkin en fiancée d'Al Kasim, Matthias Goerne en malheureux fils trahi et déchu .Hanna Schwarz en rôle d'homme, tous sont vraimentparfaits.
Les quêtes sont faites surtout pour se rencontrer et aussi pour savoir qui on est et ce que l'on recherche,vraiment et là l'opéra le montre bien bien avec cette quête de l'oiseau d'or, bref, c'est un opéra qu'on regarde avec plaisir.Le hic, s'il pouvait y en avoir un, c'est un peu ce que disait Rolf Liebermann dans son bouquin (actes et entractes)que Henze se perdait un peu dans son talent et qu'après avoir fait des chefs-d'oeuvre ,il était difficile de survivre,et là on a affaire à un très  bel opéra, mais pas le chef d'œuvre absolu de la fin d'une vie, mais je dis peut être des bêtises et l'avenir me contredira sans doute. Neutral
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyDim 17 Mai 2020 - 21:57

Ce n'est clairement pas le meilleur opéra de Henze, mais ça reste tout à fait audible et plaisant, à défaut d'être pourvu d'énormément de relief (très récitatif, pas beaucoup de surprises orchestrales, livret fonctionnel mais un peu formel et terne) ou de séduction.

Beaucoup de compositeurs contemporains voudraient arriver à produire juste un opéra écoutable et agréable comme celui-ci !
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyDim 24 Mai 2020 - 14:32

Bien le bonjour.
Si on veut débuter dans son (large) corpus lyrique, c'est plutôt Die Bassariden qui est conseillé? Version Dohnányi? J'ai découvert le compositeur avec lui dans Nachtsücke und Arien et j'ai été très convaincu, tant par l'interprétation que par l'oeuvre d'ailleurs (certains climats instaurés par l'orchestre, le lyrisme, et puis le traitement vocal aussi).. donc s'il existe quelque chose de proche..
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyDim 24 Mai 2020 - 15:06

Par rapport à ce que tu dis, je te conseillerais peut-être plutôt l'Élégie pour de jeunes amants que les Bassarides - disons que dans les Bassarides, si le «fond» musical est le même, l'esthétique en est plus hétérogène et tu risques davantage d'y tomber sur des passages qui te plairont peut-être moins (tantôt des choses plus hiératiques-abrasives, façon Œdipus rex, tantôt du faux jazz ou de la parodie néoclassique qui grincent); l'œuvre est aussi sensiblement plus tardive (1966), et d'une époque où le langage de Henze se fait parfois moins polarisé, plus expérimental.

Après, ça reste une œuvre assez formidable - le live de la création salzbourgeoise par Dohnányi est très bien (mais pas super bien capté pour 1960); je devrais incessamment recevoir le studio de Gerd Albrecht (Koch / Schwann), qui donne, je crois, la version anglaise originale.


À noter aussi que Capriccio devrait aussi publier en juin prochain un enregistrement de l'opéra de 1960 Der Prinz von Homburg.
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyDim 24 Mai 2020 - 19:16

Bien, merci pour cette réponse. J'essaierai d'emprunter les deux après la ré-ouverture des bibliothèques/médiathèques.
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Empty

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