Autour de la musique classique

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 Hans Werner HENZE (1926-2012)

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Benedictus
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyMer 18 Déc 2019 - 20:58

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_15
Symphonie n°9 (1997) pour chœur mixte et orchestre
Ingo Metzmacher / Berliner Philharmoniker, Rundfunkchor Berlin / Gerd Müller-Lorenz
En public, Berlin, IX.1997
EMI


Cette espèce de symphonie-oratorio est assez extraordinaire: une sorte de postromantisme atonal aux couleurs magnifiques (quoique plus étouffées que dans les deux symphonies qui précèdent), une écriture chorale particulièrement impressionnante qui va d’une intensité dramatique très opératique (le III) à quelque chose de plus «rituel» (le VI) ou de plus poétique et méditatif (le VII.) Par ailleurs, le propos de l’œuvre (adapté de Das siebte Kreuz d’Anna Seghers) explique assez largement la sincérité cathartique de cette symphonie (cela possède un caractère plus frontal et expressionniste que les autres symphonies tardives de Henze, plus hédonistes) - a fortiori quand on connaît un peu la biographie de Henze.

Metzmacher fait sonner Berlin avec une qualité de détail inaccoutumée avant l’ère Rattle - dommage cependant que la prise de son très EMI 90’s ne lui rende pas mieux justice: ça sonne quand même bien flou et terne, alors qu’en salle ça devait être incroyable. (Là aussi, il faudrait sans doute que j’essaie Janowski / RSO.)
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyJeu 19 Déc 2019 - 1:14

Tiens, du coup j'écoute la 8 :

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 E3uqjo11 et Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 P-0111

Je me souviens d'avoir beaucoup apprécié la 7e, mais je n'ai pas gardé de souvenir précis de celle-ci que j'avais pourtant également écoutée dans la foulée. Pourtant cette symphonie assez brève (25 minutes) en trois mouvements inspirée du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare, au-delà de la profusion de timbres et de couleurs qui me semble assez coutumière du compositeur (et qui en dépit de son hédonisme, peut assez vite me soûler), recèle des moments particulièrement envoûtants : le très dense premier mouvement ne m'a pas vraiment captivé, mais le deuxième mouvement ménage des sortes de fenêtres contemplatives dans la prolifération narrative, qui sont des instants de grâce pure; l'Adagio final "respire" également davantage, mais il est difficile de se fixer sur tel ou tel épisode tant le propos reste foisonnant, dans un langage assez uniformément lumineux (et strictement atonal, malgré quelques échappées consonantes).
Pas d'enthousiasme excessif donc, mais beaucoup de beautés, et une impression globale assez positive et prégnante.

Concernant les deux versions, il me semble que Janowski "fond" l'ensemble dans une espèce de postromantisme englobant, là où Stenz est plus pointilliste, lumineux et hédoniste dans son exaltation des timbre et des micro-événements singuliers (et m'embarque davantage).
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyJeu 19 Déc 2019 - 2:35

7e Symphonie

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Front12Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 E3uqjo12


Contrairement à ce que j'aurais pu imaginer, le mouvement perpétuel du premier mouvement m'enthousiasme bien plus que par le babillage kaléidoscopique de celui de la symphonie suivante : le propos en est beaucoup plus contrasté, et le ton d'une tout autre ampleur expressive, avec une énergie et une tension dramatique jamais relâchée, sans rien céder (bien au contraire) à la féerie des couleurs et des timbres... pour le coup je suis vraiment emballé. Very Happy
Et ce n'est pas le Ruhig Bewegt qui pourrait altérer cet enthousiasme : contrairement à la 8e, Henze ménage ici un maximum de contrastes et de puissance dramatique — contrastes non seulement entre les deux premiers mouvements, mais au sein de celui-ci, entre la désolation (envoûtante) de la première moitié et de la fin, et les deux déchaînements de violence séparées par un "œil du cyclone" d'un lyrisme lunaire... On est ici dans un univers vraiment ténébreux, assez proche de Wozzeck, vraiment à l'opposé de la symphonie suivante (et beaucoup plus exaltant).
Le rapprochement avec Berg (mais plutôt celui de la Suite lyrique transposé à l'orchestre) me semble encore plus flagrant dans le troisième mouvement, autre mouvement perpétuel beaucoup plus bref que le premier, et d'une violence expressionniste qui rompt toutes les digues...
Le mouvement final est une lente déploration aux harmonies étranges (presque consonantes par moments, quoique toujours très brouillée), lardée de fanfares de trompettes bouchées, qui délaisse en partie l'expressionnisme des II et III pour un langage plus abstrait, par touches de couleurs successives (qui m'évoque un peu Tichtchenko par moments, peut-être en raison de la proximité de mes écoutes...); cela dit, la géhenne resurgit à plusieurs reprise, atteint un sommet d'intensité avant de s'interrompre brusquement pour laisser résonner et s'éteindre un obscur agrégat grave de vents pp...

Une œuvre vraiment radicalement différente de la 8, aussi sombre que la suivante est claire, et vraiment très marquante : décidément, je multiplie ces temps-ci les découvertes susceptibles d'occuper une place parmi mes symphonies préférées (mais j'attends d'écouter d'autre symphonies de Henze, en particulier les premières)...

J'ai regretté au départ de ne pas avoir d'autre version sous la main (un petit Stenz par exemple), mais je dois avouer que je n'ai rien à reprocher à ce Rattle période Birmingham – pourtant encore plus fondu que Janowski, mais d'un lyrisme et d'une sensualité (et d'une puissance dans les accès de violence) assez irrésistibles : l'anti-Rattle en moi est même forcé d'admettre que cette interprétation me convainc plutôt davantage...
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyJeu 19 Déc 2019 - 10:48

Golisande a écrit:
J'ai regretté au départ de ne pas avoir d'autre version sous la main (un petit Stenz par exemple), mais je dois avouer que je n'ai rien à reprocher à ce Rattle période Birmingham – pourtant encore plus fondu que Janowski, mais d'un lyrisme et d'une sensualité (et d'une puissance dans les accès de violence) assez irrésistibles : l'anti-Rattle en moi est même forcé d'admettre que cette interprétation me convainc plutôt davantage...
Oui, Rattle est très bien, mais dans la 7 on a quand même la chance de disposer à la fois de Stenz (chez Oehms, voir ici) et de Cambreling (chez Hänssler)!
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyJeu 19 Déc 2019 - 11:11

J'ai écouté ce à quoi je pouvais accéder le plus facilement... Et c'est déjà plus que satisfaisant (Janowski aussi d'ailleurs), donc je ne peux que me réjouir à la perspective d'entendre (éventuellement) encore mieux ! bounce
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyVen 20 Déc 2019 - 0:08

... ce que je fais d'ailleurs sans tarder Mr.Red

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 42600310Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 00408810

Cette musique est décidément merveilleuse. Le balancement à 7 temps du premier mouvement m'avait plus ou moins échappé, alors qu'il est presque constamment évident; il me semble que Stenz danse davantage que les deux que j'ai écoutés hier soir, tout en proposant une plus grande variété de climats et de couleurs, une plus nette individualisation des timbres... Donc oui, on peut dire que c'est mieux...
Cambreling produit une sensation très différente : j'ai presque l'impression d'être dans une symphonie postromantique, les contrastes narratifs sont mis en avant au détriment de la poussée, du moteur rythmique (qui semble ne jamais s'enclencher pour de bon), et la sonorité orchestrale est plus globale, malgré une très grande précision... Disons que ça ressemble plus à une symphonie du XXe standard, dans une prise de son standard... Stenz me semble plus frappant et séduisant, mais j'aurais tendance à conseiller Cambreling aux amateurs de musique symphonique du XXe moins radicale.

2e mouvement : je commence par Cambreling, qui sonne d'abord comme du Berg mais exalte ensuite le côté webernien de cette musique (que je n'avais entendu ni chez Janowski ni chez Rattle), avant de sombrer dans un océan de dissonance véritablement dantesque, sans que chaque instrument (dont chacun joue une partie différente) cesse d'être individuellement audible... Je suis toujours plus sensible à l'œil du cyclone qu'aux deux terribles murs qui l'encadrent, mais tout ça est foutrement impressionnant et attachant, et la fin du mouvement est vraiment magnifique...
Sans surprise, Stenz est plus pointilliste, résolument moderniste et analytique; le début n'a plus rien d'un postromantisme bergien, et il n'y a aucun contraste marqué entre ces deux premières minutes et ce qui suit; les sonorités sont encore plus hypnotisantes que chez Cambreling, on a nettement perdu pied avec tout ce qui pourrait rattacher cette musique à un langage issu du XIXe. En contrepartie, les vagues de violence sont moins impressionnantes – on à plus affaire à un déferlement de sons presque contrôlé qu'à une masse sonore irrépressible – et du coup les fenêtres de calme, elles aussi, perdent de leur impact... Néanmoins il y a quelque chose de fascinant dans cette interprétation, qui me laisse imaginer que j'y reviendrai davantage.

Troisième mouvement : pas grand chose à ajouter concernant les différences entre les deux versions, que j'ai tout de même du mal à départager... Le son de Cambreling, qui me ramène à une esthétique plus familière, exerce sur moi une séduction certaine – et par ailleurs le rythme me semble un peu plus lisible, moins fondu dans la prolifération des timbres (et de toute façon ce mouvement est un joyeux b....l Mr. Green )
(au fait, j'ai omis (par oubli©) de dire que ces deux versions me paraissent beaucoup moins sombrement expressionnistes que les deux autres — surtout Rattle qui apporte un éclairage assez radicalement différent sur cette musique, qui ce soir me semble plutôt lumineuse — mais c'est peut-être lié à ce que j'ai écouté juste avant)...

Le côté Dutilleux (ou même Florentz) du quatrième et dernier mouvement m'avait également échappé — et pourtant cette ressemblance me paraît absolument évidente à l'écoute de Cambreling; le langage est très nettement différent de celui des trois autres (malgré le contraste entre ces derniers) : hier j'ai parlé de Tichtchenko (mais pas le Requiem), aujourd'hui de Dutilleux/Florentz, en tout cas on n'est plus dans une atonalité pure – il y a de la consonance, des pôles harmoniques assez clairs (quoique toujours brouillés par un grand nombre de notes "étrangères").
J'ai fondu mes commentaires des deux versions, qui me semblent ici moins différentes dans leur approche... Ce qui se confirme pour l'une comme pour l'autre, c'est le caractère globalement assez lumineux (quoique constamment tourmenté) qu'y gagne cette musique; les sommets d'intensité ne m'apparaissent plus du tout comme des évocations de l'Enfer – ça demeure d'une extrême véhémence, tout en étant plus abstrait et distancié...
Encore une fois, Rattle mérite d'être écouté par contraste (quant à Janowski, je le confronterai à Cambreling à l'occasion bounce ...)
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MessageSujet: Re: Hans Werner HENZE (1926-2012)   Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 EmptyVen 27 Déc 2019 - 17:40

Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_16 Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_18 Hans Werner HENZE (1926-2012) - Page 6 Henze_19
Symphonies n°1 (1947/63; rév. 1991) pour orchestre de chambre, n°2 (1949)¹, n°3 (1949-50)² et n°4 (1955) pour grand orchestre³
Marek Janowski / Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin
Berlin, VIII.2012¹, I.2010², IX.2010³
Wergo


J’ai pris énormément de plaisir en redécouvrant ces quatre symphonies (que je ne connaissais jusqu’ici que dans les versions de Henze lui-même chez DG): elles sont subtiles et complexes, mais d’une expressivité très immédiate et d’un hédonisme sonore très séduisant. Quoique les réécritures et révisions successives rendent l’unité de la 1ᵉ un peu problématique, on peut dire globalement que le langage passe, entre les deux première et les deux suivantes, d’une tonalité très subvertie (chromatisme expansif, modalité, polytonalité...) à une atonalité très polarisée (quelque part entre le Schoenberg de 1905-1910 et le Hartmann contemporain de ces symphonies.) On y retrouve les qualités qui me retiennent souvent chez Henze: une sorte de sens dramatique très prononcé (une progression cursive, sinueuse mais sous-tendue par une tension constante et accentuée par des contrastes expressifs très forts et une écriture rythmique très mobile) et un art de l’instrumentation raffiné et versatile (les alliages de timbre, les jeux de textures sont vraiment somptueux.)

J’ai pour ma part une fascination particulière pour l’hétérogénéité stylistique de la 3ᵉ qui juxtapose des scintillements et des sinuosités impressionnistes, un certain formalisme expansif plus «moderniste germanique» avec les éclats de couleurs franches et les rythmes syncopés d’une inspiration «primitiviste» (entre Sacre et Varèse): dans ce kaléidoscope de couleurs, de textures et de rythmes, on a l’impression de reparcourir les langages et les esthétiques de la première modernité, tout en voyant se dessiner une sensibilité singulière (et assez paradoxale.)

Comme pour la 7 et la 8 dont parle Golisande juste au-dessus, les interprétations de Janowski vont dans le sens d’une intégration sonore et d’une intensifté du geste expressif d’esthétique assez postromantique (alors qu’une lecture plus «pointilliste» et distanciée serait non moins légitime), mais sans pour autant aller jusqu’au «fondu», ce qui était un peu le défaut (nullement rédhibitoire, au demeurant) des gravures DG du compositeur avec la Philharmonie de Berlin: l’image orchestrale est assez ample et enveloppante mais ne noie jamais les détails de texture ni la perspective. Le RSO est idéal d’engagement et de couleurs.
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