Autour de la musique classique

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 Franz Schmidt (1874-1939)

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyLun 11 Fév 2019 - 15:26

Oui, la forme peut paraître élusive, la veine mélodique aussi, mais je trouve que ça mérite réellement la réécoute. (Bien sûr, il y a tellement à écouter qu'on peut aussi arbitrer en faveur d'autres compères…)
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyLun 11 Fév 2019 - 19:57

De fait, je réécouterai forcément un jour, mais je ne pense simplement pas le faire dans les semaines à venir, disons. Il y a toujours une déception quand on n'accroche pas à une oeuvre très appréciée par d'autres membres du forum, mais dans tout ce que j'ai testé depuis maintenant presque deux ans que je traine ici, j'ai déjà découvert tellement de belles choses qu'on oublie bien vite !
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMer 13 Fév 2019 - 11:28

Je ne suis peut-être pas complètement perdu pour Schmidt tout de même, car, après avoir testé un peu de musique de chambre, je partage en partie l'avis de Benedictus sur le Quatuor en la majeur, qui m'a semblé quelque part plus "simple" et immédiatement séduisant que les symphonies, et m'a de fait convaincu dans l'ensemble (j'aime moins le dernier mouvement mais le reste c'est du solide avec à mon sens un point culminant dans l'adagio).
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyDim 27 Oct 2019 - 20:40

Je réécoute le premier mouvement de la Deuxième Symphonie (Sinaisky, j'ignore s'il existe une autre version, mais c'est très bien) avec un grand plaisir : c'est plus concentré et ciselé que du Mahler, ça ressemble parfois à du Strauss sans en avoir les tics agaçants et lourdingues... J'ai du mal à ne pas dégainer ces bonnes vieilles références, car il est difficile de ne pas y penser (et même impossible, à moins de ne pas les connaître) - et pourtant cette musique mérite mieux, et a pour elle une sobriété et une (relative) concision que ne possèdent aucun des deux autres.
Je m'en voudrais de remettre une couche de radotage en invoquant le troisième larron, à savoir Brahms - ce que je fais pourtant (mais ce n'est pas précisément une insulte), car Schmidt parvient à synthétiser tout un pan de l'esthétique postromantique dans une forme quasi-classique, tout comme Brahms n'a cessé de le faire avec le langage musical de son époque (Wagner compris, en un sens).

Si le premier mouvement m'euphorise littéralement, j'ai plus de distance avec les variations du deuxième, même si c'est extrêmement bien ficelé (mais pour le coup un peu trop "bon artisan" pour mon goût, ce qui là encore le rapproche d'un certain Brahms, pas mon préféré).

Et à vrai dire je ne suis pas non plus très emballé par la sévérité du (long) début du finale : si j'ai envie d'écouter ce genre de polyphonie, je préfère me tourner vers un répertoire plus ancien (qui présente l'avantage de l'exotisme historique).
La suite ne me semble pas retrouver l'inspiration du premier mouvement, et je comprends pourquoi cette œuvre ne m'avait pas plus emballé que ça... Dommage (heureusement il me reste deux autres symphonies, dont la "valeur sûre" de la 4e Smile ).
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyDim 27 Oct 2019 - 21:35

Golisande a écrit:
la Deuxième Symphonie (Sinaisky, j'ignore s'il existe une autre version, mais c'est très bien)
Sinaisky est très, très bien, mais j'aime encore davantage Bychkov (voir ici.)
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMar 29 Oct 2019 - 23:14

Encore la 2 (cette fois-ci, promis, j'enchaîne avec les suivantes) (et je ne pense pas être encore prêt pour la 1, ça viendra peut-être...)
Je suis décidément assez fan du premier mouvement, construction pleine de surprises et de recoins, offrant des échappées variées sur tout un pan de l'histoire de la musique germanique, et qui ne s'épuise pas malgré des écoutes répétées sur de courtes périodes (je précise qu'il m'arrive fréquemment d'écouter un mouvement plusieurs fois, ou de revenir au début lorsque mon écoute a été trop discrète).
En outre c'est une musique foncièrement gaie - ce que je prenais presque pour une tare il n'y a pas si longtemps - sans que cela nuise à sa richesse expressive (je n'en suis certes pas au point de mettre Schmidt au même niveau que Mahler, mais en revanche je le place peut-être plus haut que Strauss - ne serait-ce que parce qu'il lui emprunte beaucoup en réussissant à ne jamais être vulgaire, ce que Strauss est très souvent à mon sens).

Je radoterais en disant que le deuxième mouvement me passionne moins : radotons donc.
Ce mouvement décèle toutefois quelques très beaux moments (les variations lentes en particulier), et le côté brahmsien de Schmidt me le rend plutôt plus sympathique -- d'ailleurs je pardonne facilement à Brahms son appétence pour les variations, donc pourquoi pas à Schmidt.

Cela dit, je mentirais en prétendant ne pas m'ennuyer un chouïa, comme d'ailleurs avec le Brahms variationneux.

Je tâche d'écouter plus attentivement le Finale, qui m'a toujours un peu échappé... Les cinq premières minutes sont tout de même très austère, d'une austérité allant bien au-delà du Brahms le plus luthérien... Ensuite cela s'anime un peu, et j'entends de vagues échos de la 5e de Bruckner (une symphonie que j'ai récemment appris à - beaucoup - aimer, même si je n'ai pas parlé ici, essentiellement parce que je l'écoutais toujours avec partition).
Malheureusement, je trouve que la suite s'embourbe un peu, le souffle n'est pas là (peut-être devrais-je essayer Bychkov ?). Encore un passage plus calme, que je trouve assez anodin - je n'en perçois ni l'intérêt intrinsèque ni la fonction dans l'architecture globale -, et un emballement final se concluant de manière abrupte (une habitude chez Schmidt manifestement).
Je comprends que l'on puisse y trouver du charme, mais mais personnellement tout cela me laisse  assez indifférent...

Reste (essentiellement) le premier mouvement...
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMer 30 Oct 2019 - 1:08

Le premier mouvement de la Troisième possède un côté très français (tempéré par de longues séquences d'un formalisme austère et chiant comme du Reger).
Il y a (surtout au début) de longues séquences "bucoliques" très convaincantes, dignes de ce que j'aime le plus dans le genre (de la 5e symphonie de Tournemire à la 1e de Roussel, avec en prime des échos du Koechlin le plus innocent et champêtre - sans parler du sempiternel Delius, toujours prêt à surgir dès qu'il est question de pastoralisme, anglais ou non).
Cela dit, le monde germanique est bien présent - avec grupetti et chromatisme sensuel, mais hélas aussi avec l'assèchement qui domine les deux tiers de la symphonie précédente, et qui finit par l'emporter dans ce premier mouvement. Et quelle fin abrupte (trop, à mon sens : on est aux antipodes des codas interminables de Mahler, mais je préfère ces dernières).

L'Adagio est harmoniquement très torturé et assez original - intéressant au moins à cet égard, sans être particulièrement passionnant par ailleurs - j'ai d'ailleurs l'impression que cette harmonie chargée a un côté artificiel, comme si Schmidt avait voulu apporter sa contribution aux tendances de l'époque sans y être complètement à l'aise...

Le Scherzo ne me semble pas particulièrement marquant : certes il s'y passe plein de choses, un peu comme dans un menuet de symphonie de Haydn transposé en 1928 (ce qui était possiblement l'intention du compositeur), mais à vrai dire je n'y prends pas beaucoup d'intérêt.

Je reviendrai peut-être sur le Finale (assez ennuyeux), car je sature un peu...
Avec un petit recul, j'ai l'impression que Schmidt brasse beaucoup de langages de son époque ou (surtout) des époques antérieures, sans parvenir à une synthèse mais en juxtaposant plutôt des esthétiques assez hétérogènes (d'un mouvement à l'autre, et à l'intérieur d'un même morceau)...
Il y parvient avec plus ou moins de bonheur, mais il me semble que la Quatrième symphonie est d'assez loin supérieure aux deux précédentes (excepté, peut-être, le premier mouvement de la 2)...
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMer 30 Oct 2019 - 22:42

Pas eu le courage de revenir sur la 3 (que j'ai trouvée assez c.i.n.e, pour tout dire).

En revanche je réécoute la 4, et - comme dans mon souvenir - j'ai l'impression que Schmidt a lâché la bride, que pour la première fois peut-être il ne se soucie pas de s'inscrire dignement dans une très ancienne lignée, ni de rendre hommage à d'illustres prédécesseurs...
Il y a une grande liberté dans ce langage, certes pas moderniste (je viens d'écouter la Septième de Mahler, de trente ans antérieure...) mais souple et même sensuel, avec des passages d'une singularité - et même d'un mystère (milieu du premier mouvement) absent des symphonies antérieures, une audace harmonique purement organique (comme celle de Tristan et du dernier Mahler), des moments de pure ivresse sonore tendus de moirures impressionnistes...
Comme pour en remettre une couche, l'Adagio est un des mouvements lents symphoniques que je chéris le plus : la douce mélancolie (irrésistible pour moi) de son thème principal, l'obscurité et la tourmente harmonique de sa section centrale... Tout cela me rappelle (dans un langage très différent, et pour le coup vraiment personnel) l'Adagio du Quintette op.115 de Brahms, avec son cœur noir concentrant toute la mélancolie diffuse de ses parties externes...
À noter que dans la version Sinaisky, ce mouvement est curieusement partagé entre les plages 3 (thème principal et section centrale) et 4 (retour du thème principal, qui s'enchaîne sans rupture avec le Scherzo)...
Le Scherzo est agréable à écouter car il conserve ce "nouveau" langage schmidtien, et reprends certains éléments du premier mouvement (la harpe drunken ), mais comme souvent je ne suis pas particulièrement captivé... Aucun ennui toutefois, les éclairages et les micro-récits successifs maintiennent mon attention en éveil.
Impressionnante (et très mahlérienne) transition avec le Finale, plus exactement une sorte de variation du premier mouvement, globalement plus sombre et mélancolique (on est en fait dans une structure globale ABCA')... La coda est assez extraordinaire - toujours très minimaliste, mais d'une façon radicalement différente de celle des autres symphonies ..

Je vais être un peu abrupt, mais pour moi cette symphonie semble émaner d'un autre compositeur que la 2 et la 3, et (toujours pour moi) le saut qualitatif en terme de d'originalité, de subtilité et de puisance expressive est vraiment considérable...
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Bruno Luong
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyLun 3 Aoû 2020 - 10:15

Yes, il suit la trace de son papa bounce

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A part les 4 symphonies, on y trouve aussi Intermezzo Notre Dame.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyDim 20 Sep 2020 - 18:32

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Symphonie n°1 en mi majeur
Paavo Järvi / hr-Sinfonieorchester Frankfurt
En public, Francfort, III.2017
DG


J’entame donc cette intégrale - et dès cette 1ᵉ, je suis enthousiasmé, tant Järvi et son orchestre font ici la différence. Déjà, par rapport aux intégrales de Järvi père et de Sinaïski (toutes deux de qualité, mais malheureusement caractéristiques des captations Chandos et Naxos de l’époque: son réverbéré lointain et opaque pour le premier, spectre disjoint et couleurs acides pour le second), la qualité de la captation s’impose: à la fois tout un luxe de détail dans le rendu des textures et des couleurs et un spectre ample, plein et profond, remarquablement étagé - sans le côté un peu ouaté des captation RCA de Järvi / Francfort (Rott, Bruckner…)

Composée dans les derniers mois du XIXᵉ siècle par un compositeur d’à peine 25 ans, l’œuvre peut certes à bon droit passer pour gentiment tradi, du post-Brahms bien fait. Mais ici, toutes les qualités habituelles de Järvi fils contribuent précisément à faire entendre ce par quoi elle pointe cependant déjà vers autre chose (disons: vers le Schmidt de la maturité), mais avec naturel, en donnant l’impression de rester au plus près des logiques du texte et non de surinterpréter.

D’abord, il y a cette façon de construire les équilibres qui rend pleinement justice à l’orchestration cette œuvre (cette opulence lumineuse qui est la marque de Schmidt, aussi loin des opacités que des débauches coloristes de nombre de ses contemporains): Järvi sait admirablement garder à l’ensemble une impression de grande luminosité tout en laissant s’épanouir dans le détail les couleurs et les textures de chaque partie; c’est particulièrement sensible dans le jeu à la fois distinct et intégré entre le bruissement des cordes (d’un magnifique frémissement, ou avec des détachés très nets) et les somptueux contrechants ou solos de la petite harmonie, ou encore dans les éclats des cuivres, brillants mais jamais écrasants.

Ensuite, il y a cette manière magistrale de construire le discours: avec un usage toujours précis et pertinent des nuances d’agogique et des gradations de dynamique, Järvi parvient à maintenir un élan constamment relancé tout en travaillant les transitions d’une manière qui fait ressortir les typicités de chaque épisode. Dans les deux mouvements extrêmes, l’élaboration formelle, déjà très fouillée, gagne ainsi en lisibilité et en évidence (la construction du I, avec ses carrures qui semblent se souvenir du concerto grosso baroque dans l’idiome de Brahms; les motifs fugués du Finale); dans les mouvements centraux, les bifurcations très soignées exaltent le contraste entre les épisodes (que ce soit dans le II, le changements de registre entre les cantilènes nostalgiques aux accents folklorisants Mitteleuropa du début et la seconde partie, élancée et extatique qui progresse jusqu’à une grande péroraison finale; dans le III, les transitions entre le scherzo et le trio - avec des thèmes brucknériens traités comme du Mendelssohn.)

Grâce à Järvi, on sent donc dès cette symphonie de jeunesse au langage harmonique encore très classique, cet écart typiquement schmidtien, entre l’ancrage dans la tradition et la grande forme, d’une part, et, de l’autre, le penchant pour les bifurcations, les contre-courants qui disséminent le discours. Et ici avec avec une générosité mélodique chaleureuse et une verve rythmique tout à fait réjouissants!
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyDim 27 Sep 2020 - 22:52

Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 01_sch11
Symphonie n°3 en la majeur
Paavo Järvi / hr-Sinfonieorchester Frankfurt
En public, Francfort, II.2014
DG


Là encore, presque une révélation: le soin porté par Paavo Järvi aux transitions, aux ruptures, aux bifurcations, mais aussi aux strates de l’orchestre, exalte vraiment la personnalité de cette symphonie, qui jusque là m’avait moins marqué que la 2 ou la 4 (qui comptent, il est vrai, parmi mes symphonies préférées.)

Le I s’y révèle un des moments les plus représentatifs de la personnalité de Schmidt: un Allegro molto moderato qui baigne dans une atmosphère pastorale lumineuse, avec des solos tantôt rêveurs tantôt pépiants des bois sur un tapis de cordes frémissantes, une profusion de mélodies généreuses et de contrechants lyriques - et pourtant ce que l’on entend là se révèle toujours plus dense, moins étale et moins univoque qu’il n’y paraissait d’abord: les lignes des bois ne cessent de moduler (rendant l’élément mélodique de plus en plus élusif), se perdent pour mieux circuler entre les pupitres (déployant un jeu de strates sonores de plus en plus complexe), et creusent petit à petit un climat harmonique de plus en plus instable et tendu - jusqu’à l’espèce de grand flux hyper-chromatique et inquiet des cordes qui recouvre le centre du mouvement avant de refluer pour que se réinstalle progressivement le climat bucolique du début, menant à une montée de plus en plus exaltée, interrompue par une fin lapidaire.

Porté par une ample cantilène des cordes sans cesse complexifiée par les contrechants des vents, l’Adagio est peut-être l’un des pages les plus «modernes» de Schmidt, avec une harmonie très élaborée, dont le caractère mouvant, fuyant même, pourrait presque sonner décadent, n’était la rigueur contrapuntique dans lequel elle s’inscrit; on oscille ici entre une sorte de climat d’idylle arcadienne, des moments où il semble troublé par des couleurs et des palpitations mystérieuses, plus vénéneuses ou plus nocturnes - et j’ai particulièrement aimé le point d’orgue aux deux tiers, dont je n’avais jamais noté comme ici le caractère de pivot énigmatique du mouvement (c’est exactement le genre de choses où Järvi excelle.)

Le III est lui aussi particulièrement réussi par Järvi, qui parvient à en rendre à la fois l’immédiateté souriante (que ce soit l’élan de danse folklorisante du Scherzo ou l’atmosphère gemütlich du Trio) et les arrière-plans beaucoup plus retors (le foisonnement harmonique fuyant, la circulation kaléidoscopique des strates et de textures, les brusques bifurcations et suspensions) - parvenant ainsi à parfaitement caractériser le mouvement: une atmosphère heureuse aussi typiquement autrichienne et viennoise qu’il est possible, mais sans cesse mise à distance par l’écriture - sans cesse ironisée, pour ainsi dire, mais sans que cette ironie tende jamais, si peu que ce soit, vers le grincement sarcastique des scherzos mahlériens.

Très brucknérien (en particulier l’incipit: un choral de cuivres sur fond de pizzicatos!), le IV expose la passion de Schmidt pour le contrepoint, les grandes formes issues de la tradition et les grandes péroraisons «positives», mais le tout travaillé de l’intérieur par l’incertitude harmonique (même si ce mouvement est le plus stable et le plus directionnel de la Symphonie): Järvi insuffle ici une sorte d’énergie discursive qui clarifie admirablement la structure et va sans cesse de l’avant, jusqu’à une coda presque abrupte dans sa simplicité.

Exaltant de bout en bout!
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyDim 27 Sep 2020 - 23:29

Ca donne envie!
Je vais me procurer cette intégrale. bounce
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyDim 27 Sep 2020 - 23:40

Tu as déjà écouté des Symphonies de Schmidt?

Si ce n'est pas le cas, commence peut-être par la 4ᵉ - c'est celle qui sonne le plus postromantique-décadent-luxuriant. (À une première écoute, les autres pourraient te paraître trop traditionnelles et/ou formelles.)
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyLun 28 Sep 2020 - 0:24

Mais non, Arnaud aimera aussi bien la décadence tourmentée de la 4 que la débauche de lumière des 1 & 2…

(Pour moi aussi, révélation pour la 3, que j'aimais déjà beaucoup, mais dont j'ai vraiment découvert des aspects capitaux en l'écoutant dans cette version !)
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyLun 28 Sep 2020 - 10:24

Bien vu David, je viens d'entamer la première et je me régale (et quelle prise de son!). sunny
J'avais écouté ces symphonies il y a fort longtemps et dans des versions moins luxueuses.
Je reviens vers vous une fois que j'aurai tout écouté. coucou
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyLun 28 Sep 2020 - 23:54

Very Happy
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Mefistofele
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMar 29 Sep 2020 - 0:07

Me revoici !

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Remarque oiseuse : j'ai donc réessayé Schmidt dans cette nouvelle version. Définitivement un compositeur qui me plaît sans m'entousiasmer (les symphonies paires), mais il faut bien l'admettre, dans cet habillage, que de détails, de textures, de sonorités qui flattent l'oreille ! Je me demandais si les anciennes versions étaient à ranger parmi les "merci pour la découverte", tant cette mouture donnait à entendre...


Dernière édition par Mefistofele le Mar 29 Sep 2020 - 0:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMar 29 Sep 2020 - 0:20

Sinaisky dans la 2, Mehta dans la 4, c'était quand même pas mal (et ne mettait pas en valeur les mêmes choses).
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMar 29 Sep 2020 - 17:52

(Je dirais plutôt Bychkov dans la 2.)
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMer 30 Sep 2020 - 18:30

Golisande a écrit:
Je réécoute le premier mouvement de la Deuxième Symphonie (Sinaisky, j'ignore s'il existe une autre version, mais c'est très bien) avec un grand plaisir : c'est plus concentré et ciselé que du Mahler, ça ressemble parfois à du Strauss sans en avoir les tics agaçants et lourdingues... Smile ).

Ca faisait bien longtemps que je n'étais pas venu sur ce forum, le hasard du POST me fait réécouter les symphonies de Schmidt.
Du coup je commence par la 2è Je suis entièrement d'accord avec la parenté stylistique avec Richard STRAUSS . On a mis dans un mixeur 70% de Strauss et 30% de Mahler .
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMer 30 Sep 2020 - 18:44

cheers

Oui, mais avec aussi ce caractère lumineux-mais-mélancolique et ce goût pour les grandes formes issues de la tradition qui n'appartiennent qu'à lui.
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franchom
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMer 30 Sep 2020 - 18:48

disons avec 20% de Schmidt 50% de Strauss et 30% de Mahler
ca reste une boutade
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMer 30 Sep 2020 - 19:14

Je l'entendais bien ainsi!
En tout cas, heureux non seulement que ça t'ait plu, mais aussi que ce soit pour toi l'occasion de poster de nouveau ici! Very Happy
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Bruno Luong
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMer 30 Sep 2020 - 19:44

La 4e a une forte dose de Schoenberg quand même.

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Benedictus
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMer 30 Sep 2020 - 21:03

Oui, c'est vrai.
(Enfin, une forte dose du Schoenberg d'avant 1907 - ça me fait surtout pas mal penser à la 1ᵉ Symphonie de chambre - ... pour une œuvre composée en 1933!)

En tout cas, merci à toi d'avoir signalé la parution de cette intégrale, décidément formidable!
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fomalhaut
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMer 30 Sep 2020 - 21:23

Je possède l'intégrale des symphonies dirigée par Vassily Sinaisky (Naxos), chef largement sous-estimé, à mon sens, intégrale qui, musicalement, me satisfait entièrement.
La durée de la 3ème symphonie sous sa baguette est 50'07" et celle de la 4ème est 46'22", soit, au total 96'29".
Le verso du coffret de l'intégrale de Paavo Jarvi indique que les 3ème et 4ème symphonies sont sur le CD3 et que la durée de ce CD est 85'05".
Questions :
- Une durée de 85'05" me semble anormalement longue pour un CD. Ce CD s'écoute-t-il sans problème sur un lecteur courant ?
- Quelle peut être la cause d'une différence de 11'24" entre les interprétations de ces symphonies ? Reprises effectuées ou ignorées, tempi vifs (Paavo Jarvi) contre tempi lents (Vassily Sinaisky) ?

fomalhaut

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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyJeu 1 Oct 2020 - 21:23

fomalhaut a écrit:
- Une durée de 85'05" me semble anormalement longue pour un CD. Ce CD s'écoute-t-il sans problème sur un lecteur courant ?
Oui.

fomalhaut a écrit:
- Quelle peut être la cause d'une différence de 11'24" entre les interprétations de ces symphonies ? Reprises effectuées ou ignorées, tempi vifs (Paavo Jarvi) contre tempi lents (Vassily Sinaisky) ?
C'est en fait surtout sur la 3ᵉ que ça se joue (dans la 4ᵉ, les différences, mouvement par mouvement sont toujours inférieures à 50 secondes - mais Sinaisky est toujours le plus lent.)

Mais, sur la 3ᵉ, c'est spectaculaire:
Järvi: I: 12:54 - II: 7:36 - III: 7:59 - IV: 12:02
Sinaisky: I: 16:00 - II: 10:28 - III: 11:28 - IV: 13:20

Il faudra que je réécoute Sinaisky, il est bien possible qu'il y ait une histoire de reprises.

Sinon, pour Sinaisky, je garde le souvenir de quelque chose d'assez didactique - en effet plutôt lent, très articulé et plus dans la construction linéaire que dans l'étagement des strates. Bon souvenir, au demeurant: si je l'ai si peu réécouté, ça tient probablement surtout aux transparences de Malmö (que j'aime beaucoup, mais un peu exotiques dans une musique aussi typée germano-mitteleuropéenne) et aux captations Naxos (toujours un peu étriquées, avec souvent une impression de «trous» dans le spectre, faisant ressortir les timbres acides et étouffant les autres.)
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyDim 4 Oct 2020 - 23:48

Ce week-end en Playlist:
arnaud bellemontagne a écrit:
Toute cette semaine :

Schmidt : Les 4 symphonies (Jarvi)
Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 51ldVrnoq9L

J'aime beaucoup. J'en parlerai plus en détail. bounce
Cololi a écrit:
J'ai écouté seulement la 3° pour le moment. C'est vraiment pas mal.
Iskender a écrit:
Hans Rott : Symphonie n° 1 en mi majeur - hr Sinfonie Orchester Frankfurt, Paavo Järvi

Voilà qui me parle autrement que le compositeur post-romantique du moment du forum (ce n'est pas faute d'avoir essayé Franz Schmidt et de vous lire sur la question; ça ne passe pas du tout chez moi  Embarassed ).
Benedictus a écrit:
Ah, mais il faut dire aussi que Schmidt, sans en avoir l'air, c'est plus spécial (le côté parfois extrêmement formaliste, l'apparente contradiction entre une expression très lumineuse et un langage très sinueux et élusif), nettement plus tardif aussi, que le postromantisme de Rott, qui a la force d'une évidence.

Je crois me souvenir que Rubbra ne te parle pas trop, non plus?
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Iskender
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyLun 5 Oct 2020 - 11:05

Je développe un peu mon propos. J'ai tenté trois fois la 4è de cette intégrale Paavo Järvi. À noter qu'on trouve sur internet en accès libre la vidéo du concert de cette 4è à Francfort, mise en ligne par Deutsche Grammophon parallèlement à la publication de l'intégrale.

Pour commencer par le positif j'ai trouvé que pour du post-romantisme germanique, le trait n'était pas si épais. Il y a une texture intéressante, un certaine aération sonore que je perçois tant dans l'écriture que dans ce que fait Järvi qui obtient de belles couleurs de cordes et évite le troppo sostenuto. Mais pour autant on est quand même dans un tout legato quasi permanent qui me lasse très vite. Le sentiment que je ressens tout le temps, qui me vient tout de suite à l'esprit et que j'ai rarement ressenti ailleurs est que ça me fait l'effet d'une musique sans colonne vertébrale. Cette esthétique pourrait me séduire si j'y trouvais des fulgurances mélodiques ou harmoniques, mais je ne discerne pas cela ici. Alors c'est sans doute une qualité chez Schmidt de ne jamais tomber dans la facilité ou le sucré, mais je m'ennuie profondément. Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 2661413304
Il faudra que j'essaye la 3; la 2 ne m'attire pas trop, étant en général assez rétif à l'écoute des thèmes et variations.
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyJeu 8 Oct 2020 - 15:53

Iskender a écrit:
Il faudra que j'essaye la 3; la 2 ne m'attire pas trop, étant en général assez rétif à l'écoute des thèmes et variations.

Les 1 & 2 (où la variation n'a rien de laborieux ; personnellement, j'ai même du mal à entendre que c'en sont) sont nettement plus mélodiques que les 3 & 4, c'est à mon avis plus à même de te séduire (la 1 en particulier, qui synthétise admirablement le postromantisme qui l'a précédé).
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyVen 9 Oct 2020 - 21:47

Iskender a écrit:
Pour commencer par le positif j'ai trouvé que pour du post-romantisme germanique, le trait n'était pas si épais. Il y a une texture intéressante, un certaine aération sonore que je perçois tant dans l'écriture que dans ce que fait Järvi qui obtient de belles couleurs de cordes et évite le troppo sostenuto. Mais pour autant on est quand même dans un tout legato quasi permanent qui me lasse très vite.
Ça, je crois que je comprends, à défaut de partager. Mais il ne serait pas impossible que, sur ce point, la version K. Petrenko / Berlin (que je suis justement en train d'écouter) puisse d'apporter davantage de satisfaction.

Iskender a écrit:
Le sentiment que je ressens tout le temps, qui me vient tout de suite à l'esprit et que j'ai rarement ressenti ailleurs est que ça me fait l'effet d'une musique sans colonne vertébrale.
Ah tiens, c'est très curieux, ça. En fait, spontanément, ce qui m'aurait semblé pouvoir facilement rebuter chez Schmidt (outre le caractère très élusif de l'écriture mélodique), ça aurait plutôt été son côté formaliste-à-l'allemande: les grands mouvements en forme sonate, les effets d'encadrement cycliques, les variations, les formes fuguées, les passages très contrapuntiques... - donc plutôt l'inverse que le rhapsodisme invertébré à la Sibelius  Wink .

Iskender a écrit:
Cette esthétique pourrait me séduire si j'y trouvais des fulgurances mélodiques ou harmoniques, mais je ne discerne pas cela ici.
Ah en effet, ce n'est pas les fulgurances mélodiques qu'il faut attendre de Schmidt! Sur ce plan-là, c'est comme je l'ai dit très élusif. Harmoniquement, c'est encore autre chose: pas de fulgurances dans l'architecture harmonique globale des mouvements ni dans les lignes principales (au contraire, sur ce plan-là, il serait plus carré que la plupart de ses contemporains); en revanche, dans les voix d'accompagnement et les contrechants, ça module sans arrêt et multiplie les micro-sorties de route harmoniques - ce qui produit cette impression que j'avais évoquée à la page précédente au sujet de la 2ᵉ: harmoniquement l'impression d'un grand flux régulier, mais souterrainement agité de plein de contre-courants instables et fuyants.

(Sinon, si j'avais rapproché Schmidt de Rubbra, c'est parce qu'ils me semblent justement posséder ces deux éléments qui les rendent très peu évidents malgré une impression trompeuse de simplicité et de lumière: cet élément mélodique insaisissable et la tendance à un certain formalisme post-brahmsien.)
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptySam 10 Oct 2020 - 0:08

Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 01_sch11 Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 Beetho25
Symphonie n°4 en ut majeur
- Paavo Järvi / hr-Sinfonieorchester Frankfurt, Balázs Nemes (trompette), Ulrich Edelmann (violon), Peter-Philipp Staemmler (violoncelle)
En public, Francfort, IV.2018
DG

- Kirill Petrenko / Berliner Philharmoniker
En public, Berlin, IV.2018
Berliner Philharmoniker Recordings


Enregistrées et parues à peu près en même temps, voici donc deux version majeures de cette symphonie que, pour ma part, je tiens pour une des plus grands accomplissements du genre au XXᵉ siècle.

Composée en 1933, Schmidt la considérait comme un requiem pour sa fille (qui venait de mourir en couche): c’est de fait l’œuvre la plus sombre de tout le corpus, oscillant, jusque dans ses moments les plus apaisés, entre un climat d’élégie désolée et des élans de mélancolie étreignante, et de loin en loin traversée d'éruptions de douleur.

Outre son climat, cette symphonie ce distingue aussi des trois premières par certaines particularités formelles. D’une part, si l’on retrouve bien la structure en quatre mouvements, les quatre mouvements sont non seulement enchaînés attacca mais même assez tuilés pour suggérer l’idée d’une symphonie en un mouvement (d’ailleurs, la notice de la version Järvi ne numérote pas les mouvements, au contraire des trois premières symphonies.) D’autre part, Schmidt ouvre et conclut sa symphonie sur le même solo de trompette, ce qui, au-delà des habituels effets cycliques entre les mouvements extrêmes, tend à suggérer l’idée d’une forme circulaire (suggestion du caractère ressassant, interminable du deuil?)

Par ailleurs, la tendance de Schmidt à subdiviser les strates de son orchestration (jusqu’à des effets étonnamment «impressionnistes» pour une musique aussi formaliste-à-l’allemande) et à multiplier les contrechants très individualisés va ici jusqu’à déployer d’importants passages solistes (notamment l’obsédant solo de trompette déjà évoqué, ou le poignant solo de violoncelle de l’Adagio) qui semblent moins faire référence à une forme concertante que suggérer des «voix» individuelles, abstraites mais très expressive (et dans le solo de violoncelle, je pense qu’on peut vraiment entendre la «voix» du compositeur, Schmidt ayant longtemps été violoncelliste solo au Philharmonique de Vienne.)

Je trouve par ailleurs qu’à défaut de mélodies évidentes, cette symphonie regorge de moments extrêmement frappants. Dans I, le long solo de trompette initial, obsédant, avec ses espèces d’élans suspendus, et l’exposition du second thème au grain folklorisant très Mitteleuropa me semblent tout de même très prégnants, et la façon qu’a le développement, en dépit de son formalisme et de son climat mélancolique, de ménager des espèces de gradations dramatiques me semble très prenant. Même chose dans le II: le contraste entre la longue cantilène du violoncelle solo qui ouvre et conclut le mouvement et la marche funèbre avec ses cuivres éruptifs (très proche des marches funèbres «militaires» de Mahler) me semble produire un effet émotionnel très immédiat. Plus insaisissable est peut-être le III, dans la mesure où ses apparences lumineuses et dansantes sont sans cesse contredites par les lignes de fuite harmoniques des contrechants, où (comme dans la 3ᵉ) ce qu’il peut garder de la brutalité des scherzos brucknériens est toujours comme atténué par une sorte de finesse mendelssohnienne; mais sans atteindre à l’amertume grimaçante des ländler mahlériens, le dispositif semble grincer de plus en plus - jusqu’à l’espèce de déflagration des cuivres, elle tout à fait effarante. Le IV est lui aussi assez insaisissable: ce Finale est comme un double aplani du I, mais où la résolution des tensions n’apporterait aucun apaisement, comme une musique calme flottant au-dessus d’un paysage de ruine - jusque’à la résurgence, elle très marquante, du solo de trompette initial qui s’effiloche dans le silence.

Järvi et Petrenko donnent donc de cette œuvre deux version majeures, magistralement abouties dans leur réalisation (ce sont pourtant des live!) mais aussi très différentes. Toutes deux tranchent avec la version Mehta / Vienne (celle que j’ai réécoutée pendant des années, depuis sa première réédition en CD, Decca «Entreprise»): Mehta faisait délibérément le choix d’une lecture funèbre, crépusculaire, à la fois décantée et prostrée, avec des tempi très étirés et une sonorité orchestrale très (trop?) dense - mais malgré tout très impressionnante. Järvi et Petrenko, on s’en doute, proposent au contraire des lectures très cursives, avec des rythmes vif (voire très vifs pour Petrenko) et un soin particulier porté à la lisibilité du spectre et à l’articulation.

C’est peu dire que le rendu de la version Järvi m’a enthousiasmé. La construction à la fois du discours (avec, comme toujours, cet art des gradations de dynamique et de l’articulation des transitions qui permet de gérer avec une sorte d’évidence tous les jeux de tension et de rendre lisible l’organisation formelle) et du spectre sonore (remarquablement étagé, construit en profondeur, avec des pupitres idéalement focalisés et un beau relief des solos) donne à entendre avec énormément d’acuité et d’intensité les points de tension, les flux, les contrastes, les accumulations, les ruptures - plus que dans le sombre lamento un peu univoque de Mehta, ce sont tous les mouvements intérieurs de l’œuvre qui sont ainsi exaltés. Par ailleurs, les timbres de la Radio de Francfort, pourtant pas les plus distinctifs du monde, ont un grain bien marqués, avec une couleur d’ensemble assombrie mais encore chaleureuse.

Petrenko, quant à lui, m’a passionné mais ne m’a peut-être pas convaincu avec autant d’évidence. Il faut dire qu’il y a quelque chose de presque contre-intuitif dans sa lecture, qui tient à la fois à ses tempi extrêmement allants, aux couleurs et aux transparences du Philharmonique de Berlin d’aujourd’hui et à une gestion du discours qui vise davantage à faire ressortir les discontinuités. On a là une lecture à la fois généreusement lyrique et élancée (avec des phrasés très directs, d’une éloquence extravertie) et étonnamment lumineuse (beaucoup plus dans la continuité des couleurs orchestrales 2ᵉ et 3ᵉ.) Petrenko fait aussi davantage saillir les contrastes de textures à l’intérieur de l’orchestre et n’hésite pas à accentuer les ruptures et les points d’orgue, donnant ainsi davantage à entendre dans les élans contradictoires du discours. J’adhère peut-être moins, mais, à ce degré d’accomplissement, je ne peux que saluer une version qui me donne à entendre autrement une œuvre que j’aime.

Je crois que ce sont de toute façon deux disques auxquels je reviendrai très souvent.
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptySam 10 Oct 2020 - 12:06

En Playlist, Cololi a écrit:
1° écoute de la 4°.
Autant la 3° je trouve que c'est du très bon travail (entre Strauss et Marx) mais pas aussi transcendant qu'une symphonie de Mahler par ex ... la 4° va sûrement au-delà en terme d'impact sur l'auditeur (je la trouve d'un style plus mahlerien).
Dès la 1° écoute, repérer une telle force dans le propos, c'est pas souvent.
cheers mains
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyDim 11 Oct 2020 - 10:29

Une occasion pour moi de me replonger dans les symphonies de Schmidt pour lesquelles j'avais eu un premier avis très négatif il y a un an et demi. Les très belles versions de Järvi ont certainement contribué à rehausser un peu mon intérêt pour ces oeuvres, même si très sincèrement on est encore loin du grand amour : je continue à trouver la Première assez anecdotique dans son côté post-brahmsien sans inspiration mélodique, et les deux suivantes m'indifférent passablement (je comprends qu'Iskender puisse y trouver un côté invertébré, certes c'est insdiscutablement très solidement charpenté, et pourtant je ressens aussi ce côté insaisissable, de la musique qui ne va nulle part et qui en devient difficile à suivre). Le gros mieux est surtout au niveau de la Quatrième que je commence à trouver intéressante (le deuxième mouvement en particulier m'a séduit). Allez, je me la remets dans les oreilles dans six mois, et avec un peu de pot je trouverai ça vraiment bon hehe .
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyMar 20 Oct 2020 - 17:25

Very Happy Oui, je pense en effet que ce sont des œuvres qui peuvent nécessiter un certain temps d'apprivoisement: tous les espoirs sont donc permis!

En Playlist, anaëlle a écrit:
I love you j'étais impatiente de pouvoir enfin parcourir l'intégrale Schmidt-Järvi qui me narguait sur mon bureau. pour l'instant, je n'ai eu le temps que d'écouter la Quatrième Symphonie, et c'est magistral (cette luminosité, cette fluidité !). merci mille fois aux posteurs distingués sans lesquels j'aurais laissé passer ce chef-d'oeuvre.
cheers Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 3641590030
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyJeu 22 Oct 2020 - 19:44

Mon écoute des 4 symphonies par P.Järvi (je ne connaissais que la 1ère jusqu'ici) a été faite de hauts et de bas, et comme plusieurs intervenants, j'ai nettement préféré la 4ère, plus libre, plus étonnante, plus riche, plus moderne aussi.
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyJeu 22 Oct 2020 - 20:14

Oui, disons que, pour accrocher aux trois premières, il faut déjà être a priori sensible aux idiosyncrasies de Schmidt (que j'ai dites, et qui rendent sa musique peu évidente: même quand on aime, disons, Mahler-Strauss, ce n'est pas forcément une musique qui peut parler aussi directement que, par exemple, Hausegger ou Georg Schumann); mais la 4ᵉ, en effet!
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyDim 1 Nov 2020 - 16:30

Je suis occupé à écouter pour la 3x la Chaconne en do dièse mineur
Œuvre de 1931 pour orchestre , vraiment une très agréable découverte et totalement à contre courant de son époque
Enchevêtrement de mélodies mélancolico/bucoliques avec des dialogues des bois vraiment de toute beauté
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyDim 1 Nov 2020 - 22:05

Shocked  Shocked  Shocked
I love you  I love you  I love you

(Tous les commentaires qui suivent sont basés sur la version Sinaisky)

Merci pour le coup de projecteur ! Je ne raffole pas de Schmidt en temps normal, or cette pièce qui m'était inconnue — adaptation pour orchestre de sa monumentale chaconne pour orgue,* et cela s'entend — m'enthousiasme tout à fait. Le beau thème de la chaconne est annoncé aux cordes dès l'ouverture  Sad  et s'ensuit une magnifique série de variations, avec de très belles couleurs ou de remarquables dialogues, en particulier dès que les vents interviennent comme évoqué ci-dessus (à partir de 7:51, hautbois rejoint par la clarinette  Sad  Sad ). Un côté très carré et germanique (spontanément, je pense à Reger et Hindemith), avec des échappées dramatiques (vers 5:00, ou les cuivres menaçants vers 16:00) ou qui sonnent britanniques : façon pastoralisme mélancolique type Rubbra, à partir de 13:27, les appels de cors sur discret tapis de cordes à 20:50, ou les fanfares elgariennes à partir de 22:41 qui semblent entamer Auld Lang Syne. De jolies choses inattendues émaillent le discours, comme ces pizzicatti à 17:21 avant une sorte de crescendo en tutti contrarié, c'est assez saisissant !

Pourquoi ce coup de cœur absolu ? La mélodie (car il y en a une) est présentée de suite : contrairement aux symphonies, pas de discours filandreux ou de forme insaisissable, mais une cellule facile à retenir et fort belle ; les clés sont données d'entrée de jeu et l'on peut se délecter des couleurs. Mon prisme déformant y entend la rencontre de J.N. David (donc Hindemith en mieux), sans les inquiétudes ou dissonances, avec l'école anglaise.

David, pour ta série des plus belles variations orchestrales, il faut absolument rajouter celle-ci. À moins d'être allergique au genre, c'est vraiment une pièce à ne pas rater, et plus accessible que les symphonies, trouvé-je.

*Instant tétrapilectomie : le nom de la chaconne varie d'une source à l'autre. La version pour orgue est bien en ut dièse mineur, celle pour orchestre utilise parfois ce nom, quand elle n'est pas désignée en ré mineur (tonalité de la transposition) ou simplement chaconne.
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Marchoukrev
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Marchoukrev

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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyLun 2 Nov 2020 - 11:54

Mefistofele a écrit:
David, pour ta série des plus belles variations orchestrales, il faut absolument rajouter celle-ci. À moins d'être allergique au genre, c'est vraiment une pièce à ne pas rater, et plus accessible que les symphonies, trouvé-je.

Je ne peux que plussoyer. Il y a deux semaines j'avais emprunté ceci à la médiathèque des Halles :

Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 81cmei12

Je l'ai déjà écouté plusieurs fois et je trouve la Chaconne pour orchestre assez réussie. Il se dégage de cette pièce une mélancolie solennelle et méditative qui n'est pas pour me déplaire. Évidemment, le genre conduit à quelques répétitions, mais je suis bien tenté de les qualifier de sublimes langueurs. Il faudrait que j'essaie la version originale pour orgue...

Du reste, les autres pièces présentes sur le CD ne sont pas mal non plus, ma préférée étant les Variations sur un chant de hussards. Le thème est amusant et assez "pittoresque". (Par contre est-il authentique ? Je ne me souviens pas l'avoir lu dans les notes.) L'orchestration quant à elle est parfaitement maîtrisée et ménage des instants de pure jubilation.

Vraiment, un CD que je recommande pour explorer Schmidt au-delà de ses quatre symphonies !
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyLun 2 Nov 2020 - 19:54

Mefistofele a écrit:
David, pour ta série des plus belles variations orchestrales, il faut absolument rajouter celle-ci. À moins d'être allergique au genre, c'est vraiment une pièce à ne pas rater, et plus accessible que les symphonies, trouvé-je.

J'ai toujours trouvé cette chaconne très belle mais un peu élusive… Je la réécoute souvent, pourtant, vu le nombre de fois par an où je me fais l'intégrale Schmidt de Sinaisky…

Merci pour tes remarques sur les moments forts, je la réécouterai en suivant de plus près ces détails-ci !
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MessageSujet: Re: Franz Schmidt (1874-1939)   Franz Schmidt (1874-1939) - Page 3 EmptyLun 23 Nov 2020 - 2:52

Écoute croisée de la Quatrième Symphonie dans les versions P. Järvi (extraite de son intégrale) et K. Petrenko (sur le même dique que la Musique pour orchestre en un mouvement de R. Stephan).
[Je ne connaissais que Sinaisky jusqu'à présent, mais faute de temps - et vu l'heure - je préfère ne pas l'inclure cette fois-ci.]

Petrenko est très allant est d'une sonorité assez claire, limpide, tirant vers un impressionnisme lumineux ; je ne suis pas sûr d'être pleinement convaincu par cette approche - du moins dans le premier mouvement -, même si l'écoute en est incontestablement très agréable.
Curieusement, je n'ai jamais été à ce point frappé par le quasi-mimétisme (par moments) avec le Mahler post-Cinquième — même si le Schönberg des Gurrelieder est également très présent.
Un vrai bonheur en tout cas, indépendamment de ces considérations.

En comparaison, Järvi est évidemment plus lent, et tire en outre davantage vers Brahms que vers Mahler ; tout est souligné d'une manière peut-être moins subtile, plus premier degré ; ça me semble plus proche de ce que je connais déjà – c'est-à-dire Sinaisky –, assurément à cause du tempo, mais j'ai tout de même la nette impression de quelque chose de plus passionné, plus franc et moins étouffé que ce dernier.
Le solo de cor anglais sur fond de pizzicati est incomparablement plus lent que chez Petrenko — ce qui n'est pas nécessairement une bonne chose, car il en résulte une certaine impression de stagnation, voire de lourdeur – et cela s'applique à l'ensemble du mouvement...
Je poursuis avec l'Adagio dans la même version... Et là encore, l'impression de quelque chose d'un peu premier-degré (le vibrato un peu envahissant du violoncelle solo), plus présent et direct que Sinaisky (que j'aime énormément, ne serait-ce que parce que j'ai découvert l'œuvre dans cette version)...
Cette interprétation me semble avoir pencher nettement du côté « analytique » (tempi plutôt lents, grande lisibilité, mise en évidence de chaque effet) que je goûte assez peu en général — car il me semble que ce traitement littéral de la partition se fait au détriment du mystère, de ce que le compositeur a peut-être simplement voulu suggérer sans le mettre pleinement en évidence (en effet, l'écriture musicale ne permet pas de suggérer quoi que ce soit — c'est là ou ce n'est pas là, point barre, ensuite c'est à l'interprète de faire ses choix...)

Et effectivement, je suis bien plus embarqué par la lecture cursive de Petrenko (même si je reste très attaché au souvenir de Sinaisky, qui m'apparaît pour le moment indépassable) — en revanche, personne décidément ne respecte les indications de tempo (più lento pour la partie centrale) Mad : il me semble que cela pourrait au moins valoir la peine d'essayer... Au lieu de ça, Petrenko préfère aborder la reprise de la première partie dans un tempo sensiblement plus rapide qu'au début – ce qui, par contre, ne se justifie absolument pas... Neutral
Je suis en revanche enchanté par le Scherzo dans cette version — d'une légèreté et d'une fluidité contrebalançant parfaitement ce qu'il peut y avoir de teuton dans cette musique — et jamais les citations du 1er mouvement, et tout ce que cette œuvre peut avoir d'unitaire et d'organique dans sa construction, ne m'ont semblé aussi évidents que dans cette interprétation.

Järvi n'est pas en reste dans ce mouvement — qui me semble plutôt plus réussi que les autres, avec (même) une subtile touche de mélancolie (en contraste avec Petrenko, parce que sinon ça ne saute pas forcément aux oreilles... Mr.Red )... En revanche, la dernière partie (final ou reprise variée du premier mouvement) manque de subtilité, et pour la première fois je m'ennuie un peu.

Je termine cette écoute par le seul final/reprise du I dans la version Petrenko – toujours plus allante (une minute de moins), mais aussi incomparablement plus captivante — et là encore, la parenté avec le dernier Mahler me saute subitement aux oreilles comme une évidence.
Quoi qu'il en soit, j'ai l'impression que cette musique vit et respire pleinement...

Prochaine étape : Sinaisky / Petrenko...
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