Autour de la musique classique

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 Deuxième symphonie de Mahler

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Asinius Pollion
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMer 30 Jan 2013 - 21:57

vinclec a écrit:

- Lorsque Mahler l'a jouée au piano pour la première fois (premier mouvement) devant un grand professeur et critique musical de l'époque (Hans Von Bulow), celui-ci l'a interrompu et lui a dit : "si ça c'est de la musique, alors je ne comprends rien à la musique" !

Ce cher Hans aurait ajouté "en comparaison à ce que viens d'entendre, Tristan me ferait l'effet d'une symphonie de Haydn"

scratch Je vois pas le problème... J'aime beaucoup Haydn Mr.Red

(ça dois faire mal d'entendre dire ça de la par d'un des plus grand chef d'orchestre de l'époque)
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMer 30 Jan 2013 - 22:39

vinclec a écrit:
oui oui, le premier mouvement de la deuxième, dans lequel il enterre le héros de la première (selon ses propres dires) : chez Mahler tout se suit !

par ailleurs tu trouveras dans un autre fil un message important au sujet d'un petit e très agaçant
J'ai vu le message et ai rectifié (Quand on peut faire plaisir et que ça débarrasse)...
Par contre je ne trouve plus le fil où habilement tu me montrais mon incurie à franciser le prénom "Gustav" ?
Où était-ce ?
Je croyais le "héros-chasseur" symphonique mort depuis longtemps dans la 1ére symphonie.... avec ce concept : un évènement vu par des acteurs et à des niveaux différents....
La suite a+ pour+
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMer 30 Jan 2013 - 23:29

D'ailleurs, ( et je suis sûr de me faire recadrer, et par avance Merci à vous qui palliez à ma fainéantise, )
Doit-on dire Mahleur ou Mahlèr (comme je le dis moi même avec mon accent munichois) ?
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Horatio
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMer 30 Jan 2013 - 23:54

ttod a écrit:
D'ailleurs, ( et je suis sûr de me faire recadrer, et par avance Merci à vous qui palliez à ma fainéantise, )
Doit-on dire Mahleur ou Mahlèr (comme je le dis moi même avec mon accent munichois) ?

L'accent tonique est, sauf erreur, sur la première syllabe, ce qui allège déjà la seconde, que l'on aurait tendance à accentuer en français. Et je crois que Mahlèr est plus juste (c'est-à-dire moins éloigné de la version originale que Mahleur), en n'ouvrant pas trop le e.
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyJeu 31 Jan 2013 - 0:07

Tu m'en vois fort satisfait... pour les plus anciens d'entre nous, il y avait une chaîne de salons de coiffure dans les années 80/90 qui se nommait Simone Mahler (et la pub radio prononçait bien Mahlèr).
Reste à éduquer Radio-France .
Par contre, Mahler est tout sauf allemand....


Dernière édition par ttod le Jeu 31 Jan 2013 - 0:09, édité 1 fois
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyJeu 31 Jan 2013 - 0:07

C'est bien un [eu], mais un [eu] très ouvert, un peu plus qu'en français (ça tire un peu sur le [è] effectivement).

Exemple : http://fr.forvo.com/word/gustav_mahler/#de .


Il est bien sûr tout à fait licite de prononcer "Malère" en français.
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyJeu 31 Jan 2013 - 0:25

Grand merci à toi DavidLeMarrek, je te promets que tu réponds à une grande question existentielle quand je prononce ce nom adoré dans mon entourage (ce qui arrive une fois l'an quand le temps le permet (vive ce forum!).).
Pour mon entourage le moins hermétique, quand je prononce Dvorjak, je suis obligé de prendre des paris......................................
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vinclec
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyJeu 31 Jan 2013 - 14:10

ttod a écrit:
Je croyais le "héros-chasseur" symphonique mort depuis longtemps dans la 1ére symphonie....

Je résume la question: qui meurt dans la première symphonie et qui meurt dans la deuxième symphonie, et qui est le coupable ?

Tu fais allusion à la mort d'un héros-chasseur, "programme" accompagnant la pseudo-marche funèbre du troisième mouvement de la première. En vérité, ce programme a été superposé à cette musique APRÈS sa composition, sur demande des amis de Mahler qui lui suggérèrent qu'il fallait un programme pour expliquer un mouvement si étrange. Mahler a retiré tout programme et tout sous-titre dans la version finale... Dans ce pseudo-programme, il est question de la mort d'un chasseur, en effet, mais qui n'est nullement le héros de la première, héros intérieur dont Mahler a dit, dans une lettre (me semble-t-il), qu'il l'enterrait au début de la deuxième... pour mieux assurer sa résurrection...

Tu vois c'est comme une série américaine quand on a plus besoin de Georges Cloney mais qu'il revient à la saison suivante.

A propos de la marche funèbre de la première, voilà la description qu'il en a donné à sa grande amie : "maintenant mon héros a trouvé un cheveu dans sa soupe et son repas est gâché !". Voilà qui donne le ton !

On notera que la mort tracasse beaucoup notre ami Mahler, puisqu'on trouve une marche funèbre dans la troisième (premier mouvement) et dans la cinquième (premier mouvement), sans parler de la marche de la Sixième (premier mouvement)...

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vinclec
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyJeu 31 Jan 2013 - 22:14

Comment écouter la Deuxième selon les plus stricts souhaits du compositeur ? Manuel pour le puriste.

1. Respectez la pause de "5 minutes minimum" exigée par Mahler entre le vaste premier mouvement et la suite. Mahler a même parlé d'entracte. Cela n'est pratiquement jamais fait en concert, mais parfois le chef s'en va quelques minutes. Au CD, une (rare) version matérialise cette séparation sous la forme d'une édition en deux CD ! Cette séparation correspond à une vérité biographique (plusieurs années séparent la composition du premier mouvement et l'achèvement de leurs suites) mais revoit aussi à une vérité conceptuelle, le premier mouvement ayant initialement été conçu comme un poème symphonique indépendant (il est d'ailleurs parfois joué sous cette forme).

2. Le puriste respectera l'enchaînement entre les deux derniers mouvements : au beau lied (4ème mouvement, Urlicht), superbe "interrogation de l'âme (...) vers sa propre vie éternelle" selon le compositeur, doit se succéder le fracas sonore du Finale, sans une seule seconde de silence... Pour l'anecdote, lorsque la Deuxième a été jouée à Vienne en 1899 sous la direction de Mahler, le public a copieusement applaudi Urlicht, exigeant qu'il soit bissé, ce que Mahler détestait faire ; à la surprise de ses amis, il a cependant accepter de bisser Urlicht, non pas pour faire plaisir au public, mais, expliqua-t-il plus tard à sa confidente, parce que les deux mouvements doivent s'enchaîner sans interruption!!! Mahler a également reconnu qu'il y a "un contraste trop vif et pas artistique" entre "ce joyeux mouvement et son rythme de danse" [second mouvement] et le premier mouvement : "cela vient de ce que j'ai conçu les pages indépendamment, sans penser à les mettre en rapport"... La pause ayant donc pour fonction d'atténuer un certain effet de collage.

3. Le puriste respectera aussi l'enchaînement entre le mouvement 3 et 4, autre exigence de Mahler totalement ignorée de nos jours... Ainsi donc, les mouvements 3, 4 et 5 devraient s'enchaîner, or ils sont pratiquement toujours séparés... Telle quelle, la symphonie se structurerait en trois époques (premier mouvement, pause, parenthèse calme du second mouvement, épopée 3-4-5).

4. Toujours selon les souhaits du compositeur, l'entrée des chœurs devrait être "invisible", leurs voix a capella devant "sortir de nulle part", dans un pianissimo le plus pianissimo possible, ce qui est très difficile à faire en concert (chanteurs froids, voix exposées). Pour l'anecdote, lorsque Mahler eu a créer sa symphonie avec un très mauvais chœur, il préféra doubler les voix par les instruments à vents, préférant renoncer à tout effet de religiosité que d'en entendre une version saccagée !!!

5. Il faudra aussi songer à boycotter les versions où l'orgue est remplacé par un clavier synthétique, comme j'ai eu la surprise de l'entendre avec Gergiev à Paris.

6. Il faudra renoncer à toute intention programmatique, même s'il en a existé un, Mahler y ayant renoncé (non par soucis de "purifier" sa musique, comme on voudrait nous le faire croire, mais par l'incompréhension que le programme générait auprès des critiques, et par les mésinterprétations qu'en faisaient les musiciens)

7. Le plus puriste des puristes n'écoutera que la version "critique", parue au début des années 2000, dont il n'existe encore que peu d'interprétations. Cette version corrige quelques coquilles bien difficiles à repérer à l'écoute même pour le spécialiste.

8. Le plus puriste des puristes n'omettra pas de saccager son monument en écoutant la mythique Sinfonia de Berio, dont l'incroyable troisième mouvement reprend très largement le scherzo de la Deuxième de Mahler, en le mélangeant à une quinzaine d'autres partitions (Ravel, Schoenberg, Debussy, Hindemith, Bach, Berg, Strauss, Boulez, Webern, entre autres). Totalement jouissif.

Voili voilà !
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyJeu 31 Jan 2013 - 23:57

vinclec a écrit:
1. Respectez la pause de "5 minutes minimum" exigée par Mahler entre le vaste premier mouvement et la suite. Mahler a même parlé d'entracte. Cela n'est pratiquement jamais fait en concert, mais parfois le chef s'en va quelques minutes. Au CD, une (rare) version matérialise cette séparation sous la forme d'une édition en deux CD ! Cette séparation correspond à une vérité biographique (plusieurs années séparent la composition du premier mouvement et l'achèvement de leurs suites) mais revoit aussi à une vérité conceptuelle, le premier mouvement ayant initialement été conçu comme un poème symphonique indépendant (il est d'ailleurs parfois joué sous cette forme).
Je vote contre. On ne va pas faire un entracte après vingt minutes de musique ! Si le compositeur écrivait sur sa partition "le public doit se flageller pendant un quart d'heure avant de jouer la suite" (ou mieux, "les musiciens doivent immoler le chef avant de poursuivre"), est-ce qu'on le ferait aussi ?

Par ailleurs, la plupart des versions de la Deuxième sont bien en deux CDs, non ? Généralement coupées après le deuxième mouvement, il est vrai.


Citation :
4. Toujours selon les souhaits du compositeur, l'entrée des chœurs devrait être "invisible", leurs voix a capella devant "sortir de nulle part", dans un pianissimo le plus pianissimo possible, ce qui est très difficile à faire en concert (chanteurs froids, voix exposées). Pour l'anecdote, lorsque Mahler eu a créer sa symphonie avec un très mauvais chœur, il préféra doubler les voix par les instruments à vents, préférant renoncer à tout effet de religiosité que d'en entendre une version saccagée !!!
Les bons choeurs le font très bien. Après, en coulisse, pourquoi pas, ça règlerait les problèmes de chant à froid puisqu'ils ne seraient pas aussi exposés (et les pianissimi seraient moins exigeants).


Citation :
5. Il faudra aussi songer à boycotter les versions où l'orgue est remplacé par un clavier synthétique, comme j'ai eu la surprise de l'entendre avec Gergiev à Paris.
Donc il y a un certain nombre de salles (la plupart) dans lesquelles on ne pourrait plus la jouer. (Mais c'est souvent moche, je suis d'accord. Installez Hauptwerk ou GrandOrgue, les gars !)


Citation :
6. Il faudra renoncer à toute intention programmatique, même s'il en a existé un, Mahler y ayant renoncé (non par soucis de "purifier" sa musique, comme on voudrait nous le faire croire, mais par l'incompréhension que le programme générait auprès des critiques, et par les mésinterprétations qu'en faisaient les musiciens)
Impossible, à cause des parties chantées. Lorsqu'on me hurle "Auuuuuuuuuuuuufeeeeeeeeeeeeeeeeeersteeeeeeeeeeeeeeeeeeh'n, jaaaaaaaaaaaa auuuuuuuuuuuuufeeeeeeeeeeeeeeeeeersteeeeeeeeeeeeeeeeeeh'n, wirst duuuuuuuuuuuuuuu mein HeeeeeeeeeeeeeeeeeeeEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEErz in ei-ine-em Nuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu !" pendant un quart d'heure, j'ai tendance à m'imaginer qu'on me cause de résurrection. Mais c'est sans doute moi qui me fais des films.
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyVen 1 Fév 2013 - 1:10

DavidLeMarrec a écrit:
Si le compositeur écrivait sur sa partition "le public doit se flageller pendant un quart d'heure avant de jouer la suite" (ou mieux, "les musiciens doivent immoler le chef avant de poursuivre"), est-ce qu'on le ferait aussi ?

Ben oui, moi je le ferais si ça venait de Mahler ! Surtout qu'il aurait en priorité préconisé l'immolation des Critiques !

DavidLeMarrec a écrit:
Donc il y a un certain nombre de salles (la plupart) dans lesquelles on ne pourrait plus la jouer. (Mais c'est souvent moche, je suis d'accord. Installez Hauptwerk ou GrandOrgue, les gars !)
Ben, jouer une symphonie pour orgue sans orgue c'est un peu comme jouer la Tétralogie sans chanteurs, non ? Quoique dans le dernier cas ça ne pourrait qu'arranger les choses.


DavidLeMarrec a écrit:
Lorsqu'on me hurle "Auuuuuuuuuuuuufeeeeeeeeeeeeeeeeeersteeeeeeeeeeeeeeeeeeh'n, jaaaaaaaaaaaa auuuuuuuuuuuuufeeeeeeeeeeeeeeeeeersteeeeeeeeeeeeeeeeeeh'n, wirst duuuuuuuuuuuuuuu mein HeeeeeeeeeeeeeeeeeeeEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEErz in ei-ine-em Nuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu !" pendant un quart d'heure, j'ai tendance à m'imaginer qu'on me cause de résurrection. Mais c'est sans doute moi qui me fais des films.
pété de rire certes... mais il y avait à l'origine un programme précis pour chaque mouvement, une histoire quoi. Qu'il vaut mieux oublier !

Signé : le puriste (attention, je n'ai pas fini ma leçon de purisme, qu'on ne m'attaque pas sur la Cinquième Symphonie DONT IL FAUT BOYCOTTER L'ADAGIETTO pour respecter la volonté de Mahler, on en reparlera)
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyVen 7 Fév 2014 - 0:25

Smile Dans la perspective de l'écoute comparée qui s'annonce, ce serait bien de livrer une analyse complète de chaque mouvement de l'oeuvre, ou du moins d'en préciser le schéma, non ?
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyVen 7 Fév 2014 - 0:37

Oh ça m'a fait un choc, une fausse joie !
Je n'avais pas lu les dates et je croyais Vinclec revenu !!!!
.
.
.
Ah oui pardon, j'ai pollué la demande de Mélocoton !
Que voulait-il déjà ?
Ah oui, une autopromotion !
Bref !
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Mélomaniac
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyVen 7 Fév 2014 - 0:47

tod a écrit:

Ah oui, une autopromotion !

 
 
 tutut Chercher le plébiscite, c'est pas mon truc...
 
De toute façon, je ne vais pas avoir trop de temps pour ça avant une dizaine de jours...
 
Je pensais plutôt à Monsieur Kegue...
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Mélomaniac
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2020 - 21:17


Mahler, Symphonie n°2 : présentation et analyse


Smile Suite à une récente sollicitation pour les Mélomaniac d'or, je vais m'essayer ci-dessous à une exploration de l'œuvre afin d'en fournir un petit guide d'écoute.
N'hésitez pas à réagir, et bien sûr à préciser les commentaires et rectifier les inexactitudes.
Les minutages seront ceux de l'enregistrement new-yorkais de Leonard Bernstein (chez Deutsche Grammophon).
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arnaud bellemontagne
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2020 - 23:03

MA SYMPHONIE PREFEREE cheers cheers cheers
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2020 - 23:19

brilsmurf Intitulée Auferstehung, surnom donné en raison du vaste cinquième mouvement qui se couronne par un choral sur la résurrection,
cette symphonie est la seconde de Gustav Mahler.
Il composa le premier mouvement en 1888, une sorte de marche endeuillée, après avoir lu la traduction allemande d'un poète polonais traitant des rites funéraires.
Le second mouvement est une espèce de menuet compassé mais subtilement instrumenté.
Le troisième, allusion à la vanité de l'existence au travers un prêche aux poissons, est encore plus éloquent dans son reworking dans la Sinfonia de Luciano Berio.
Le quatrième mouvement, fort bref, manifeste des aspirations au divin, avec une dame qui chante.
Il faut beaucoup d'instruments pour jouer cette oeuvre, toute une panoplie qui justifie les caricatures barnumesques.
Mais je l'aime bien quand même depuis que je la découvris dans l'interprétation de Klaus Tennstedt, une cassette offerte
par ma mamie quand j'étais collégien.

Voilà, c'est fini. Ça ira, Arnold ? Mr.Red


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Anaxagore
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2020 - 23:22

On t'a connu plus coruscant Mr. Green .
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Mefistofele
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2020 - 23:40

Je suis le minutage pas à pas, c'est très enrichissant. Grâce à Mélo, Mahler s'éclaire de génie. Mr.Red
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 9 Fév 2020 - 23:53

Anaxagore a écrit:
On t'a connu plus coruscant Mr. Green .
C'est vrai, quoi: pas la moindre réfulgence cuivrée obombrée de contrechants turbides aux cordes? Remboursez!
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMar 11 Fév 2020 - 23:00

Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 Apokal10
Ludwig Meidner, -Apokalyptische Landschaft (1912/1913)


I. allegro maestoso -Todtenfeier

Le premier mouvement provient de Todtenfeier, un morceau symphonique remontant à 1888, stimulé par la lecture de Dziady (Les Aïeux) du dramaturge Adam Mieckiewicz (1798-1855), qui explore les rites rendus aux défunts dans le folklore slave. « À la base de cette cérémonie, issue des territoires orthodoxes et uniates, se trouve la conviction que les âmes des morts attendent le Jugement Dernier (sans passer par un premier jugement après la mort comme dans la religion catholique) » écrit Michel Maslowski dans son essai (p. 424) sur la structure initiatique de ce texte du poète polonais. La seconde partie traite particulièrement des rites funéraires que Mahler emprunta littéralement comme titre. On y raconte comment, dans cette coutume, les âmes sont exorcisées afin de trouver le repos. Traduit en allemand en 1887 par Siegfried Lipiner, un proche ami de Mahler lequel en prit connaissance et se montrait capable d'en citer des extraits de mémoire. On se méfiera toutefois d'établir des convergences trop strictes avec la philosophie et le contenu narratif de la symphonie, que le compositeur consentit à expliciter par diverses évocations programmatiques, dont celles-ci, exprimées entre 1896-1901 : le premier mouvement dépeint « les combats titanesques d'un être humain empêtré dans les rets de ce monde ; affrontant la vie et le destin auquel il doit succomber. C'est le héros de ma symphonie en ré majeur [la n°1] que l'on mène à la tombe ». « Nous nous tenons devant le cercueil d'une personne aimée. Sa vie, ses luttes, passions et espérances, une dernière fois, repassent en notre esprit [...] Et maintenant ? Qu'est-ce que cette vie, -et cette mort ? Y a-t-il une existence au-delà ? Tout ceci n'est-il qu'un rêve confus, ou vie et mort ont-ils un sens ? »
La structure est une des plus libres de l'univers mahlérien. La grille d'analyse la plus opératoire reste celle d'une forme-sonate élaborée, incluant une double exposition, chacune énonçant un second thème propre. Dès 1913, le musicologue Richard Specht observait que le Développement se compartimente aussi en deux parties. La Récapitulation se calque sur la première Exposition. D'autres exégètes ont tenté une approche selon un schéma symétrique A-B-A-C-A-B-A, qui s'articulerait ainsi au plan-sonate : Exposition 1 (A, B), Exposition 2 (A), Développement (C), Réexposition (A, B), Coda (A).

La foudroyante EXPOSITION sait d'emblée capter l'attention. Procédé fort berliozien que le trémolo des violons et altos qui flashe et laisse ébloui, tout en polarisant la charge dramatique qui s'annonce : fortissimo, violoncelles et contrebasses fulminent (0'09), affirmant la véhémence de cet exorde, qui se découpe en trois portions ascendantes, chacune se hissant un peu plus vers l'aigu, jusqu'à l'ut et la dernière résolue par une cadence de tonique en chute d'octave do-sol-do (0'19). Des accroches iambiques (double-croche/croche) installent une temporalité narrative, dont les phrases se concluent aussi sur une désinence d'octave, à la quarte inférieure [sol sforzando-ré-sol] (0'37, 0'41, 0'52, 0'56). L'influx des cordes graves se stabilise en croches, cette vectorisation permet l'apparition de la seconde section (P2) du Premier thème : le hautbois (doublé du cor anglais) ânonne la mélodie principale de marche funèbre (1'07), qui s'assouplit de triolet (1'21), s'adjoint les violons (1'48). Crescendo jusqu'à un ff en tutti (2'21) qui par paliers iambiques s'affaisse vers un geste modulant (2'30) amenant  une péroraison (2'38) aux trompettes. Sur triolets des cordes graves préservant la mobilité, un pont plaintif (2'47) aux bois forme transition avec le Second Thème (3'08) : dans le relatif majeur de mi, les violons exhalent une mélodie qui se décante vers l'aigu, comme une ascension céleste, une attraction vers l'en-haut. Ce qui oriente la trajectoire de cette symphonie et préfigure les aspirations du Finale vers la Résurrection. Mais la seconde portion de l'énoncé induit aussi un reflux (3'22) aux relents nostalgiques, montrant que le paradis n'est pas gagné d'avance, et que nous sommes encore prisonnier d'un univers de souffrance, ce que confirme un douloureux climax (4'01) entraînant une REPRISE DE L'EXPOSITION (4'17), similaire mais plus condensée et pugnace. Trémolo anxieux des cordes, exhortation des violoncelles et basses. La marche funèbre de P2 (4'31) en chorus des bois se mobilise de façon plus contestataire qu'initialement, et introduit un nouveau thème S2 (4'50) : trompettes et trombones psalmodient une fanfare en harmonie plagale que le musicologue Constantin Floros associe à la croix et une symbolique lisztienne. Les oscillations en triolets amènent un acmé (5'03) dont le cliquet descendant rappelle la conclusion du Premier thème. L'orchestre s'exalte jusqu'à un clash de cymbale (5'24) puis se recroqueville. Dans la dominante de sol mineur, la Coda (5'51) de cette seconde Exposition peut se considérer comme un requiem où les cors pianissimo (5'58) font entendre une rémanence inversée et dépressive de P2 qui reparait ensuite dans sa courbe ascendante (6'12) aux bois, -les deux profils se faisant concurrence dans cette coda impalpablement grignée par les cordes graves et les miroitements de harpe.

La PREMIÈRE PARTIE DU DÉVELOPPEMENT (7'03) convoque le Second thème, celui de l'ascension céleste ciselé aux violons, qui s'inscrit dans un ambitus tonique-médiante (do-mi). Sur une quinte des violoncelles tel un bourdon de musette, le cor anglais énonce une mélodie pastorale (8'01). Collusion entre le bucolique et les contrées paradisiaques, comme illustré dans le lied Das himmlische Leben du Knaben Wunderhorn (écrit en 1892, et qui sera recyclé dans la Symphonie n°4). En ses esquisses, Mahler annotait ce passage Meeresstille, probable allusion au poème de Goethe (« terrible silence de la mort, dans l'immensité menaçante, aucune vague ne remue »). Le hautbois (8'08) dévide un motif descendant qui, selon Constantin Floros, renvoie au leitmotiv wagnérien du sommeil magique au début de l'Acte III de Die Walküre. Le trépas se trouve donc ici relié à l'oubli de soi et à la sérénité bienheureuse, dans cette séquence toute séraphique où s'immisce un diaphane rappel du thème principal P2 (9'14) à la flûte et aux cordes. Hautbois et cor anglais (9'29) prolongent ce thrène onirique, comme une somnambulation, qui va hausser la voix (10'23) -les cors (10'35) citent la dernière portion de l'exorde, avec sa chute d'octave caractéristique. Le thème S2 (10'45) se signale par les quatre notes du motif de la croix, aux cors et trompettes, introduisant une péripétie chahutée en ré mineur, avec la dégringolade en cliquets (11'15, déjà entendu à 5'03) suivi d'un pilonnage (11'26) qui évoque directement le Ich hab ein glühend Messer des Lieder eines fahrenden Gesellen jusque un palier fortissimo (11'34) qui se volatilise ensuite vers un rappel du Second thème (11'47) : la mélodie de l'ascension céleste se volubilise en accéléré à la flûte, en fa majeur, avec intervention du violon solo (12'03), conclu par un bruissant intermède en si majeur (12'21) qui va s'étiolant.
Surgit la SECONDE PARTIE DU DÉVELOPPEMENT (12'53) qui jaillit avec fracas en mi bémol mineur : profanatrice zébrure des cordes à toute force (qui rappelle bien sûr l'imprécateur exorde aux basses), déflagration successive des deux tam-tam (l'aigu, le grave), chute d'octave qui se réplique aux timbales (13'02) sur frissons sul ponticello. Tonnerre fatidique, abasourdissant. Que suit un silence tout aussi tétanisant. Quasi imperceptible, la pulsation iambique des cordes graves (13'18) remobilise un cortège, hagard : le cor anglais (13'39) y exprime la plainte (entendue à 2'47) où se greffent des bribes du Premier thème P1 à la flûte (13'56), mais aussi le plain-chant médiéval du Dies Irae, aux cors (14'24) qui ensuite gonflent P1 (14'47). La fanfare du motif de la croix résonne à son tour (14'57). Un nouveau motif aux trompettes et bois, qu'on peut associer à la résurrection (15'01), précède celui de l'éternité (15'06) annoncé par un clash de cymbale, -ces deux motifs joueront un rôle capital dans le Finale de l'œuvre ! Les quatre notes du Dies Irae (15'11) débouchent sur un nouveau chahut (15'22) portant les thèmes de P1 à leur paroxysme, absolument furieux, véritable pandémonium où les archets frappent les cordes battuto (15'43). La Coda du Développement (16'07) s'abat vertigineusement vers un matraquage (16'19) scandé à la baguette de bois par le timbalier, qui ne saurait se résoudre que par une cadence (16'37) assénée fortissimo par tous les pupitres.

La RÉCAPITULATION (16'45) démarre logiquement en ut mineur. Fulgurance des cordes, reprise de P2 (16'55) aux cors, bientôt épaulés par les bois, par l'orchestre au complet pour le cliquet (18'01). Un crescendo (18'09) avec trémolo des cors et trompettes amène le pont plaintif (18'16) aux bois. Comme dans l'Exposition, cette transition conduit au Second thème (18'36), progression vers la lumière en mi majeur, qui lui-même nous élève vers l'épisode pastoral (19'19) superposé au motif du sommeil magique de La Walkyrie que les violons prolongent (19'30) dans un écheveau lustré de soyeux glissandi (19'45). Cors et altos (20'42) exhalent dans la même apesanteur, qui se dissout par un intangible trémolo des violons (21'09). Comme à la fin de l'Exposition, revoici une procession (21'23) esquissée par les cordes graves, ouatée par les cors (21'32) instillant une lugubre rémanence de P2, qui va se régénérer dans la CODA (22'01). Le chorus des bois (22'26) essaie de revigorer le thème principal de la marche funèbre, mais la tournure déceptive (20'40), les dilatoires tenues de cuivres ne produisent qu'un furtif sursaut (23'02) qui s'atrophie par des pulsations affaiblies en triolets aux violons. Les spasmes des altos et violoncelles (23'06) trouvent écho aux timbales (23'39) puis en ultimes tentatives agonisantes. Le cœur vit ses dernières palpitations sur son grabat. Une trompette gémit (24'31) et son râle d'horreur déclenche un vigoureux soubresaut (24'39) comme précipité du haut de la Roche tarpéienne, -déchiqueté en cascade de triolets chromatiques, qui s'immobilise par deux gisants pizzicati (24'46).
Alternant commémorations sépulcrales, accès tragiques, et fenêtres sur une transfiguration, ce long premier mouvement aura contenu en germe toute la dialectique de l'œuvre. Mahler prescrit une pause de cinq minutes le séparant des trois suivants.


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Mefistofele
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMar 11 Fév 2020 - 23:55

MAGNIFIQUE ! Merci Mélo ! Je viens de réécouter ce mouvement dans cette version Bernstein (je n'avais pas remis Mahler sur le métier depuis des années), quelle œuvre ! quelle version ! quelle analyse !
Quelle chance d'avoir pareil cicérone ! Et en plus, il y a du "déceptif", l'adhésion de Benedictus est (presque) assurée ! Laughing
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMer 12 Fév 2020 - 0:05

Mefistofele a écrit:

en plus, il y a du "déceptif"


cool-blue En fait je sais pas ce que ça veut dire mais par ces quelques expédients lexicaux, j'essaie de sauver mon commentaire des potences proche-orientales.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMer 12 Fév 2020 - 17:08

Compte tenu de l'influence ottomane, ce serait plutôt le pal (et je ne doute pas que tu sauras faire tes délices de cette évocation, au vu de la récurrence de certains lexèmes dans le quizz des pochettes.)

Et puis ton guide d'écoute du premier mouvement est vraiment très, très bien. J'attends avec impatience la suite.
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 16 Fév 2020 - 22:37

Surprised Je vais peut-être changer de style rédactionnel.
Regardez ça, c'est moins coruscant mais bien plus cool : https://www.youtube.com/watch?v=8GrVnTKhQyY
La musicologie décomplexée Very Happy
L'orchestre de Lille doit jouer la Résurrection le 28 février, quelle coïncidence, c'est la date à laquelle je compte poster le Mélomaniac d'Or hehe
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 16 Fév 2020 - 23:35

Cette vidéo est à pleurer. Shit
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyLun 17 Fév 2020 - 3:10

On pourrait imaginer une autre solution: tu gardes ton style coruscant, mais tu nous fais par ailleurs des videos en nous comblant de ton talent oratoire que j'imagine au moins digne de celui de Bossuet  hehe .
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Mefistofele
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyLun 17 Fév 2020 - 22:05

arnaud bellemontagne a écrit:
Cette vidéo est à pleurer. Shit

De rire tant les blagues sont à se tenir les côtes ?
En vrai, le format est bien ficelé pour un public "jeune" et qui n'a pas fait d'études de musicologie. Très court, quelques extraits musicaux, des anecdotes croustillantes et des blagues nulles, tant en distillant des données-clefs, ça peut donner plus envie au non-mélomane que les envolées lyriques de Mélo. Personnellement, je suis bien plus réceptif aux charmes effusifs et à l'orfèvrerie linguistique dont notre chantre fait preuve, mais il en faut pour tous les goûts et tous les âges.
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMar 18 Fév 2020 - 11:02

Mélomaniac a écrit:
Surprised
L'orchestre de Lille doit jouer la Résurrection le 28 février, quelle coïncidence, c'est la date à laquelle je compte poster le Mélomaniac d'Or hehe

C'était le 28 février 2019! (j'y étais d'ailleurs, mais je m'aperçois que je n'avais pas fait de compte-rendu détaillé du concert). Le cycle Mahler s'est achevé avec la 9e mi janvier 2020.
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMer 19 Fév 2020 - 23:22

Eusèbe a écrit:

C'était le 28 février 2019!


Ah oui, je me disais aussi, bizarre, ils remettent le couvert cette année avec la Résurrection hehe
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMer 19 Fév 2020 - 23:25

Anaxagore a écrit:

tu gardes ton style coruscant, mais tu nous fais par ailleurs des videos en nous comblant de ton talent oratoire que j'imagine au moins digne de celui de Bossuet  


Surprised qui c'est, il est connu au prétoire ?
Un benjamin qui vient d'avoir le barreau ?
(bon, ne mésinterprétez pas, je ne voudrais pas être suspecté de remettre des jetons dans la gazette politico-judiciaire...) hehe
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptySam 22 Fév 2020 - 11:54

Mefistofele a écrit:
De rire tant les blagues sont à se tenir les côtes ?
En vrai, le format est bien ficelé pour un public "jeune" et qui n'a pas fait d'études de musicologie. Très court, quelques extraits musicaux, des anecdotes croustillantes et des blagues nulles, tant en distillant des données-clefs, ça peut donner plus envie au non-mélomane que les envolées lyriques de Mélo. Personnellement, je suis bien plus réceptif aux charmes effusifs et à l'orfèvrerie linguistique dont notre chantre fait preuve, mais il en faut pour tous les goûts et tous les âges.
Parfaitement d'accord avec tout ça: pas pour moi, cette vidéo, mais objectivement très, très bien calibrée.

Mélomaniac a écrit:
(bon, ne mésinterprétez pas, je ne voudrais pas être suspecté de remettre des jetons dans la gazette politico-judiciaire...) hehe
Bien sûr, en plus ce n'est pas du tout ton genre de moquer par des blagues grivoises des gens qui se sont faits tout seuls, à la force du poignet.
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 23 Fév 2020 - 20:38

Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 The_ro10
Lawrence Alma-Tadema, -The Roses of Heliogabalus (1888)


II. Andante moderato

Ce galant intermède correspond à une sorte de Menuet d'ancien temps. Son conservatisme complut aux auditeurs viennois, mais fut boudé par Debussy, Pierné et Dukas qui, lors d'un concert parisien en avril 1910, quittèrent la salle en signe de désapprobation ! Certes, quel radical contraste avec l'esprit tragique des quelque vingt premières minutes ! D'ailleurs, Mahler souhaitait une pause pour dissocier le Todtenfeier de cet Intermezzo que, dans une lettre de mars 1903, il décrivit comme « l'écho des jours passés dans la vie de celui que nous avons mené dans la tombe au premier mouvement, des jours où le soleil brillait encore pour lui de tout son éclat ».
On reconnaît aisément une structure A-B-A'-B'-A'' avec première partie en la bémol et épisode B en sol dièse mineur.

« Jamais se presser ... très tranquillement ... laisser du temps » lit-on à plusieurs pages du manuscrit.
Sur un rythme ternaire, violons, altos et violoncelles dessinent une gracieuse mélodie (0'14) tout en legato, et agrémentée de doucereuses appogiatures, d'où s'émancipe un idyllique contrechant A2 aux violoncelles (0'47) suivis des altos (0'53) dans la même tessiture, ce qui rend l'écheveau presque indiscernable. Mahler confine la dynamique, évitant ainsi que ce charmant ländler ne se contorsionne en un Schmalz sirupeux. La conversation échangée entre violons 1 et 2 (1'42) est soulignée par la flûte. Un si bémol du cor (1'57) va se pointiller et introduire la section B effilochée en triolets des violons puis des violoncelles (seulement trois pupitres, et pianissimo). Un procédé qui rappelle le Scherzo de la Symphonie n°9 de Beethoven. Flûte (2'11) puis clarinette surnagent de cette assemblée féérique qui enrôle toutes les cordes, staccato mais toujours dans la nuance ppp. Les basses sortent du lot (2'54) et supportent un envol des clarinettes dont on notera le caractéristique appel de tierce (ré-fa-faa) qui se réplique (3'04) aux flûtes et hautbois (do-la-laa, si-sol-sool) puis hautbois, clarinette et cor (3'13). Les cordes sculptent leur tracé (3'17) qui se disjoint en réparties mezzo-forte avec les basses (3'23), et va s'amenuisant. Pianissimo, les violons instiguent des levées (3'35) qui relancent timidement la section A (3'46) où les violoncelles superposent un contrechant (4'02) molto espressivo presque autonome, toujours avec une infinie délicatesse. Les formules désinentielles (5'27) se tuilent tendrement.
La section B fait irruption (5'49) avec férocité, la motricité en triolets devient hargneuse, les motifs entendus lors de la première occurrence s'écrient rageusement. Comme le rappelle le tableau de Lawrence Alma-Tadema : les fleurs les plus exquises peuvent devenir fatales si elles vous ensevelissent en tombereaux ; les plaisirs insouciants et voluptueux peuvent devenir poison. Deuil et malheur guettent celui qui ne s'y attendait plus. Les coups du sort relèvent du caprice de la fortune. Un roulement de timbale (6'20) marque l'entrée des trombones qui vocifèrent l'appel de tierce. Le matériel thématique s'empile ensuite en un contrepoint parfaitement réglé. Subitement, l'engrenage des archets se tamise pp (6'47) mais reprend force aussitôt, engendrant des zooms de perspective et de chiaroscuro. L'humeur se rancit (7'02) puis se trouble au gré d'un passage modulant (7'20) qu'exfiltrent les violons excités par un galop des mailloches. À l'instar de la première occurrence de B, la conclusion joute (7'42) entre cordes aiguës et graves, mais bien plus sonores, quoique le volume s'escamote semblablement. Les violons 2 répètent la tirade mais sans triolet (8'05), amorçant le retour de la section A (8'15) au tempo primo, et qui se singularise par son pizzicato. Le thème principal picore aux violons (8'30), surligné par piccolo et flûte. Le sous-thème A2 se distille avec les harpes (9'09). Une saillie des violoncelles et basses (9'26) relance le thème A aux bois sur un large contrechant des violons, très lyrique (le trille à 9'45), où A2 s'épanche encore (10'01). Un arachnéen entrelacement des motifs, humecté de glissandi, aboutit aux formules désinentielles (11'02) entre violons et altos qui s'agglutinent en strette (11'18). Une ascension des violons (11'24) se hisse jusque un contre-la (11'31) : dans ce firmament éthéré luit le thème principal aux clarinettes, bassons et cors puis aux flûtes. Quelques ridules évaporées des harpes (11'54) concluent dans l'ineffable cette section dont l'instrumentation diaphane est un véritable enchantement.


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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 1 Mar 2020 - 20:40

arnaud bellemontagnen in playlist, a écrit:

Iskender a écrit:

Journée studieuse sur la 2è symphonie de Mahler par Bernstein / New York (DG) avec la partition et l'excellent guide d'écoute de Mélomaniac. Very Happy

Pas vraiment fan de cette version en revanche...
Embarassed


Trop lent ?


Qui vous dit que j'ai retenu cette plantureuse version Bernstein pour le Mélomaniac d'or ? Basketball


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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 1 Mar 2020 - 21:07

Pour les lecteurs de partition que ça pourrait intéresser, je reproduis ci-dessous - avec l'aval de Mélomaniac avec qui j'ai échangé par mp - son guide d'écoute du 1er mouvement auquel j'ai ajouté les chiffres-repères de la partition (associés à ses minutages Lennie / NYP). J'ai fait cela pour mon usage personnel parce que c'était plus commode pour moi, j'en fait donc profiter celles et ceux qui ont la partition et pourront utiliser le travail de Mélo sur d'autres versions. Wink

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I. allegro maestoso -Todtenfeier

La foudroyante EXPOSITION sait d'emblée capter l'attention. Procédé fort berliozien que le trémolo des violons et altos qui flashe et laisse ébloui, tout en polarisant la charge dramatique qui s'annonce : fortissimo, violoncelles et contrebasses fulminent (0'09), affirmant la véhémence de cet exorde, qui se découpe en trois portions ascendantes, chacune se hissant un peu plus vers l'aigu, jusqu'à l'ut et la dernière résolue par une cadence de tonique en chute d'octave do-sol-do (0'19). Des accroches iambiques (double-croche/croche) installent une temporalité narrative, dont les phrases se concluent aussi sur une désinence d'octave, à la quarte inférieure [sol sforzando-ré-sol] (0'37, 0'41, 0'52, 0'56). L'influx des cordes graves se stabilise en croches, cette vectorisation permet l'apparition de la seconde section (P2) du Premier thème : le hautbois (doublé du cor anglais) ânonne la mélodie principale de marche funèbre (1'07), qui s'assouplit de triolet (1'21), s'adjoint les violons (1'48). Crescendo jusqu'à un ff en tutti (2'21) qui par paliers iambiques s'affaisse vers un geste modulant (2'30) amenant  une péroraison (2'38) aux trompettes. Sur triolets des cordes graves préservant la mobilité, un pont plaintif (2’47 - [Chiffre 2]) aux bois forme transition avec le Second Thème (3’08 - [Chiffre 3]) : dans le relatif majeur de mi, les violons exhalent une mélodie qui se décante vers l'aigu, comme une ascension céleste, une attraction vers l'en-haut. Ce qui oriente la trajectoire de cette symphonie et préfigure les aspirations du Finale vers la Résurrection. Mais la seconde portion de l'énoncé induit aussi un reflux (3'22) aux relents nostalgiques, montrant que le paradis n'est pas gagné d'avance, et que nous sommes encore prisonnier d'un univers de souffrance, ce que confirme un douloureux climax (4'01) entraînant une REPRISE DE L'EXPOSITION (4’17 - [Chiffre 4]), similaire mais plus condensée et pugnace. Trémolo anxieux des cordes, exhortation des violoncelles et basses. La marche funèbre de P2 (4'31) en chorus des bois se mobilise de façon plus contestataire qu'initialement, et introduit un nouveau thème S2 (4'50 - [Chiffre 5]) : trompettes et trombones psalmodient une fanfare en harmonie plagale que le musicologue Constantin Floros associe à la croix et une symbolique lisztienne. Les oscillations en triolets amènent un acmé (5'03) dont le cliquet descendant rappelle la conclusion du Premier thème. L'orchestre s'exalte jusqu'à un clash de cymbale (5'24) puis se recroqueville. Dans la dominante de sol mineur, la Coda (5'51 - [Chiffre 6]) de cette seconde Exposition peut se considérer comme un requiem où les cors pianissimo (5'58) font entendre une rémanence inversée et dépressive de P2 qui reparait ensuite dans sa courbe ascendante (6'12) aux bois, -les deux profils se faisant concurrence dans cette coda impalpablement grignée par les cordes graves et les miroitements de harpe.

La PREMIÈRE PARTIE DU DÉVELOPPEMENT (7'03 - [Chiffre 7]) convoque le Second thème, celui de l'ascension céleste ciselé aux violons, qui s'inscrit dans un ambitus tonique-médiante (do-mi). Sur une quinte des violoncelles tel un bourdon de musette, le cor anglais énonce une mélodie pastorale (8’01  - [Chiffre 8]). Collusion entre le bucolique et les contrées paradisiaques, comme illustré dans le lied Das himmlische Leben du Knaben Wunderhorn (écrit en 1892, et qui sera recyclé dans la Symphonie n°4). En ses esquisses, Mahler annotait ce passage Meeresstille, probable allusion au poème de Goethe (« terrible silence de la mort, dans l'immensité menaçante, aucune vague ne remue »). Le hautbois (8'08) dévide un motif descendant qui, selon Constantin Floros, renvoie au leitmotiv wagnérien du sommeil magique au début de l'Acte III de Die Walküre. Le trépas se trouve donc ici relié à l'oubli de soi et à la sérénité bienheureuse, dans cette séquence toute séraphique où s'immisce un diaphane rappel du thème principal P2 (9'14) à la flûte et aux cordes. Hautbois et cor anglais (9'29 - [9è mesure de 9]) prolongent ce thrène onirique, comme une somnambulation, qui va hausser la voix (10'23) -les cors (10'35) citent la dernière portion de l'exorde, avec sa chute d'octave caractéristique. Le thème S2 (10'45 - [4 mes. avant 11]) se signale par les quatre notes du motif de la croix, aux cors et trompettes, introduisant une péripétie chahutée en ré mineur, avec la dégringolade en cliquets (11'15, déjà entendu à 5'03) suivi d'un pilonnage (11'26) qui évoque directement le Ich hab ein glühend Messer des Lieder eines fahrenden Gesellen jusque un palier fortissimo (11'34 - [Chiffre 12]) qui se volatilise ensuite vers un rappel du Second thème (11'47 - [Chiffre 13]) : la mélodie de l'ascension céleste se volubilise en accéléré à la flûte, en fa majeur, avec intervention du violon solo (12'03), conclu par un bruissant intermède en si majeur (12'21) qui va s'étiolant.
Surgit la SECONDE PARTIE DU DÉVELOPPEMENT (12'53 - [Chiffre 15]) qui jaillit avec fracas en mi bémol mineur : profanatrice zébrure des cordes à toute force (qui rappelle bien sûr l'imprécateur exorde aux basses), déflagration successive des deux tam-tam (l'aigu, le grave), chute d'octave qui se réplique aux timbales (13'02) sur frissons sul ponticello. Tonnerre fatidique, abasourdissant. Que suit un silence tout aussi tétanisant. Quasi imperceptible, la pulsation iambique des cordes graves (13'18 - [Chiffre 16]) remobilise un cortège, hagard : le cor anglais (13'39) y exprime la plainte (entendue à 2'47) où se greffent des bribes du Premier thème P1 à la flûte (13'56), mais aussi le plain-chant médiéval du Dies Irae, aux cors (14'24) qui ensuite gonflent P1 (14'47). La fanfare du motif de la croix résonne à son tour (14'57). Un nouveau motif aux trompettes et bois, qu'on peut associer à la résurrection (15'01), précède celui de l'éternité (15'06) annoncé par un clash de cymbale,   - [Chiffre 18] —ces deux motifs joueront un rôle capital dans le Finale de l'œuvre ! Les quatre notes du Dies Irae (15'11) débouchent sur un nouveau chahut (15'22) portant les thèmes de P1 à leur paroxysme, absolument furieux, véritable pandémonium où les archets frappent les cordes battuto (15'43). La Coda du Développement (16'07) s'abat vertigineusement vers un matraquage (16'19) scandé à la baguette de bois par le timbalier, qui ne saurait se résoudre que par une cadence (16'37) assénée fortissimo par tous les pupitres.

La RÉCAPITULATION (16’45  - [5è mesure de 20]) démarre logiquement en ut mineur. Fulgurance des cordes, reprise de P2 (16'55) aux cors, bientôt épaulés par les bois, par l'orchestre au complet pour le cliquet (18'01 - [Chiffre 22]). Un crescendo (18'09) avec trémolo des cors et trompettes amène le pont plaintif (18'16) aux bois. Comme dans l'Exposition, cette transition conduit au Second thème (18'36 - [Chiffre 23]), progression vers la lumière en mi majeur, qui lui-même nous élève vers l'épisode pastoral (19'19) superposé au motif du sommeil magique de La Walkyrie que les violons prolongent (19'30) dans un écheveau lustré de soyeux glissandi (19'45). Cors et altos (20'42) exhalent dans la même apesanteur, qui se dissout par un intangible trémolo des violons (21'09). Comme à la fin de l'Exposition, revoici une procession (21'23 - [Chiffre 24]) esquissée par les cordes graves, ouatée par les cors (21'32) instillant une lugubre rémanence de P2, qui va se régénérer dans la CODA (22'01). Le chorus des bois (22'26) essaie de revigorer le thème principal de la marche funèbre, mais la tournure déceptive (20'40), les dilatoires tenues de cuivres ne produisent qu'un furtif sursaut (23'02) qui s'atrophie par des pulsations affaiblies en triolets aux violons. Les spasmes des altos et violoncelles (23'06 - [4è de 26]) trouvent écho aux timbales (23'39) puis en ultimes tentatives agonisantes. Le cœur vit ses dernières palpitations sur son grabat. Une trompette gémit (24'31) et son râle d'horreur déclenche un vigoureux soubresaut (24'39) comme précipité du haut de la Roche tarpéienne, -déchiqueté en cascade de triolets chromatiques, qui s'immobilise par deux gisants pizzicati (24'46).
Alternant commémorations sépulcrales, accès tragiques, et fenêtres sur une transfiguration, ce long premier mouvement aura contenu en germe toute la dialectique de l'œuvre. Mahler prescrit une pause de cinq minutes le séparant des trois suivants.
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMer 18 Mar 2020 - 21:57

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Maurits Cornelis Escher, -Rencontre (détail, 1944)


III. Scherzo -In ruhig fließender Bewegung

Le Scherzo se fonde sur une chanson du recueil Knaben Wundernorn, intitulée Des Antonius von Padua Fischpredigt : face à une église désertée, Saint-Antoine de Padoue décide d'aller porter la bonne parole aux poissons de la rivière, dont chaque espèce caricature un vice (gourmandise, paresse, agressivité...) Toute cette faune écoute sagement le prêcheur, mais finalement ne change rien de son mode de vie. Cette parodie fustige les mœurs dissolues tout autant que les prétentions moralisatrices face à une nature dont les instincts nous dépassent. La vanité à éduquer ce qu'on ne peut ni comprendre ni changer renvoie à l'opacité de l'existence, à travers une parabole ici traitée avec ironie. Mahler expliquait autrement cette amertume face à l'absurdité : dans plusieurs lettres (à Natalie Bauer-Lechner, à Max Marschalk), il prenait comme métaphore des danseurs dans une salle de bal qu'un individu aperçoit au loin sans entendre la musique, et qui lui apparaissent alors comme déformés par un « miroir concave ». La réalité et sa signification échappent à l'observateur, martyrisé par sa situation dans un environnement qui lui reste étranger et incommensurable -on entendra son cri de révolte désespéré au dernier tiers de ce morceau.
Malicieux, cruel, attendri, trivial, visionnaire, désabusé... tout le spectre de l'ethos mahlérien se condense dans un langage expertement et savoureusement orchestré, qui en font une des plus irrésistibles fantasmagories de la littérature symphonique. Véhiculé « ruhig und fliessend » (un rythme coulant et un tempo calme) : cette constance intarissable, cette immuabilité relèvent bien sûr du projet symbolique de cette vaine imprécation. Mais elle fournit aussi le malléable réceptacle d'un imaginaire kaléidoscopique où peut se greffer cette foisonnante galerie de portraits, tout autant que la terrifiante saillie du climax. Une trame que Luciano Berio choisira pour sa Sinfonia où s'intègrent des bribes de La Mer de Debussy, La Valse de Ravel, Le Sacre du Printemps de Stravinsky... véritable bouillon de culture qui rend hommage à la fertilité structurelle et plastique de ce fluviatile Scherzo. Il répond à un schéma A-B-A-B-A. Hormis sa conclusion, rejetée logiquement dans la coda, le Lied original est méthodiquement exploité dans la première partie, mais pas dans le même agencement.

Une déflagration des mailloches à la quinte martèle la tonique d'ut puis se réplique émoussée, tout en installant une pulsation ternaire (0'09) alimentée à contretemps par les bois. Une circonvolution s'engrène comme la roue d'un moulin hydraulique. Ou la manivelle d'un orgue de barbarie. La grosse caisse est frappée sur la peau mais aussi sur le cadre par un Ruthe (faisceau de fines tiges autour d'une baguette) ce qui renvoie à une autre évocation : un glissement de traîneau émoustillé par le fouet, ici perçu dans une déformation psychédélique. Le thème A1 s'écoule continument en double-croches aux violons (0'17), tel un perpetuum mobile -sa sereine fluidité (néanmoins zestée de glissandi) figure bien sûr le fleuve, dont l'onde insaisissable et miroitante se traduit par une harmonie mouvante. Voire douce-amère pour A2 aux clarinettes (0'26). Les violons reprennent A1 dans d'étranges gammes phrygiennes (0'37). Nouvelle variation A3 arquée à la clarinette (0'53), raillée sur celle en mi bémol (1'02) picotée de col legno. Les moutonnements de A1 (1'15) supportent enfin la mélodie principale A4 (1'19) du Lied (« Antonius zur Predigt ») qui s'énonce aux piccolo, clarinette et basson et trouve sa réponse A5 ff aux bois (1'28), calquée sur le véhément épisode évoquant les morues. La section A3 (1'37) revient flanquée d'un goguenard contrepoint au basson, et reflue avec grandiloquence (1'54). On passe à un élégant fa majeur (2'00) pour un nouveau motif A6 déroulé aux altos, qui dans le lied introduit les mondanités des anguilles et esturgeons. Crabes et tortues qui remontent des bas-fonds pour entendre la leçon sont illustrés par un tendre motif A7 aux hautbois et clarinettes (2'10), au parfum bohème prononcé. Hautbois et flûte (2'39) commentent sur un ton controuvé « aucun sermon ne plut jamais davantage à un poisson ». Une saillie ramène ut mineur (2'53) et un développement de tout le matériel thématique de cette première partie. Un raffut des timbales (3'37) introduit la partie B, qui s'initie par un raclement des cordes graves : illuminé par un liseré de flûte et piccolo, un sourd crantage B1 des violoncelles et basses semble une rémanence du troisième mouvement de la Symphonie n°5 de Beethoven. Les bassons s'y joignent (3'51) puis les violons. Soudain jaillit une joyeuse fanfare B2 en ré majeur (4'04) qui elle rappelle l'impétuosité du Scherzo de la précédente symphonie de Mahler. La liesse culmine par les violons (4'14) qui ensuite se tamisent (4'25) tandis que le hautbois contrepointe une désinence B3. La clarinette s'élance, puis flûte et violon solo (4'36) dans un vif dialogue baroquisant dérivé de B1. Nouvelle fanfare (4'47), cette fois en mi majeur, conduisant à un ruisselant passage « retenu et chantant » aux trompettes (5'02), que le compositeur considérait comme le plus beau passage de ce mouvement et qui préfigure les émouvantes sonneries de posthorn du Comodo Scherzando de la symphonie suivante. La temporalité s'y fluidifie par les doux ondoiements de violons et harpe. Flûtes, hautbois et clarinettes prolongent ce havre de défluxion (5'27), ponctué par le triangle et moiré par des trémolos haleinés à la flûte. Les trompettes se le réapproprient (5'57), toujours baignées dans une sereine osmose. Comme au début de cette partie, B1 (6'29) vient racler une transition modulante (ut, ré bémol, ré, mi bémol) où l'on réentend B3 (6'35) au hautbois puis à la clarinette, avant une pose menaçante (6'45) qui se déchire par une bourrasque glissando (6'53).
Revoilà la partie A aiguillonnée par le Ruthe. Le comateux motif A2 aux clarinettes (7'04) accueille le retour du tournoyant A1 (7'16). Au basson et piccolo, le thème A4 du prêche (7'21) se superpose à B3 ! Encore plus caractériel que dans l'Exposition, A5 s'interpose aux cuivres et timbales (7'29). Le motif A3 (7'38) se trouve aussi varié dans son instrumentation : non plus à la clarinette en si, mais aux violons 2 (filigranés des altos) qui se fondent à celle en mi bémol (7'47) pour la répartie caustique. En tout cas, le collet-monté A6 (8'00) reparaît bien en fa majeur, toujours déployé aux altos, puis le berçant A7 (8'11) et son peuple du fond de l'eau.
Inopinément, la partie B instaure le climax du mouvement (8'40), et un des plus géniaux paroxysmes de la musique occidentale !
Sur roulement des timbaliers, de la grosse caisse, des tam-tams, la fanfare B2 explose en ut majeur aux trompettes et cors. On s'y attendrait. Mais ces joyeux ébats se convulsent par les trompettes (8'47) qui distordent en si bémol mineur le thème principal A4 à toute vitesse, dans une grandiose exaltation qui se précipite sur un trémulant acmé (9'01) : comble de la douleur ou de la jubilation, on ne sait qualifier cette extase, qui s'abrase dans une tumultueuse détumescence (9'04). Aveuglante allégorie, comme des éclairs frappant un vitrail gothique de danse macabre. Revenons sur ces vingt secondes qui, selon une autre grille de lecture, appelle une exégèse mécaniste : à 8'47 on a l'impression de se trouver comme le projectile d'une titanesque fronde, fendant l'air dans un tournoiement gigantesque, d'autant que le grondement de percussion a cessé et qu'ainsi libérée de toute friction la force centrifuge permet une accélération infinie. Cette rotation renvoie aussi à une exacerbation de la circularité qui rythme toute la cinématique depuis le début. La plupart des chefs accentuent la sensation de rapidité. Autre voie possible et rarement usitée, celle d'Otto Klemperer (Philharmonia, Emi) qui maintient voire freine l'allure, insistant sur l'amplification du geste, qui par sa résistance engendre une convolution encore plus tétanisante -presque un effondrement. La strette concentrée aux cors (8'57) maximise l'énergie cinétique et le subséquent climax (9'01) se perçoit comme l'exorbitation du projectile relâché, investi de sa propre trajectoire, euphorique, seulement fouetté par le faseyement des timbales. L'ondulation des cordes et bois (9'04) figurent le freinage de ce corps rendu à la gravité, encore ivre de son prodigieux envol. Au sein d'une satire de la sottise grégaire et de l'inamovibilité des penchants humains, l'interprétation de ce stratosphérique acmé pose question : surplombant toute logique narrative, il semble ouvrir une brèche métadiégétique au-delà de ce fliessender Bewegung, comme un fougueux et vertigineux recours vers/de la transcendance. Notre Saint-Antoine, frustré dans son zèle, qui face à ses stupides ouailles s'emporte dans l'obsécration ? Ou, considéré d'un angle inverse, peut-être le doigt d'un Dieu accablant les impies pris de panique. Ou, pour en revenir aux explications de Mahler lui-même, le cri de désespoir d'un homme face à une réalité qui le dépasse.
En tout cas, le ciel s'est ouvert, et au-delà de toute hypothèse, ces moments cathartiques ont su purger l'atmosphère, non sans qu'on s'en sorte étourdi et ébranlé. Le matériel thématique lui-même se récapitule confusément : le crapoteux ostinato B1 se remobilise (9'16), les mailloches frappent come prima. Par deux fois (9'35, 9'51), les trompettes méditent un écho de leur béatitude psalmodiée à 5'02, qu'on réentendra dans le Final (mémorisez ce thème !) Un glissando des harpes (10'05) achoppe sur des interjections des cordes et de la grosse caisse. L'ostinato se reconstitue (10'16), s'empourpre de querelle. Un nouveau glissando de harpe décoche l'ultime et furtif retour de la partie A (10'35), décantée, comme si la morale était connue d'avance. Bassons et clarinettes (10'57) participent au constat navré. Nonobstant l'agacement des violons et flûtes (11'04), les cordes renoncent à tout apostolat par un ruban en berne (11'10) vers un las et sinistre étiage du glas, du contrebasson, des cors (11'15) : « le sermon est oublié, le sermon était agréable, tous demeurent comme ils furent » déplore le poème vidé de ses illusions.

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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyMar 31 Mar 2020 - 0:52

J estime que bernstein avec le New-York philharmonic orchestra chez deutsche grammophon est splendide... Claudio Abbado avec les wiener philharmoniker est également magnifique... Dommage que karajan ne l ai pas enregistré... J ai également apprécié la version qu andris nelsons en a donné avec également les wiener philharmoniker... Enfin mariss jansons avec la radio bavaroise et le royal concertgebouw orchestra sont à mettre la aussi sur un piedestal
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 5 Avr 2020 - 15:46

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IV. Urlicht -Sehr feierlich, aber schlicht

Emprunté au Knaben Wunderhorn, le bref Urlicht (lumière primordiale) constitue un autre intermède autant qu'il met en perspective les enjeux du Finale. Il évoque (selon Mahler) « le questionnement, la quête angoissée de l'âme pour Dieu et pour sa vie éternelle » et répond à une structure A-B-A'. Orchestration diaphane, pathos pudique et quintessencié, fluidité d'un tempo où les sabliers sont arrêtés : une des plus émouvantes pages de Mahler et de l'histoire de la musique, dont on ne peut qu'admirer l'économie et la concision.
La première section, en ré bémol majeur, commence par un elliptique exorde seulement obombré en sourdine par violons, altos et violoncelles, et chanté par la contralto « Oh petite rose rouge ! ». S'exhale un fervent choral (0'24) confié à un groupe instrumental (trois trompettes, quatre cors, basson, contrebasson) que la partition souhaite aligné dans le fond de la salle. Par sa courbe montante et descendante (0'34), ce choral fait comprendre la fragile destinée de la fleur, allégorie de l'éphémère. La contralto rumine un constat affligé (1'21) « L'Homme gît dans la misère ! L'Homme gît dans la douleur ! » puis, après une césure de trompette (1'49), implore un déchirant (1'57) « J'aimerais plutôt être au Ciel » dont la répétition (2'22) se filigrane au hautbois, attendrissant à pleurer dans sa codetta.
La deuxième section (3'22) s'anime dans le relatif mineur (si bémol). En triolet, la clarinette convolute un motif blafard et érémitique qu'elle va ressasser comme une morne pérégrination, accompagnant les mots « Je suis arrivé sur une large route » (3'29). Le glockenspiel aura tinté sept fois sur le chemin (nombre sacré par excellence, dans la symbolique cosmogonique). Essor du violon solo, vers un rayonnant épisode (3'55) en la majeur (« Un angelot est venu qui voulait m'en détourner », paraphé par une candide désinence de piccolo, 4'11). On transige vers le relatif mineur (fa dièse) pour la fière réplique « Ah non ! Je ne m'en laissai pas détourner ! » (4'21). Mahler confia que ce passage béat d'innocence lui inspirait une âme au paradis, à l'état de chrysalide.
Le si majeur s'installe pour le retour de la partie A (4'42), d'abord ornée en augmentation (intégration de croches de passage) sur les vers insistants « Je procède de Dieu et veux retourner à Dieu ! Le Dieu bien-aimé me donnera une petite lumière Qui m'éclairera [05'00, on observe la double courbe descendante sur ces mots] jusqu'à la... » La morphologie initiale du choral (souligné ici par les clarinettes, et les décantations de harpe) guide les adjectifs « éternelle » (5'26) et « bienheureuse » (5'32) vers le sommet de la tessiture (mi bémol) qui culmine évidemment (5'40) sur le mot Leben (vie). Les cordes distillent enfin un ineffable camaïeu par lequel se distend cette épectase, rendue au silence (6'14).


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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 5 Avr 2020 - 17:57

Mélomaniac a écrit:
Spoiler:
 
affraid Tu l'as dégotée où, cette horreur?

Tu ne pouvais pas trouver un truc approprié à Urlicht du côté des symbolistes, je ne sais pas moi, chez Maurice Denis ou Degouve de Nuncques, voire Böcklin? Enfin, je veux dire: quitte à donner dans la mauvaise peinture, que ce soit au moins dans la mauvaise-grande-peinture-qui-a-sa-place-dans-les-musées, pas de la mauvaise peinture qu'on s'attendrait plutôt plutôt trouver en quatrième de couverture du Reader's Digest, dans les collections de la Melania Trump Foundation for Fine Arts, aux murs de la salle d'attente d'un chirurgien plastique libanais à la réputation équivoque, ou dans le boudoir de la femme entretenue de quelque promoteur immobilier de la Côte d'Azur.
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 5 Avr 2020 - 18:20

Je ne vois pas le problème ; pour moi ça correspond peu à l'émotion suscitée par cette pièce musicale, mais c'est juste une illustration en passant, Mélo n'a pas dit qu'il y avait un lien étroit entre les deux, il a déjà fait un gros boulot. Smile

Mais si tu veux vraiment te faire peur avec Jim Warren, il y a pas mal de toiles où le bon goût a moins de place :

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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 5 Avr 2020 - 18:27

Mr. Green   C'est bien de venir clabauder sur les choix iconographiques,
après que j'ai imploré en vain des conseils dans ce sujet : https://classik.forumactif.com/t5557-musique-et-image#1165592

En tout cas, bingo, pari réussi : je savais quoi faire pour enfin attirer quelque réaction ! Basketball

Quand on aura fini d'épancher sa bile, on pourra éventuellement parler du fond, puisque c'est peut-être l'enjeu de ce topic... siffle
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 5 Avr 2020 - 18:29

Nos rétines étant brûlées par l'illustration nous ne pouvons hélas, lire le texte qui l'accompagne.
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptyDim 5 Avr 2020 - 19:35

Mélomaniac a écrit:
Mr. Green   C'est bien de venir clabauder sur les choix iconographiques,
après que j'ai imploré en vain des conseils dans ce sujet : https://classik.forumactif.com/t5557-musique-et-image#1165592
Justement, les gens qui cliqueront sur ce lien pourront voir: 1. quand tu as demandé des conseils iconographiques pour le III, tu ne m'as pas imploré en vain, l'Éternel est mon nom 2. tu n'en as pas demandé pour le IV (alors que si tu l'avais fait, je m'y serai mis comme pour le III.)

Raconter n'importe quoi et culpabiliser: tu vas bientôt être recruté dans une cellule de communication de crise à très haut niveau...


Mélomaniac a écrit:
En tout cas, bingo, pari réussi : je savais quoi faire pour enfin attirer quelque réaction ! Basketball
Quand on aura fini d'épancher sa bile, on pourra éventuellement parler du fond, puisque c'est peut-être l'enjeu de ce topic... siffle
Je crois déjà te l'avoir dit: tes guides d'écoute sont tellement bien faits, présentant des clefs d'écoute pertinentes, exprimées d'une façon très évocatrice, sans jargon musicologique, que je vois pas trop ce qu'il y aurait à ajouter: comme tu as le souci de rester à un niveau descriptif, il ne peut guère y avoir de désaccord d'interprétation - tout ce qu'on peut dire, c'est «Merci, Mélo!» kiss

De plus, comme je n'aime pas trop écouter une symphonie par bouts, j'attends que tu aies achevé le V pour me caler une soirée et écouter toute la symphonie avec ton guide d'écoute - à ce moment-là, j'aurai peut-être des remarques ou des question de détail à formuler.

DavidLeMarrec a écrit:
Mais si tu veux vraiment te faire peur avec Jim Warren, il y a pas mal de toiles où le bon goût a moins de place :
Spoiler:
 
Ayé, j'ai vomi.
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MessageSujet: Re: Deuxième symphonie de Mahler   Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 EmptySam 25 Avr 2020 - 16:32

Deuxième symphonie de Mahler - Page 2 Nuage10


V. -Im Tempo des Scherzos. Wild herausfahrend

Occupant à lui seul presque autant que durent les quatre premiers mouvements, le vaste Finale se révèle un triptyque, organisé en symétrie (si ce n'est formelle, du moins symbolique) autour d'un Développement. Lequel n'obéit pas au travail thématique qu'organiserait une forme-sonate, mais dramatise une péripétie, un péplum quasi-cinématographique qui décrit le Jugement Dernier en sept panneaux. Les deux parties qui l'encadrent sont essentiellement contemplatives. L'Exposition alterne invocation de la transcendance et pressentiment de la colère divine. Après l'Apocalypse centrale, on s'attendrait à une parousie qui tient les grandes balances et trie les élus et les réprouvés. La religion de Mahler n'étant pas celle de la rédemption du Christ, la Réexposition engage un autre paradigme : similaire à celui de l'Exposition, l'Appel se penche sur des paysages dépeuplés ; néanmoins les défunts rassemblés en assemblée mystique n'espèrent aucun paradis, ne redoutent aucune damnation. Tous aspirent à la renaissance qui leur est promise. « Il n'y a ni pécheur ni vertueux, ni grand ni petit, ni punition ni récompense. Un tout-puissant sentiment d'amour nous illumine » confia Mahler à son épouse. Taraudé par les enjeux existentiels et métaphysiques, éminemment cultivé, Mahler connaissait évidemment les deux Testaments, et les vers qu'il écrivit pour compléter le poème de Klopstock relèvent de la même doctrine que cette sentence de l'Épître aux Corinthiens (I 15:36) : « Insensé ! ce que tu sèmes ne reprend point vie s'il ne meurt. » L'immortalité acquise par le héros est peut-être aussi le credo que le jeune Mahler convoitait en tant qu'artiste.
Plusieurs thèmes musicaux circulent dans ces trois parties, certains décelés par la littérature universitaire, d'autres labellisés de mon cru. Impossible de citer toutes leurs occurrences, j'ai indiqué ci-dessous les principales, ainsi que quelques citations bibliques qui ne figurent pas dans la partition mais illustrent le propos.

Souvenez-vous des foudres qui introduisaient le Totenfeier : après les trois mouvements centraux qui constituaient une parenthèse, le dernier démarre avec le même embrasement, Cette astuce mnémotechnique connecte ainsi directement la marche funèbre initiale et la résurrection qui va ici s'ériger. Le héros va renaître ! Mais au lieu d'une procession, nous assistons ici à une pyrotechnie. Comme une roquette fusant à la verticale et explosant en l'air !
Le vacarme rappelle aussi le Stürmisch Bewegt de la symphonie précédente. Pavillons levés, trompettes et trombones vocifèrent un sardonique motif qui est celui de la fanfare de l'effroi : certains musicologues ont relevé une parenté avec le ricanement méphistophélique qui lance le Presto du Finale de la Symphonie n°9 de Beethoven, qui se poursuit par un récitatif des cordes graves. Ici, elles enclenchent une vrombissante cavitation (0'17) qui nous transporte dans une narration distanciée voire légendaire, brouillant les repères spatio-temporels. Par hétérochronie, celle locomotion laisse surnager pianissimo le thème de l'éternité (0'30) aux flûtes et clarinettes. Puis aux trompettes le thème solennel (0'35) que nous avions perçu dans la coda du Scherzo (à 9'35) : sa répétition (0'49) se contrepointe à un crantage des cors en triolets certes discret mais fondamental qu'on nommera motif des anges. Les violons répètent délicatement son profil descendant, comme s'ils en méditaient le sens (0'56), jusqu'à s'éteindre dans l'immensité (1'33).
En fa mineur, l'Exposition (1'44) débute par la première des trois séquences de la Voix dans le désert, allusion au Livre d'Isaïe (40:3-5) de l'Ancien Testament : « une voix crie : préparez au désert le chemin de l'Éternel, aplanissez dans les lieux arides une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit exhaussée, que toute montagne et toute colline soient abaissées ! Que les coteaux se changent en plaines, et les défilés étroits en vallons ! Alors la gloire de l'Éternel sera révélée, et au même instant toute chair la verra ». Dans le lointain, les cors proclament leur appel, le répètent en écho (1'56), puis en triolets (2'06) qui se propagent dévotement au hautbois (2'17), égrenant son chapelet de miséricorde (motif de l'errance). Le thème solennel résonne aux trompettes (2'31), les triolets s'évaporent à la harpe (2'40) puis s'effilochent à la flûte (2'47), la clarinette (2'52), le basson (2'55), le contrebasson (3'00) alors que les trombones prophétisent (2'56) dans le sac et ressac réverbéré aux deux tam-tams. Cette psychédélique cascatelle aura ruisselé du la bémol jusqu'à un abyssal accord d'ut sans tierce (3'04). Elle endosse une saisissante métaphore quand on se rappelle l'infernal cliquet qui lacérait la fin (24'39) du Totenfeier : le même procédé de crénelage semble ici resituer dans des limbes éthérées la chute fatale du héros, comme entrevue d'un firmament où les avanies ne parviennent qu'atténuées et déréalisées.
Sur croches pincées aux altos, les flûte, hautbois, clarinette marmonnent le Dies Irae médiéval (3'17), évoquant le terrifiant oracle de la Sibylle. « Jour de fureur que ce jour-là, jour de détresse et d'angoisse, jour de tourmente et de tourments, jour de ténèbres et d'obscurité, jour de nuages et de sombres nuées. Je jetterai les hommes dans la détresse, ils marcheront comme des aveugles, parce qu'ils ont péché contre le Seigneur ; leur sang sera répandu comme de la poussière, leurs cadavres jetés comme des ordures. Ni leur argent ni leur or ne pourront les sauver. Au jour de la fureur du Seigneur, le feu de sa jalousie dévorera toute la terre » (Livre de Sophonie 1:14-18). Mais aussitôt, comme pour conjurer cette inquiétude, Mahler introduit un nouveau motif (préfiguré dans le Totenfeier à 15'01) : le choral de la Résurrection au trombone (3'48) poursuivi à la trompette (4'02) tandis que le pizzicato s'est transféré en triolets de croches aux violons. Aussitôt l'horizon s'abeausit (4'18) : les violons rayonnent, cors, hautbois, flûtes, tour-à-tour se pâment (désignons ce motif celui de la félicité). Les cors citent un fragment du motif des anges (4'40) qui se coule dans la seconde séquence de la Voix dans le désert (4'47) : sur une guirlande des bassons (relayés par clarinette puis flûte), les cors rougeoient dans le lointain, jusque un coruscant (et périlleux !) contre-ut (5'14). Les violons instillent d'évanescents trilles (5'18) qui comme dans le précédent Appel se concluent par une obscure prophétie des trombones (5'25). Un frémissement des violons (5'43) amène un épisode d'imploration en si bémol mineur, principalement confié au cor anglais (5'46), provenant du Urlicht. La prière s'élance dans un arioso, surligné par les lamentations de clarinettes (6'07) et les spasmatiques trémolos de violons. Les violoncelles s'en emparent (6'30) dans un jaculatoire tuilage imitatif qui sollicite divers pupitres, tandis que claquent les timbales. Les trompettes ajoutent à l'urgence (6'43) mais les cors (6'50) fébrifugent cette envolée.
Trombones, tuba, contrebasson psalmodient une nouvelle séquence du Dies Irae (7'06), en ré bémol majeur, puis le thème de la résurrection (7'49) escorté par des pizzicati, qui se renforce par les trompettes (8'06). Crescendo, un roulement de percussion (8'28) laisse éclater en ut majeur la troisième séquence de la Voix dans le désert (8'40), désormais confiante voire triomphante. Cors, trompettes, bois tour-à-tour se pâment comme dans l'embellie à 4'18, mais encore plus extatique. Les trombones clament le thème de la résurrection (8'55) tandis que tout l'orchestre, carillonnant, sigille sa magnificence. Mais toute épreuve n'est pas bannie : les violons tressent le dolent motif de l'errance (litanie empruntée au hautbois cf 2'17), qui ici surplombe un grandiose tableau d'exode. Tout cela enchaîné en plan-séquence, vision fabuleuse et colossale, dont aurait pu rêver Cecil B. DeMille. Les cors citent un fragment du dépressionnaire motif des anges (9'29) sombrement décliné par les trombones (10'11), alors que le cortège titube dans la déréliction, puis vacille sourdement aux cordes graves (10'31).

Le Développement central s'architecture en sept parties très imagées, véritable hypotypose de la Fin des Temps.
La première émane des entrailles : à peine audible, un roulement des tambours et tam-tams (10'47) enfle tel un raz-de-marée. Une recette que n'oublieront ni Anton Webern (marcia funebre op. 6) ni Alban Berg (Wozzeck acte III sc.3). Un tremblement de terre. Les tombes s'ouvrent. Les squelettes s'en extirpent chancelants. Voilà le décor du Jugement Dernier. Une pantelante fanfare de l'effroi (que nous avions entendue au tout début) jaillit entre les deux ondes sismiques, et propulse un allegro energico en fa mineur (11'15). Affolement général, un hurlement (crétique : croche, double-croche, croche) sursaute en panique puis piaille bruyamment (11'29) comme pour dominer les peurs. Pour preuve, la fanfare de l'effroi (11'37) semble désormais surmontée, alors que violons entretoisent le Dies Irae non dans son conventionnel triton mais dans un ambitus de quarte. Attacca, deuxième partie du Développement (11'53) : toujours sur le motif du Jour de Colère, les cordes scandent une pimpante marche en fa majeur. Les morts sortent des caveaux : « mendiants et riches, gens du peuple et rois, croyants et impies » (selon les mots de Mahler), tous s'avancent en une innombrable et puissante procession. Deux trompettes clament un avatar conquérant du thème de la résurrection (12'10, à peine reconnaissable en raison de sa prestesse, -on penserait presque à la célèbre claironnade de Indiana Jones et les Aventuriers de l'Arche perdue), varié par les violons (12'24), les cors (12'42) tandis que battent les cloches. Motifs de l'effroi (13'15) et du hurlement (13'27) aux trompettes, Dies Irae (13'32) aux cuivres : le compositeur attise le matériel apocalyptique avant la troisième partie du Développement (13'51) qui l'exacerbe encore sur un autre rythme, celui d'une scansion crétique (dérivée bien sûr du motif de l'effroi) : Dies Irae aux trompettes et trombones, tête du motif de la résurrection aux cors et trombones (14'07), motif de l'éternité aux trompettes (14'22). Le tempo se contient avant la cataclysmique quatrième partie du Développement en fa mineur (14'37) où s'affrontent la fanfare de l'effroi aux trombones et un ressassement du Dies Irae à diverses configurations de cuivres, mais sur une nouvelle prosodie (noire, croche, double-croche, blanche) qui semble l'euphémiser, et l'épuiser tant physiquement que sémantiquement. Un pâle trémolo des cordes en sourdine inaugure la cinquième partie du Développement (15'00). Les soupirs du trombone ramènent l'épisode d'imploration, en mi bémol mineur qui, comme précédemment, se déploie aux violoncelles (15'37) tandis qu'en coulisses s'esclaffe une variante de la fanfare de l'effroi, comme un écho festif des fatidiques présages. Les violons lancinent la prière, comme l'humble supplique des esclaves dans l'arène, alors que l'inquiétante fanfare semble se rapprocher et s'empresser : elle gesticule en imprécation aux cuivres graves (16'36), martelée par les timbales (16'56), et explose fortissimo (17'04) pour la furtive et intense sixième partie du Développement en si mineur. « L'imploration du pardon et de la grâce est effrayante, une clameur nous emplit d'une terreur grandissante » selon les souvenirs d'Alma Mahler. Le Dies Irae (17'10) s'affaisse en trois énoncés vers la septième et dernière partie du Développement (17'22). Lente, recueillie, apaisée. « Nous perdons toute raison, la conscience nous quitte à l'approche du Saint Esprit ». La turbulente thématique du Jugement Dernier s'échange désormais contre celle de la renaissance : motif de l'éternité aux violoncelles (17'31) et aux violons (17'45) tandis que le motif solennel transparaît aux trompettes. Le motif des anges en constitue la désinence, aux violons (17'56-18'03) puis au hautbois (18'16) alors que les cors méditent sur le motif de l'éternité. Dans cette contemplation purgée de toute crainte, le Développement se dissout pianissimo.

Après ces scénarios cauchemardesques et plutôt néo-testamentaires, foin de psychostasie et de pesée des mérites. La Récapitulation (19'00) va substituer une eschatologie bien différente, l'Apocalypse selon Mahler, bienveillante et régénératrice. Elle débute par le même matériau thématique que l'Exposition, en fa dièse mineur, varié et investi d'une tout autre signification. Die grosse Appell, le grand appel (au sens d'une convocation). La partition réclame une spatialisation spécifique des cuivres, pour une perspective de profondeur mais aussi de bipolarisation (cf le dispositif du Requiem de Berlioz). Hors-scène : les cors résonnent (19'00), avec effet d'écho (19'14). Une trompette à droite au loin leur répond timidement (19'36), puis une autre plus proche et espiègle (20'01) en contrepoint de triolets avec la première et deux autres elles-aussi latéralisées. Rien moins qu'un artefact, cette stéréophonie relève d'une référence biblique : « Il enverra ses anges avec la trompette retentissante, et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu'à l'autre » (Évangile selon Saint Matthieu 24:31). Après les sept sections du Développement (un chiffre à considérer en référence à l'arithmologie apocalyptique), l'allusion est évidente : « En ce jour, on sonnera de la grande trompette, et alors reviendront ceux qui étaient exilés au pays d'Assyrie ou fugitifs au pays d'Égypte. Et ils se prosterneront devant l'Éternel » (Livre d'Isaïe, 27:13). La timbale gronde (20'11), un piccolo gazouille léger et parfumé, tramé avec les roucoulades de flûte (20'27) : un oiseau chante, « ultime frémissement de la vie sur terre ». Nouveau grondement de timbale (20'36), un cor réitère l'appel extrêmement pâli, la trompette réclame les retardataires. Le piccolo (21'02) dessine une dernière volute, surnaturelle, relayée par la flûte pianissimo (21'13) : page d'un insondable ésotérisme, -bouleversant vestige de tout ce qui s'incarna et vécut. Silence.
Lent et mystérieux, en sol bémol, le chœur s'insinue a cappella (21'47), marmonnant le thème de la résurrection et les paroles qui lui donnent sens : « Tu ressusciteras, oui, tu ressusciteras, ma poussière, après un court repos ! ». Les cordes à peine discernables se joignent aux vers suivants (23'10) « La vie immortelle te sera donnée par Celui qui t'a appelée ! » tandis que la soprano surnage sur ce verbe. Ôtant la sourdine, les violons s'élèvent (24'16, à l'instar de l'embellie à 4'18), les cors font luire l'ondoyant motif de la félicité, superposé à celui de l'éternité à la trompette. On assiste à un redéploiement séraphique (tintements de triangle) des réfulgences entendues à 8'55, développant tout le matériau afférent (thème de l'éternité qui se relance aux violons à 25'05, et reflue sur le motif des anges). Nouveau couplet du chœur (25'56) « Tu es semée pour fleurir de nouveau ! / (26'42) : Le Seigneur de la moisson va ramasser [trompette, 27'19] des gerbes de nous [avec soprano solo, 27'32] qui sommes morts ! La section suivante (27'56) traite en tuilage imitatif à divers pupitres le motif des anges et le thème de l'éternité qui ensuite auréolé du glockenspiel s'inscrit aux trompettes (29'13) et aux violons (29'37) au faîte de leur tessiture. La prochaine strophe (29'56) passe de sol bémol à si bémol mineur et réintroduit l'épisode d'imploration (les vers ne sont plus de Klopstock mais de Mahler), confié à la contralto, traduisant un sentiment individuel (et une embardée lyrique) au sein des solennités ambiantes : « Oh crois, mon cœur, crois, Tu n'auras rien perdu ! Ce que tu as désiré est à toi, à toi, oui, à toi ! À toi, ce que tu as aimé et ce pour quoi tu t'es battu ! ». Un passage pressant aux altos (30'48) amène un couplet plus intériorisé (31'04) : « Oh, crois : tu n'es pas né en vain ! Tu n'as pas vécu ni souffert en vain ! » conclu par le violon solo (31'29).
Strophe suivante en deux strates dont la dynamique épouse le sens des vers : ténors et basses murmurent « Tout ce qui est advenu doit s'en aller » (31'40) puis s'enthousiasment (31'57) « Et ce qui est passé, ressusciter ! ». Couplet suivant encore plus contrasté : « Cesse de trembler ! » (32'31) ppp, puis ff (33'03) « Prépare-toi à vivre ! » dont la répétition mezzo-forte s'amenuise rallentando et pianissimo.
Avec élan mais sans hâte (33'27), l'épisode d'imploration s'exalte comme un duo opératique, entre soprano et contralto qui batifolent comme des papillons : « Ô douleur, toi qui pénètres en toute chose, je t'ai échappé ! Ô mort, toi qui conquiers tout, tu es maintenant conquise ! Avec des ailes que j'ai gagnées, dans le chaud élan de l'amour je m'envolerai vers la lumière qu'aucun œil n'a pénétrée ! » S'enclenche un canon choral (34'14), en mi bémol, d'une rhétorique toute haendélienne, digne du fugato de l'Amen du Messiah. Le profil mélodique du motif des anges (vous comprenez pourquoi je l'avais baptisé ainsi...) tuile le vers « Avec des ailes que j'ai gagnées... » : étagé aux basses, contraltos (34'24), ténors 1 (34'32), ténors 2 (34'42) puis sopranos (34'46). Cette fugue s'échauffe crescendo et laisse percer aux trompettes (35'06) le thème de l'éternité que reprend le chœur (35'13) sur les mots « Je mourrai afin de vivre ! », clamés avec violons et cors, et répétés fortissimo (35'27) sur trille des bois. La péroraison se renforce de l'orgue (35'45), tous registres tirés, pédalier étayé sur un hadal mi bémol ; cuivres et cordes à pleine puissance utilisant bien sûr le thème mélodique de la résurrection : « Tu ressusciteras, oui, tu ressusciteras, Mon cœur, en un instant ! » On mesure la portée illustrative de l'accompagnement instrumental dans l'ultime tirade (36'30) : « Ce que tu as vaincu [sur ce verbe, déflagration des percussions (36'34), thème de l'éternité aux cors fff puis aux trompettes] Te portera vers Dieu ! », -au nom du Créateur (36'50), les percussions se taisent, les violons se hissent vers les cimes. Postlude crescendo vers une apothéose prévisiblement et entièrement dévolue au thème de l'éternité, d'abord en toute majesté aux cors (37'20), puis aux deux antipodes de l'ambitus (comme pour signifier que tout l'univers s'emplit de Sa gloire) : aigu des trompettes et clarinettes (37'31), soubasse de l'orgue (37'43) scandé par les timbaliers à enjambées de géant. Pour parachever pareille fresque, rien moins qu'un sempiternel agrégat des cordes et cuivres (38'01), éclaboussé de gongs et de résonances campanaires dans l'immensité cosmique -trois cloches qui tintent à trois temps (blanche pointée), le symbole numérologique prend tout son sens quand on sait que ce nombre renvoie au Ciel et au spirituel ! L'accord s'amplifie finalement en tutti (38'22), et s'interrompt (38'32) par un sceau de démiurge.
« La tension qui s'intensifie dans ce climax est si phénoménale que j'ignore moi-même comment j'ai pu l'écrire » s'étonna Mahler.


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