Autour de la musique classique

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 Edison Denisov

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Cello
Chtchello
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MessageSujet: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyJeu 12 Jan 2012 - 14:01

sud273 a écrit:
La question ne s'adresse pas à moi, mais en ce qui me concerne je conseillerai avant tout de Denisov L'écume des jours (opéra en français sur le roman de Vian), après la 1ère symphonie, le concerto pour piano (c'est à dire essentiellement les oeuvres tardives de sa période française), mais le problème c'est que dès qu'on s'y attarde, à peu près tout est bon, quoi qu'on ne trouve pas tout justement.

Théo taschimor a écrit:

De l'Ecume des jours, je ne connais hélas qu'une suite intitulée Colin et Chloe, ce qui me donne vraiment envie de connaître cet opéra en entier. Ensuite, je voue un culte à sa symphonie appelée tout simplement SINFONIE puis à son REQUIEM, deux oeuvres qui jouent admirablement bien du clair-obscur.
J'adore presque tous ses Concertos, notamment celui de hautbois. Je suis en pleine découverte de ceux pour violoncelle et clarinette dont la première écoute m'a laissé une chouette impression. Death is a long sleep également. Je suis très fan du compositeur, en fait. Very Happy

Merci pour vos pistes.

Tant qu'à faire, autant lancer la discussion sur ce compositeur vu qu'il n'y a, étonnamment, pas encore de sujet sur lui.

Parmi les choses que me donnent envie, j'ai trouvé:

  • un concerto pour violoncelle
  • un double concerto pour violoncelle et basson
  • une sonate pour violoncelle et saxophone
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyJeu 12 Jan 2012 - 14:06

ah voilà, merci, je cherchais un sujet, me souvenant que Xavier avait quelque part fait référence à des pièces de musique de chambre (à propos de sérialisme ou de dodécaphonisme?)

Je disais donc qu'il existe bien une 2è symphonie, créée quelques jours après la mort de Denisov.
Je vois aussi en playlist qu'Ophanin a tenté la 1ère (sans y trouver grande satisfaction, mais je crois me souvenir que son goût pour la musique d'orchestre est assez limité). A ce propos on ne pourra pas accuser la version -Rozhdestvensky- qui est à mon avis supérieur à la version Barenboïm plus communément distribuée (car pour une fois -O surprise!- il y en a au moins deux enregistrements).
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyJeu 12 Jan 2012 - 14:15

Une petite sélection du catalogue de Denisov tel que mentionné dans Wiki anglais


1956-9 Soldier Ivan (Russian: Иван-солдат opera in three acts after motifs from Russian folk fairy tales
1964 Le soleil des Incas (Солнце инков — The Sun of Incas), text by Gabriela Mistral for soprano, flute, oboe, horn, trumpet, two pianos, percussion, violin and cello
1964 Italian Songs, text by Alexander Blok for soprano, flute, horn, violin and harpsichord
1966 Les pleurs (Плачи — Lamentations), text of Russian folksongs for soprano, piano and three percussionists
1968 Ode (in Memory of Che Guevara) for clarinet, piano and percussion
1968 Musique Romantique (Романтическая музыка — Romantic Music) for oboe, harp and string trio
1968 Autumn (Осень) after Velemir Khlebnikov for thirteen solo voices
1969 String Trio
1969 Wind Quintet
1969 Silhouettes for flute, two pianos and percussion
1969 Chant des Oiseaux (Пение птиц) for prepared piano (or harpsichord) and tape
1969 DSCH for clarinet, trombone, cello and piano
1970 Two Songs after poems by Ivan Bunin for soprano and piano
1970 Peinture (Живопись — Painting) for orchestra
1970 Sonate for alto saxophone and piano
1971 Piano Trio
1972 Cello Concerto
1973 La vie en rouge (Жизнь в красном цвете — The Life in Red), text by Boris Vian for solo voice, flute, clarinet, violin, cello, piano and percussion
1974 Piano Concerto
1974 Signes en blanc (Знаки на белом — The Sighs on White) for piano
1975 Flute Concerto
1977 Violin Concerto
1977 Concerto Piccolo for saxophone and six percussionists
1980 Requiem after liturgian texts and poems by Francisco Tanzer for soprano, tenor, mixed chorus and orchestra
1981 L'écume des jours (Пена дней — The Foam of Days), an opera after Boris Vian
1982 Tod ist ein langer Schlaf (Смерть — это долгий сон — Death is a Long Sleep) — Variations on Haydn's Canon for cello and orchestra
1982 Chamber Symphony No. 1
1982 Concerto for bassoon, cello and orchestra
1983 Five Etudes for Solo Bassoon
1984 Confession (Исповедь), a ballet in three acts after Alfred de Musset
1985 Three Pictures after Paul Klee for viola, oboe, horn, piano, vibraphone and double bass
1986 Quatre Filles (Четыре девушки — The Four Girls), an opera in one act after Pablo Picasso
1986 Viola Concerto
1986 Oboe Concerto
1987 Symphony No. 1
1989 Clarinet Concerto
1989 Four Poems after G. de Nerval for voice, flute and piano
1991 Guitar Concerto
1992 History of Life and Death of Our Lord Jesus Christus according to St. Matthew for bass, tenor, chorus and orchestra
1993 Sonata for clarinet and piano
1993 Concerto for flute, vibraphone, harpsichord and string orchestra
1993 Completion of Debussy's opera Rodrigue et Chimène
1994 Chamber Symphony No. 2
1994 Sonata for alto saxophone and cello
1995 Morning Dream after seven poems of Rose Ausländer for soprano, mixed chorus and orchestra
1995 Choruses for Medea for chorus and ensemble
1995 Completion of Schubert's opera-oratorio Lazarus oder Die Feier der Auferstehung (Лазарь и торжество Воскрешения) D689
1995 Trio for flute, bassoon and piano
1995 Des ténèbres à la lumière (From Dusk to Light) for accordion. Publ.: Paris, Leduc, 1996. Dur. 15'.
1996 Symphony No. 2 (March)
1996 Three Cadenzas for Mozart's Concerto for flute and harp (April–May)
1996 Sonata for two flutes (May)
1996 Concerto for flute and clarinet with orchestra (July)
1996 Femme et oiseaux (The Woman and the Birds) homage to Joan Miró for piano, string quartet and woodwind quartet (July–August)
1996 Avant le coucher du soleil for alto flute and vibraphone (the last work, completed 16 August).

Comme on voit Denisov a composé jusqu'à ses derniers jours, puisqu'il est mort en 1996. Il faisait partie des 7 de Khrennikov (avec Schnittke et Gubaidulina) interdits de concert en URSS dans les années 70 pour être allé se faire jouer à l'étranger sans autorisation. C'est curieusement à l'action personnelle de Chirac qu'on doit son arrivée en France, où il rejoignait cet autre géant inconnu de la musique qu'est Andreï Volkonsky.

On trouve plusieurs versions de son achèvement de Rodrigue de Debussy: en revanche je ne suis jamais tombé sur son propre premier opéra, Le Soldat Ivan.
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyVen 13 Jan 2012 - 9:44

sud273 a écrit:
Je vois aussi en playlist qu'Ophanin a tenté la 1ère (sans y trouver grande satisfaction, mais je crois me souvenir que son goût pour la musique d'orchestre est assez limité). A ce propos on ne pourra pas accuser la version -Rozhdestvensky- qui est à mon avis supérieur à la version Barenboïm plus communément distribuée (car pour une fois -O surprise!- il y en a au moins deux enregistrements).
Je ne devais pas avoir le bon état d'esprit en écoutant, ça m'a paru bien fichu dans son genre mais pas pour moi. Effectivement, les grosses masses orchestrales ne sont pas mon truc.

Citation :
C'est curieusement à l'action personnelle de Chirac qu'on doit son arrivée en France, où il rejoignait cet autre géant inconnu de la musique qu'est Andreï Volkonsky.
Alors ça, c'est étonnant. Lui qui s'est exclamé "c'est qui cette dame moutarde ?" en voulant quitter un concert d'Anne-Sophie Mutter. Surprised (anecdote invérifiable glanée à la radio il y a un certain temps)
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptySam 14 Jan 2012 - 10:46

Elle m'a fait plutôt bonne impression cette 1ère symphonie.

Un début aux bois, grave et très mouvant, où les instruments semblent glisser rapidement mais sans violence les uns sur les autres avant l'entrée des cordes dans le même climat. Un mélange de ces deux masses s'amorce, mis en suspens par des scintillements de célesta ou de cloches. Le ton change au milieu du mouvement: des cascades brèves de notes cherchent leur chemin avec nervosité pour aboutir à un étonnant passage où les cordes prolifèrent dans le suraigu. Une mélodie aux violons finit par émerger à laquelle répondent les cuivres avant un retour progressif au silence, sans résolution. Le deuxième mouvement est entièrement dominé par les cordes qui déroulent une mélodie lumineuse mais obscurcie continuellement. La tension s'accroit vers la fin, anticipation du 3ème mouvement agitato. Celui-ci fait la part belle aux percussions et aux cuivres qui bégayent avec inquiétude, calent sur quelques notes autistes et finissent par s'unir pour un barrage assez agressif mais de courte durée. Le dernier mouvement est un miroir (une redite?) du premier: lente progression du grave à l'aigu, de l'ombre à la lumière, intervention des cloches, mais le final est enfin apaisé.
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyLun 26 Nov 2012 - 20:54

J'ai écouté la 1ère Symphonie en entier (Barenboïm/Erato) et aussi quelques longs passages (Rojdestvenski/YouTube)
Effectivement Rojdestvenski est bien meilleur. Quel dommage que sa version soit introuvable au disque (d'ailleurs est-ce sorti en CD ou seulement en LP ?)
Le disque Barenboïm est aussi épuisé depuis longtemps...
Heureusement on peut à présent écouter Rojdestvenski en entier sur Youtube :

/watch?v=xiH4u8B_glg

Dans un registre beaucoup moins sérieux il existe ce disque qui regroupe trois musiques de film arrangées en suites d'orchestre par Youri Kasparov :

Edison Denisov 001ab0bc_medium

- Une Etoile sans nom
- Un mari idéal
- La Tortue Tortilla

Je viens d'écouter La Tortue Tortilla, c'est très amusant et l'influence du jazz est évidente, par moment on dirait du William Grant Still ou du Gershwin !
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyLun 26 Nov 2012 - 21:38

Une nouvelle production de son opéra à Stuttgart… d'après L'écume des jours de Boris Vian…

http://www.oper-stuttgart.de/spielplan/schaum/


Dernière édition par Rafsan le Dim 21 Aoû 2016 - 20:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyLun 26 Nov 2012 - 22:03

Nos amis bavarois ont bien de la chance. Espérons qu'Arte plantera ses caméras dans la salle !
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyMar 27 Nov 2012 - 9:50

l'enregistrement de la création parisienne existe, c'est en français. Je crois que c'est mon oeuvre préférée de Denisov.
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptySam 20 Aoû 2016 - 9:06

Benedictus a écrit:
lucien a écrit:
Benedictus a écrit:
Denisov: Requiem (bande de la création en la cathédrale de Riga)
Edison Denisov 173236763 C'est complètement «polystylistique» (par moment ça ressemble à du Boulez ou à du Ligeti, à d'autres c'est d'un néoromantisme russe très émouvant) et en même temps très personnel (certaines lignes vocales, le saxophone...) Incroyable qu'un tel chef-d'oeuvre soit indisponible au disque et que c'en soit la seule version enregistrée.
le cd existe, pourtant (réédition BMG du vinyle Melodiya).
Oui, dans la collection «Musica non grata» de Melodiya/BMG, mais je ne l'ai trouvé qu'en médiathèque: même d'occase, même très cher, il est devenu impossible de le trouver autrement.

ah ! et le reste du cd, qu’en penses-tu ? Very Happy
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyDim 21 Aoû 2016 - 20:42

La première symphonie est une oeuvre majeure. Je ne sais pas si c'est encore disponible ?
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyDim 21 Aoû 2016 - 20:46

Melodiya ne l’a toujours pas rééditée... Edison Denisov 2661413304
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyDim 21 Aoû 2016 - 21:19

J'ai l'enregistrement Erato (Barenboim et l'Orchestre de Paris). Je n'ai pas entendu la version Melodyia.

J'ai 3 autres disques (concertos et musique de chambre). Je vais les ressortir de la voûte. Dans mon souvenir c'était de la bonne musique...
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyMer 26 Juil 2017 - 15:44

Edison Denisov 92986610

J’avais écrit un petit texte de présentation pour Gubaidulina, je vais tenter la même chose pour Denisov. Le contexte est peu ou prou le même. Comme Schnittke qui passa son enfance à Engels en République autonome allemande, puis à Vienne, comme Gubaidulina venu des terres tatares, comme Volkonski qui ne revient de Suisse qu’en 1948, Denisov est originaires de contrées fort éloignées de Moscou ; parfois (souvent) le changement doit venir de l’extérieur, à l'instar des grands écrivains étrangers à leur langue. Il est né à Tomsk, en Sibérie, ou il fit des études de mathématiques et fut diplomé en 1951. Après avoir été encouragé par Chostakovitch à qui il avait envoyé ses premières compositions, il entra au conservatoire de Moscou. Son professeur est Chébaline, l’un des Six de 1948, plutôt conservateur mais très ouvert, il montre à ses élèves des partitions modernes ramenées de délégation à l’étranger, notamment le Marteau sans maitre de Boulez — chez qui en retour on ne peut trouver qu’un « Je ne connais pas Chébaline », déclaration anecdotique mais que j’aime rappeler tellement elle est insolite. Après les morts symboliques de Staline et Prokofiev, le climat est à une relative ouverture. Les grands solistes russes se produisent en Occident, et des interprètes occidentaux visitent la Russie. Plusieurs brèches mettent en contact les musiciens soviétiques avec la musique contemporaine occidentale. Volkonski se fait remarquer par ses œuvres jugées subversives car trop influencées par Stravinsky, Hindemith et par le néoclassicisme franco-suisse, puis se met au dodécaphonisme en 1956 avec Musica stricta, dédiée à Yudina. Il avait rencontré Herchkovitch, élève de Berg et Webern exilé en Union soviétique depuis 1940 et installé à Moscou depuis 1946. Autour de Volkonski et Herchkovitch se forme un groupe de compositeurs tourné vers l’avant-garde, dont fait partie Denisov. Denisov rencontre également Gérard Frémy, arrivé à Moscou en 1956 pour étudier avec Neuhaus, et découvre Webern. En 1957, c’est Gould qui visite l’URSS. Il organise des concerts-conférences où il présente le dodécaphonisme et l’œuvre des Viennois ; si la première est discrète, ses prestations attirent rapidement des foules. Suite à cette visite, des échanges russo-américains se mettent en place : Stokowski en 1958 puis Bernstein en 1959 dirigent des concerts en URSS, des visites réciproques sont organisées, et enfin Stravinsky retrouve la Russie, en 1962. Nono se rend à Tallinn en 1963 (où il trouve des compositeurs qui, loin de Moscou, connaissaient déjà le sérialisme et l’aléatorisme), puis à Leningrad (où il rencontre notamment Tichtchenko : « dans ses yeux brille la lumière fantastique d’Alexandre Blok »), et à Moscou. Il emmène avec lui des partitions et des enregistrements. Ses relations avec les autorités soviétiques ne pouvaient qu’être délicate : communiste, mais sa musique incarnait tout ce qui était proscrit dans l’Union. Ses notes de voyage sont intéressantes ; par exemple : « Personnellement, je n’ai obtenu, lors de ces rencontres, aucun éclaircissement sur la signification et la validité de la formule du “réalisme socialiste”. » Plus tard, ses rapports seront également orageux avec Volkonski (tout l’inverse : moderniste — puis « nostalgiciste » — et héritier des princes tsaristes...), alors revenu définitivement en Europe. Il visite également le studio de musique électronique installé dans la cave du Musée Scriabine par Murzin en 1958 dans l’héritage d’Avraamov et Yankovski. Au Musée Scriabine, pont évident avec l’avant-garde proscrite du début du siècle, on pouvait rencontrer Nemtin ou entendre Yudina et Lubimov donner des récitals de musique nouvelle. C’est là et dans l’appartement de Denisov que Nono rencontre Volkonski, Schnittke, Gubaidulina et d’autres. Son influence sur eux est importante. Nono aurait dit à Schnittke et Denisov qu’il n’y pas d’incompatibilité ou de contradiction entre la rigueur de l’écriture sérielle et l’intensité de l’expression. La période sérielle de Schnittke débute d’ailleurs en 1963. Boulez visite l’URSS en 1967 en tant que chef de l’orchestre de la BBC, et y organise des concerts, notamment une soirée Webern / Boulez (Éclat) qui fit grande impression. Une rencontre avec les étudiants du conservatoire est organisée clandestinement par Denisov. J’attire aussi l’attention sur la première visite de Dutilleux en 1970 (on jouait ses œuvres depuis 1964), avec qui Denisov entretint une longue amitié. Parmi les grandes figures françaises, on peut aussi citer Xenakis, que Denisov rencontra au Festival de Varsovie en 1962 ; il semble qu’ils entretenaient de bons rapports malgré leur peu d’affinité musicale (Denisov reprochait à la musique de Xenakis son absence de contenu intentionnel et émotionnel). Peu à peu, à une époque où en Allemagne on se chamaille pour savoir ce qu’est une musique de gauche et que de l’autre côté du Rhin on commence à défendre le droit d’imiter au nom de la liberté des musiciens brimés par des (ou complices de) politiques culturelles totalitaires, on commence à se rendre compte qu’il y a des créateurs originaux dans l’Union.

C’est aux années 60 que remontent les premières œuvres modernes de Denisov, et en particulier trois cycles vocaux. Le premier est Le Soleil des Incas (1964). L’œuvre est créée par Rozhdestvenski en 1964, et est naturellement contreversée. Une discussion est organisée en présence de Khrennikov, Chostakovitch (qui utilisera des éléments dodécaphonique à partir de la fin des années 60 après avoir condamné les techniques sérielles), Eshpai (sa troisième symphonie de 1964 contient un passage dodécaphonique, par exemple) et Chtchédrine qui en profita pour se faire bien voir des autorités alors qu’il était certainement le plus original et le plus progressiste des trois. Denisov fut néanmoins défendu par Chostakovitch. L’œuvre est reprise par Maderna et Boulez en 1965 à Darmstadt et à Paris puis en 1966 à Bruxelles et à Londres. Les efforts de Boulez pour faire assister Denisov à la création parisienne furent vains. Suivent deux autres œuvres vocales du même type : Chansons italiennes et Les Pleurs (1964 et 1966 respectivement). Ces trois cycles — assez proches des œuvres de Volkonski de la même époque, et en particulier des Plaintes de Chtchaza (1961) — utilisent des thèmes dodécaphoniques, une écriture sérielle, et même un style presque pointilliste, mais de façon assez intuitive, sans s’interdire des éléments tonals (sinon en les favorisant) et en accordant une place importante à la mélodie ; il lui arrive de répartir les élément de la série entre deux mouvements distincts (technique qui fait penser à Roslavets). On peut voir ces œuvres comme une synthèse très personnelle du lyrisme de Boulez (Le Soleil des Eaux, Le Marteau, Pli selon pli) avec celui de Chostakovitch — et je pense que Denisov a pu, comme Oustvolskaïa, Tichtchenko et peut-être même Schnittke, influencer en retour le dernier Chostakovitch. On sent également un retour aux sources profondes du patrimoine culturel russe et au folklore sibérien ; cet attachement est plus discret que chez d’autres, Gubaidulina en particulier, mais il est importante car il est à mon avis une des caractéristiques les plus significatives de la musique soviétique contemporaine, autant chez les modernes que chez les traditionnels (à la suite de Sviridov). En 1965, il écrit Crescendo e diminuendo, œuvre que je crois unique dans sa production, manifestement influencée par le sonorisme de l’École polonaise ; elle est dirigée par Bernstein à New York en 1967 (cet enregistrement existe en cd). Il faut aussi mentionner l’Ode (1967, créée à Moscou l’année suivante) qui dans sa version originale est la première œuvre dite aléatoire en Union soviétique. Mais dès la toute fin des années 60, Denisov laisse de côté ce style incisif, concis et raffiné autant que ces expérimentations ponctuelles pour s’embarquer progressivement dans une esthétique beaucoup plus postromantique et foisonnante — certains diront filandreuse. En 1970 il écrit sa première œuvre importante pour grand orchestre, Peinture, qui va déjà clairement dans cette direction. Elle est créée la même année en Allemagne par Ernest Bour, mais finira par être jouée en Russie. En effet les choses s’assouplissent à partir de la fin des années 70 et surtout dans les années 80, dès avant la perestroika, et les compositeurs contemporains, mais aussi les modernes des années 20 (dont la redécouverte doit beaucoup à Denisov, ce qu’on sait peu en Occident), sont jouées dans des festivals. Melodiya consacre également de plus en plus de disques à ces compositeurs. C’est aussi Peinture qui est choisi en avril 1982 pour un concert organisé par Rozhdestvenski entièrement consacré à Denisov, Schnittke et Gubaidulina. Ses œuvres, notamment une série de concerto dans les années 70, sont fréquemment commandées et jouées par des interprètes occidentaux de premier plan. En 1979, il fait partie des Sept de Khrennikov, dénonciation sans réelle importance en réalité, dernier coup d’éclat du combat d’arrière-garde d’une époque révolue, puisque les temps changeaient et que du reste Denisov était déjà interdit d’édition et d’exécution depuis 1966.

Mais je m’interromps en cours de route ; récapitulons. Jusque 1960, les œuvres de jeunesse. À partir de 1961 commence sa période dodécaphonique, mais sa personalité s’affirme surtout à partir de 1964 à côté de quelques expérimentations ponctuelles (le sonorisme avec Crescendo et diminuendo, l’aléatoire avec l’Ode, la musique électronique avec Chant d’oiseau). En plus des trois (indispensables) cycles vocaux dont j’ai parlé plus haut, il faut écouter la très belle Musique romantique (1968), ainsi que les troublantes et très nettement polystylistes Silhouettes (1969). Puis, à partir de 1970 avec Peinture, ce qu’on appelle la maturité. On pourrait je pense préciser en distinguant trois ou quatres périodes entre 1970 et 1996, périodes que je pressens mais que je ne me risquerai pas à définir précisément (surtout qu’il y a beaucoup de trous dans ma connaissance du catalogue des œuvres). Disons rapidement qu’on a une grande période de concertos parfois d’esthétique intermédiaire (les années 70), puis les années 80 ou les clichés denissoviens sont les plus prononcés, avec les œuvres les plus célèbres, et enfin une ultime période créatrice, comme « délivrée », plus synthétique, avec que des pièces essentielles mais difficiles à trouver.

Alors qu’est-ce que c’est, ce style de maturité ? Les lignes mélodiques se resserrent, présentant principalement des intervalles réduits et donc vecteurs de beaucoup de tension émotionnelle, avec parfois même des inflexions microtonales (Denisov utilise les quarts de ton depuis Musique romantique). S’il y a rarement de véritablement de thèmes, les mélodies tournent souvent autour du même genre de motifs chromatiques, et font aussi référence à une symbolique littérale très développée (peut-être plus encore que chez Chostakovitch et Schnittke) ; parmi ces motifs certains sont récurrents, leitmotive variables et ouverts, et donnent une unité très forte à une bonne partie l’œuvre de Denisov. La texture est le plus souvent très contrapuntique, avec de nombreuses voix, et caractérisée par l’hétérophonie, c’est-à-dire la non-coïncidence verticale, et la polyrythmie. Dans ces contrepoints chromatiques complexes, on trouve multitude de canons, de (très) nombreuses entrées en strette, de fausses fugues, etc. Une esthétique très décadente en fait, et on pourra chercher des similitudes avec quelques postromantiques tardifs ; un romantisme sans emphase, sans grands élans expressifs : « dans ma musique, l’essentiel se dit doucement ». Mais réduire Denisov à ce type de texture est très insuffisant, puisqu’on trouve aussi dans son langage une part importante d’écriture verticale, ainsi que des éléments pointillistes. Il dispose en fait d’une très large palette de timbres et d’harmonies, des plus simples aux plus retors, associés, mélangés, superposés ; timbre et harmonie constituent d’ailleurs une part essentielle de ses recherches musicales. Le terme palette n’est pas anodin. En effet l’art de Denisov est essentiellement pictural. En 1970, il écrit Peinture en référence à son ami Boris Birger, qui a réalisé le portrait que j’ai affiché au-dessus de ce texte — je pense qu’on comprend beaucoup à propos de Denisov en le regardant. « L’étude de la peinture m’a apporté beaucoup en tant que compositeur. Je crois que le principe du travail de la couleur sur le dessin est proche du travail de composition. » « Un compositeur a, à sa disposition, des éléments qui sont proches, par leur sens, de ceux du peintre. Toute l’œuvre musicale est la distribution dans l’espace temporel, d’un certain nombre d’éléments, ou d’objets sonores, qui sont la base de la structure entière. Leur disposition dans le temps est la base de la composition musicale. Chaque élément a ses propres caractéristiques, sa “forme” sonore, déterminée par bon nombre de paramètres, et sa “couleur”, ou son timbre. » Le langage de Denisov a alors ceci de curieux qu’il est à la fois, dans sa dimension contrapuntique, très tourné vers la mélodie et son potentiel expressif, et en même temps — double focale ou dialectique, comme on veut — que ce tissu est un moyen de peindre des masses de couleurs, des dégradés infinis, souligner les lumières, faire ondoyer ou vibrer la matière sonore. Jusqu’à se rapprocher de Ligeti. Mais la différence fondamentale avec Ligeti est que ce dernier conclut du sérialisme — les anti-sériels amateurs seraient-ils surpris de savoir que Ligeti cite ses propres œuvres comme exemples quand il parle de musique sérielle ? — une neutralisation totale des hauteurs, qui sont donc indifférentes, tandis que chez Denisov la hauteur et la mélodie sont un élément (si pas l’élément) central de sa musique. D’une certaine façon, on peut dire qu’il tire des conséquences très différentes du sérialisme, l’hyperthématisation notamment. Mais que curieusement il en fait quelque chose qui ressemble beaucoup à de l’impressionnisme, et le grand nombre de titres debussystes ou renvoyant à la peinture en est un indice.

Pour poursuivre, je vais esquisser une comparaison entre Denisov et Schnittke. J’ai souvent lu des textes explicatifs qui les définissent comme antagonistes ; selon ce qu’on veut démontrer c’est l’un ou l’autre qui est le repoussoir. Mon avis est qu’ils sont beaucoup plus proches qu’on ne voudrait le penser — et quand je dis on, cela inclut les compositeurs concernés eux-mêmes. Par exemple, on nous explique que l’un est antisériel et l’autre (académico-)sériel, et on joue au jeu bien connu de la citation qui consiste à trouver impérativement pour chaque compositeur une phrase un jour prononcée qui montre que ce dernier a bien pris (et avec quel courage !) son indépendance face à l’académisme sériel — et gare à ceux qui n’ont pas suivi ce protocole. Pourtant, pour revenir à Schnittke et Denisov, la réalité est à mon avis plus subtile. Alors oui, il est probable que Denisov soit resté plus proche de la pensée sérielle, y compris l’organisation de certains espaces chromatiques à partir d’une série de douze sons, mais ce qu’il finit par en faire est tellement étranger à l’esthétique webernienne qu’il n’est pas sûr qu’il soit encore pertinent de parler de compositeur sériel. Fait marquant pour moi, Schnittke et Denisov tendent à se rapprocher fortement à partir de la moitié des années 80, en particulier dans les mouvements lents, avec cette écriture distendue et morose sur un thème court obsédant, et les très récurrents motifs à la symbolique littérale — deux choses que je conçois comme un héritage de Chostakovitch, qui pourtant était loin d’être un modèle pour Denisov. De l’autre côté (outre que sa période véritablement sérielle est loin d’être négigeable), l’écriture d’inspiration sérielle reste un point de fuite pour Schnittke, un pôle de l’aimant. C’est qu’en fait le collage comme expression du polystylisme est chez lui davantage l’exception que la règle, ce qu’on comprend bien en lisant son article sur le sujet : le polystylisme est surtout l’hybridation des langages, par exemple du sérialisme avec la langue, les formes ou les modes d’expression classiques. Et je pense qu’au vu de ce que j’ai dit plus haut on voit bien comment ceci peut s’appliquer à Denisov.

Et ça tombe bien qu’on parle de polystylisme, car c’est le second point que je voulais aborder. Denisov, il le dit lui-même, serait opposé à l’esthétique polystyliste. Mais attendez une seconde : il a écrit des variations (dans son style) sur Bach, sur Händel, sur Schubert, Haydn, Mozart, il a orchestré de nombreuses œuvres du répertoire classique, entre autres la seconde partita pour violon seul de Bach, quand il ne cite pas ces gens et d’autres ; il peut superposer des séries et des accords parfaits, combiner les langages, imiter, ouvrir une fenêtre sur un quatuor de jazz, un chœur orthodoxe, ou de déployer tous les états intermédiaires. Alors Denisov, opposé à l’hybridation des langages, vraiment ? En fait je pense que le mélange est tout simplement au cœur de son esthétique musicale. Il est à prendre au sens pictural, d’association et de superposition de textures différentes, d’applats, brossés, traits, taches, etc., et est omniprésent. Enfin, troisième élément, et je terminerai par là, je crois qu’on imagine volontiers un Denisov athée et un Schnittke dont la foi est une composante essentielle de sa musique. Pourtant, le sens de la musique de Denisov est avant tout spirituel (« toute ma musique est spirituelle »), et pas seulement dans les œuvres à sujet explicitement religieux. Comme son romantisme, le sentiment religieux de Denisov ne se manifeste pas avec ostentation, mais il est bien là. Le compositeur parle souvent de Dieu quand il parle de sa musique ; et quand il n’en parle pas, on sent qu’il n’est pas loin : « Dans ma musique, il y a beaucoup de clair-obscur qui change imperceptiblement, aussi vivant et imprévu que le clair-obscur de la nature : un souffle infime du vent ou un petit nuage cachant le soleil, qui changent soudainement de coloris. Mais chez moi, il n’y a pas de couleur pure, et mes clairs-obscurs n’ont rien de décoratif, ils sont remplis de sens, comme tout le tissu principal de l’œuvre. Pour moi, la nature n’est pas une décoration, dans laquelle vit l’homme ; elle fait partie de moi-même, elle vit et respire comme moi, et est emplie d’un grand et mystérieux sentiment. »


Dernière édition par lucien le Jeu 17 Aoû 2017 - 19:54, édité 1 fois
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Roderick
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyMer 26 Juil 2017 - 18:44

Merci pour cette présentation !
Est-ce que tu pourrais m'éclairer sur ce que tu désignes par "symbolique littérale" à deux reprises ?
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lulu
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyMer 26 Juil 2017 - 19:06

Oui, pardon, je n’ai pas explicité. Ce sont les jeux courants avec BACH (si bémol, la, do, si bécarre), DSCH, etc., ou tout autre chose, et pas forcément des motifs, ça peut être des notes isolées, comme le D (ré) pour Dieu/Deus.
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Roderick
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyMer 26 Juil 2017 - 19:12

Ok, merci ! (c'est ta dénomination personnelle ou elle est plus largement partagée ?)
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lulu
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyMer 26 Juil 2017 - 19:16

Euh, largement partagée, je crois pas, mais j’ai dû piocher ça quelque part, je suppose. hehe
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lulu
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyMer 26 Juil 2017 - 21:49

« Aujourd’hui, l’œuvre la plus importante de Denisov est Les Pleurs sur des textes populaires russes, achevée au printemps 1966. C’est une représentation musicale du rite populaire de funérailles en six mouvements. Cette œuvre est fondamentale non seulement dans la production denisovienne mais dans la musique russe en général. Parce qu’elle crée, d’un côté, un pont vers les œuvres antérieures, non sérielles, de Denisov ; d’un autre, elle représente la première création sérielle de caractère national infiniment russe. (...) De toute évidence, c’est à partir des Pleurs que commence l’itinéraire créateur indépendant de Denisov, qui réalise une synthèse entre les racines purement russes de ses premières œuvres et ses toutes dernières recherches. (...)
Après l’exécution des Pleurs on ne pourra plus parler de la nature inévitablement « extra-nationale » de la dodécaphonie. En ce sens, on peut se rappeler l’article très intéressant de A. Yusfine intitulé « Le folklore et le travail des compositeurs ». Avec de nombreux exemples à l’appui, l’auteur démontre clairement que l’art populaire est une source infinie, mais aussi inexplicable, de possibilités latentes. Dès qu’un phénomène original perce dans le monde de la musique savante, il s’avère qu’une chose semblable (quoique sur un autre niveau de complexité) a toujours existé dans la musique folklorique. Cela prouve qu’aucune technique musicale nouvelle n’est dangereuse — ni pour la tradition nationale au sens large, ni pour la stylistique populaire (folklorique et même ethnographique), car il y aura toujours des points communs entre la technique nouvelle et la musique populaire. (...)
Les exemples de la Pologne, la Roumanie, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, nous ont déjà démontré qu’il existe une dodécaphonie et une musique aléatoire nationales. Aujourd’hui ce fait est confirmé par des exemples de musique russe, ukrainienne, estonienne, arménienne, azerbaïdjanaise et géorgienne. (...) Le « vocabulaire » de la musique soviétique est en train de s’élargir intensivement (...), mais comme on peut le constater, tous surent rester eux-mêmes. Il est évident qu’aucune technique ne change l’essence même de la musique ; l’essentiel réside dans les idées et non dans les moyens. (...) Évidemment, le risque d’éclectisme existe. Toutefois, tout dépend en premier lieu de l’individualité du compositeur qui réalise cette synthèse, et seulement après, de ses éléments musicaux. L’exemple de Denisov prouve que le vrai talent ne craint pas les expérences techniques. Au contraire, il devrait craindre de rester au calme en attendant l’arrivée de recettes préfabriquées. Elles arriveront peut-être mais pourront servir à la préparation des potions et non du vin vivant de l’art. »

(Alfred Schnittke, 1969)
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyJeu 27 Juil 2017 - 0:17

Pour compléter le fabuleux exposé de camarade Loutsian, une longue citation d'Edik :

"Je n'aime pas les mouvements actuels qu'on appelle néo-romantiques. C'est du conformisme ! Et ce n'est pas honnête de rejeter la musique des années 1950 (le post-sérialisme) : beaucoup d'oeuvres écrites à cette époque resteront car elle sont excellentes. La rupture avec la tradition ne donne pas, à mon avis, de bons fruits, mais le retour à la tradition, comme à une sorte de mode, n'est pas bon non plus ; ce n'est pas un vrai retour : les copies sont cent fois pires que les modèles ! Nous avons beaucoup joué Cage en URSS, y compris dans les institutions symphoniques : je trouve qu'il s'agit d'une personnalité intéressante, très forte, mais qu'il n'a aucun talent musical... Mais je m'intéresse beaucoup à tout ce qui se fait, même lorsque je n'aime pas. J'apprécie énormément Wozzeck, Lulu, Moïse & Aaron, et aussi Ulysse de Dallapiccola ou Les Soldats de Zimmermann, mais tout cela est très loin de mes préoccupations profondes. Pour moi-même, quel que soit mon attachement à la culture française, je ne peux la ressentir qu'en me situant parfaitement dans ma propre culture. Peut-être dois-je insister sur le fait que les peintres de la fin du siècle dernier et du début du nôtre m'ont fasciné, comme ils ont fasciné Debussy... Je tiens à dire à quel point Pélleas constitue une oeuvre capitale... peut-être le dernier grand opéra..."

Edison Denisov, 1985.
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyJeu 27 Juil 2017 - 0:22

Sinon, écris-nous un bouquin Loutsian.
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyMer 30 Aoû 2017 - 19:22

Rafsan a écrit:
Une nouvelle production de son opéra à Stuttgart… d'après L'écume des jours de Boris Vian…

http://www.oper-stuttgart.de/spielplan/schaum/

Et il y a eu une captation…

http://www.theoperaplatform.eu/fr/opera/denisov-lecume-des-jours
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gluckhand
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MessageSujet: Re: Edison Denisov   Edison Denisov EmptyJeu 25 Mar 2021 - 10:34

Edison DENISOV - Violin Concerto | Fedor Rudin, Sofia Philharmonic Orchestra, Simeon Pironkoff


Quel étrange concerto pour violon, presqu'un anti-concerto pour moi, tellement le violon semble noyé, dans la masse orchestrale. Je pencherais plus vers un concerto grosso,agrémenté d'un violon , plus que du concerto pour violon classique.La forme Concerto grosso avait déjà séduit Schnittke, qui l'avait remis au goût du jour ,à  sa façon originale. Là on est un peu entre les deux.Denisov était aussi ,un amoureux invètéré des formes musicales du passé, et s'en est toujours trouvé satisfait.Pour lui, on ne nait pas de rien,on est toujours le résultat de quelque chose,qu'il ne faut surtout pas renier.A lui de s'inscrire dans un paysage nouveau ,qui allie l'ancien et le moderne .Dire que je  n'ai pas été surpris ,par ce curieux attelage ,du crin-crin assez grincheux et de cet orchestre moderne,serait mentir et même après plusieurs écoutes,je me demande toujours ou j'en suis avec cette oeuvre plus complexe ,qu'il n'y paraît de premier abord.Comme toujours pour une oeuvre nouvelle, c'est à moi de m'adapter et d'essayer de comprendre et s'il y a de très beaux et lyriques passages orchestraux,dans cette oeuvre ou le violon semble très discret ou plutôt n'a pas la part habituelle ,volubile et exaltante qu'on attend toujours dans ce genre d'oeuvres..Mais c'est le choix personnel de Denisov,de faire rencontrer certains instruments qu'on attend pas,ou même les percussions ,contre le discours plutôt assez rasoir du violon,c'est même très judicieux et remarquable.
On est plus dans un climax général ou tout semble égal,et même s'il y a un petit clin d'oeil à Schubert vers la fin.Il ne faudrait pas déduire, que je n'aime pas cette oeuvre, disons modestement ,que j'apprends ,petit à petit ,à mieux la connaître au fil du temps.Bref, un concerto à explorer,en attendant d'autres versions sur CD .

Pour une compréhension plus sérieuse de cette oeuvre.
Concerto pour violon et orchestre, Edison Denisov - IRCAM
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