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 Sept-Oct 2012 CARMEN Rouen/Versailles, Roels/Acocella/Genaux

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Ino
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Ino


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MessageSujet: Sept-Oct 2012 CARMEN Rouen/Versailles, Roels/Acocella/Genaux   Sept-Oct 2012 CARMEN Rouen/Versailles, Roels/Acocella/Genaux EmptyDim 30 Sep 2012 - 21:52

Samedi 29 septembre 2012, Opéra de Rouen

Spoiler:
Georges Bizet : CARMEN
Opéra en 4 actes
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy

Direction musicale : Luciano Acocella
Orchestre de l’Opéra de Rouen Haute-Normandie
Choeur accentus-Opéra de Rouen Haute-Normandie
Maîtrise du Conservatoire à Rayonnement Régional de Rouen

Mise en scène : Frédéric Roels
Décors Bruno de Lavenère
Costumes Lionel Lesire
Lumières Laurent Castaingt
Chorégraphie Sergio Simón

Carmen : Vivica Genaux
Don José : Florian Laconi
Micaëla : Pauline Courtin
Escamillo : Christian Helmer
Mercédès : Tatyana Ilyin
Frasquita : Jenny Daviet
Moralès :Philippe-Nicolas Martin
Le Dancaïre :Lionel Peintre
Remendado :Xin Wang
Zuniga :Julien Véronèse
Lilas Pastia, le Guide :Yann Dacosta


"Peut-être jamais, peut-être demain. Mais pas aujourd'hui, c'est certain."


Salle comble jusqu'au dernier strapontin, effervescence dans le Théâtre des Arts de Rouen, notoirement moche et triste, mais envahi le temps d'un soir par la passion latine de Carmen. Car, si l'on évite ici tout cliché gratuit et toute espagnolade, force est de constater que la passion est maîtresse. Le programme annonce une Carmen fragile et troublée, sur scène elle est fantastiquement belle, bourrée d'audace mais aussi de doute, et au premier acte on tombe amoureux d'elle.

La mise en scène de Frédéric Roels est sobre, mais pas sombre. Les décors sont réduits (la caserne, avec une perspective symbolisant l'entrée de l'usine des cigaretières, le bar de Lilas Pastia, presque rien pour la montagne, une cour ronde pour la dernière scène) mais jamais vides, et surtout les artistes du plateau sont dirigés avec précision. J'y ai cru, au besoin immense et infini d'amour de Carmen, à l'amour éperdu de José, et surtout à l'aveuglement qui conduit au meurtre dans une scène finale tendue qui voit Carmen prendre la place du taureau dans l'arène...
J'ai moins cru à un torero bellâtre (malgré une voix sublime) plus proche d'un personnage de teen movie, et à cette Micaëla transparente dont la dernière intervention est tout simplement grotesque (le gros faux pas de Roels). Au global, le choix de donner la version avec les dialogues parlés est assez fructueux, Genaux étant un peu moins à l'aise que les deux 1ers rôles masculins, non par son français absolument parfait, mais parce que sa concentration sur la langue rend ses répliques moins intenses que son chant. Une belle soirée théâtrale donc, avec de petites faiblesses et de grandes forces.

Musicalement, beaucoup de plaisir aussi. L'orchestre de l'Opéra de Rouen Haute-Normandie est très bien dirigé quoi qu'on note une proéminence trop forte des cuivres dans l'ouverture et par instants, ainsi qu'une interprétation un peu scolaire des passages de solistes. Cependant, Acocella maîtrise fort bien sa phalange. Les choeurs sont une très, très grande source de satisfaction. Le choeur d'entrée était très réussi ce samedi, et que dire de celui des enfants dont l'assurance et la diction sont un délice? Peu de remarques négatives, ma seule tristesse étant le choeur des cigarettières gâché par les toux incessantes dans le public. (on note que le public se découvre une gorge saine à l'entrée de Carmen... mieux vaut tard...)

Le plateau, lui, est inégal, mais avec son lot de bonheurs.
Le Dancaïre et Remendado sont, l'un, un bon comédien, et l'autre, un bon chanteur incapable d'articuler le français ; servez-vous y'a à manger.
Philippe-Nicolas Martin, en Moralès, a une voix parlée magnifique (amplifiée comme toutes pour les parties parlées je crois, mais sans certitude), un peu moins quand il chante, mais c'est propre, assuré, et la force des mots n'est jamais négligée.
Les deux amies de Carmen sont impeccables ; Jenny Daviet (Frasquita) distille quelques suraigus très justes, mais c'est Tatyana Ilvin (Mercédès) qui soulève mon coeur : une voix chaude, ample, colorée, un legato ultra naturel, une belle présence : la bonne surprise de la soirée.
La Micaëla de Pauline Courtin est une énigme pour moi : encensée par le public et par le commentaire sur Odb, je l'ai trouvée d'une médiocrité à toute épreuve. La voix est acide, tirée, la longueur de souffle est limite, les aigus sont, au 1er acte, terriblement bas (douloureusement). Les choses s'améliorent un peu par la suite, mais elle n'est jamais agréable.
L'Escamillo de Christian Helmer a été beaucoup moins applaudi que les trois autres personnages principaux : la cause est sans doute le personnage rebutant que lui fait camper Roels : il est pédant et sur de lui, mais surtout fashionista, puant jusque dans les positions... peut-être victime de l'image de la tauromachie chez les élites du nord de l'Europe. Parce que, vocalement, c'est assez magnifique. Il lui manque un petit peu de grave, notamment pendant son air d'entrée, mais la voix est magnifique, sonore, égale, longue : un baryton magnifique en cours de construction vocale.
Florian Laconi est un peu décevant. Il y a de belles choses dans sa voix, les notes y sont toutes, mais c'est poussé, crispé : on sent les muscles travailler dur et un vibrato "musculaire", artificiel, s'installe alors qu'il n'est pas dans la gorge. Curieux... D'autant que par instants trop fugaces, ce défaut disparaît et on entend de très belles choses. Sa fleur était plutôt jolie et son aigu final, piano puis crescendo, une vraie réussite. Je n'enterre pas ce ténor, loin de là.
Reste Vivica Genaux : Carmen. Une prise de rôle très attendue, car on savait que son aplomb et sa grande beauté très latine feraient à eux seuls une partie du travail. Le résultat est saisissant : dès son entrée, toute l'attention se focalise sur Carmen, ses premiers mots font frémir et ses airs du premier acte nous font tomber amoureux : aucun problème de transition entre les registres, et un résultat ensorcelant. Bien sûr, avec un orchestre doublé (Bastille, Met), cela ne se passerait pas aussi bien ; mais ici l'alchimie a lieu et Carmen séduit chacun. Elle veut de l'amour, plus d'amour, tout l'amour, et n'est que fureur que José la suive par la force des choses ; que les homme sont lâches! Les graves profonds et l'assurance scénique donnent de grands moments, notamment dans une scène finale où l'abandon et la fureur de ses mots en appellent à ce qu'il y a de noir en chacun de nous. Passion, insatisfaction, frustration, tentative de maîtriser une situation qui lui échappe totalement. Je n'ai vu que 3 Carmen (Nadia Krasteva, Elina Garanca et donc Vivica Genaux) ; c'est la première qui me fait ressentir la force et la douleur de Carmen.

Vous l'aurez compris, je suis ravi d'avoir fait le déplacement à Rouen, et jusque dans cet atroce Théâtre des Arts : Carmen était là.
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