Autour de la musique classique

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 Josef Matthias Hauer (1883–1959)

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lulu
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MessageSujet: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptySam 18 Mai 2013 - 16:00

introduction

On connait peu Josef Matthias Hauer, resté dans l’ombre de Schoenberg qui « inventa » le dodécaphonisme peu de temps après lui. Les deux compositeurs s’estimaient mutuellement et ont collaboré, mais Hauer digéra mal le peu de place que l’histoire de la musique lui réserva. Désabusé, il aurait signé l’ensemble de ses œuvres par la formule suivante : Le père spirituel et malgré de nombreux imitateurs, le maître et connaisseur authentique de la musique à douze sons.

Pourtant, la musique de Hauer est très éloignée de celle de son compatriote et contemporain Schoenberg. Alors que celle de ce dernier est très expressive (et on a pu dire expressionniste) et se situe encore dans la lignée du romantisme, celle de Hauer est au contraire très ascétique : elle se veut inintentionnelle et inexpressive. « La musique atonale permet à chacun d’apprécier facilement ses capacités intellectuelles. elle ne supporte aucun masque et parait très vite — Dieu merci — monotone à celui qui est dépourvu de sensibilité musicale et court après les effets du bruit, l’excitation grossière et le tapage polyphonique. Il la rejette, et c’est ce qu’il y a de mieux à faire. » (Deutung des Melos).

Si sa musique est différente de celle de Schoenberg, c’est aussi car Hauer évite à tout prix les dissonances. À l’écoute, on a (j’ai) davantage l’impression, plutôt que d’être en présence d’un réel atonalisme, que la tonalité change toutes les trois notes. En effet, contrairement à Schoenberg et comme Berg, Hauer ne cherche pas à tout prix à éviter l’implication tonale.

biographie

Josef Matthias Hauer nait à Wiener-Neustadt (Autriche) en 1883 et meurt à Vienne en 1959. Il fait des études générales et occupe un poste de professeur. C’est en autodidacte qui étudiera la musique, et deviendra professeur de musique.

À partir de 1908, il développe un système de musique atonale utilisant des séries de 12 tons. Il écrit son premier ouvrage théorique en 1918, Über die Klangfarbe. Mais son premier écrit théorique traitant réellement de la question dodécaphonique est Vom Wesen der Musikalischen (1920). D’autres suivront.

Il n’édite rien de 1938, quand il est ajouté à la liste de l’Entartete Kunst, jusqu’à la fin de la guerre. Après la guerre, il recommence à publier, mais beaucoup de ses Zwölftonspiele sont inédits.


œuvres : diachronie et typologie

J’établis volontiers trois périodes :

— période atonale, mais non dodécaphonique. Une grande part de piano (Nomos op.2, Tanz op.10, Kleine Stücke op.3 et op.15, Nachklangstudien op.16, Phantasie op.17) ainsi que quelques lieder sur Hölderlin (op.6, 12).

— à partir de l'op.19 (1919) [EDIT. ou de l’op.20 ?], Hauer applique ses théories. Durant cette période, Hauer va de plus en plus vers une plus grande liberté de composition et une plus grande diversité de genre (les premiers opus sont tous liés au piano). Outre le piano (Nomos op.19, Atonale Musik op.20, Études op.22, Klavierstücke nach Hölderlin op.25), on trouve des lieder sur des paroles d’Hölderlin (op.21, 23, 32, 40), de la musique de chambre (Stücke pour violon et piano op.28), des œuvres pour orchestre (Romantische Phantasie op.37, Suite pour orchestre op.48), ainsi que des concertos (pour violon op.54, pour piano op.55), des cantates (Wandlungen op.53, Der Wenschen Weg op.67) et deux opéras (Salambo op.60 et Die Schwarze Spinne op.62).

— après 1940, Hauer écrit exclusivement des Zwölftonspiele (il en aurait écrit un millier, mais la plupart sont perdus). Ceux-ci vont du piano à l’orchestre, en passant par des formations originales (telles que violon et clavecin ; flute, basson et quatuor à cordes ; ou encore violon, violoncelle, accordéon et piano à quatre mains).


technique
Josef Matthias Hauer (1883–1959) 1916CF4C4FCD6D173A3A7F

Josef Matthias Hauer (1883–1959) Hauer
Les compositions de la deuxième période (ou au moins les premières) se base sur la théorie des tropes : Hauer a découvert un système permettant de classer l’ensemble des séries de douze sons théoriquement possibles (au nombre de 479.001.600) en 44 catégories, chacune étant représentée par un trope (qui est lui-même une série de 12 sons, je crois). En voici une représentation graphique (que je ne comprends pas, mais c’est très joli  Mr. Green) :

« J’ai jadis divisé et organisé les possibilités mélodiques des douze sons en 44 tropes et, grâce à des années de pratique, je m’y retrouve aussi bien que d’autres se retrouvent dans les tonalités et les modulations. À la vérité c’est la même chose, mais sous une forme incomparablement plus compliquée. Mais, au fil du temps j’i surtout appris à connaitre de façon plus précise le contenu expressif de ces différentes tournures et cela me fut bien utile au niveau structurel. Autrefois, les compositeurs devaient choisir entre les tonalités principales et les autres, aujourd’hui le système des trope permet d’affiner ce choix. » (Vom Melos zur Pauke).

À partir de là, Hauer compose ; mais à vrai dire je ne sais pas comment.  hehe  J’ai quand même trouvé un exemple concret : la première pièce de Atonale Musik (op.20, 1922) est constituée par les notes du 28e trope, où les six premières notes du trope alterne constamment avec les six autres ; le trope reprend donc toutes les douze notes, mais l’ordre de succession des notes change continuellement du fait de la permutation (en réalité, je ne comprends pas très bien  Embarassed). On remarque que, comme souvent dans les premières compositions dodécaphoniques du compositeur, la polyphonie résulte uniquement d’une tenue des notes et que l’unique valeur rythmique perceptible est la noire (surtout que c’est du piano).

Les Zwölftonspiele semblent être composé selon d’autres procédures, que je comprends encore moins, où semblent intervenir des accords de quatre sons et des sortes de carrés latins multicolores. Voici la partition de l’un de ces Zwöltonspiele (Hauer utilise un système de portée où chacun des douze sons a une place et où les altérations sont inutiles) :
Josef Matthias Hauer (1883–1959) 1368884183
(cliquer pour agrandir)

Josef Matthias Hauer (1883–1959) 1368884622
(cliquer pour agrandir.)


Dernière édition par lucien le Sam 5 Avr 2014 - 23:24, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptySam 18 Mai 2013 - 20:04

discographie

[à venir.]

pour commencer

piano
Nomos op.2 (1913) : /watch?v=Ku4eXxMpjRM
Études op.22 nº7 (1922) : /watch?v=byR4Nz5Njis&t=37m25s
Zwölftonspiel (1946) : /watch?v=wvmaVaJfGT0
Zwölftonspiel (Noël 1946) : /watch?v=q7f89yv2784

lieder
Hölderlin-Lieder Op.6 nº4 (1914) : /watch?v=UfNSVSIsubI&t=5m5s
Hölderlin-Lieder Op.23 nº2 (1925) : /watch?v=2i2oeQrwbDw&t=3m33s

musique de chambre
Zwölftonspiel pour violon et clavecin (26.08.1948) : /watch?v=0F1_yOYDNZI
Zwölftonspiel pour violon et piano (2.09.1956) : /watch?v=cuzw7bHKWTI
Zwölftonspiel pour flute, basson et quatuor à cordes (janvier 1958) : /watch?v=pXn0q6iMzmM

orchestre
— Apokalyptische Phantasie op.5 (1913) : /watch?v=r_xcoyHeqr4
Suite pour orchestre op.48 (1926) : /watch?v=SFL3Zm5LVgg
Zwölftonspiel pour orchestre (22.09.1957) : /watch?v=Cegje3tdCyY


Dernière édition par yamaw le Lun 20 Mai 2013 - 20:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptySam 18 Mai 2013 - 22:13

Yamaw a écrit:
celle de Hauer est au contraire très ascétique : elle se veut inintentionnelle et inexpressive.

C'est ça qui est fascinant chez Hauer, cette musique désincarnée (en particulier dans ses jeux-des-douze-sons), qui n'est pas sans affinités spirituelles avec la musique algorithmique (barbaud, hiller) ou certain peintres concrets (richard paul lohse).
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptySam 18 Mai 2013 - 22:27

Les yeux qui fascinent a écrit:
Je te laisse ouvrir le fil (tu as quand même l'air plus fan que moi) ; je posterai des commentaires (pour t'éviter le bide hehe ).*
Je te remercie. Mr.Red Very Happy
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyDim 19 Mai 2013 - 11:33

Je voudrais ajouter quelque chose, que j’appellerais volontiers « les trois paradoxes de Hauer » : j’ai déjà dit que malgré un dodécaphonisme franc, sa musique [me] paraissait souvent tonale ; elle se veut inexpressive, mais on peut y trouver beaucoup d’émotions (c’est mon cas) ; elle se veut universelle, mais parait quelquefois très intimiste. Smile

Et encore merci aux Yeux pour m’avoir fait découvrir ce compositeur. coucou
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyDim 19 Mai 2013 - 12:42

Pour aller dans ton sens (celui d'un "Hauer paradoxal"), bien que voulant, par le dodéca, éviter toute séduction, sentimentalisme, il est bien plus "facile" d'écouter Hauer (pour quelqu'un non familier à la musique "atonale" et à celle du XXème siècle) que ses contemporains Schoenberg et Webern, pourtant plus séducteurs et sentimentaux — c'est-à-dire, en un sens, plus humain, plus proche de nous — ; le sérialisme d'Hauer est moins monstrueaux*.

Citation :
elle se veut inexpressive, mais on peut y trouver beaucoup d’émotions

Inexpressive au sens qu'elle joue contre le corps, les passions, le monde matérielle et perceptible ; c'est une musique spirituelle, purement transcendantale et cosmique ; (émotions nobles contre émotions ignobles**) ; c'est ça chez lui qui me rappelle les fugues de Bach.


_________________________________

* ceci dit, sa musique, en particulier celle de ses jeux-des-douze-sons, est tout de même bien étrange, par son extrême abstraction.
** C'est pour cela, d'ailleurs, que Hauer me semble gentil, et qu'il peut paraître ennuyeux.
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyDim 19 Mai 2013 - 12:52

Il faut dire que la musique de Hauer est tout sauf différente de ce qui la précède : outre l'évitement des dissonances, il a tendance à répéter de nombreuses fois ses notes-pivots et accords, qui deviennent facilement polarisés...

C'est tellement facile d'accès que ça n'a pas beaucoup intéressé les historiens de la musique. Mr. Green
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyDim 19 Mai 2013 - 13:24

DavidLeMarrec a écrit:
Il faut dire que la musique de Hauer est tout sauf différente de ce qui la précède : outre l'évitement des dissonances, il a tendance à répéter de nombreuses fois ses notes-pivots et accords, qui deviennent facilement polarisés...
C’est aussi ça que je trouve séduisant chez lui : il ne cherche pas (c’est en tout cas le résultat) à être impérativement absolument moderne et novateur, comme Busoni. Smile
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyDim 19 Mai 2013 - 14:28

DavidLeMarrec a écrit:
Il faut dire que la musique de Hauer est tout sauf différente de ce qui la précède : outre l'évitement des dissonances, il a tendance à répéter de nombreuses fois ses notes-pivots et accords, qui deviennent facilement polarisés...

Comme quoi sérialisme ne veut pas dire musique de punks barbares ! Mr. Green (et la "barbarie" sérielle viendrait donc des compositeurs et non du langage…  Mr.Red ).
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyMer 28 Aoû 2013 - 9:30

L’originalité de Hauer, à mon avis, c’est que le traitement de la série (c’est-à-dire du thème, en quelque sorte) se fait par de continuelles et légères permutations de notes ; de permutation en permutation, la série se modifie, et l’œuvre se construit. C’est surtout sensible dans les premières œuvres dodécaphoniques (Atonale Musik op.20 et Études op.22, notamment). Ainsi, si ces pièces ne manipulent pas des thèmes de façon classico-romantique, elles ont une cohérence certaine et prennent l’apparence d’un flux continuel et presque immuable.

Vous connaissez d’autres compositeurs / œuvres qui fonctionnent de cette manière ? Surprised
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyMar 24 Sep 2013 - 18:38

Lucien a écrit:
Vous connaissez d’autres compositeurs / œuvres qui fonctionnent de cette manière ? Surprised
« L’atmosphère de l’œuvre For Bunita Marcus nous fait elle aussi penser à d’autres œuvres de la dernière période de production de Feldman : les suites en apparence interminables de permutations, apparemment irrégulières, de quelques notes (généralement des groupes de trois notes), la dynamique, qui ne sort jamais du piano (“as soft as possible”), le caractère dans l’ensemble totalement dénué de gravité. Et pourtant : la pièce For Bunita Marcus semble presque pauvre, durant des pages et des minutes entières Feldman n’opère qu’avec quelques notes isolées dont il permute l’ordre, le rythme et ponctuellement l’octave. » (S. Schleiermacher)
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyDim 30 Aoû 2020 - 19:02

Josef Matthias Hauer (1883–1959) Hauer_11
Études pour piano, op. 22
Steffen Schleiermacher (piano)
Marienmünster, III.2010
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De la très belle musique, très singulière. Dédiées à Schoenberg, ces neuf études de 1922 correspondent à l’époque où Hauer applique son propre système dodécaphonique (fondé sur un système de tropes et de permutations - cf. la présentation de lulu ci-dessus.)

On retrouve là les fortes singularités du langage de Hauer: une musique harmoniquement insaisissable (une atonalité qui évite la dissonance), une organisation formelle qui procède plus d’une sorte de flux continuel et infini que de développements contrastés. Cependant, l’espèce d’inexpressivité contemplative et «transcendantale» propre à Hauer se trouve ici comme contrecarrée par un geste pianistique plus «romantique» (peut-être par référence au modèle chopinien de l’étude?) Le résultat est une musique qui sonne moins purement abstraite que les autres œuvres de Hauer, et qui, malgré ses fortes idiosyncrasies, pourrait faire penser par moment à Szymanowski, à Scriabine ou à ses disciples (Mossolov, Roslavets, Obouhov…)

(Bref, potentiellement, de la « musique-pour-Xavier.»)

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Xavier
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyDim 30 Aoû 2020 - 21:56

Merci du tuyau, j'essaierai à l'occasion.
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyLun 31 Aoû 2020 - 19:50

Pour les études, quoique écrites dans son système dodécaphonique, je garde l'impression impression d'une musique assez lisse, sorte de Chopin qui évite la mélodie et cherche les détours. Très belle musique profondément apaisée, à défaut d'être réellement déstabilisant / nouveau / stimulant.

J'aime assez (plus proche de Decaux que de Schönberg, clairement).
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyLun 31 Aoû 2020 - 22:08

DavidLeMarrec a écrit:
Pour les études, quoique écrites dans son système dodécaphonique, je garde l'impression impression d'une musique assez lisse, sorte de Chopin qui évite la mélodie et cherche les détours. Très belle musique profondément apaisée, à défaut d'être réellement déstabilisant / nouveau / stimulant.
Et encore: les études sont ce qu'il y a de moins contemplatif dans ce que je connais de son corpus pianistique.

Mais cette dimension ataraxique est vraiment au cœur de son esthétique - très cohérente avec sa passion pour le dernier Hölderlin ou son intérêt pour le Yi Jing.

DavidLeMarrec a écrit:
J'aime assez (plus proche de Decaux que de Schönberg, clairement).
Voilà - ou bien comme du Feldman sans silences et joué andante sostenuto.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyLun 31 Aoû 2020 - 22:46

Benedictus a écrit:
Et encore: les études sont ce qu'il y a de moins contemplatif dans ce que je connais de son corpus pianistique.

Tout ce que je connais de lui est dans ce genre en tout cas. (Mais ici, il reste des gestes pianistiques un peu chopiniens, donc c'est un peu moins dépouillé.)


Citation :
Voilà - ou bien comme du Feldman sans silences et joué andante sostenuto.

Par rapport à Feldman, on sent quand même une direction (et ça se répète moins). Ça dissone moins aussi (quasiment pas en réalité, comme tu le soulignais !).
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyLun 31 Aoû 2020 - 23:08

DavidLeMarrec a écrit:
Tout ce que je connais de lui est dans ce genre en tout cas.
Je compte justement explorer un peu, ces prochaines semaines - notamment son opéra Salambo d'après Flaubert, ses Mélodies et Préludes pour piano / harmonium / célesta et ses Zwölftonspiele pour ensembles.
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyVen 4 Sep 2020 - 1:22

Merci pour le coup de projecteur. Autant le peu que j'ai écouté de sa musique pour piano m'a laissé assez froid, autant son opéra et sa musique orchestrale (et ses lieder sur Hölderlin, CQFD) ont emporté mon adhésion.
La Suite No. 7 est tellement étrange... Sorte de faux concerto pour piano (l'instrument est là tout le temps, mais jamais prééminent ou à enflammer le clavier), la fin du Lento ou celle du Largo sont des clichés absolus de nos jours, mais en 1926, date de composition, cela me paraît assez incroyable. Le reste est assez motorique, jamais net, avec des effets d'orchestration bizarres (façon symphonie des jouets dans le Ländler final). Je suis hypnotisé...
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Rubato
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyDim 6 Sep 2020 - 10:56

Du sujet "Hölderlin et la musique":

Benedictus a écrit:

Josef Matthias Hauer (1883–1959) Hauer_10
Joseph Matthias HAUER: Hölderlin-Lieder, op. 6, op. 12, op. 23, op. 21 n°2 et n°5, op. 32 n°3 et op. 40 n°3 (1914-25). Klavierstücke mit Überschriften nach Worten von Friedrich Hölderlin, op. 25 (1923)
Holger Falk (ténor), Steffen Schleiermacher (piano)
Marienmünster, IX.2010
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À propos du disque Hauer de Falk et Schleiermacher, lulu a écrit:
C’est un beau disque je trouve, où on sent fortement l’ambigüité entre l’aspect ludique et naïf du formalisme de son langage et en même temps quelque chose qui tire vers le répertoire décadent mais comme épuré, rendu artificiel.
Je souscris absolument. Un disque magnifique, très dense - on a l’impression que les idiosyncrasies de Hauer (pas du tout spectaculaires, mais assez irréductibles), telles que les décrit lulu, y sont comme condensées.

Oui, un très bel album.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyMer 16 Sep 2020 - 18:03

Mefistofele a écrit:
autant son opéra et sa musique orchestrale (et ses lieder sur Hölderlin, CQFD) ont emporté mon adhésion.

Donc:

Josef Matthias Hauer (1883–1959) Hauer_12
Salambo, op. 60
Susan Roberts (Salambo), Diane Elias (Taanach), Claes H. Ahnsjö (Spendius), Rudolf Constantin (Matho), Friedemann Hanke (Gisko, Schahabarim), Lothar Zagrosek / Radio Symphonie Orchester Wien, ORF-Chor
En public, Vienne, III.1983
Orfeo «Musica Rediviva»


Une rareté: cet enregistrement est celui de la première (et à ma connaissance, unique) exécution intégrale de l’unique opéra de Hauer (qui a aussi composé un Singspiel, Die schwarze Spinne - enregistré par Michael Gielen, et aujourd’hui totalement introuvable.) Auparavant, seuls des extraits de l’œuvre avaient été donnés en 1930 (au Kroll Oper de Berlin, sous la direction de Klemperer), mais elle semble n’avoir jamais connu de représentation scénique.

À l’écoute, on comprend assez bien pourquoi - mais je le dis sans sarcasme: l’œuvre sollicite des effectifs importants pour une durée fort brève (tout juste une heure) - et une version scénique serait encore plus somptuaire (outre les scènes chorales, l’œuvre mobiliserait aussi des danseurs et des mimes - sans parler des décors et des costumes: l’univers de Salammbô ne se prête guère à l’intimisme minimaliste.) Par ailleurs, alors que son esthétique est très «opéra décadent», l’œuvre est marquée par les fortes idiosyncrasies musicales de Hauer, qui seraient assez susceptibles de rebuter les admirateurs d’opulence vénéneuse à la Schreker-Zemlinsky ou d’expressionnisme violent à la Elektra (à la différence, par exemple, de Penthesilea de Schoeck, autre opéra mobilisant de gros moyens pour une durée assez modeste - mais qui exacerbe au contraire luxuriance orchestrale et véhémence hystérisante.) Mais, pour ma part, j’ai énormément aimé cette Salambo.

Hauer, qui est aussi le librettiste, donne ici une adaptation fidèle du roman de Flaubert, mais dont la matière est resserrée autour du noyau narratif Salammbô / Matho / voile de Tanit, l’élément épique étant délégué à de grands récits choraux, tandis que les intrigues «politico-religieuses» sont évoquées à travers les interventions des personnages secondaires (Taanach, Spendius, Giscon, Schahabarim.) On a donc de fait tous les ressorts d’un opéra décadent: sexe et violence, pouvoir et sacrilège, et un riche arrière-plan de cruauté archaïque et «orientale.»

Mais comme je le disais, c’est musicalement que les choses se compliquent. Hauer utilise ici en effet de manière systématique son système dodécaphonique personnel: toute l’œuvre est fondée sur une série de douze notes, sans cesse répétée mais soumise à de constantes permutations à l’intérieur du système de «tropes» élaboré par Hauer. Il en résulte cette impression assez typique de la musique de Hauer: un univers sonore à la fois répétitif et en incessante métamorphose - une impression de kaléidoscope musical.

À l’orchestre, le caractère itératif (qui semble étrangement anticiper les minimalistes américains) est encore accentué par une écriture rythmique fondée sur un principe d’ostinato, dont les effets de flux et de reflux réguliers de la dynamique semblent sans cesse relancer l’impulsion. À l’inverse, le caractère de métamorphose incessante de l’harmonie est encore amplifié par l’orchestration: les lignes mélodiques ne cessent de circuler d’un pupitre à l’autre et donc de «changer de couleur» et de perspective d’une manière quasi pointilliste, d’autant que Hauer, sur un fond orchestral très postromantique multiplie les effets d’orchestration étranges, qui accentuent le caractère tantôt onirique (harpes, célesta, mandoline, glockenspiel) tantôt hiératique des atmosphères (cuivres, timbales, percussions - dont un xylophone particulièrement obsédant.) Le résultat est assez hypnotique - les amateurs d’orchestre auront de quoi se régaler, à condition d’être prévenus qu’ils doivent s’attendre à tout autre chose que la luxuriance de grandes courbes mélodiques sinueuses sur fond de contrechants foisonnants ou de tricots à la tonalité instable.

Vocalement, si j’ai beaucoup aimé ce que j’ai entendu, je dois cependant reconnaître que je serai probablement un peu seul (Mefisto mis à part, donc.) Le langage de l’écriture vocale fonctionne en effet sur les mêmes principes que l’écriture instrumentale: itération et permutations, ostinato et flux/reflux régulier de la dynamique. Le style vocal qui en découle est celui d’un large récitatif frontal très hiératique, qui évoque beaucoup l’arioso continu wagnérien (notamment dans ses effets de circularité) mais qui tire sur un quasi Sprechgesang à la déclamation quasi psalmodiée. C’est d’une efficacité remarquable dans les grandes scènes chorales - avec des effets de ressac qui évoquent assez un chœur de tragédie grecque (les scènes initiale et finale sont particulièrement impressionnantes.) Dans les parties solistes, l’effet est plus discutable: pour ma part, j’aime beaucoup ce qui, dans cette écriture, permet d’échapper à la fois à l’expansivité mélodique et aux éclats vocalisants (marqueurs de l’opéra traditionnel) et j’ai été tout à fait convaincu par cette déclamation qui évoque aussi bien une sorte de scansion «liturgique» qu’une sorte de «voix de lecture»; mais il faut admettre que cette écriture vocale possède aussi un caractère abrasif dont la répétition peut lasser (je ne suis pas sûr que, si l’opéra avait été d’une longueur wagnérienne, je n’aurais pas fini par trouver ça harassant.)

Au total, donc, une œuvre hypnotique, fascinante, et qui me touche beaucoup pour un tas de raisons - et peut-être d’abord pour son adéquation à sa source: ce grand récitatif au ressac obstiné, ces riches arrières-plans aux couleurs étranges m’ont vraiment fait l’effet d’une traduction musicale idéale de la grande phrase flaubertienne de Salammbô, de son flumen orationis.

Et, à coup sûr, une œuvre à connaître, sorte de hapax dans l’opéra décadent, à l’image de l’irréductible singularité langagière et esthétique de Hauer.
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Mefistofele
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyMer 16 Sep 2020 - 22:15

Merci Benedictus !

Hapax, hypnotique, xylophone, les trois mots-clés pour moi. Et des chœurs utilisés de façon très particulière. En effet, du décadent comme nulle part ailleurs, qui loucherait sur Salamine, malgré la différence de langage abyssale. J'ai vraiment beaucoup aimé, mais je ne sais pas à qui s'adresserait cet opéra tant il est différent.

Pour du xylophone obsédant, la suite évoquée plus haut est très bonne. Quant aux Hölderlin, je recommande là encore chaudement.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyJeu 17 Sep 2020 - 14:35

Mefistofele a écrit:
Hapax, hypnotique, xylophone, les trois mots-clés pour moi.
Ça pourrait même devenir une sorte de jeu: quelle œuvre musicale décrire en utilisant des mots avec les lettres h et x ou y?

Mefistofele a écrit:
Et des chœurs utilisés de façon très particulière. En effet, du décadent comme nulle part ailleurs, qui loucherait sur Salamine, malgré la différence de langage abyssale.
En effet, je n'y avais pas pensé, mais il y a de ça. (Abyssale différence de langage musical, mais aussi de langue - le rythme, les inflexions de la prosodie...)

Mefistofele a écrit:
J'ai vraiment beaucoup aimé, mais je ne sais pas à qui s'adresserait cet opéra tant il est différent.
Ben, à moi, forcément. hehe

Mefistofele a écrit:
Pour du xylophone obsédant, la suite évoquée plus haut est très bonne.
Je l'ai écoutée aussi (et adorée), ainsi que les deux Phantasien (très surprenantes, là aussi une sorte de décadentisme avec un pas de côté) et les deux Zwölftonspiele de 1957 (plus attendus) - j'attends d'avoir aussi écouté le Concerto pour violon pour rendre compte du CD CPO.

Mefistofele a écrit:
Quant aux Hölderlin, je recommande là encore chaudement.
Very Happy
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyJeu 17 Sep 2020 - 17:25

et personne pour appuyer ma comparaison entre le début et le générique des Simpsons ? Mr. Green
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mabuse
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MessageSujet: Re: Josef Matthias Hauer (1883–1959)   Josef Matthias Hauer (1883–1959) EmptyVen 18 Sep 2020 - 14:34

lulu a écrit:
et personne pour appuyer ma comparaison entre le début et le générique des Simpsons ? Mr. Green

Josef Matthias Hauer (1883–1959) Simpsons

Je n'y aurais peut-être pas pensé par moi-même, mais en effet, maintenant que tu le dis, c'est assez frappant... watch?v=-dKh1t8PH4o
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