Autour de la musique classique

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 Poésie

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Gkar
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Gkar

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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyLun 9 Jan 2017 - 18:28

La poésie n'étant pas uniquement des poèmes mais aussi du théâtre, des romans, des épopées :

Shakespeare (Le marchand de Venise, Le viol de Lucrèce, Roméo et Juliette...)
Shelley et Keats
Mallarmé
Schiller (la pucelle d'Orléans) et Goethe (Faust)
Les Grecs Sophocle (Antigone) et Homère
Les latins Lucrèce (De la nature), Virgile (l'Eneide) et Gabriele d'Annunzio
L'indien Rabindranath Tagore (le jardinier d'amour, la jeune lune, l'offrande lyrique), et l'auteur anonyme du Mahabharata
Les chinois Bai Juyi (le chant des regrets éternels) et Li Bai
Le persan Attar (ses ghazals)
Les japonais Basho (ses haïkus) et Mishima (c'est pas seulement de la grande littérature mais aussi de la poésie pure, dans sa tétralogie La mer de la fertilité, dans sa pièce de théâtre Madame de Sade).


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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyJeu 25 Mai 2017 - 0:00

Poésie - Page 5 51474541MiWHkUxL


Dans la lignée d'Apollinaire, Albert-Paul Granier (1888-1917) est le grand poète oublié de la Guerre 14-18


La guerre est dure comme une tempête,
la guerre est farouche et meurtrière,
comme l'Océan, par les nuits d'équinoxe
où les vaisseaux perdus hurlent sur les écueils,
la guerre, soudain calme et dormante,
la guerre folle, sauvage et féroce,
la guerre est belle, dites, les gars,
la guerre est belle comme la mer !...

La tranchée est une vague pétrifiée,
une vague attentive et silencieuse,
bouillonnante et débordante de force.
[...]
Et, là-bas, les obus invisibles,
cataractants et foudroyants,
se heurtant aux blockhaus d'acier
âpres et durs comme des brisants,
fleurissent en gerbes soudaines,
en hauts bouquets sifflants et fumants,
comme si un fabuleux raz de marée
donnait du front sur la falaise.

Et, par-dessus, le ronflement des trajectoires
comme le cri unanime de la mer.

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Ravélavélo
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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyJeu 25 Mai 2017 - 11:04

Merci pour l'extrait du poème de Granier.
Je poursuis avec le recueil d'un ami, Romuald Lepalis décédé depuis quelques années déjà.
J'ai connu monsieur Lepalis durant des lectures de poèmes dans des lieux publics, c'était un fin lettré d'une extrême gentillesse.
Ce recueil Aiguail a été publié en 2001.

Poésie - Page 5 Aiguai10
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Oriane
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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyVen 2 Juin 2017 - 14:10

Pour les Hispanophones :

Juan Gelman lisant ses poèmes, accompagné par la musique de Rodolfo Mederos: Del amor.

watch?v=9bQZzTroxcI

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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyMar 4 Juil 2017 - 11:29

Gautier : Émaux et Camées
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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyJeu 26 Oct 2017 - 16:40

Oriane a écrit:
J'enclenche le mode [autobiographie].

Ça me vient de la musique. Smile Quand j'étais petite, mes parents avaient récupéré des cartons de CDs suite à la faillite d'un voisin disquaire (c'est la partie tristoune de l'histoire). Je ne me souviens plus des circonstances qui m'ont amenée à mettre la main sur la 1ère symphonie de Mahler (la seule de ses œuvres que j'ai écoutée pendant des années), et la version pour piano des Danses Slaves de Dvořák ... Mais ces découvertes ont été décisives. Un peu plus tard, lorsque mes parents m'ont laissé le choix d'un lieu où voyager en famille, j'ai naturellement pensé aux Pays tchèques, dont la musique me faisait rêver. Et je n'ai pas été deçue ; le séjour à Prague qui s'en est suivi m'a enchantée ! Il m'a toutefois fallu des années avant de me lancer "sérieusement" dans l'apprentissage du tchèque, mue par une vieille passion que la lecture de poèmes traduits avait ravivée ...

Mais pas seulement. Il s'agissait aussi de m'écarter d'un savoir entaché par toutes sortes d'angoisses scolaires, et peut-être de me distinguer des autres (inconsciemment, j'ai cherché à me rendre intéressante, à une époque où je me sentais en échec dans les domaines académiques traditionnels).

Voilà, pour résumer c'est un intérêt qui mêle indissolublement des motivations très romantiques, et un besoin plus prosaïque de sortir un peu du lot!

Pour les autres langues / pays : ce sont surtout mes lectures qui me guident désormais. Je m'intéresse au slovène parce que la littérature écrite dans cette langue réserve de très belles surprises. Je suis tributaires de toutes sortes de traductions qui suscitent le désir de rencontrer les textes en "langue originale".

Oriane a écrit:
Bon courage pour la suite, Aurele. Tes résultats sont super encourageants.



Ravélavélo a écrit:
Oriane a écrit:
J'enclenche le mode [autobiographie].


Peux-tu nous parler un brin de ta vieille passion de poèmes traduits avec quelques noms d'auteurs svp.



Désolée pour cette réponse tardive.

Si je ne devais citer qu'un nom, ce serait celui de Jan Skácel, dont deux recueils ont été traduits en français (il existe aussi des retraductions de poèmes isolés d'après l'allemand, notamment dans D'une lyre à cinq cordes de Jaccottet). Ses poèmes empruntent souvent des formes traditionnelles (surtout des sonnets), mais leur syntaxe est singulière (très elliptique), et leurs images aussi expressives qu'énigmatiques. Ils sont la condensation d'un vaste héritage poétique européen (du romantisme allemand au surréalisme français, en gros), mais pour recréer une atmosphère très intime. La voix lyrique des poèmes de Skácel apparaît par intermittences, s'efface, doute d'elle-même, et par ce vacillement suscite le sentiment d'une individualité à la fois persistante et fragile.

Parmi les oeuvres majeures de la poésie tchèque, je recommande aussi celle de Vladimír Holan, plus perturbante peut-être ( en raison notamment de son ironie), et celle de Bohuslav Reynek, où se rencontrent des inspirations folkloriques, philosophiques et chrétiennes.



Merci pour ta réponse !
Smile
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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyVen 27 Oct 2017 - 13:21

Merci à toi de m'inciter à étaler ma confiture!

J'en profite pour recommander aussi l'œuvre d'Ivan Blatný, un poète marqué par le courant moderniste du début du siècle. Ses poèmes jouent sur les mots et les images pour démultiplier les facettes de la perception et créer des zones intermédiaires entre le rêve et l'état de veille. Ce caractère flottant est accentué par un entrelacement fréquent des langues (l'anglais, l'allemand, le tchèque) à partir du moment où Blatný s'exile en Angleterre. Très dur de traduire un tel poète ... Le mélange d'humour et de mélancolie qui imprègne l'ensemble de son œuvre rend néanmoins ses textes accessibles à tous les lecteurs, je pense !

Autres grands noms : Jaroslav Seifert et Vítěslav Nezval, des classiques qui m'ont moins touchée. Il faudrait que je les relise.

Je voudrais bien en mentionner d'autres, mais ils ont été peu traduits en français à ma connaissance ... Viola Fisherová, par exemple.
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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyMer 27 Fév 2019 - 10:53

DavidLeMarrec a écrit:
Puisque tu sais très précisément ce que tu veux, peut-être pourrais-tu, si ce n'est pas trop intime, le partager dans un fil adéquat, ou ici même ?

Rien d'intime, en fait. La poésie me touche rarement d'une façon "sentimentale" pour ainsi dire. C'est plus le mystère, le regard oblique sur la réalité, l'insaisissable qui me parlent dans ce genre.

Il y a bien une exception dans la poésie en anglais cependant, puisque c'est précisément de celle-là que nous parlions. C'est To My Daughter de Stephen Spender, parce que bien que l'ayant découvert plusieurs années après que mes filles soient nées, j'ai trouvé dans ce poème très court et assez simple l'écho exact de pensées que j'avais eues à l'époque où elles commençaient à marcher.

Sinon, "mon" anthologie idéale de la poésie anglaise" doit absolument contenir :

- Quelques poèmes de la période anglo-saxonne (The Wanderer, The Seafarer)
- Shakespeare : les sonnets XVIII, CXVI et CXXX
- Donne : No Man Is an Island, Death, Be not Proud, To His Mistress Going to Bed
- Blake : Ah! Sun-Flower, The Sick Rose
- Wordsworth : She Dwelt Among the Untrodden Ways
- Coleridge : The Rime of the Ancient Mariner
- Byron : She Walks in Beauty
- Keats : To Autumn, La Belle Dame sans Merci
- Tennyson : The Lady of Shalott, Tears, Idle Tears
- Whitman : When Lilacs Last in the Dooryard Bloom’d
- Arnold : Dover Beach
- Yeats : When you Are Old
- Frost : Stopping by Woods on a Snowy Evening, The Road not Taken, Fire and Ice
- Pound : In a Station of the Metro
- Eliot : The Love Song of J. Alfred Prufrock , The Waste Land, The Hollow Men
- Cummings : somewhere i have never travelled,gladly beyond, l(a, in  Just-
- Auden : Musée des Beaux Arts
- Spender : To my Daughter
- Thomas : Do not Go Gentle into that Good Night
- Larkin : This Be the Verse, An Arundel Tomb
- Hughes : The Thought-Fox, Pike
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyJeu 28 Fév 2019 - 2:22

Merveilleux ! Beaucoup de poèmes que je n'ai pas lus… Je vais me plonger là-dedans dans les semaines à venir. bounce

Merci !
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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyMer 10 Juil 2019 - 11:35

Superbe, en effet ! On pourrait ajouter quelques poèmes, comme celui-ci, de Louis MacNeice (1907-1963):

The sunlight on the garden

The sunlight on the garden
Hardens and grows cold,
We cannot cage the minute
Within its nets of gold,
When all is told
We cannot beg for pardon.

Our freedom as free lances
Advances towards its end;
The earth compels, upon it
Sonnets and birds descend;
And soon, my friend,
We shall have no time for dances.


The sky was good for flying
Defying the church bells
And every evil iron
Siren and what it tells:
The earth compels,
We are dying, Egypt, dying


And not expecting pardon,
Hardened in heart anew,
But glad to have sat under
Thunder and rain with you,
And grateful too
For sunlight on the garden.

The earth compels, 1936.


Dernière édition par Cricri le Dim 3 Mai 2020 - 17:06, édité 1 fois
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MessageSujet: écrire   Poésie - Page 5 EmptyLun 12 Aoû 2019 - 9:51

Quelqu'un écrit-il ici de la poésie?
Moi j'eus une révélation: pour écrire, il faut avoir beaucoup souffert. Un deuil terrible me l'a révélé. Tout à coup j'ai compris ce qu'il y avit derrière Verlaine, et tant d'autres. Un exutoire salvateur. triste et riche expérience, je n'ai plus jamais lu la poésie de la même manière.
Sinon, quand j'étais jeune je lisais Marie-Noël. Je la relis encore...

Crépuscule
L’heure viendra… l’heure vient… elle est venue
Où je serai l’étrangère en ma maison,
Où j’aurai sous le front une ombre inconnue
Qui cache ma raison aux autres raisons.

Ils diront que j’ai perdu ma lumière
Parce que je vois ce que nul œil n’atteint :
La lueur d’avant mon aube la première
Et d’après mon soir le dernier qui s’éteint.

Ils diront que j’ai perdu ma présence
Parce qu’attentive aux présages épars
Qui m’appellent de derrière ma naissance
J’entends s’ouvrir les demeures d’autre part.

Ils diront que ma bouche devient folle
Et que les mots n’y savent plus ce qu’ils font
Parce qu’au bord du jour pâle, mes paroles
Sortent d’un silence insolite et profond.

Ils diront que je retombe au bas âge
Qui n’a pas encore appris la vérité
Des ans clairs et leur sagesse de passage,
Parce que je retourne à l’Éternité.
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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyVen 25 Oct 2019 - 12:20

J’en ai écrit.
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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyDim 3 Mai 2020 - 18:14

Proposition de tradaptation du sonnet 18 de Shakespeare.
Je dis « tradaptation » pour des raisons évidentes que tout le monde comprendra.
Comme disait Culioli, mon prof de linguistique dans les années 60, « la traduction est un cas particulier de la paraphrase. »
Question subsidiaire : doit-on traduire le pentamètre iambique en alexandrins ou en décasyllabes ? Du Bellay en a fait de bien beaux, comme ce sonnet fameux extrait de L'Olive :

Déjà la nuit en son parc amassait
Un grand troupeau d'étoiles vagabondes,
Et, pour entrer aux cavernes profondes,
Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ;

Déjà le ciel aux Indes rougissait,
Et l'aube encor de ses tresses tant blondes
Faisant grêler mille perlettes rondes,
De ses trésors les prés enrichissait :

Quand d'occident, comme une étoile vive,
Je vis sortir dessus ta verte rive,
O fleuve mien ! une nymphe en riant.

Alors, voyant cette nouvelle Aurore,
Le jour honteux d'un double teint colore
Et l'Angevin et l'indique orient.

Du Bellay - L'Olive



SHAKESPEARE

Sonnet 18

Shall I compare thee to a summer's day?
Thou art more lovely and more temperate.
Rough winds do shake the darling buds of May,
And summer's lease hath all too short a date:

Sometime too hot the eye of heaven shines,
And often is his gold complexion dimm'd;
And every fair from fair sometime declines,
By chance or nature's changing course untrimm'd;

But thy eternal summer shall not fade
Nor lose possession of that fair thou owest;
Nor shall Death brag thou wander's in his shade,
When in eternal lines to time thou growest:

So long as men can breathe, or eyes can see,
So long lives this and this gives life to thee.




Faut-il te comparer à une journée d'été ?
Tu es bien plus aimable et moins déraisonnable.
Le vent rudoie encore les doux boutons de mai,
Quand le plus bel été est parfois bien fugace.

Certains jours l'œil du ciel se montre trop ardent,
Mais son visage d'or est souvent obscurci ;
Il n'est pas de beauté qui ne dure qu'un temps,
Et ne soit par Hasard ou Nature avilie.

Ton éternel été jamais ne finira
Ni ne perdra son bien : ta beauté incessible ;
Dans l'ombre de la Mort jamais tu n'erreras,
Puisqu'en vers éternels dans le Temps tu survis.

Tant qu'homme souffle aura, et œil pour lire aussi,
Ce poème vivra, et te donnera vie.

Christian, 27/09/2019
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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyVen 8 Mai 2020 - 10:43

En 2018, je m'étais aussi amusé à tradapter le sonnet n°65 du grand William :

SHAKESPEARE

Sonnet n°65

Since brass, nor stone, nor earth, nor boundless sea
But sad mortality o’er-sways their power,
How with this rage shall beauty hold a plea,
Whose action is no stronger than a flower?

O, how shall summer’s honey breath hold out
Against the wrackful siege of batt’ring days,
When rocks impregnable are not so stout,
Nor gates of steel so strong, but time decays?

O fearful meditation! where, alack,
Shall time’s best jewel from time’s chest lie hid?
Or what strong hand can hold his swift foot back?
Or who his spoil of beauty can forbid?

O, none, unless this miracle have might,
That in black ink my love may still shine bright.



Puisqu'il n'est ni airain, ni terre, ni mer immense
A qui la triste mort n'impose sa puissance,
Comment se défendra contre cette fureur
La beauté, qui n'est pas plus forte qu'une fleur ?

Ô, que peut donc le souffle de miel de l'été
Contre l'assaut des jours et ses coups de bélier,
Quand ne sont assez durs pour au temps résister      
Ni l'imprenable roc, ni la porte d'acier ?

Ô ! Sinistre pensée ! Las ! Au cercueil du temps
Comment faire échapper son joyau le plus grand ?
Quelle main peut du temps freiner le pied agile ?
Et qui peut l'empêcher la beauté de ternir ?

Impossible! A moins que ce miracle n'advienne
Qu'en encre noire toujours mon amour n'étincelle !

Christian, 2018
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MessageSujet: Re: Poésie   Poésie - Page 5 EmptyVen 8 Mai 2020 - 17:38

Et puis il y a eu aussi les deux premières pages de Au bois lacté, une pièce radio de Dylan Tomas.


DYLAN THOMAS

UNDER MILK WOOD

To begin at the beginning :

It is spring, moonless night in the small town, starless and bible black, the cobble-streets silent and the hunched, courters'-and-rabbits' wood limping invisible down to the sloeblack, slow, black crowblack, fishingboat-bobbing sea. The houses are black as moles (though moles see fine to-night in the snouting, velvet dingles) or blind as Captain Cat there in the muffled middle by the pump and the town clock, the shops in mourning, the Welfare Hall in windows' weeds. And all the people of the lulled ans dumbfound town are sleeping now.

Hush, the babies are sleeping, the farmers, the fishers, the tradesmen and pensioners, cobbler, school-teacher, postman and publican, the undertaker and the fancy woman, drunkard, dressmaker, preacher, policeman, the webfoot cocklewomen and the tidy wives. Young girls lie bedded soft or glide in their dreams, with rings and trousseaux, bridesmaided by glow-worms down the aisles of the organplaying wood. The boys are dreaming wicked or of the bucking ranches of the night and the jollyrodgered sea. And the anthracite statues of the horses sleep in the fields, and the cows in the byres, and the dogs in the wetnosed yards ; and the cats nap in the slant corners or lope sly, streaking and needling, on the one cloud of the roofs.

You can hear the dew falling, and the hushed town breathing. Only your eyes are unclosed to see the black and folded town fast, and slow asleep. And you alone can hear the invisible starfall, the darkest-before-dawn minutely dewgrazed stir of the black, dab-filled sea where the Arethusa, the Curlew and the Skylark, Zanzibar, Rhiannon, the Rover, the Cormorant, and the Star of Wales tilt and ride.

Listen. It is night moving in the streets, the processional salt slow musical wind in Coronation Street and Cockle Row, it is the grass growing on Llaregyb Hill, dewfall, starfall, the sleep of birds in Milk Wood.

[...] Look. It is night, dumbly, royally winding through the Coronation cherry trees ; going trough the graveyard of Bethesda with winds gloved and folded, and dew doffed ; tumbling by the Sailor Arms.

Time passes. Listen. Time passes.
Come closer now.
Only you can hear the houses sleeping in the streets in the slow deep salt and silent black, bandages night. Only you can see in the blinded bedrooms, the combs and petticoats over the chairs, the jugs and basins, the glasses of teeth, Thou Shalt Not on the wall, and the yellowing dickybird-watching pictures of the dead. Only you can hear and see, behind the eyes of the sleepers, the movements and countries and mazes and colours and dismays and rainbows and tunes and wishes and flight and fall and despairs and big seas of their dreams.

From where you are, you can hear their dreams.


DYLAN THOMAS

AU BOIS LACTÉ

Commençons au commencement.

C'est le printemps, nuit noire – sans étoile ni lune – sur le village aux pavés feutrés. Le bois aux lapins amoureux s'étire, invisible, au dos voûté des collines et descend en cahotant vers la mer noir prunelle qui sommeille, noire, noir corneille, et berce les chaluts. Les maisons sont myopes comme des taupes – qui, elles, pourtant voient clair dans les vallons veloutés de cette nuit aux museaux humides – ou aveugles comme le Capitaine Chat, là-bas, sur la place assoupie, près de la pompe et de l'horloge. Les boutiques sont veuves et le dispensaire en deuil. Et tous les villageois, apaisés, assommés, sont endormis.

Chut ! Tout le monde dort, les fermiers et les enfants, les pêcheurs et les commerçants, les retraités, le savetier, le tavernier et l'instituteur, le croque-mort et le facteur, la femme légère, le tailleur, l'ivrogne, le gendarme et le prédicateur, les vendeuses de coques aux pieds palmés et les épouses ordonnées. Les jeunes filles aux lits douillets glissent dans leurs rêves d'alliance et de trousseau, avec escorte de vers luisants et musique d'orgue dans la nef du bois qui résonne. Les garçons rêvent de sexe ou de ruades dans les ranchs de la nuit et la mer pleine de pirates. Et les statues anthracite des chevaux dorment dans les champs, et les vaches dans leurs étables, et les chiens dans les cours renifleuses. Et les chats somnolent sur les coins de toits pentus, ou avancent en tapinois, filent et se faufilent sur le manteau de tuiles.

Vous entendez la rosée qui tombe et la ville silencieuse qui respire. Il n'y a que vos yeux qui soient ouverts pour voir dans l'obscurité la ville repliée, la ville qui, en paix, dort à poings fermés. Et il n'y a que vous pour entendre cette invisible pluie d'étoiles, et le chuchotis de la mer délicatement effleurée de rosée au plus noir avant l'aube, cette mer sombre qui regorge de limandes, et où l'Arethuse, le Courlis, l'Alouette, le Zanzibar, le Rhiannon, le Cormoran et l'Etoile de Galles roulent et tanguent.

Ecoutez. Voici la nuit qui avance dans les rues et le lent cortège du vent salé qui défile en musique dans Coronation Street et Cockle Row, voici l'herbe qui pousse sur Llaregyb Hill, pluie de rosée, pluie d'étoiles, et les oiseaux qui dorment au Bois Lacté.

[...] Regardez. Voici sa majesté la nuit qui serpente en silence parmi les cerisiers de Coronation Street, et qui traverse, tous vents repliés, toute rosée rangée, le cimetière de Bethesda ; la voilà qui trébuche devant le Sailors Arms.

Le temps passe. Ecoutez le temps passer.

Approchez un peu.

Il n'y a que vous pour entendre les maisons dormir dans les rues, en cette nuit lente et noire, calfeutrée de silence et au vif goût de sel. Vous êtes le seul à voir dans les chambres closes, les peignes et les jupons sur les chaises, les brocs et les cuvettes, les dentiers dans leurs verres, les Commandements au mur, et les portraits jaunis des défunts qui gardent la pose. Vous êtes le seul à voir et à entendre, derrière les paupières des dormeurs, les mouvements, contrées, dédales et couleurs, les effrois, arcs en ciel, ritournelles et souhaits, les espoirs, les envols, chutes et désespoirs, et les mers houleuses de leurs rêves.

De l'endroit où vous êtes, vous entendez leurs rêves.

Juillet 1972
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