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 La légende de Tristan et Yseult

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Anthony
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Anthony

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MessageSujet: La légende de Tristan et Yseult    La légende de Tristan et Yseult  EmptyDim 18 Jan 2015 - 22:54

La légende de Tristan et Yseult  Tristan_iseut



Je vous propose ici un petit panorama sur la légende de Tristan et Yseult, de Thomas (1175) à Wagner (1859). Je le compléterai au fur et à mesure, au gré de mes lectures, de mon temps libre et de ma motivation. Ce sera volontairement personnalisé, partial et empli de mauvaise foi afin d’éviter autant que possible le style wikipédia. Je ne suis ni médiéviste, ni spécialiste de la question, et donc loin de tout connaître (le corpus est immense et pas toujours facile d’accès). Aussi, vos contributions seront les bienvenues !
Il ne s’agit pas forcément de viser à l’exhaustivité ni au commentaire détaillé de chaque version, mais plus modestement de vous donner quelques repères et surtout, je l’espère, des envies de lecture.


Introduction – Mais d’où ça vient ? Et pourquoi ?

C’est l’une des légendes les plus célèbres issues de l’Europe médiévale, celle qui, selon Denis de Rougemont, constitue le mythe fondateur de la conception de l’amour en occident.

Les noms mentionnés dans la matière tristanienne ainsi que sa topographie plaident pour une origine celtique, d’Irlande ou de Cornouailles.

Un récit irlandais du IXe siècle, l’histoire de Diarmaid et Grainne, pourrait en être le prototype. C’est en effet l’histoire d’un adultère au plus haut sommet de l’Etat, et il est déjà question d’un breuvage magique, quoi que ce ne soit pas un philtre d’amour. Grainne est la jeune épouse du vieux roi Finn Mac Cormac ; lors des festivités de mariage, elle tombe éperdument amoureuse de son plus fidèle chevalier, Diarmaid (ou Diarmuid, mais on s’en fiche), qui est aussi son neveu (de même que Tristan est le neveu de Marc). Elle verse un breuvage somnifère à tous les convives, sauf à Diarmaid qui se retrouve seul avec elle. Le pauvre diable refuse dans un premier temps les avances de la belle, mais, réalisant qu’il risque de toute façon la mort si quelqu’un se réveille et le surprend seul avec la reine, il décide de prendre la fuite avec elle.
S’ensuit une errance de plusieurs années, où le couple vit dans la précarité, loin de la cour et du monde féodal. Au départ, Diarmaid refuse de trahir son roi et reste chaste. Aussi, lorsqu’ils dorment, il prend soin de placer son épée entre elle et lui afin de marquer la séparation des corps (un motif que l’on retrouvera dans Tristan lors de l’épisode de la grotte d’amour). Mais un jour, les cuisses de la reine sont éclaboussées par un jet d’eau. Las ! Le malheureux Diarmaid succombe et l’adultère est réellement consommé.
Après quelques péripéties, Diarmaid est tué par un sanglier et Finn, qui a pourchassé le couple pendant tout ce temps, récupère sa reine. Finalement, après avoir blâmé le roi pour la mort de Diarmaid, elle consent à retourner auprès de lui. Ouf ! la morale est sauve.

Ce mythe irlandais contient de nombreuses similitudes avec l’histoire de Tristan et Yseult, et il est donc très probable qu’il en soit à l’origine (certains évoquent une possible source iranienne, l’histoire de Wîs et Râmin, mais je suis plus sceptique). En revanche, le contenu n’est pas aussi subversif, loin s’en faut.

L’histoire de Tristan et Yseult aurait pu se transmettre, par je ne sais quelle fortune, des pays celtes aux troubadours provençaux, et il semble que dès le XIe siècle la légende ait circulé en France, au moins à l’oral. En tout cas, il est fort probable que ce soit à l’aune de son passage en France que l’histoire se soit enrichie et complexifiée pour atteindre, à partir du milieu du XIIe, la forme qu’on lui connaît, au moins pour ce qui est des grandes lignes.
A partir du XIIe siècle apparaissent des récits écrits de la légende, d’abord versifiés. Ce sont les versions de Thomas (1175), Béroul (1181), Eilhart von Oberg (1185), Gottfried von Straßburg (1210), pour ne citer que les plus illustres. Il y en a beaucoup d’autres, qui nous sont toutes parvenues à l’état de fragments (dans certains cas, ce pourrait être volontaire). En 1226, le frère Robert écrit pour le roi d’Islande une saga en prose qui s’appuie sur le texte de Thomas. Ces premières versions sont celles qui ont connu la meilleure fortune. C’est à elles que s’intéresseront les romantiques et Wagner, et ce sont elles qui continuent d’être le plus étudiées de nos jours.
Car en effet, il y a par la suite, aux XIIIe et XIVe siècle, toute une vague de Tristans en prose, tous anonymes. Seulement, ils ont la particularité de « normaliser » l’histoire en l’intégrant au cycle arthurien (dans certaines versions, Tristan participe à la quête du Graal), ce n’est plus tout à fait la même chose. Je ne m’y attarderai donc pas (mais si quelqu’un veut le faire…).

Après quelques siècles de relatif oubli, on s’y intéresse de très près à partir du XIXe siècle, à l’époque du romantisme (Schlegel, Walter Scott puis tonton Wagner seront tous fascinés par la légende, pour ne nommer que les plus célèbres). Toutefois, il ne s’agit pas seulement, comme dans le cas des Nibelungen, d’une réactivation plus ou moins artificielle d’un mythe qui en réalité n’en a jamais été un : la grande multiplicité des versions rédigées entre le XIIe et le XIVe siècle prouve que les médiévaux ont accordé énormément d’intérêt à cette histoire scandaleuse qui piétinait le fin’ amor et le système de valeurs féodal, certains auteurs prenant explicitement fait et cause pour les amants, comme Thomas et Gottfried. En effet, ces auteurs vont complètement à contre-courant des normes éthiques d'ordinaire véhiculées par la littérature courtoise, celle de Chrétiens de Troyes ou de Hartmann von Aue, par exemple : mieux, ils jouent constamment avec les codes du roman courtois pour mieux les subvertir (j'y reviendrai).
C'est donc une matière profondément subversive et fascinante à plus d'un titre ; travaillée par une grande plume, elle nous donne à contempler l'absolu d'un amour qui défie les lois de la nature et de la société.


A suivre, les premières versions, dites « sauvages » : Béroul et Eilhart


Dernière édition par Bart le Dim 18 Jan 2015 - 23:24, édité 1 fois
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: La légende de Tristan et Yseult    La légende de Tristan et Yseult  EmptyDim 18 Jan 2015 - 23:16

cheers

Ça pourrait figurer en rubrique générale, vu son impact sur la création musicale…


Bart a écrit:
Un récit irlandais du IXe siècle, l’histoire de Diarmaid et Grainne, pourrait en être le prototype.

Il y a aussi le modèle, conscient ou non, de Pyrame et Thisbé, qui a forcément dû être présent chez les clercs. C'est moins spécifique que Diarmaid et Grainne, bien sûr, mais ça m'a toujours paru plutôt évident. En particulier la fin, avec les quiproquos et la mort à distance d'amants inséparables.
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Anthony
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MessageSujet: Re: La légende de Tristan et Yseult    La légende de Tristan et Yseult  EmptyDim 18 Jan 2015 - 23:19

DavidLeMarrec a écrit:
cheers

Ça pourrait figurer en rubrique générale, vu son impact sur la création musicale…

Pourquoi pas ! Smile


DavidLeMarrec a écrit:
Bart a écrit:
Un récit irlandais du IXe siècle, l’histoire de Diarmaid et Grainne, pourrait en être le prototype.

Il y a aussi le modèle, conscient ou non, de Pyrame et Thisbé, qui a forcément dû être présent chez les clercs. C'est moins spécifique que Diarmaid et Grainne, bien sûr, mais ça m'a toujours paru plutôt évident. En particulier la fin, avec les quiproquos et la mort à distance d'amants inséparables.

Il y a beaucoup de références à Ovide chez Gottfried et Thomas, qui connaissaient bien leurs classiques. Chez les autres ça me paraît moins évident, mais c'est possible après tout.
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Xavier
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MessageSujet: Re: La légende de Tristan et Yseult    La légende de Tristan et Yseult  EmptyDim 18 Jan 2015 - 23:47

Bart a écrit:

Je vous propose ici un petit panorama sur la légende de Tristan et Yseult, de Thomas (1175) à Wagner (1859).

Super!
Pourquoi ne pas aller jusqu'à Frank Martin et Messiaen? Smile
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Oriane
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MessageSujet: Re: La légende de Tristan et Yseult    La légende de Tristan et Yseult  EmptyDim 18 Jan 2015 - 23:47

Génial ! cheers

Très bonne idée de sujet.

Je n'ai lu que le court "Lai du Chèvrefeuille" de Marie de France.

J'ai hâte de lire tes analyses sur le roman courtois.
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Anthony
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MessageSujet: Re: La légende de Tristan et Yseult    La légende de Tristan et Yseult  EmptyLun 19 Jan 2015 - 0:02

Xavier a écrit:
Pourquoi ne pas aller jusqu'à Frank Martin et Messiaen? Smile

Oui, tu as raison ! J'ai mis Wagner à titre indicatif, mais c'est vrai que s'arrêter à lui pourrait suggérer l'idée fausse d'une téléologie, comme s'il représentait un aboutissement. (j'ai beau être wagnérien, je n'irais pas jusque-là Mr. Green )

Oriane a écrit:
J'ai hâte de lire tes analyses sur le roman courtois.

Merci ! Smile
J'en parlerai surtout quand j'aborderai Gottfried. Wink


Oriane a écrit:
Je n'ai lu que le court "Lai du Chèvrefeuille" de Marie de France.

C'est un tout petit texte, mais on pourra en parler, il est très intéressant aussi et a connu une belle postérité. D'ailleurs tu peux t'en charger si tu le souhaites. Smile
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MessageSujet: Re: La légende de Tristan et Yseult    La légende de Tristan et Yseult  EmptyLun 19 Jan 2015 - 0:06

Le drame de Martin (Le vin herbé) me semble infiniment plus prenant que celui de Wagner. Mais ça c'est juste moi, et je reconnais que Tristan est un immense chef d'oeuvre.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: La légende de Tristan et Yseult    La légende de Tristan et Yseult  EmptyLun 19 Jan 2015 - 0:20

Bravo et merci pour ce fil, Bart!
(Même si je laisse de plus spécialistes que moi y participer, je le lirai toujours avec intérêt.)
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Anthony
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MessageSujet: Re: La légende de Tristan et Yseult    La légende de Tristan et Yseult  EmptyLun 19 Jan 2015 - 0:52

Benedictus a écrit:
Bravo et merci pour ce fil, Bart!
(Même si je laisse de plus spécialistes que moi y participer, je le lirai toujours avec intérêt.)

Merci Benedictus. Smile
Pour l'instant j'ai l'intention de parler des vieux machins, dans un premier temps, mais après chacun est libre d'apporter sa contribution. Et il y a tellement de choses à dire ! Par exemple si l'un de nos cinéphiles maison veut dire un mot sur l'Eternel Retour de Delannoy et Cocteau, ça aura toute sa place ici.
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Picrotal
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MessageSujet: Re: La légende de Tristan et Yseult    La légende de Tristan et Yseult  EmptyMer 21 Jan 2015 - 9:41

Quel joli texte que Tristan et Yseult. J'avais beaucoup aimé l'étudier en fac, avec en prime un spécialiste reconnu de la littérature médiévale, monsieur Philippe Walter, ce qui n'était pas rien. Ce qui m'avait le plus amusé, c'était d'apprendre qu'il n'existait aucun texte en « français » que l'on avait pu conserver dans leur intégralité, ceux de Thomas comme de Béroul étant incomplets, et que c'est grâce aux Scandinaves et leur traduction / adaptation que l'on pouvait avoir accès au récit dans son intégralité, mais comportant des ajouts propres à satisfaire le public de ces pays-là. Ce qui fait qu'il est beaucoup question du cours de la vente des poissons, dans Tristan et Yseult version nordique...
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MessageSujet: Re: La légende de Tristan et Yseult    La légende de Tristan et Yseult  EmptyMer 21 Jan 2015 - 12:24

Picrotal a écrit:
Quel joli texte que Tristan et Yseult. J'avais beaucoup aimé l'étudier en fac, avec en prime un spécialiste reconnu de la littérature médiévale, monsieur Philippe Walter, ce qui n'était pas rien. Ce qui m'avait le plus amusé, c'était d'apprendre qu'il n'existait aucun texte en « français » que l'on avait pu conserver dans leur intégralité, ceux de Thomas comme de Béroul étant incomplets, et que c'est grâce aux Scandinaves et leur traduction / adaptation que l'on pouvait avoir accès au récit dans son intégralité, mais comportant des ajouts propres à satisfaire le public de ces pays-là. Ce qui fait qu'il est beaucoup question du cours de la vente des poissons, dans Tristan et Yseult version nordique...  

Tout à fait ! La trame choisie par Thomas, qui diffère assez de celles de Béroul et Eilhart, nous est connue avant tout par la paraphrase en prose du frère Robert. Les adaptations culturelles sont assez rigolotes, je me souviens notamment que le géant Urgan devient un troll. Laughing
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