Autour de la musique classique

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 La musique et la nuit

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5 participants
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Läbip
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Läbip


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MessageSujet: La musique et la nuit   La musique et la nuit EmptyMar 10 Fév 2015 - 16:23

Du soir à la nuit noire, de minuit au petit matin, il existe des nuits infiniment multiples.

Le rapport à ces nuits l'est tout autant. Nuit du coeur, nuit spirituelle des noches oscuras, nuit des ténèbres et de la veille, nuit de l'angoisse, nuit amoureuse, nuit érotique, nuit de l'attente, nuit de l'inconscient, nuit du sommeil et du rêve, nuit foisonnante, nuit de la gestation, nuit du deuil, nuit perpétuelle du corps aveugle. Il y a des nuits novalissiennes, des nuits rilkiennes, des nuits shakespeariennes, des nuits campaniennes. Des hymnes à la nuit et des crimes nocturnes.

Je sais que c'est ambitieux d'ouvrir un sujet thématique aussi vaste, alors je vais lui donner plusieurs axes.

=> Qu'est-ce qu'une musique "nocturne" ? Le nocturne est bien sûr un type de composition. Mais pourquoi est-il, justement, nocturne ? Est-ce qu'il y a des tonalités particulières, des ambiances, qui évoquent la nuit? Par exemple, vous, qu'est-ce qui vous rappelle la nuit, ou vous plonge en elle ?

=> Est-ce qu'il n'y a pas une parenté profonde entre la nuit et la musique?

La musique, c'est la nuit du langage. C'est aussi le domaine de l'irreprésentable par excellence, même si l'on peut l'accompagner d'une mise en scène théâtrale ou d'un texte littéraire. La musique est le royaume de ce qui prend forme dans les ténèbres et demeure invisible.

Et la musique n'est-elle pas la part obscure des textes littéraires ?

=> Plus "prosaïquement", quelles sont vos musiques à (ou de) la nuit préférées ? Les offices des ténèbres ? Les nocturnes ? Les clairs de lune ? Les chants des amants la nuit ? Toutes les propositions sont admises (types de composition, oeuvres, passages spécifiques ...).


Je préfère rester vague et laisser la parole à ceux et celles qui le souhaitent. Smile

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Rav–phaël
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Rav–phaël


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MessageSujet: Re: La musique et la nuit   La musique et la nuit EmptyMar 10 Fév 2015 - 19:06

Que dire ?
C’est un sujet très sympa ! Very Happy  ça m’étonne que personne n’ait encore réagit, il y a effectivement beaucoup de chose à dire. Et c’est une manière qui n’entraine, il me semble, que des merveilles, les compositeurs y étant particulièrement inspirés !



En ce qui me concerne lorsqu’on me parle de nocturne en musique, le paysage nocturne, le climat, la sensation, je pense immédiatement à Bartók ! Il y en a presque un dans toutes ses oeuvres ! Et ce sont souvent ses plus beaux moments. Qui aboutissent pratiquement à chaque fois au point culminant, c’est assez intéressant, à une évocation de l’oiseau, évocation plus où moins réaliste.
Pour moi Bartók est LE maitre de l'évocation nocturne ! Indiscutablement  La musique et la nuit 173236763

Je penserais aussi à Mompou, une musique de l’interiorité, pudique, sobre, naïve .. J’en est presque de la gène à l’écouter, à m’introduire dans son intimité — si j’ose dire ^^ — c’était un timide maladif, ne l’oublions pas ! C’est une musique de Mompou à Mompou, avant tout, il me semble.



Ce sont ces genres de nocturnes que je préfère, c’est à dire les plus indéfinissables ^^ , les plus iréels, qui vont puiser leur profonde poésie dans le monde du rêve, de l’ineffable, et cette poétique musicale d’une beauté transcendale.
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Läbip
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Läbip


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MessageSujet: Re: La musique et la nuit   La musique et la nuit EmptyMar 10 Fév 2015 - 22:56

Merci Rav-phaël pour cet intéressant retours Very Happy

Rien de plus nocturne que Barbe-bleue. C'est la nuit de l'inconscient! Dans toutes ses oeuvres, il y a une ambiance à la fois étrange et intime. C'est vrai que ce n'est pas sans rappeler la nuit.
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Mélomaniac
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MessageSujet: Re: La musique et la nuit   La musique et la nuit EmptyJeu 12 Fév 2015 - 0:48

La nuit, c'est le royaume de l'inaction, du sommeil des sens, de la fiction et de l'intellect en repos.

Il y a donc comme une provocation à prétendre l'évoquer en musique qui par définition (ou du moins son mode de fabrication) doit faire sens, proposer une construction, développer un discours ordonné.
Une pure divagation échouerait certainement à évoquer la nuit. Du moins, je n'en connais pas d'exemple.

On ne se surprend pas que l'empire de Morphée fut un des thèmes de prédilection du Romantisme, par le biais du rêve ou plutôt de la rêverie, du songe abolissant la rationalité pour laisser s'exprimer le sentiment et instituer un autre rapport au réel qui est celui de la subjectivité. L'artiste fait naître des distances qui nous éloignent dans l'espace et le passé immémorial (celui qui se perd dans la nuit des temps).
L'Impressionnisme laissera flotter l'humeur (ces sons et parfums qui tournent dans l'air du soir chez Debussy ; ce moite, lancinant et circonvolutif Prélude à la nuit dans l'Espagne de Ravel), où la nuit paraît comme une émanation hypnagogique du jour. Là elle pourrait s'appréhender par ses textures vaporeuses, comme un changement d'état et non de substrat.

La nuit, les yeux clos ou inopérants sur ce monde ingrat et invisible où l'on ne discerne et reconnaît plus guère, est-elle étrange et déroutante, nous rendant étranger à nous-même, féconde alors d'un nouveau mode psychique et cognitif ?
Ou alors est-elle ce qui nous ramène à la quiétude quasi foetale de l'insouciance, de l'innocence bercée d'illusion, douce, rassurante (mais paradoxale) cénesthésie où l'on se sent mieux quand on ne sent plus rien ? Du moins, plus rien d'extérieur. La relation au monde est filtrée ou endiguée.
Lointaine ou proche ? Centripète ou centrifuge ?
On pourrait percevoir toutes ces ambivalences, à travers les perspectives d'éloignement, de déracinement, mais aussi de retour sur soi (L'enfant s'endort), dans les Kinderszenen de Schumann.

Insinuer la suggestion impose presque toujours un rythme lent, qui est celui de la torpeur onirique, de la perception engourdie, de la contemplation vagabonde.
Qu'on pense aux Nocturnes de Chopin, par exemple.

L'association poétique joue du même ressort, en contrepoint du réel, et le Lied fut un des modes d'expression essentiels, fût-ce par analogie ou métaphore, de la sémologie nocturne.
Un des plus grands et célèbres cycles commence d'ailleurs par un Gute Nacht, invitation à l'errance, antichambre du voyage.

Autre parenté évidente avec la folie : lueur vacillante de la raison. Concernant Schumann, Michel Schneider a écrit de belles et intelligentes considérations, notamment dans son essai La Tombée du jour.
Les superbes et mystérieux Chants de l'aube ne sont-ils pas un des plus émouvants avatars de ce point décisif où les intentions chancellent ?

La nuit, c'est aussi le moment où la nature reprend ses droits, pendant le sommeil biologique, et où le règne animal nyctalope se réveille. C'est cette faune de feulements, ces silhouettes aux aguets qu'on retrouve dans les illustrations bartokiennes, celle du Concerto pour orchestre, de la Musique pour cordes, percussion et célesta. Ou aussi dans la 7° Symphonie de Mahler.

Que serait la nuit sans sa part de noirceur, de fantasmagorie, celle qui fait frémir face à l'indéfinissable, à l'inconnu, au surréaliste...
Cette arrière boutique de l'inconscient qui engendre les chimères, les cauchemars, les monstres de l'esprit, qui fait sortir les squelettes du tombeau (inversion des valeurs, à l'instar de la polarité du clair-obscur, du couple vie-mort...) Nuit des assassins tapis dans l'ombre, des vampires, des défunts ressuscités... Propice à la libération des instincts primaires, tel un trou noir de la civilisation. Les bouges lubriques du Mandarin Merveilleux ; dans les Gurrelieder, les squelettes des vassaux rappelés au combat, pour retrouver un peu de leur ancienne gloire, quand les chevaliers triomphaient au grand jour...

On doit se l'avouer : la nuit c'est aussi cette petite mort, ce trépas passager qui rassemble les symboliques que nous avons balayées ci-dessus, qui par allégorie nous prépare à l'ultime issue, à l'inconnaissable néant prêt à nous ensevelir bouche bée, comme la proie dans un guet-apens sans lune.
En cela, quoi de plus funèbre et de plus nocturne que les derniers Quatuors de Chostakovitch, où la musique littéralement s'éteint ; ou certaines rengaines post-modernes et dérisoires de Schnittke (vertige des vestiges) où luit une étincelle sarcastique dont on ne sait si elle représente une lueur d'espoir ou bien un leurre à la rémanence désinvolte.

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starluc
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MessageSujet: Re: La musique et la nuit   La musique et la nuit EmptyJeu 12 Fév 2015 - 11:16


Il y a, en musique, des "nuits chaudes" : les "Nuits dans les Jardins d'Espagne" de Falla dont j'aime l'intro au piano, totalement hallucinée après la touffeur des cordes, la nuit torride et tourmentée des "Parfums de la Nuit" "d'Ibéria" de Debussy, la nuit mystico-érotique de la 3ème symphonie de Szymanovski "le Chant de la Nuit" et le crépuscule des "Fontaines de Rome" de Respighi avec ses rayons de soleil rasants qui se termine dans l'obscurité soudaine (un vrai coup de génie orchestral).

Et puis, il y a les nuits froides, glacées : celle de "Et la Lune descend sur le temple qui fut" de Claude Debussy et de certaines de ses études qui restituent un univers à la Paul Delvaux. Ou encore le mouvement lent de la 7ème symphonie de Bax "in legendary mood" qui bien que n'étant pas officiellement un nocturne semble être une passion qui s'exacerbe dans un paysage d'hiver...

Voilà ce qui me vient à l'esprit, comme ça...
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Golisande
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MessageSujet: Re: La musique et la nuit   La musique et la nuit EmptyJeu 12 Fév 2015 - 11:44

Liszt : certains mouvements lents (Faust-Symphonie) ou passages centraux d'œuvres en un mouvement (Sonate), mais tout ça réclame une sérieuse mise à jour ;
Wagner : outre l'inévitable acte II de Tristan, l'acte I et la fin de l'acte III de Die Walküre ;
Mahler : 4e mouvement de la Troisième symphonie, Ruhevoll de la Quatrième, Andante moderato de la Sixième, toute la Septième à l'exception du rondo final ;
Debussy : Nocturnes évidemment Mr.Red , une bonne partie de Pelléas (qui se déroule majoritairement la nuit) mais particulièrement les scènes II,3 et III,1, Et la lune descend... en effet, les Parfums de la nuit itou, Jeux ;
Strauss : la fin de Zarathustra
Koechlin : beaucoup de choses (la musique de ce compositeur a souvent beaucoup à voir avec le rêve, et même plus généralement avec le sommeil (prière de ne pas mal interpréter mes propos Mr. Green )) ; là maintenant je pense tout particulièrement à la merveilleuse fin de la merveilleuse sonate pour piano et violoncelle (la mal aimée des trois, hélas) ;
Ravel : la seconde partie de tout l'Enfant et les sortilèges ;
Bartòk : toute la collection de mouvements lents "nocturnes", en particulier ceux de En plein air et de la Musique pour cordes...

Il y en a beaucoup d'autres (y compris dans un esprit différent), mais moins essentiels pour moi ; je complèterai la liste à l'occasion...
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starluc
Mélomaniaque



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MessageSujet: Re: La musique et la nuit   La musique et la nuit EmptyJeu 12 Fév 2015 - 12:20


Bartok : le mouvement lent du 2ème concerto pour piano.
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MessageSujet: Re: La musique et la nuit   La musique et la nuit Empty

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