Autour de la musique classique

Le but de ce forum est d'être un espace dédié principalement à la musique classique sous toutes ses périodes, mais aussi ouvert à d'autres genres.
 
AccueilAccueil  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  
Le Deal du moment :
Narcos Saisons 1 et 2 Coffret Blu-ray
Voir le deal
18.03 €

 

 Hölderlin et la musique

Aller en bas 
AuteurMessage
Benedictus
Mélomane chevronné
Benedictus

Nombre de messages : 10907
Age : 45
Localisation : De retour dans le neuf-quatre...
Date d'inscription : 02/03/2014

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptySam 6 Juin 2020 - 17:57

Friedrich Hölderlin (1770-1843) est une des figures majeures de la poésie de langue allemande, et aussi une des plus singulières, à la charnière du classicisme et du romantisme, mais préfigurant réellement la modernité poétique du siècle suivant. Son importance pour la musique (et en particulier dans le lied) du XXᵉ siècle est absolument considérable.

Hölderlin et la musique Hoelde10
Friedrich Hölderlin, pastel de Franz Karl Hiemer, vers 1792

Une enfance dans la bourgeoisie protestante de Souabe, marquée par les veuvages successifs de sa mère et les morts en bas âges d’une fratrie nombreuse.

Condisciple de Hegel et Schelling au Séminaire protestant de Tübingen de 1788 à 1793, il s’enthousiasme pour la Révolution française (et, contrairement aux autres romantiques allemands, il restera fidèle aux idées politiques du jacobinisme), rencontre Schiller.

1793-1802: période d’errance, d’un poste de précepteur à un autre: Waltershausen, Francfort - où il rencontre le grand amour de sa vie, Susette Gontard, qu’il transfigurera sous le nom de Diotima dans son roman Hypérion - , Hauptwil en Suisse puis Bordeaux. 1802: Mystérieux voyage de retour, mort de Susette Gontard. 1802-1804: deux années à Nürtingen. Toute cette période est marquée par une intense production littéraire: le roman Hypérion, la tragédie La Mort d’Empedocle, la plupart des Élégies, des Hymnes et des Odes, traductions de Pindare et de Sophocle, essais philosophiques et philologiques.

Hölderlin et la musique Holder12
Friedrich Hölderlin
crayon de Johann Georg Schreiner et Rudolf Lohbauer, 1823

Sa vie bascule ensuite: nommé en 1804 bibliothécaire à la cour de Hombourg, il voit son état de santé se dégrader rapidement et il est interné de force en en septembre 1806 dans une clinique de Tübingen, dont il sort en mai 1807.

Commence alors la « seconde moitié » de sa vie, celle de la folie. Pensionnaire chez le menuisier Zimmer, à Tübingen, au bord du Neckar, il vit jusqu’à sa mort en quasi reclus dans la tour de la maison. Il rédige encore d’importants fragments poétiques (notamment un cycle sur les Saisons), le plus souvent datés de façon fantaisiste (1648, 1758, 1941…) et signés de l’hétéronyme Scardanelli.  

Hölderlin et la musique Hoilde10
La maison Zimmer et la tour de Hölderlin à Tübingen


Dernière édition par Benedictus le Mar 16 Juin 2020 - 23:20, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Benedictus
Mélomane chevronné
Benedictus

Nombre de messages : 10907
Age : 45
Localisation : De retour dans le neuf-quatre...
Date d'inscription : 02/03/2014

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptySam 6 Juin 2020 - 17:59

Singularités de Hölderlin

Elles sont assez immédiatement sensibles à la lecture.

Si, du point de vue de la forme, on sent une forte césure entre les textes longs, à la coupe calquée sur les modèles classiques, de la première période (Hymnes, Odes, Élégies) et les fragments de la seconde, le style reste singulièrement semblable entre les deux époques: une syntaxe rhétorique très élaborée et tenue (le versant «classique») dans laquelle se coulent descriptions effusives et élans lyriques voire mystiques (le versant «romantique.») À quoi il faut ajouter la présence de fréquentes allusions littéraires, religieuses et philosophiques (à la culture grecque antique et au christianisme, essentiellement) et la récurrence de certains lexèmes simples en apparence mais dont la signification exacte pour le poète est assez difficile à percer. Que veut dire, par exemple, cette expression-clé de l’Hymne In lieblicher Bläue, si souvent citée et glosée: «dichterisch wohnet der Mensch auf dieser Erde», «l’Homme habite poétiquement sur cette Terre»?

C’est une poésie très belle, dont la saisie est assez immédiate mais dont le sens est cependant profondément énigmatique - en ce sens, elle semble rejoindre ou anticiper beaucoup de spéculations de poètes plus tardifs sur le «signe» et le «fond» (Mallarmé, le Hofmannstahl de la Lettre à Lord Chandos…)

Hölderlin et la musique Archip10
Hölderlin, Manuscrit de Der Archipelagus, 1800

Sa prose est sans doute encore plus difficile, elle aussi souvent marquée par des réseaux de références culturelles à la fois denses et allusives et une forte propension à un langage abstrait, lui aussi assez indécidable.

Ce caractère indécidable, le double mouvement vers une Grèce idéale (qui n’est pas celle de l’atticisme des classiques à la Goethe, mais semble renvoyer à un paysage plus originel, proche des tragédies, des mythes archaïques, des présocratiques) et vers le «pays natal», le syncrétisme entre mythe grec et christianisme (rapprochement de Jésus et Dionysos dans l’Élégie Brod und Wein) - beaucoup de choses expliquent que la poésie de Hölderlin ait fait l’objet d’interprétations et d’appropriations contradictoires: les penseurs völkisch (nazis compris) ont pu être tentés d’y voir un précurseur de leurs obsessions (le «retournement natal», «väterländische Umkehr»), mais, à l’inverse (et outre le radicalisme jacobin de ses convictions politiques), il a aussi été pris comme une sorte de figure exemplaire de l’individu moderne - errant, déterritorialisé, marginal (jusque dans l’expérience extrême de la marge que constitue la folie.) En gros, il y a un Hölderlin de Heidegger et un Hölderlin de Walter Benjamin (les deux auteurs l’ayant commenté.)

Le caractère fragmentaire des poèmes dits «de la Tour» ou «de la Folie» a quant à lui exercé une influence assez profonde sur la poésie plus tardive (Stefan George, Georg Trakl, Paul Celan…)


Dernière édition par Benedictus le Sam 6 Juin 2020 - 18:37, édité 7 fois
Revenir en haut Aller en bas
Benedictus
Mélomane chevronné
Benedictus

Nombre de messages : 10907
Age : 45
Localisation : De retour dans le neuf-quatre...
Date d'inscription : 02/03/2014

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptySam 6 Juin 2020 - 18:02

Orientation bibliographique: lire Hölderlin en français

Il existe de très belles traductions de Hölderlin en français, par de grands poètes (Jaccottet, Du Bouchet, Gustave Roud):

Hölderlin et la musique Odes_e10
Odes, Élégies, Hymnes
Trad. de Michel Deguy, Andre Du Bouchet, François Fédier, Philippe Jaccottet, Gustave Roud et Robert Rovini.
Poésie / Gallimard

Hölderlin et la musique Hyperi10
Hypérion
Trad. de Philippe Jaccottet.
Poésie / Gallimard

Les traductions de ces deux recueils font partie du volume d’Œuvres dans la Bibliothèque de la Pléiade.

Mais je garde une vieille tendresse pour ce premier recueil en français, traduit par un de mes poètes préférés (et par un écrivain que je ne déteste pas):

Hölderlin et la musique Jouve10
Poèmes de la folie
Trad. de Pierre Jean Jouve et Pierre Klossowski.
Gallimard

J’aime aussi beaucoup les traduction d’Armel Guerne:

Hölderlin et la musique Guerne10
Hymnes, Élégies et autres poèmes
Trad. d’Armel Guerne.
GF Flammarion


Dernière édition par Benedictus le Sam 6 Juin 2020 - 18:31, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Benedictus
Mélomane chevronné
Benedictus

Nombre de messages : 10907
Age : 45
Localisation : De retour dans le neuf-quatre...
Date d'inscription : 02/03/2014

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptySam 6 Juin 2020 - 18:08

Hölderlin et la musique

Tout ce que j'ai dit sur les spécificités de sa poésie explique que ce poète de la fin du XVIIIᵉ et du début du XIXᵉ siècle ait été en fait fort peu mis en musique au XIXᵉ: la charpente rhétorique de ses poèmes, leur longueur, mais aussi leur caractère abstrus les disqualifiaient assez largement pour un lied soucieux de forme strophique, d’élan populaire et d’imagerie romantique simple. À de rares exceptions près, et qui sont surtout le fait de compositeurs mineurs (Peter Cornelius et Friedrich Theodor Fröhlich), pas de lied au XIXᵉ, donc - la seule œuvre d’envergure n’est pas un lied, mais l’ample Schicksalslied, op. 54 pour chœur et orchestre de Johannes Brahms.

À l’inverse, au tournant du XXᵉ siècle, la poésie de Hölderlin devient une source d’inspiration majeure pour les compositeurs de langue germanique: c’est tout naturellement que, dans cette culture fin-de-siècle, postromantiques, «décadents» et modernes trouvent dans cette poésie des échos de leurs préoccupations esthétiques et philosophiques. Hölderlin est alors mis en musique pour des lieder, souvent avec orchestre, par Richard Strauss (Drei Hymnen, op. 71), Max Reger (An die Hoffnung, op. 124) mais aussi Hans Pfitzner, Alphons Diepenbrock ou Walter Braunfels, Stefan Wolpe, Paul Hindemith ou Wolfgang Fortner.

S’il n’est mis en musique par aucun des trois Viennois, il faut en revanche remarquer qu’il obsède littéralement Josef Matthias Hauer - qui invente, un peu avant Schoenberg, le premier système d’écriture dodécaphonique: Hauer compose ainsi plusieurs cycles de Hölderlin-Lieder (opp. 5, 12, 23) et deux recueils de Pièces pour piano avec des exergues d’après Hölderlin (op. 25.) (Je devrais bientôt recevoir le disque MDG de Holger Falk et Steffen Schleiermacher qui est consacré à ces œuvres.)

Alors même que les nazis tentent de récupérer la figure de Hölderlin, de nombreux compositeurs «entartete» s’emparent de sa poésie: l’une des dernières œuvres composées par Viktor Ullmann à Theresienstadt en 1943 est un cycle de trois lieder d’après Hölderlin (Sonnenuntergang, Der Frühling, Abendphantasie) et la même année, le «rouge» Hanns Eisler, exilé à Pacific Palisades, compose un cycle de six Hölderlin-Fragmente.

Hölderlin est devenu une référence centrale dans la seconde moitié du XXᵉ siècle. En 1958, deux œuvres absolument majeures se font écho. D’un côté, c’est la première œuvre importante d’un non-germanophone inspirée par Hölderlin qui voit le jour: Benjamin Britten compose ses Six Hölderlin Fragments, op. 61, pour high voice et piano - créés la même année par Peter Pears et le compositeur; en Allemagne, Hans Werner Henze compose sa Kammermusik 1958 sur l’Hymne In lieblicher Bläue pour ténor, guitare et huit instruments solistes - œuvre dédiée à Britten, et qui sera d’ailleurs créée par Peter Pears en 1963. Je prépare une présentation plus détaillée du Henze, que j’aime énormément.

Entre la fin des années 70 et les années 90, deux cycles essentiels inspirés de Hölderlin voient le jour: de 1982 à 1991, Wilhelm Killmayer compose un ensemble de trois cycles de Hölderlin-Lieder pour ténor et piano (les deux premiers cycles ont également été orchestrés); de 1975 à 1991, Heinz Holliger compose un cycle de lieder pour chœur a cappella, Die Jahreszeiten, un ensemble de «commentaires, répliques, miroirs et notes en marge des Jahreszeiten» pour petit orchestre, Übungen zu Scardanelli qui, avec d’autres pièces (comme Turm-Musik pour flûte seule, petit orchestre et bande), seront finalement réunis dans un grand cycle intitulé Scardanelli-Zyklus. Atonalité polarisée chez Holliger, néotonalité d’une grande singularité chez Killmayer - ce sont des œuvres dont je reparlerai plus en détail (à moins que Rubato ne me coupe l’herbe sous le pied.)

Mais dans les années 80-90, ce sont aussi certains de mes compositeurs préférés «de Darmstadt» qui se penchent sur la poésie de Hölderlin: Luigi Nono, avec son quatuor à cordes Fragmente-Stille, an Diotima (1980) et Friedrich Cerha avec ses 8 Mouvements sur des fragments de Hölderlin pour sextuor à cordes (1995) proposent des œuvres instrumentales dont, à l’instar des Pièces pour piano de Hauer, la partition est organisée par des citations du poète; et les deux «Hongrois de Darmstadt» mettent en musique des poèmes de Hölderlin: György Ligeti en 1983 avec ses Drei Phantasien nach Hölderlin pour chœur mixte a cappella et en 1989 avec le lied Der Sommer pour soprano et piano, György Kurtág en 1989 avec le lied An… pour baryton et piano et en 1997 avec le cycle Hölderlin-Gesänge pour baryton et ensemble (cycle où l’hommage à Hölderlin se double, via le jeu des dédicaces propres à Kurtág, d’hommages à d’autres «hölderliniens»: le poète Paul Celan, les compositeurs Heinz Holliger, György Ligeti, Friedrich Cerha.)

Il me faudra aussi parler des Hölderlin-Fragmente de Wolfgang Rihm (1977) pour baryton et orchestre et de Lebenslauf de Philippe Hersant (1992) pour soprano et ensemble - un Rihm plutôt «modernité radicale» et un Hersant très «néo-répétitif» que j’aime beaucoup.


Dernière édition par Benedictus le Sam 6 Juin 2020 - 18:32, édité 4 fois
Revenir en haut Aller en bas
Benedictus
Mélomane chevronné
Benedictus

Nombre de messages : 10907
Age : 45
Localisation : De retour dans le neuf-quatre...
Date d'inscription : 02/03/2014

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptySam 6 Juin 2020 - 18:12

Première orientation discographique

Je me contenterai dans un premier temps de citer des disques entièrement consacrés à des mises en musique de poèmes de Hölderlin et que j’ai sous la main:

Hölderlin et la musique Holder11
Hölderlin-Gesänge.
Viktor ULLMANN: Abendphantasie. Der Frühling
Hanns EISLER: Hölderlin-Fragmente
Kark Michael KOMMA: Fünf Fragmente von Friedrich Hölderlin
Hermann REUTTER: Drei Lieder nach Gedichten von Friedrich Hölderlin, op. 67
Friedrich Theodor FRÖHLICH: Rückkehr in die Heimat
Peter CORNELIUS: Sonnenuntergang
Philipp JARNACH: An eine Rose, op. 7
Joseph Matthias HAUER: Ehmals und jetzt, op. 12
Hans PFITZNER: Abbitte, op. 29
Wolfgang FORTNER: Geh unter, schöne Sonne
Benjamin BRITTEN: Hälfte des Lebens, op. 61

Mitsuko Shirai (mezzo-soprano), Hartmut Höll (piano)
Heidelberg, V.1986 & X.1993
Capriccio



Hölderlin et la musique Music_11
Music Inspired by the Poet Friedrich Hölderlin
Johannes BRAHMS: Schicksalslied op. 54 pour chœur et orchestre¹
RichardSTRAUSS: Drei Hymnen op. 71 pour chant et orchestre²
Max REGER: An die Hoffnung op. 124 pour chant et orchestre²
Wolfgang RIHM: Hölderlin-Fragmente (version 1977) pour voix et orchestre³

Karita Mattila (soprano)², Johannes M. Kösters (baryton)³, Chor des Mitteldeutschen Rundfunks Leipzig / Gerd Frischmuth¹, Claudio Abbado / Berliner Philharmoniker
Berlin, II.1993
Sony



Hölderlin et la musique Hollig11
Heinz HOLLIGER: Scardanelli-Zyklus
Aurèle Nicolet (flûte), Terry Edwards / London Voices, Heinz Holliger / Ensemble Modern
Lindau, IX.1991
ECM New Series



Hölderlin et la musique Killma12
Wilhelm KILLMAYER: Hölderlin-Lieder, cycles I et II, version orchestrale
Peter Schreier (ténor), Philipp Jungenbluth (soprano enfant), Bernhard Klee / Radio-Philharmonie Hannover des NDR
Hanovre, X.1992 & VI.1993
Wergo
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10676
Date d'inscription : 21/01/2007

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptySam 6 Juin 2020 - 19:47

Merci Benedictus! thumright

Je vais certainement me commander quelques livres.

Concernant la discographie, j'aurai des choses à rajouter bientôt. Smile
Revenir en haut Aller en bas
Mefistofele
Mélomaniaque
Mefistofele

Nombre de messages : 563
Localisation : Under a grey, rifted sky
Date d'inscription : 17/11/2019

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptySam 6 Juin 2020 - 21:12

Passionnant et accessible, merci encore ! Shocked
Et que d'intéressantes pistes de lecture (ou d'écoute)... I love you
Revenir en haut Aller en bas
lulu
Mélomane chevronné
lulu

Nombre de messages : 17775
Date d'inscription : 25/11/2012

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptySam 6 Juin 2020 - 22:01

Benedictus a écrit:
S’il n’est mis en musique par aucun des trois Viennois, il faut en revanche remarquer qu’il obsède littéralement Josef Matthias Hauer - qui invente, un peu avant Schoenberg, le premier système d’écriture dodécaphonique: Hauer compose ainsi plusieurs cycles de Hölderlin-Lieder (opp. 5, 12, 23) et deux recueils de Pièces pour piano avec des exergues d’après Hölderlin (op. 25.) (Je devrais bientôt recevoir le disque MDG de Holger Falk et Steffen Schleiermacher qui est consacré à ces œuvres.)

C’est un beau disque je trouve, où on sent fortement l’ambigüité entre l’aspect ludique et naïf du formalisme de son langage et en même temps quelque chose qui tire vers le répertoire décadent mais comme épuré, rendu artificiel.

Sinon excellente idée de sujet, merci ! Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10676
Date d'inscription : 21/01/2007

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptySam 6 Juin 2020 - 22:14

Oui, un disque sur lequel j'avais un œil il y a 2 ou trois jours...et je connais les interprétations de Holger Falk et Steffen Schleiermacher chez Eisler.
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10676
Date d'inscription : 21/01/2007

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyDim 7 Juin 2020 - 8:53

Un album dont j'ai parlé ici

Hölderlin et la musique 61qibw11
Sommersneige

Markus Schäfer: ténor
Siegfried Mauser: piano


On y retrouve quatre poèmes de Hölderlin

- Wenn aus dem Himmel
- Der Sommer
- Der Frühling
- Der Winter
Revenir en haut Aller en bas
Drosselbart
Mélomane averti
Drosselbart

Nombre de messages : 231
Date d'inscription : 30/05/2019

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyDim 7 Juin 2020 - 16:27

Très beau sujet. Merci pour ce panorama !

Je me suis d'ailleurs toujours étonné que tant de compositeur aient mis Hölderlin en musique. Si on me demandait le nom d'un poète qui ne s'y prête pas du tout, c'est bien le sien que je donnerais.
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 89319
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyLun 8 Juin 2020 - 13:17

Passionnant et limpide, oui. Very Happy Plein de choses à aller chercher dans les coins de la discographie ! bounce
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10676
Date d'inscription : 21/01/2007

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyLun 8 Juin 2020 - 14:14

DavidLeMarrec a écrit:
Passionnant et limpide, oui. Very Happy  Plein de choses à aller chercher dans les coins de la discographie ! bounce

Oui, et c'est une quête très intéressante d'autant plus que certains albums sont difficiles à trouver...il faut vraiment "fouiner" ! cat
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10676
Date d'inscription : 21/01/2007

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyMer 10 Juin 2020 - 10:20

Benedictus a écrit:

Heinz Holliger compose un cycle de lieder pour chœur a cappella, Die Jahreszeiten, un ensemble de «commentaires, répliques, miroirs et notes en marge des Jahreszeiten» pour petit orchestre, Übungen zu Scardanelli qui, avec d’autres pièces (comme Turm-Musik pour flûte seule, petit orchestre et bande), seront finalement réunis dans un grand cycle intitulé Scardanelli-Zyklus. Atonalité polarisée chez Holliger, néotonalité d’une grande singularité chez Killmayer - ce sont des œuvres dont je reparlerai plus en détail (à moins que Rubato ne me coupe l’herbe sous le pied.)

Hölderlin et la musique Hollig11
Heinz HOLLIGER: Scardanelli-Zyklus
Aurèle Nicolet (flûte), Terry Edwards / London Voices, Heinz Holliger / Ensemble Modern
Lindau, IX.1991
ECM New Series


Loin de moi l'intention de couper l'herbe sous le pied de Benedictus qui nous fera sans doute un commentaire détaillé  Wink , mais j'avais envie de dire deux mots sur cette oeuvre.

Je suis perplexe, tant la musique d'Hollinger est déroutante. Après plusieurs écoutes j'ai encore du mal et très franchement je ne sais pas trop quoi en penser.

Je mets ci-dessous ce qui en est dit, morceau par morceau, dans le livret:
Spoiler:
 
Spoiler:
 

À l'écoute, les poèmes d'Hölderlin sont comme fracturés, déstructurés par la mise en musique d'Hollinger, avec cette interprétation souvent syllabique du texte.

Je n'ai jamais réussi à suivre un poème (texte sous les yeux) en entier; je suis vite perdu et j'ai du mal à retrouver le fil. Parfois le poème est très étiré aussi.
Les voix vont de l’extrême aiguë à l’extrême grave, et j'imagine la complexité au niveau de l'interprétation.

Une question que je me pose aussi, c'est comment peut-on chanter/jouer des intervalles de 1/8 de ton en étant certain de sa précision! Shocked
Une autre question que je me pose est: la musique d'Hollinger sert-elle vraiment bien la poésie d'Hölderlin? Je n'ai pas la réponse et suis donc curieux (et impatient) d'avoir d'autres avis. bounce

Personnellement j'ai vraiment préféré la mise en musique d'Hölderlin par Killmayer. Smile

Nota:
J'ai privilégié une écoute au casque pour une bonne immersion et être certain de tout entendre (pianissimos extrêmes).
Revenir en haut Aller en bas
lulu
Mélomane chevronné
lulu

Nombre de messages : 17775
Date d'inscription : 25/11/2012

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyMer 10 Juin 2020 - 10:53

Eh bien moi je vais me contenter de faire le coq savant en signalant qu’il existe un autre enregistrement discographique de cette œuvre, qui date de 1985/86, donc sans l’Ostinato funèbre. Les interprètes sont Aurèle Nicolet, la Schola Cantorum Stuttgart (Clytus Gottwald) et l’orchestre de la radio de Baden-Baden dirigé par le compositeur.

Hölderlin et la musique Bookle10

Sinon œuvre assez massivement impénétrable pour moi...
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10676
Date d'inscription : 21/01/2007

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyMer 10 Juin 2020 - 10:59

lulu a écrit:
Eh bien moi je vais me contenter de faire le coq savant en signalant qu’il existe un autre enregistrement discographique de cette œuvre, qui date de 1985/86, donc sans l’Ostinato funèbre. Les interprètes sont Aurèle Nicolet, la Schola Cantorum Stuttgart (Clytus Gottwald) et l’orchestre de la radio de Baden-Baden dirigé par le compositeur.

Hölderlin et la musique Bookle10

Sinon œuvre assez massivement impénétrable pour moi...

C'est un peu ça pour moi aussi. Neutral
Revenir en haut Aller en bas
Benedictus
Mélomane chevronné
Benedictus

Nombre de messages : 10907
Age : 45
Localisation : De retour dans le neuf-quatre...
Date d'inscription : 02/03/2014

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyMer 10 Juin 2020 - 11:22

Voici déjà un autre avis:
En Playlist, DavidLeMarrec a écrit:
Holliger: Scardanelli-Zyklus Very Happy Very Happy Very Happy Smile
par Heinz Holliger, Terry Edwards, Aurele Nicolet, Ensemble Modern, London Voices
→ Chœurs planants très bien prosodiés, frottements atonals mais splendide déploiement organique en tension-détente, très lié au texte.
Pour ma part, mon expérience d'écoute (et de réécoutes) est plus proche de celle de David que de la perplexité de Rubato ou de lulu: oui, je trouve moi aussi que la musique de Holliger déploie magnifiquement les possibilités du texte de Hölderlin.

(Et merci à notre coq savant préféré pour cette précision discographique... Malheureusement, ça a l'air assez introuvable.)
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10676
Date d'inscription : 21/01/2007

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyMar 16 Juin 2020 - 13:24

Reçu ce midi:

Hölderlin et la musique Holder11

J'aurai l'occasion d'en dire deux mots.
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10676
Date d'inscription : 21/01/2007

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyMar 16 Juin 2020 - 21:13

Première écoute de l'album de Mitsuko Shirai et Harmutt Höll / Hölderlin Gesänge (voir ci-dessus).

Hölderlin et la musique 173236763 Hölderlin et la musique 173236763 Hölderlin et la musique 173236763

Juste deux mots: un bijou!

Avec cette diversité de compositeurs (Benedictus en a donné le détail en début de sujet) et de styles (quoique), ceci n'empêchant pas d'avoir une belle homogénéité quant à l'ambiance générale de l'album.

Aucune faiblesse dans la succession de ces Lieder.
C'est comme si chaque compositeur avait donné le meilleur de lui-même pour servir la poésie d'Hölderlin.
Je connaissais ceux de Pfitzner, d'Eisler, et de Britten; pour les autres c'est une découverte.

La charge émotionnelle est intense sur toute la durée de l'album, et difficile d'écouter autre chose après...

Mitsuko Shirai est sublime et le piano d'Harmutt Höll est très beau.

J'y reviendrai peut-être plus en détails après de nouvelles écoutes.

Merci à Benedictus pour le conseil discographique. Wink
Revenir en haut Aller en bas
Benedictus
Mélomane chevronné
Benedictus

Nombre de messages : 10907
Age : 45
Localisation : De retour dans le neuf-quatre...
Date d'inscription : 02/03/2014

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyMer 17 Juin 2020 - 16:09

Écouté aujourd’hui:

Hölderlin et la musique Holder11
Viktor ULLMANN: Drei Hölderlin Lieder (1943): Abdenphantasie. Der Frühling
Mitsuko Shirai (mezzo-soprano), Hartmut Höll (piano)
Heidelberg, V.1986 & X.1993
Capriccio


Hölderlin et la musique Ullman11
Viktor ULLMANN: Drei Hölderlin Lieder (1943)
Christine Schäfer(soprano), Axel Bauni (piano)
X & XII.1994, I.1995
Orfeo « Mudisca Rediviva »


(Étrangement, Mitsuko Shirai et Hartmut Höll dans leur disque Hölderlin Gesänge excluent le bref Sonnenuntergang - mais je crois qu’ils ont enregistré les trois dans leur monographie Ullmann, que je devrais recevoir incessamment, je l'avais aussi commandé pour l'adaption sous forme de mélodrame de Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke.)

Hölderlin et la musique Killma12
Wilhelm KILLMAYER: Hölderlin-Lieder, II. Zyklus (1983-87, version pour orchestre)
Peter Schreier (ténor), Bernhard Klee / Radio-Philharmonie Hannover des NDR
Hanovre, X.1992 & VI.1993
Wergo


Hölderlin et la musique Hauer_10
Joseph Matthias HAUER: Hölderlin-Lieder, op. 6, op. 12, op. 23, op. 21 n°2 et n°5, op. 32 n°3 et op. 40 n°3 (1914-25). Klavierstücke mit Überschriften nach Worten von Friedrich Hölderlin, op. 25 (1923)
Holger Falk (ténor), Steffen Schleiermacher (piano)
Marienmünster, IX.2010
MDG


À propos du disque Hauer de Falk et Schleiermacher, lulu a écrit:
C’est un beau disque je trouve, où on sent fortement l’ambigüité entre l’aspect ludique et naïf du formalisme de son langage et en même temps quelque chose qui tire vers le répertoire décadent mais comme épuré, rendu artificiel.
Je souscris absolument. Un disque magnifique, très dense - on a l’impression que les idiosyncrasies de Hauer (pas du tout spectaculaires, mais assez irréductibles), telles que les décrit lulu, y sont comme condensées.

Drosselbart a écrit:
Je me suis d'ailleurs toujours étonné que tant de compositeur aient mis Hölderlin en musique. Si on me demandait le nom d'un poète qui ne s'y prête pas du tout, c'est bien le sien que je donnerais.
Rubato a écrit:
Avec cette diversité de compositeurs [...] et de styles (quoique), ceci n'empêchant pas d'avoir une belle homogénéité quant à l'ambiance générale de l'album.
Aucune faiblesse dans la succession de ces Lieder.
C'est comme si chaque compositeur avait donné le meilleur de lui-même pour servir la poésie d'Hölderlin.
[…] La charge émotionnelle est intense sur toute la durée de l'album, et difficile d'écouter autre chose après…
À écouter ces disques, je crois pouvoir avancer quelques pistes de réflexion pour répondre à Drosselbart et Rubato.

Comme le dit Drosselbart, c’est un poète qui se prête très difficilement à une mise en musique: l’espèce de structure rhétorique extrêmement dense (syntaxiquement, notamment) des poèmes de Hölderlin et leur arrière-plan très allusif en font effectivement un «objet de langue» qui paraît multiplier des contraintes quasiment impossibles pour une mise en musique. En les lisant, on imagine plutôt quelque chose qui serait de l’ordre d’une «déclamation proférée» assez complexe que de lignes vocales d’un mélodisme très évident. Ce qui explique d’ailleurs largement, comme je le disais, que cette poésie ait été mise en musique par des compositeurs du XXᵉ: je crois qu’on ne peut guère répondre à ces contraintes prosodiques que par des écritures vocales «modernes» ou «décadentes» - déclamation frontale en quasi-Sprechgesang ou lignes a-mélodiques complexes à l’harmonie sinueuse et/ou tendue.

Ce qui explique, du coup, la relative homogénéité dont parle Rubato, et impose une grande concentration de moyens: c’est une poésie dont la densité d’écriture est telle qu’elle ne laisse pas une grande place au déploiement des idiosyncrasies mélodiques et harmoniques des compositeurs. C’est souvent, me semble-t-il, dans l’accompagnement, que celles-ci peuvent résider, tandis que l’écriture vocale conserve une dimension essentiellement déclamatoire, voire hiératique. Ça me semble particulièrement sensible chez Killmayer, où cela atteint presque une forme de disjonction (sans doute accentué par l’orchestration - je n’ai pas encore reçu la version pour voix et piano de Prégardien et Mauser), ou dans ce que lulu désigne justement comme le caractère artificiel à force d’épure chez Hauer.

Ces contraintes justifient aussi, je pense, une forme d’extrême concentration des moyens musicaux qui explique cette absence de «faiblesse» dont parle Rubato, «comme si chaque compositeur avait donné le meilleur de lui-même pour servir la poésie»: difficile de produire quelque chose de superficiel ou d’un peu relâché avec un texte aussi serré.

Et ce primat accordé à la profération d’un texte aussi dense, cet effet de concentration (ou de condensation autour du texte) des moyens musicaux me semble aussi expliquer ce sentiment de «charge émotionnelle intense», effectivement encore accentué par une interprète aussi tournée vers l’expressivité que l’est Mitsuko Shirai - à cet effet, la manière beaucoup plus détachée de Christine Schäfer (comme toujours chez elle, cette expression de sourire distant) propose une vraie alternative.
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10676
Date d'inscription : 21/01/2007

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyMer 17 Juin 2020 - 17:06

Je vais certainement me procurer le Hauer dont j'ai déjà écouté des extraits.

@Benedictus: J'ai écouté le Killmayer de Prégardien et Mauser. Ça me plait beaucoup. Je te laisse le soin d'en faire un commentaire. Wink
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10676
Date d'inscription : 21/01/2007

Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique EmptyMer 17 Juin 2020 - 17:13

Pour info:

Deux poèmes d'Hölderlin sur cet album
Hölderlin et la musique 91fwes10

An die Parzen
Der Tod für Vaterland
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




Hölderlin et la musique Empty
MessageSujet: Re: Hölderlin et la musique   Hölderlin et la musique Empty

Revenir en haut Aller en bas
 
Hölderlin et la musique
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Autour de la musique classique :: Musique classique :: Général-
Sauter vers: