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 Buxtehude, Reincken - Musique de chambre

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xoph
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MessageSujet: Buxtehude, Reincken - Musique de chambre   Buxtehude, Reincken - Musique de chambre EmptySam 27 Mar 2021 - 20:15

Au commencement était :

Hortus Musicus.

C’est le nom donné par Johann Adam Reincken (1643-1722) au recueil de six partitas, pour deux violons, viole de gambe et basse continue, qu’il publie en 1688 à compte d’auteur, tout comme le fera Buxtehude pour son premier recueil de sonates en trio de 1694 (et ne le fera pas pour le second qui trouvera éditeur, succès aidant). Décrit comme d’un caractère parfois ombrageux, ou parfois au contraire comme un « amant des femmes et du vin »* : ce portrait changeant s’accorde sans doute aux parfums d’un jardin, et aux humeurs de contrastes et ruptures du Stylus Phantasticus.

Dans la poignée des œuvres de Reincken qui nous soient parvenues, en dehors des pièces d’orgue, peu nombreuses, et de quelques plus rares pièces pour clavecin (et encore Clément Geoffroy dans la notice du beau disque qu’il leur a consacré admet que leur attribution reste incertaine) : elles sont à mettre au premier plan. Elles eurent par ailleurs une influence importante à l’époque : de par leur parenté avec les sonates de Buxtehude ; ou par leur influence sur Jean-Sébastien Bach qui rencontra Reincken lors de son voyage à Lüneburg en 1700 (et peut-être aussi en 1705 lors de son voyage à Lübeck, pour y entendre Buxtehude) et transcrivit pour clavecin trois des Partitas de l’Hortus Musicus.

Ce jardin de musique évoque les senteurs enivrantes, les couleurs foisonnantes, qui sont le propre de ce Stylus Phantasticus, aux affects changeants, fécondé de « libres fantaisies » ou toccatas.

Ivresse de senteurs, de passacailles ou chaconnes qui évoquent la transe de danses « populaires », mais pas seulement. S’il était aussi permis d'y imaginer une image d’harmonie, comme équilibre mouvant de la ronde des saisons, de la vie toujours renaissante, ou comme reflet d’une cosmologie. Ciaccona, Il mondo che gira, titrait l’ensemble Stylus Phantasticus pour son disque consacré à Buxtehude. Gilles Cantagrel y développait dans la notice le lien profond entre ostinato et vision cinétique et cyclique, de l'univers, via les découvertes (en médecine ou astronomie) **.

De ce point de vue : c'est un jardin dont le caractère fantasque ne peut faire oublier l’harmonie et la rigueur de composition. Six partitas de forme rigoureusement similaire sur le modèle de la suite de danse, avec en préambule de chacune d’elle une vaste « sonate » en plusieurs mouvements, qui sont elles-mêmes autant de jardins (on pourrait presque oser le terme fractal).

Parenté avec Buxtehude, ivresse et tournoiement, chatoyance de coloris, diversité et harmonie, et aussi un ton singulier qui va au-delà de parentés stylistiques : comme ces allemandes sont belles !

* Les ragots de Mattheson qu'évoque Jean-Christophe Pucek
in
http://passee-des-arts.over-blog.com/article-fantasques-allees-hortus-musicus-de-reincken-par-stylus-phantasticus-62149382.html

** « Le XVIIème siècle voit se généraliser l'image du système solaire. Après Copernic, Galilée affirme la rotation de la terre sur elle-même et autour du soleil, et Kepler calcule les trajectoires des planètes autour du soleil. Découverte essentielle, alors, celle de la circulation, le cycle circulaire du sang par Harvey bouleverse les idées établies et contribue à affirmer une vision nouvelle, cinétique et cyclique, de l'univers […] Et il y a tout lieu de penser que chez cet humaniste de vaste culture [Buxtehude], l'œuvre sur ostinato est une manière de commenter une certaine conception du monde. »

> A suivre :
- petit topo sur les sonates en trio de Buxtehude ;
- éléments discographiques Reincken ;
- éléments discographiques Buxtehude…
Dans l’ordre ou le désordre.


Dernière édition par xoph le Sam 17 Avr 2021 - 15:42, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Buxtehude, Reincken - Musique de chambre   Buxtehude, Reincken - Musique de chambre EmptyDim 4 Avr 2021 - 19:24

Johannes Voorhout : Scène musicale familière, ou Allégorie de l'amitié (1674)

On y voit Reincken au clavecin, Buxtehude à la viole de gambe, et par la grâce du luth enchanté, ou tout ouïe : Johann Theile, qui aurait, le premier des trois, "annoncé"* en 1683 un recueil de suites à deux violons et une viole de gambe.
Pas de trace, semble-t-il, de ce recueil.
De ces échanges autour de Hambourg et Lübeck, les œuvres marquantes pour musique de chambre s'échelonneraient ainsi :

- Johann Theile - 1683 suites disparues ;
- Dietrich Buxtehude - 1684 suites sans doute jamais publiées ;
- Johann Adam Reincken - 1688 Hortus Musicus ;
- Dietrich Buxtehude - 1694 suites Op. 1 ;
- Dietrich Buxtehude - 1696 suites Op. 2 ;
- Dietrich Buxtehude - [Dates échelonnées] suites du manuscrit d'Uppsala**, qu'enregistre la Rêveuse par exemple.

* Peter Wollny dans la plaquette de l'Op.1 de Buxtehude par Kraemer/Quintana/Roberts/Börner
** "[…]principale source de la musique du maître de Lübeck [Buxtehude]. Celui-ci entretint en effet une relation amicale suivie avec le Kapellmeister de la cour royale de Suède à Stockholm, Andreas Düben. et il lui envoya un grand nombre de ses propres œuvres, pour son usage à la cour de Suède." Gilles Cantagrel dans l'album Reincken-Buxtehude de La Rêveuse.

Buxtehude, Reincken - Musique de chambre 1280px10

PS : Sur la partition que tient Johann Theile sur ses genoux, canon tiré du psaume 133 "Oh ! qu'il est doux, qu'il est agréable pour des frères de demeurer ensemble", l'on peut aussi lire "Canon écrit en l'honneur des frères Dieterich Buxtehude et Johann Adam Reincken".


Dernière édition par xoph le Jeu 8 Avr 2021 - 18:41, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Buxtehude, Reincken - Musique de chambre   Buxtehude, Reincken - Musique de chambre EmptyDim 4 Avr 2021 - 23:45

Au point (presque) final étaient :

Opus 1 & 2 Buxtehude

L’on se rappelle que la modernité de Buxtehude, sa fantaisie radieuse, ses syncopes, ses rondes cosmiques, la sublime élévation de la triade des Chaconnes et Passacaille BuxWV 159-161 par Helmut Walcha (« une si chaleureuse poésie, tournée vers l'azur » selon Mélomaniac) avaient su lui faire emporter haut la main le « Jeu des compositeurs » sur ce forum. Il n’y a bien qu’ici que le Stylus Phantasticus sait être reconnu à sa juste valeur : combien d’intégrales de l’Hortus Musicus ? une à ma connaissance ; combien d’intégrales de l’Opus 1 & 2 de Buxtehude ? pas beaucoup plus…

Pourtant c’est un Buxtehude en pleine maturité qui publie en 1694 l’Opus 1, à compte d’auteur. Il a alors 57 ans, est renommé ; il est depuis une petite trentaine d’année la figure majeure de la vie musicale à Lübeck, encore capitale de la ligue hanséatique quelques années auparavant. Deux années après, il publie cette fois l’Opus 2.

Si l’on ne peut sans doute évaluer leur importance à l’aulne du corpus pour orgue, Buxtehude est loin de les avoir considérés comme mineurs, comme on le comprend !

L’Opus 1, contrairement à l’Hortus Musicus de Reincken, qui est bâti sur une forme de suite identique (ce qui n’enlève rien à sa fantaisie) se compose de sept sonates (dans la tradition de la sonate italienne) toutes de formes différentes dans leur nombre de mouvements, dans l’alternance de ces mouvements. On y sent un Buxtehude tout à la fois expérimentateur et soucieux de faire partager sa foisonnante palette. Peter Wollny, dans son enthousiasme, se laisse sans doute un peu emporter : « Cette manière, qui oppose à des sections plus ou moins longues d’inspiration traditionnelle des soli aux allures d’improvisations et d’une exubérante virtuosité, sera portée à son paroxysme par des compositeurs allemands toujours plus hardis. Dans leur excentricité, les sonates de Buxtehude représentent sans aucun doute le point culminant – et le point final – de cette évolution. […] Ce qui importe à Buxtehude, c'est l'expression, l'originalité poussées à l’extrême, et pour y parvenir, il recourt à des harmonies audacieuses, passe sans transition d’une technique de composition à une autre, exige de l’interprète une virtuosité implacable, évite toute routine dans la succession des mouvements. […] Le clou du recueil est la sonate en ré mineur, carrément anarchique avec ses effets de surprise permanents et une structure aussi libre que celle d’une fantaisie. »

Et dire que tout cela ne s’arrange pas vraiment avec l’Opus 2 : pour notre plus grand bonheur !
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MessageSujet: Re: Buxtehude, Reincken - Musique de chambre   Buxtehude, Reincken - Musique de chambre EmptyMar 6 Avr 2021 - 23:14

Ensuite (ou au milieu) :

Le manuscrit d'Uppsala - Buxtehude


Pas tant d'informations que cela si ce n'est celles citées plus haut, ou à moins de lire le Buxtehude de Gilles Cantagrel.
Cette source majeure dans l'œuvre de Buxtehude, que les échanges amicaux qu'il entretenait avec le Kapellmeister de la cour royale de Suède à Stockholm Andreas Düben ont rendu possible, contient de nombreuses cantates ; des sonates de "chambre" ; peut-être des œuvres pour clavecin ou pour orgue. Il semble qu'avec patience et passion, l'on puisse trouver de quoi préciser ces apports sur le site de "The Düben Collection Database Catalogue" : https://www2.musik.uu.se/duben/Duben.php .

Je me contenterai de relever que parmi les ensembles français qui ont exploré la musique de Buxtehude :
- hors orgue, versant amplement et passionnément informé, sur le fil https://classik.forumactif.com/t6768-dietrich-buxtehude-1637-1707-oeuvres-pour-orgue?highlight=buxtehude ;  
- ou musique vocale sur le fil https://classik.forumactif.com/t7471-dietrich-buxtehude-oeuvres-vocales?highlight=buxtehude
l'on doit trois très beaux albums Buxtehude à La Rêveuse qui puisent tous trois au fond d'Uppsala (l'un de cantates, l'un de sonates en trio de Buxtehude avec des œuvres de Dietrich Becker ou anonymes, et le troisième, le troisième …)

Eh bien le troisième, qui est en fait le premier des disques où la Rêveuse aborde le Stylus Phantasticus (et sans doute le premier des disques à se procurer pour aborder cette musique sous son angle chambriste) est consacré à Reincken et Buxtetude. Avec deux partitas de Reincken (la I et la IV - ma préférée pour l'ile déserte) et des sonates issues du manuscrit d'Uppsala. Et devant tant de splendeurs pourquoi ne pas y associer une transcription pour deux orgues de l'une des magiques chaconnes pour orgue - BuxWV 159, par exemple ?

Buxtehude - Rein(c)ken (que l'on se rassure, c'est bien le même)
La Rêveuse
Stéphan Dudermel : violon David Ayache 2004 d’après Amati – archet Alain Héroux
Simon Heyerick : violon Bart Visser 1989 d’après Amati – archet Daniel Latour
Florence Bolton : basse de viole italienne 6 cordes Pierre Jaquier 2004 – archet Craig Ryder
Angélique Mauillon : harpe triple Simon Capp 2002
Benjamin Perrot : théorbe Maurice Ottiger 2005 d’après Matteo Sellas
Bertrand Cuiller : clavecin italien Philippe Humeau 2002; orgue coffre Bernard Aubertin 1984, un jeu (bourdon 8’ en bois)
Emmanuel Mandrin : orgue Alexandre Jacquet de l’église de Waly, bourdon 8’, flûte 4’, prestant 4’

Spoiler:
 

Buxtehude, Reincken - Musique de chambre 5_rein10

Maintenant, que la Rêveuse n'ait interprété que deux des partitas de Reincken sur six, eh bien il faudra faire avec, ou attendre… ou les repasser en boucle… Ou écouter l'ensemble Stylus Phantasticus, ou les Cyclopes, ou…
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MessageSujet: Re: Buxtehude, Reincken - Musique de chambre   Buxtehude, Reincken - Musique de chambre EmptySam 10 Avr 2021 - 0:08

Hortus conclusus

A voir le frontispice de l’édition originale de l’Hortus Musicus, l’on peut se demander ce que Peter Wollny (par ailleurs très respectable directeur de la Bach-Archiv à Leipzig) avait fumé pour voir dans la sonate en ré mineur de l’opus 1 du frère de Reincken, Buxtehude, l’anarchie faite musique.

Soli Deo Gloria, dont Bach saura se souvenir (ou partager), peut-on lire sur ce sage portique d’entrée qui marque le seuil d’un jardin clos que l’on devine ordonné. C’est bien ce même Bach, qui de retour à Arnstadt, après avoir rencontré Reincken se verra pourtant adresser le reproche suivant : « comment se fait-il, Monsieur, que depuis votre retour de Lübeck, vous introduisiez dans vos improvisations beaucoup trop longues d'ailleurs, des modulations telles que l'assemblée en est fort troublée ? »

L’influence pernicieuse de Reincken, que Bach admirait, avait fait ses effets.

Friederike Heumann, à la viole de gambe et direction du Volume I de l’Hortus Musicus par l’ensemble Stylus Phantasticus (sans volume II à ce jour) signe la très instructive notice, argumentée, et aux sources contrôlées de ce si beau disque. Elle voit dans cette gravure une image d’harmonie, et la relie à l’Hortus conclusus * du Jardin d’Eden.

Je ne saurais en juger, mais cette image d’un jardin d’ordre divin est certainement aussi présente que l’ivresse des parfums. Et pour tout dire : la si merveilleuse allemande de la si magnifique partita IV (l'on peut en dire autant de la I), respire un tel bonheur teinté de mélancolie, qu’à mes oreilles athées, le paradis perdu pourrait pourtant sembler si proche.

Quant aux interprétations, à propos desquelles je dirai quelques mots à suivre, de façon générale (pour le Stylus Phantasticus) : les plus émouvantes et les plus belles sont, pour moi, celles qui savent trouver l’oscillation entre cette harmonie ordonnée et les fantasques fantaisies.

Buxtehude, Reincken - Musique de chambre Reinck10

*:
 
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MessageSujet: Re: Buxtehude, Reincken - Musique de chambre   Buxtehude, Reincken - Musique de chambre EmptyDim 11 Avr 2021 - 15:39

… Il mondo che gira

Petit monde que celui des interprètes baroques, plus petit encore celui des interprètes du Stylus Phantasticus. Que l’on ne compte pas sur l’ensemble estonien Hortus Musicus : ni Reincken (!) ni Buxtehude à leur répertoire.

Par contre l’astre fixe autour duquel gravite cette ronde d’interprètes est Dirk Börner (claviers). C’est statistiquement scientifique, et réjouissant.

Ensemble Stylus Phantasticus pour Reincken, au clavecin : Dirk Börner ; Les Cyclopes avec Manfredo Kraemer pour Reincken toujours, qui, lui, enregistre l’Op. 1 de Buxtehude, avec ? Dirk Börner, bien entendu !
Mis à part cette boutade, on peut par contre faire le lien entre l’approche de Dirk Börner (professeur d’improvisation à la Schola Cantorum de Bâle), qui met en avant la part d’improvisation de la musique baroque, et particulièrement du Stylus Phantasticus, et un autre interprète : le cornettiste William Dongois. Ce n’est pas un hasard si leurs noms sont si présents parmi les interprètes qui chérissent cette période.

De l’improvisation :

> Dirk Börner 
https://www.clavecin-en-france.org/spip.php?article17

> William Dongois – Le Concert brisé »
« Le Concert Brisé regroupe des musiciens ayant une vision commune dans leur démarche musicale générale et leur rapport aux sources historiques. Cette accointance constitue un des deux piliers de référence de leurs interprétations, l'autre étant l'utilisation de techniques d'improvisation étudiées dans le répertoire du jazz et des musiques traditionnelles. »
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MessageSujet: Re: Buxtehude, Reincken - Musique de chambre   Buxtehude, Reincken - Musique de chambre EmptyJeu 15 Avr 2021 - 23:47

Reincken - Discographie

Mis à part l’album de la Rêveuse Buxtehude-Reincken évoqué plus haut : peu de choses du côté de Reincken. J’en avais un peu parlé en Playlist, je complète par une ou deux choses.

Aussi rares que de qualité : deux très beaux albums Reincken pour l’Hortus Musicus.

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Les cyclopes, avec pour couverture une vanité, qui nous rappelle combien les jardins sont vivants, ou combien les ivresses s’évanouissent. Que l’ostinato nous emporte !
des figures de l'ombre:
 

Pas une fleur ne manque au jardin ; sans doute manquent quelques reprises par contre, pour faire tenir les six partitas en un CD, avec des tempi pourtant parfois plus alanguis que par l'ensemble Stylus Phantasticus. Cette version n’a pas seulement pour elle d’être la seule intégrale (à ma connaissance) de l’Hortus Musicus ou d’avoir l’aura de contrées inaccessibles (certains prix exorbitants circulent sur la toile pour cette version non rééditée ; attention l’écoute sur Deezer est quasi inaudible) :

Autour de Bibiane Lapointe et Thierry Maeder, fondateurs des Cyclopes, rien moins que Manfred Kraemer au violon, ou Guido Balestracci à la viole de gambe : on peut difficilement être mieux servi.
Par son allant et sa vivacité, c’est une version qui met en avant le caractère fantasque de l’Hortus Musicus : la viole de gambe de Guido Balestracci y est magnifique dans ses emportements ou ses songes ; le violon de Manfred Kraemer tout de fougue et dynamique. Pourtant, ce n’est peut-être pas celle que je préfère. Les ruptures expressives du Stylus Phantasticus, les effets de contrastes sont-ils parfois trop appuyés ? les allemandes prennent-elles une gravité qui nous éloigne de ce qui peut nous ravir - le tempo de l’allemande de la partita IV semble bien lent pour un allegro ?

Superbe version ceci étant. On retrouvera Manfred Kraemer dans un très bel Op. 1 Buxtehude

Les cyclopes *
Manfred(o) Kraemer, Laura Johnson, violons,
Guido Balestracci, viole de gambe,
Brian Feehan, théorbe et guitare,
Bibiane Lapointe, clavecin,
Thierry Maeder, orgue positif.


* http://lescyclopes.oliv.fr/fre/13/presentation_bibiane_et_thierry

Buxtehude, Reincken - Musique de chambre 51c9w210


----

Une autre très belle version et sans doute ma préférée :

Celle de Friederike Heumann, à la viole de gambe et à la direction de l’ensemble Stylus Phantasticus. Presque l’intégrale, manquent les partitas III et V (on attend le volume II depuis 2010). J’en parle un peu plus haut à quelques reprises : une version toute de charme et intelligence, sans doute pas celle de l’ivresse, mais celle qui à coup sûr vous emmène dans sa ronde pour ne plus vous lâcher.

Quand on voit l’équipe, tout comme pour les cyclopes, l’on n’est pas autrement surpris de l’excellence du disque :

Ensemble Stylus Phantasticus
Friederike Heumann, viole de gambe & direction
Pablo Valetti & David Plantier, violons.
Eduardo Egüez, archiluth.
Dirk Börner, clavecin & orgue positif.


Je ne saurais guère mieux dire que Jean-Christophe Pucek (dans l’article dont je donnais le lien en tout début du fil) :
« […] la conduite des voix et l’équilibre entre les parties sont magistraux, le discours est mené avec autant de fermeté que de subtilité, cette assise à la fois extrêmement solide et souple permettant aux affects de se déployer dans toute leur splendeur et de toucher l’auditeur. L’approche est dynamique sans être ébouriffée, très chantante, avec une palette de couleurs qui dément magnifiquement les reproches de sécheresse et d’étroitesse sonore que certains adressent, certes parfois non sans quelque raison, aux ensembles « historiquement informés ». Ici, c’est bien le cœur qui palpite sous l’impeccable construction […] »

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MessageSujet: Re: Buxtehude, Reincken - Musique de chambre   Buxtehude, Reincken - Musique de chambre EmptySam 17 Avr 2021 - 16:34

Bach / Reincken

Jean-Sébastien Bach aura rencontré Reincken à deux périodes de sa vie :
La première fois, en 1700 : cinq ans avant le fameux voyage à Lübeck (pour entendre Buxtehude), il se serait rendu à Hambourg (à pied depuis Lünebourg, où il était pensionnaire) pour rencontrer Reincken. Puis en 1720, il aurait improvisé devant Reincken à l’orgue sur le choral « An Wasserflüssen Babylon », que Reincken a lui aussi mis en musique à l’orgue. C’est à cette occasion que Reincken aurait dit : « je croyais que cet art était mort, mais je vois qu’il vit encore en vous ».

Les trois œuvres transcrites par Bach sont les suivantes :
- La partita I dans son intégralité : BWV 965 ;
- La sonate introductive et l’allemande de la partita III : BWV 966 ;
- La fugue de la sonate introductive de la partita II : BWV 954.

Pas de partita IV, quel dommage Buxtehude, Reincken - Musique de chambre 2661413304  Celle pourtant, qui vous happe dès les premières mesures de la sonate, sombre imploration, vous ravit dans les si tendres et dansantes allemande ou courante, et vous emporte dans sa gigue ébouriffante. La plus jouée aussi (y compris par l’ensemble Stravaganza dans son album joliment construit AbendMusiken*)

Mais ce qui intéresse Bach en premier lieu, c’est le laboratoire de fugues de l’Hortus Musicus. Ce qu’en dit Alberto Basso : 95 mesures pour la fugue de 50 mesures chez Reincken (BWV 954) ; 85 pour 50 pour la fugue de BWV 965 ; 97 contre 47 pour celle de BWV 966. Le compte est bon, ou pas tant ? Dans cette spirale infinie, aussi mobile qu’immobile : une mesure en plus ou en moins…

On trouve les très belles interprétations suivantes (entre autres) :

• Benjamin Alard, clavecin Philippe Humeau d'après Carl Conrad Fleischer, Hamburg 1720.
BWV 965 et BWV 966
Buxtehude, Reincken - Musique de chambre 71jqzb10

• et (son Rameau est très beau aussi, au premier survol) :
Mutsuko Miwa, pour BWV 965 et BWV 954
Buxtehude, Reincken - Musique de chambre A1kuct10

* Ensemble Stravaganza:
 
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