Autour de la musique classique

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 Sofia Goubaïdoulina

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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sam 8 Fév 2014 - 20:01

pour moi Gubaidulina reste hors de portée, j'écoute pourtant des choses plus *difficiles... Je pense que ce qui m'agace chez elle relève de la tendance contemplative new age, et d'une certaine façon de se plier, à retardement, aux modes du temps. Gubaîdulina c'est toujours la première de la classe  Razz Mais Schnittke me pose aussi problème par moments, je trouve que le bavardage reste source d'ennui, à la décharge de Schnittke, il a assez peu vécu pour réviser ses partitions, Penderecki c'est autre chose, il reste quelques coups de génie avant qu'il sombre dans la tonalité à l'estonienne.
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LeKap
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sam 8 Fév 2014 - 20:30

sud273 a écrit:
pour moi Gubaidulina reste hors de portée, j'écoute pourtant des choses plus *difficiles... Je pense que ce qui m'agace chez elle relève de la tendance contemplative new age, et d'une certaine façon de se plier, à retardement, aux modes du temps. Gubaîdulina c'est toujours la première de la classe  Razz Mais Schnittke me pose aussi problème par moments, je trouve que le bavardage reste source d'ennui, à la décharge de Schnittke, il a assez peu vécu pour réviser ses partitions, Penderecki c'est autre chose, il reste quelques coups de génie avant qu'il sombre dans la tonalité à l'estonienne.


Tu la trouves donc sans intérêt ( je parles de ses compositions of course)
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sam 8 Fév 2014 - 20:44

non pas du tout, je la trouve du niveau de Pärt, Kancheli, Alla Pavlova (bcp moins intéressante que Schnittke, Denisov, Ulstvolskaïa, Volkonsky, même Bacewitz à tout prendre). Ce n'est pas mon monde, ça ne remue rien en moi physiquement, et je me méfie que ce qui tente de ne parler qu'à mon intellect geek
Je reconnais que je n'ai pas persisté, les premiers contacts ayant été d'une grande neutralité. Nulle doute qu'en insistant on trouve des trésors, quelqu'un d'une telle expérience ne pouvant écrire constamment des choses inconsistantes.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sam 8 Fév 2014 - 21:05

LeKap a écrit:
Mes premières impressions ressemblent étrangement à celles ressenties avec l'univers de Schnittke
Elle est moins néo- que le Schnittke le plus gentil et moins apocalyptique que le Schnittke moderniste, mais il y a de ça.

Toujours beaucoup de charme dans ses compositions ; rien de très nouveau, mais beaucoup de belles couleurs. Je conseillerais en priorité la Passion selon Jean, le concerto pour alto et l'Alleluia.

Mais les œuvres que tu citées, un peu moins originales, sont sympas.
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LeKap
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sam 8 Fév 2014 - 21:27

Ok les amis - je continuerai mon aventure

C'est drôle , alors que pendant des décennies j'étais hermétique à ce genre de musique - ce genre de composition m'attirent de plus en plus avec l'âge.

Des découvertes et de belles expériences - c'est chouette

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Xavier
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Dim 9 Fév 2014 - 1:52

Ca ne coûte pas grand chose d'aller voir l'index avant de risquer de créer un sujet doublon... ça évite un déplacement aux administrateurs et ça rend le travail de Lucien d'autant plus utile.  Smile 

Je fusionne.
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lulu
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Dim 9 Fév 2014 - 2:10

maintenant que ceci est fait (c’est dû à un problème de translittération, je pense, Xavier) ;

Je n’ai pas écouté grand-chose, mais ses compositions pour ensemble et/ou chœur un peu new age comme le dit Sud, quelque part entre Pärt et Ligeti, je n’accroche pas trop... Confused 

Par contre, je reste assez attaché à la Chaconne. Honnêtement, c’est une œuvre qui me lasse assez vite (elle n’est pourtant pas bien longue), mais j’avoue être assez accro au début de la pièce et à certains de ses passages. C’est en fait une œuvre de relative jeunesse (1962), plus ou moins reniée par Goubaïdoulina. Assez caractéristique de l’avant-garde soviétique de l’époque, je trouve. J’y retrouve aussi, dans la virtuosité contrapuntique, certains points communs avec Busoni. Loin d’être indispensable, donc, mais fort sympathique. Surprised


Dernière édition par lucien le Jeu 4 Sep 2014 - 21:27, édité 1 fois
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Dim 9 Fév 2014 - 2:16

Ah bon, tu trouves la Chaconne représentative de l'avant-garde d'alors ? J'ai plutôt l'impression d'entendre du néo, moi. J'aime sa musique pour piano de toute façon, mais de là à trouver ça aventureux...
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Dim 9 Fév 2014 - 2:17

je n’ai pas dit que c’était aventureux, David... Surprised
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Dim 9 Fév 2014 - 2:20

Mais même pour l'avant-garde soviétique, on est quasiment dans le new age, qui n'était pas trop l'atmposphère dominante chez ces gens.
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Dim 9 Fév 2014 - 2:27

...tout de même, je me demande si on a écouté la même œuvre... scratch 

enfin bon, je trouve que c’est un style (et une atmosphère, oui) assez caractéristique, je ne fais pas des considérations en terme d’innovation, d’aventureux ou je-ne-sais-quoi-d’autre, considérations au demeurant assez peu pertinentes à mon avis à partir de 1960 (ou d’une autre date, peu importe). Surprised
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Dim 9 Fév 2014 - 2:31

lucien a écrit:
...tout de même, je me demande si on a écouté la même œuvre... scratch 
Très vraisemblablement, puisqu'il n'y en a qu'une. Il y a longtemps que je ne l'ai pas réécoutée, mais comme j'ai quand même pas mal fait tourner l'intégrale Haefliger, je crois me représenter assez bien ce dont il s'agit. Et on est plus proche du néo-classicisme que des mélodies déceptives et des sorties de route harmoniques propres à la musique soviétique.
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Dim 9 Fév 2014 - 2:40

je crois que nous ne parlons pas de la même chose lorsque nous utilisons le terme même d’avant-gardehehe

bon... de toute façon ta plus grande connaissance théorique et historique te donne naturellement raison... Neutral
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Dim 9 Fév 2014 - 2:44

Mais mon écoute lointaine et surtout mon goût douteux me donnent tort. Avec ça, on n'est pas plus avancé.

Bien, pour demain, en plus du Winterreise de Patzak, il faut que je réécoute la Chaconne de Goube. Ok, on en reparle demain (et si, pendant ta matinée, tu pouvais préciser ce que tu veux dire par avant-garde, manière qu'on soit sûr de ce qu'on défend...).
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Mer 12 Fév 2014 - 1:14

Bien, j'ai fait mes devoirs comme promis, mais toujours rien écrit. Rolling Eyes

Le langage musical n'est effectivement pas néo... mais l'effet produit est bien celui d'une épure, presque archaïsante et régressive. C'est peut-être aussi le projet, vu le titre de la pièce, mais le reste de sa production est assez comparable (même si celle-ci se distingue par sa limpidité).

Bref, je suis assez d'accord avec le moi-même d'il y a longtemps.
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LeKap
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Sam 15 Fév 2014 - 11:09

J'ai écouté hier le concerto pour Basson et slow strings
Spécial mais agréable , avec toutes les acrobaties que le basson nous offre , et l'écoute se poursuit clopin-clopant
jusqu'au 4ème mouvement (il y en 5) ou je suis tombé de mon fauteuil - quelle surprise ! un hurlement à se démettre la machoire  hehe 

Etrange
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lulu
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Dim 17 Jan 2016 - 13:31

lucien a écrit:
Sofia Gubaidulina (1931–)

Cinq études pour harpe, contrebasse et percussion (1965)
Pantomime pour contrebasse et percussion (1966)
Huit études pour contrebasse (1974/2009)
Sonate pour contrebasse et piano (1975)
lucien a écrit:
In Croce pour contrebasse et bayan (1979/2009)
Quasi Hoquetus pour alto, contrebasse et piano (1984/2008)
Silenzio pour bayan, violon et contrebasse (1991/2010)
Ein Engel, lied pour voix d’alto et contrebasse (1994)
lucien a écrit:
Galgenlieder à 3 pour mezzo, percussion et contrebasse (1996)
Pentimento pour contrebasse et trois guitares (2007)


Ce coffret est fabuleux. Il y a peut-être des choses plus inégales sur le premier cd, mais les deux autres ce ne sont que des chefs-d’œuvre. Petite remarque sur le dernier : les Galgenlieder à 3 sont une version différente des Galgenlieder à 5, et Pentimento semble être une version antérieure de Repentance (avec le violoncelle en moins).

**

Je suis un peu occupé donc je vais aller vite.
J’adore Gubaidulina. Ne faites pas attention à ce que j’ai écrit plus haut si vous le voulez bien.

Gubaidulina est (très) souvent citée comme l’un des trois grands noms de la musique contemporaine post-soviétique, avec Denisov et Schnittke. On cite moins souvent Volkonski, qui les précède pourtant ; il faut dire que (bizarrement) sa musique a eu un impact durable beaucoup moins important.
Elle a commencé ses études musicales en République tatare, à Kazan, « l’endroit ou l’Orient rencontre l’Occident ». Elle se rend ensuite à Moscou où comme beaucoup de ses contemporains elle étudie auprès de Peïko et de Chebaline, parmi les figures officielles les plus ouvertes qu’on puisse trouver en Union soviétique. Elles prend aussi des cours privés avec Gerchkovitch, un élève de Berg et de Webern installé en Union soviétique depuis la seconde guerre mondiale et par qui sont passés presque tous les compositeurs importants des deux ou trois générations suivantes : Volkonski et les trois précités, Tichtchenko, presque l’entièreté des Sept de Khrennikov, les membres fondateurs de la nouvelle Association de Musique Contemporaine, etc. Est décisive aussi la visite de Nono, en 1963, avec qui Gubaidulina présente une nette parenté stylistique. Dans les années 60, pour gagner sa vie, elle compose de nombreuses musiques de films. Comme chez Schnittke, ce travail est très formateur. L’un comme l’autre se serviront de ce domaine moins contrôlé par l’Union des compositeurs comme un terrain d’expérimentation. En 1975, elle fonde avec Artyomov et Suslin Astraea, un groupe d’improvisation libre utilisant des instruments traditionnels. Cette expérience est également très importante puisqu’on retrouve le même esprit dans beaucoup de ses compositions ultérieures.
En 1973, Volkonski est contraint à quitter définitivement la Russie. Le début de la fin, si je puis dire. En 1981, il est suivi par Suslin, qui s’installe en Allemagne. En 1979, Gubaidulina est parmi les Sept de Khrennikov, à qui il est reproché d’avoir été représenté à un festival à Cologne consacré à la musique soviétique contemporaine. Dans les faits, ses œuvres étaient déjà interdites d’exécution publique en Union soviétique depuis 1970. Cette dénonciation peut être vue je crois comme le dernier fait d’armes d’un combat d’arrière-garde alors que l’esprit changeait déjà. En avril 1982 a lieu un concert historique où Rozhdestvenski dirige des œuvres de Schnittke, Denisov et Gubaidulina. Mais paradoxalement, après la Perestroïka, la dissolution de l’Union soviétique n’a pas amené l’ouverture qu’on aurait pu espérer. L’AMC fut écartelée, et la plupart des compositeurs contemporains quittèrent le pays. Même Denisov, pour qui le développement de la musique contemporaine dans le territoire soviétique comptait beaucoup, passa la fin de sa vie entre la France et la Russie. Il meurt en 1996 ; Schnittke en 1998. À Moscou c’est l’élève le plus direct de Denisov, Yuri Kasparov, qui prend les choses en mains. Il est probable que la situation actuelle serait très différente sans lui. Gubaidulina, quant à elle, quitte la Russie en 1992 pour s’installer près de Hambourg. Sa célébrité débute en 1981 quand Kremer crée à Vienne la première version de l’Offertorium. 25 ans plus tard, c’est Anne-Sophie Mutter qui crée à Lucerne un autre concerto pour violon, In tempus praesens, confirmant sa reconnaissance internationale.

Pour décrire l’esthétique de Gubaidulina, je vais m’y prendre en deux temps.
Pour Gubaidulina, composer est un acte de foi. C’est particulièrement marquant chez elle, mais c’est en fait une caractéristique partagée par presque tous les compositeurs ayant contribué au renouveau de la musique contemporaine en Union soviétique. Denisov « toute ma musique est spirituelle » : malgré son formalisme derrière lequel se cache une forte composante romantique, Denisov donne avant tout une dimension spirituelle à sa musique, en multipliant les références et les symboles religieux (notamment les lettres-notes D G B). Ustvolskaia « Mon œuvre n’est pas religieuse, mais assurément spirituelle ». Chez Schnittke aussi l’aspect religieux ou spirituel est très important (« Je me sens allemand, russe et juif. Et ma foi est perçue comme catholique, judaïque et orthodoxe. J’ai pris conscience de mon dilemme sans solution, de n’appartenir à personne, de ne pas avoir de pays, pas de lieu à moi. Je m’y suis finalement résigné. Peu importe au fond où l’on se trouve. Ce n’est pas essentiel. L’important, c’est ce que l’on pense. »). C’est également vrai pour Gubaidulina. J’avais noté un jour cette phrase : « je ne connais pas de tâche plus sérieuse que d’aider par la musique à reconstituer son intégrité spirituelle ». En fait, en Union soviétique, ce renouveau de la musique contemporaine s’accompagne presque systématiquement, en plus d’un intérêt pour les techniques modernes occidentales et en même temps pour les racines russes populaires, d’une part de cette dimension spirituelle qui contraste naturellement avec l’idéologie officielle, et d’autre part d’une prise de distance avec les formes favorisées par le régime, en particulier la symphonie (Schnittke est une exception notable, avec neuf symphonies numérotées).
Cette aspect de la musique de Gubaidulina se développe particulièrement à partir des années 80. Un très grand nombre de titres ont une origine religieuse. On trouve de nombreux symboles, comme la figure de la croix. C’est une recherche d’une foi personnelle, affranchie du système ecclésiastique. Beaucoup d’œuvres ont ainsi une totalité mystique ou rituelle. Cette recherche n’est pourtant pas contradictoire avec un certain constructivisme formel (notamment le symbolisme des chiffres).

De la même façon, la connaissance de nombreuses techniques d’écriture n’est pas contradictoire avec la spontanéité. Quand on écoute sa musique, il y a des traits stylistiques récurrents, comme ces mélodies chromatiques nues et sinistre, les glissandos, les clusters, les unissons menaçants, les silences, une utilisation particulière des harmoniques, etc., et la superposition ou succession de gammes diatoniques, chromatiques et même en quarts de ton à partir des années 90. Pourtant Gubaidulina a écarté pour sa musique le terme de “polystylisme”, et en effet ce n’est nullement l’impression qu’elle donne — si polystylisme il y a, c’est un polystylisme très différent de celui qu’on trouve Schnittke. En fait, ce qui est très important chez elle est à la fois la maitrise d’un grand nombre de techniques d’écriture, qu’elles soient classiques, modernes ou inventives, et leur oubli au moment de composer une œuvre. Ce qui fait que sa musique a un caractère à la fois très spontané et très recherché, très original, unique et pourtant changeant, mystérieux.
Plus récemment, suite à son implantation durable en Allemagne, elle a écrit des œuvres plus grandioses, des oratorios et des fresques orchestrales. Je connais pas ou très peu ce versant de sa production, mais je le perçois comme plus “léché”. La musique de chambre reste pour moi sa grande force. C’est là qu’on trouve, dans un grand dépouillement, une grande exploration des timbres instrumentaux et un fort esprit rituel d’improvisation. C’est une musique parfois étrange mais toujours très forte, bouleversante.


Dernière édition par lucien le Dim 17 Jan 2016 - 16:39, édité 4 fois
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Sofia Goubaïdoulina   Jeu 26 Juil 2018 - 1:41

Hier en Playlist:
lulu a écrit:
Sofia Gubaidulina (1931–) :
Quatuor à cordes nº1 (1971)
Quatuor à cordes nº2 (1987)
Quatuor à cordes nº3 (1987)
Trio à cordes (1988)
The Danish Quartet
Benedictus a écrit:
Tu connais le disque du Quatuor Stamic chez Supraphon? Il y a aussi le 4ᵉ Quatuor et les brèves Réflexions sur B-A-C-H. (Je vais le réécouter, je n'en ai plus qu'un souvenir assez vague (mais positif.)
lulu a écrit:
oui je l’ai écouté, souvenir vague moi aussi, c’est d’avoir réécouté le troisième dans une autre interprétation (un cd Melodiya avec du Schnittke et du Karetnikov) qui m’a donné envie de les réécouter, au passage en prenant une autre interprétation pour étoffer ma collection, mais je trouve ces œuvres difficiles, peut-être parce que comme je l’ai souvent répété le quatuor à cordes est le plus souvent difficile pour moi.
Benedictus a écrit:
Oui, dans mon souvenir, les quatuors, c'est ce que j'ai entendu de plus austère (aride, même) de Goubaïdoulina.
lulu a écrit:
effectivement.

Du coup:


Quatuor à cordes nº1 (1971)
Quatuor Stamic: Jindřich Pazdera (violon I), Josef Kekula (violon II), Jan Pěruška (alto), Petr Hejný (violoncelle)
Prague, VI & VIII.2011
Supraphon


En effet, vraiment le versant le plus aride de Goubaïdoulina.

Et pourtant, c’est très typique de la compositrice - le langage extrêmement composite, les expérimentations sur les textures et les effets «cinétiques», les recherches timbrales et rythmiques qui font écho à des musiques traditionnelles ou archaïque, l’atmosphère crypto-liturgique...

Mais d’un autre côté, il faut compter avec le dénument propre au genre quatuor à cordes (sans les alliages instrumentaux originaux et parfois chatoyants du reste de sa production), la construction de l’œuvre en un long mouvement aux logiques parfois déroutantes (de bifurcations en bifurcations jusqu’à une fin particulièrement évasive), le langage plus tributaire de l’héritage des Viennois et l’inscription dans la période la plus «avant-gardiste» de Goubaïdoulina.

Cela dit, si on consent à l’effort d’y entrer, l’écoute est passionnante, l’œuvre révèle d’austères beautés - mais exige vraiment de la concentration.
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