Autour de la musique classique

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 Enno Poppe (1969–)

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lulu
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MessageSujet: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptyVen 24 Avr 2015 - 0:09

Compositeur allemand né en 1969, l’un des plus célèbres de sa génération. Il est également très actif dans la création, et dirige depuis 1998 l’ensemble mosaik, tourné, avec un répertoire énorme, vers l’expérimentation et les jeunes compositeurs (souvent autrement plus radicaux que Poppe lui-même).

Je ne maitrise pas l’œuvre dans son ensemble, donc je me limite à quelques observations en vrac :
— L’esthétique de ses œuvres est en générale très crue, haletante, énergique, directe et tranchante (je ne trouve pas vraiment le bon mot). Même dans les passages les plus complexes et contrapuntiques, elle semble n’être qu’une seule monodie très appuyée. Ça me rappelle assez Donatoni (et peut-être aussi Furrer), même si la comparaison est sans doute superficielle. Sa musique a en fait quelque chose de très ludique, autant dans ses sonorités que dans ses déroulements. Et ça peut devenir franchement délirant. Cela ne l’empêche pas pourtant d’atteindre à certains moments des climats suspendus et profonds.
— Une grande partie de son catalogue est constituée par des œuvres pour ensembles de diverses dimensions. Avec la plupart du temps des associations de timbres criardes et des instruments insolites, comme (outre la clarinette contrebasse devenue un standard en contemporain) l’accordéon, le saxophone, des percussions bizarres, mais aussi des synthétiseurs, piano ou orgue Hammond virtuels microtonals. Et si l’électronique est souvent présente, elle a d’ailleurs surtout ce rôle-là (et pas celui de modification en temps réel ou de nappe de fond).
— Et la microtonalité est en effet une part très importante de son langage, son utilisation se situant quelque part entre la modalité et la déviation mélodique.
— Beaucoup d’œuvres s’organisent selon un principe de microvariations. De petites cellules ou figures, de thèmes si l’on veut, limitées à quelques notes, parfois même à une seule, sont variées de manière très créative. Puis un ensemble de ces variations devient lui-même une entité qui va être variée, etc. Ça c’est le schéma de base, des variantes sont évidemment possibles. En tout cas, ce genre de principes rend tout à fait abordable la musique de Poppe, proliférant à partir de matériaux simples. Pourtant elle surprend toujours, parce qu’elle ne crée des systèmes ou des structures que pour les détourner ou les faire exploser. « L’efficacité des systèmes de composition ne se révèle que dans les situations extrêmes. »
— En fait, ces matériaux minimaux peuvent être très nombreux. Ils forment un réservoir. L’œuvre peut alors les agencer peu à peu, les ranger, les organiser. D’où des titres tels que Speicher, Schrank ou Koffer.
— Puisque j’évoque les titres, ils sont presque toujours courts (comme chez Donatoni, là encore), et ont une signification symbolique sur l’œuvre. Cette signification peut même parfois être figurative (un genre de figuration sublimée), comme dans la série Öl, Holz, Obst, etc.

ET SURTOUT, il a les cheveux les plus couls de l’univers-tout-entier :

Enno Poppe (1969–) Captur27

Pour les œuvres, je recommande par exemple Holz pour clarinette et ensemble (1999/2000), Schrank pour ensemble (1989–2009), Altbau pour orchestre (2007/8 ) et Speicher (2008–13), formidable cycle pour grand ensemble de plus de 70 minutes.
Je me risquerai sans doute à des présentations un peu plus détaillées un jour ou l’autre. Smile

...

Quelqu’un connait ? Mr. Green
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptyVen 24 Avr 2015 - 21:05

Je crois que j'ai seulement entendu Altbau (dirigé par Boulez, dans un volume des Donaueschinger Musiktage chez Neos). Je n'avais pas perçu tout ce que tu en dis, seulement le côté un peu brut de décoffrage. Je vais donc retenter un de ces jours, et peut-être aussi essayer le disque d'œuvres pour ensemble chez Wergo (avec le KW et Asbury) et celui de musique de chambre chez Col legno.
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lulu
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptyVen 24 Avr 2015 - 21:20

Benedictus a écrit:
Je crois que j'ai seulement entendu Altbau (dirigé par Boulez, dans un volume des Donaueschinger Musiktage chez Neos). Je n'avais pas perçu tout ce que tu en dis, seulement le côté un peu brut de décoffrage.

oui, le début est assez brutal. Mr. Green
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptySam 30 Mai 2015 - 23:01

Enno Poppe (1969–) Donaue10

Altbau
Pierre Boulez / SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg
Neos, 2008

Réécouté suite à l'échange ci-dessus. Bien m’en a pris: j’ai beaucoup aimé, alors que ma première impression n’avait pas été extrêmement favorable.

La première partie, très «brute de décoffrage» comme je disais, fonctionne finalement très bien, du fait de son côté très immédiat: l’écriture rythmique, vraiment brutale, assure aussi une espèe de «direction» immédiatement lisible dans la mesure où cela imprime à tout le discours une sorte d’«énergie vectorielle». impression encore renforcée par le caractère direct, assez peu complexe (au moins en apparence), très linéaire de l’écriture horizontale: c’est strident, c’est gueulard, mais ça va manifestement quelque part. (D’une certaine manière, tout ça m’a pas mal fait penser à du free jazz, en fait.)

Et puis, il y a la seconde partie que j’avais totalement zappée (peut-être même au sens propre, je crains... Embarassed ) lors de ma première écoute - et qui est totalement différente. Là, l’atmosphère devient au contraire indécise: on a l’impression qu’à partir d’un schéma tout aussi linéaire que celui du premier «mouvement», la musique suit sans arrêt des micro-bifurcations dans un climat suspendu, raréfié. Vraiment très surprenant.

On imagine l’interprétation de Boulez assez idéale - d’autant qu’entre la manière pulsée et tranchante de la première partie et le «temps vitrifié» de la seconde, on est un peu au chœur de ses propres dichotomies de compositeur, même si le langage (quasi monodique chez Poppe, hyper-complexe chez Boulez) et le coloris (aussi épais, granuleux et cuivré chez Poppe qu’il est limpide, métallique et percussif chez Boulez) sont assez radicalement différents.
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Chris3
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptyDim 31 Mai 2015 - 0:01

Que me conseillez-vous pour débuter dans la Poppe musique ?
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptyJeu 25 Juin 2015 - 0:28

Samedi dernier, en Playlist, Benedictus a écrit:
Holz pour clarinette et petit ensemble
Christian Vogel (clarinette), Enne Poppe / Ensemble Mosaik
RCA
Quant à Holz de Poppe, j’ai vraiment accroché. C’est d’une formidable vitalité (mais sans la brutalité du début d’Altbau), l’écriture rythmique  très pugnace et les lignes entrelacées des vents fait souvent penser au free jazz le plus expérimental, ça avance toujours, même dans la seconde moitié où des agrégats instrumentaux semblent se cristalliser (avec des variations de rythme et de dynamique) autour de la monodie plus «suspendue» de clarinette.

Et ce soir:

Enno Poppe (1969–) Donaue10

Keilschrift
Sylvain Cambreling / SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg
Neos, 2007

J’ai adoré Keilschrift. A la différence d’Altbau ou même de Holz découverts et appréciés récemment, ça ne suit pas l’ordre pulsé-suspendu.

L’œuvre commence par une monodie vibrante aux cordes qui m’a fait penser à certains modes de la musique traditionnelle du Moyen-Orient, monodie qui est ensuite répétée avec d’infimes micro-variations mais une forte persistance rythmique à la manière d’un ostinato, tandis que des traits de viennent la ponctuer en s’y agrégeant, jusqu’à ce que, peu à peu les cuivres et les percussions finissent par l’emporter comme dans des espèces de fanfares polymodales en décalage harmonique et rythmique autour du schéma initial.

Puis, dans le dernier tiers de l’œuvre, le thème monodique est à nouveau répété, sur un rythme plus lent, mais comme disséminé à travers l’orchestre et de plus en plus varié jusqu’à une progressive dissolution dans des sonorités de plus en plus graves et étouffées ponctuées.

Superbe coda où, sur le thème qui se résorbe en une sorte d’hymne en sourdine, des percussions «pointillistes» aux timbres et aux textures très typés surgissent ponctuellement les unes après les autres avant de retomber dans le silence.
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lulu
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptyJeu 25 Juin 2015 - 13:00

je n’avais pas accordé plus d’attention que ça à cette œuvre, que je viens de réécouter, et en effet c’est formidable.
avant le retour aux cors d’une variante du motif initial (un peu après 8 minutes) et le véritable début des fanfares comme tu dis, il y a un passage très étonnant, je trouve, très consonant, où de larges accords aux vents dialoguent avec les cordes à l’unisson ou presque, puis y succède un tapis de cordes... enfin c’est le genre de choses qui ne m’étonnerait pas chez Rihm par exemple, mais ici ça m’a vraiment surpris.

la “brique” initiale :
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptySam 21 Déc 2019 - 17:08

Lulu, as-tu écouté Rundfunk et Interzone? Comme j'imagine que oui, je te pose directement la question suivante: est-ce que c'est dans le même style que Altbau ou Keilschrift?
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptySam 21 Déc 2019 - 21:33

J’ai écouté oui. Souvenir ancien pour Interzone, récent pour Rundfunk... et moyen pour les deux œuvres que tu cites. Je vais pas pouvoir du tout entrer dans les détails, mais globablement oui le langage est le même... Poppe est toujours reconnaissable à quinze kilomètres. Cela dit, il est probable qu’il y ait des différences mais je pourrais pas développer comme ça sans tout réécouter. Par contre, ce qui change surtout, c’est le dispositif... alors qu’on a deux œuvres orchestrales assez classiques, Interzone et Rundfunk ont des particularité très fortes. J’ai pas trop les mots pour parler d’Interzone, ou les références non musicales qu’il serait peut-être pertinent de mettre en avant. Mais forcément, la briéveté des pièces, les voix, l’ensemble réduit, ça change de l’orchestre, c’est une œuvre beaucoup moins « pure », où le côté brut(al) de la musique de Poppe se retrouve aussi dans l’aspect narratif/théâtral. Pour Rundfunk, là encore le dispositif est très particulier (neuf synthétiseurs), personnellement j’ai adoré, ça m’a même réconciliée (façon de parler, j’étais pas non plus brouillée) avec Poppe qui dernièrement m’ennuyait un peu, mais je comprendrais très bien qu’on déteste.
Pour résumer, oui c’est du Poppe, mais le « style » je sais pas, le style ça change aussi selon qu’on écrit pour un orchestre ou des synthétiseurs, qui sont tous les deux très connotés.
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptySam 21 Déc 2019 - 22:02

Oui, justement, c'est les dispositifs qui me faisaient m'interroger. Et d'après ce que tu en dis, je reste de fait relativement circonspect (ne serait-ce que dans la mesure où j'aime justement beaucoup le travail de Poppe sur la matière orchestrale et sa gestion de la durée...) Bon, j'essaierai quand même.

Et au fait, Speicher, ça t'avait plu?
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptySam 21 Déc 2019 - 22:08

Speicher oui, ça fait longtemps aussi mais j’adorais, et là pour le coup on est en plein dans le cycle orchestral.
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptySam 21 Déc 2019 - 22:58

Je crois que je n'avais écouté que les deux premiers du cycle mais que j'avais beaucoup aimé; je pense donc plutôt que je vais écouter ça dans sa totalité.
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptyDim 31 Jan 2021 - 19:06

Du fil Playlist:
lulu a écrit:
Enno Poppe (*1969) :
Fell pour batterie (2016)
Stoff pour 9 instruments (2015)
Brot pour 5 instruments (2007/13)
Haare pour violon seul (2013−14)
Zug pour 7 cuivres (2008)

Dirk Rothbrust, Hannah Weirich
Ensemble Musikfabrik (Enno Poppe)
Benedictus a écrit:
C'est le nouveau CD Wergo, c'est ça?
C'est aussi bien que œuvres pour ensemble précédentes?
lulu a écrit:
oui.
c’est très plaisant à écouter (comme il peut l’être) je te dirais, aussi bien je sais pas.
en tout cas ça ne me remets pas de ma claque avec Rundfunk, mais je dois être seul de ce côté-là. hehe
Benedictus a écrit:
Je n'ai pas encore écouté Rundfunk (ni Interzone).
lulu a écrit:
Enno Poppe (*1969) :
Fett pour orchestre (2018–19)
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
Susanna Mälkki


Ich kann mich an nichts erinnern pour chœur, orgue et orchestre (2005–15)
Bernard Haas
Chor des Bayerischen Rundfunks (Florian Helgath)
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
Matthias Pintscher


Poppe qui fait du Haas (dans Fett), ou presque. Surprised
Benedictus a écrit:
Et la pièce avec orgue, chœur et orchestre, ça ressemble à quoi?
lulu a écrit:
je sais pas, y a encore un peu (voire beaucoup) de Haas à cause des huitièmes de ton et des grands accords avec consonnances, et quelque chose de Ligeti dans l’atmosphère bien que ce soit clairement pas écrit de la même façon... probablement des choses nordiques aussi.
ça devrait être évident de faire des rapprochements mais là tout de suite j’y arrive pas.
enfin imagine la moyenne du requiem contemporain sombre et massif, bien rempli instrumentalement avec cœurs solennels, plus les « figures » mélodiques à la Poppe, et tu devrais pas être trop loin. hehe
Benedictus a écrit:
Merci! bounce
lulu a écrit:
très intéressant ce cd en tout cas, ça apporte vraiment quelque chose de nouveau sur Poppe, et j’ai beaucoup aimé la pièce pour orchestre.

J’ai donc reçu (et écouté) aujourd’hui:

Enno Poppe (1969–) Poppe_10
Fell (2016) pour batterie¹. Stoff (2015) pour 9 instrumentistes². Brot (2007/13) pour 5 instrumentistes³. Haare (2013/14) pour violon solo⁴. Zug (2008) pour 7 cuivres⁵.
Dirk Rothbrust (batterie)¹. Hannah Weirich (violon)⁴. Enno Poppe / Ensemble Musikfabrik² ³ ⁵.
Cologne, VIII.2019¹, IV.2017⁴, I.2020⁵. En public, Cologne, II.2016². En public, Berlin, V.2014³
Wergo


Enno Poppe (1969–) Poppe_11
Fett (2018-19) pour orchestre¹. Ich kann mich an nichts erinnern (2005-15) pour chœur, orgue et orchestre².
Susanna Mälkki / Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks¹. Bernhard Haas (orgue), Matthias Pintscher / Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Chor des Bayerischen Rundfunks / Florian Helgath².
En public, Munich, VII.2019¹, V.2015².
BR Klassik


Première écoute de ces deux disques, et je partage en tous points ce qu’en a dit lulu.

Le disque Wergo illustre assez parfaitement la manière immédiatement reconnaissable de Poppe dans ce qu’elle peut avoir de très plaisant à écouter: pas du tout une musique de l’hyper-complexité affichée mais quelque chose d’assez frontal et énergique; un goût prononcé pour la texture matérielle de l’instrument (jusque dans une dimension bruitiste un peu «musique concrète instrumentale» comme dans Fell - mais les « bruits » sont toujours complètement intégrés à un discours «horizontal»); un sens très efficace de la pulsation et de la mélodie (il y a une dimension mélodique vraiment prégnante - c’est une musique très horizontale et linéaire, presque monodique, avec des cellules très euphoniques qui s’enchaînent ou s’agrègent, on est à l’opposé de toute forme de pointillisme ou d’éclatement.)
Et comme souvent, j’ai été très frappé par la parenté du résultat avec le free jazz (en particulier dans les œuvres avec cuivres - Zug, mais peut-être encore plus Brot, pour cor, trompette, trombone et percussion.)

Et comme l’a souligné lulu, le disque de la Radio Bavaroise donne vraiment à entendre quelque chose d’assez inédit chez Poppe.
Cette écriture orchestrale par espèces de grandes nappes sonores microtonales qui s’articulent à de grands grands accord, eux franchement consonants, évoquent en effet tout à fait Ligeti et plus encore Haas - cette impression d’une matière orchestrale au spectre très plein qui suit une sorte de mouvement cinétique ralenti (l’image n’est peut-être pas très ragoutante, mais c’est un peu comme ça que j’interprète le titre, Fett, «gras»: un matériau mouvant un peu épais, fluide mais qui semble par moment sur le point de figer.) C’est vraiment très réussi.
Quant à Ich kann mich an nichts erinnern, c’est en effet une œuvre très surprenante pour Poppe (déjà un titre-phrase…): en effet, quelque chose d’inhabituellement sombre et massif façon «requiem contemporain», des chœurs solennels, mais là aussi cette dimension post-spectrale dans les nappes microtonales - mais sans que disparaissent les traits de langage les plus saillants de Poppe: les figures mélodiques euphoniques, les climats suspendus qui affleuraient déjà dans ses œuvres orchestrales (seconde partie de Altbau, Keilschrift), le traitement de l’orgue qui évoque la sonorité du Hammond virtuel microtonal de Arbeit… Là aussi, c’est impressionnant et d’une saisie très immédiate (mais il faudra que je réécoute l’œuvre plus longuement afin d’en faire vraiment le tour.)
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptyVen 9 Avr 2021 - 16:08

J’ai deux nouvelles, une bonne une mauvaise:

Je commence par la bonne:
 

La mauvaise:
 
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptyJeu 15 Avr 2021 - 22:19

En Playlist, Benedictus a écrit:
Enno Poppe (1969–) Poppe_15
Rundfunk (2015-19) pour 9 synthétiseurs
ensemble mosaik: Chatschatur Kanajan, Karen Lorenz, Mathis Mayr, Roland Neffe, Enno Poppe, Niklas Seidl, Simon Strasser, Ernst Surberg, Christian Vogel (synthétiseurs)
Berlin, I-II.2019
Wergo


Shocked colors Une œuvre à la fois élaborée (des passages contrapuntiques incroyables!) et extrêmement directe (ce côté mélodique typique de Poppe), qui joue avec des couleurs et des textures synthétiques complètement typées «années 70-80» (entre orgue Hammond de jazz-rock et claviers électroniques à la Kraftwek.) Jubilatoire!
Et ça tient incroyablement bien sur la durée…
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lulu
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptySam 17 Avr 2021 - 3:01

« Without broadcasting, new music wouldn’t exist as it does today. The invention and development of electronic music in the studios of the public broadcasting services led to some magical moments of a medium that aimed to interrogate its own possibilities and requirements. Radio stations were even willing to support specialised institutes. These days the medium has changed to being a news provider and entertainer. In the field of electronic music there has been rapid technical development for decades. Just as rapid is the fading of those same new technologies. Often, earlier pieces can no longer be performed today because the required technologies went missing or don’t work anymore, or performers simply don’t know how things were done 25 years ago. Since up-to-date technology is always the one that works best, sound aesthetics turn out to be extremely time-related. Therefore the creation of pop music pieces can be meticulously determined by a specific preset of the DX-7 or a certain software tool. Composing means taking apart.

In Rundfunk (Broadcast) for nine synthesisers I don’t use historic instruments but historic sounds. The instruments are nine computers and nine keyboards. The sounds are from the 60s and 70s: FM synthesis, Minimoog, Piganino. Their pioneers are Gottfried Michael Koenig, Thomas Kessler, John Chowning, Wendy Carlos, and Tangerine Dream. No original instruments are being used but only computer generated reproductions, everything sounds different than it would have done in their day. I have all of the sounds at my fingertips at any time. I can play back any number of parts and I can switch between tunings freely and constantly. The sound is being reconstructed and put back together in new ways. The performers aren’t keyboard virtuosos, by the way, but virtuosos in the handling of electronic sounds in general. The piece consists of thousands of atoms. The music is analytic and emphatic. It’s being compounded in a laboratory. While composing I am wearing a white lab coat. A concert is not an experiment, however. The moment I stop understanding what’s happening, art emerges. The beauty lies in being overburdened. »
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lulu
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptySam 17 Avr 2021 - 8:50

Ce qu’il faut peut-être souligner par contre, parce que ça en rebutera certains, c’est le caractère très répétitif de cette musique. Si la partie centrale prend la forme de nappes d’accords qui tournent lentement en passant d’un claviériste à l’autre, les première et dernière parties sont constituées de petites sections où essentiellement de brefs motifs (voire une seule note) se répètent en étant variés rythmiquement d’une manière énergique qui est très reconnaissable du compositeur. Ce qui, avec le dispositif instrumental qui produit échos et déphasages à volonté, donne un côté franchement ligeto-rileyien (et structurellement — mais ça s’entend moins vu le caractère — feldmanien) à la chose. Vers la fin de ces deux parties, j’ai l’impression qu’on évolue vers quelque chose d’un peu différent, mais pour le reste c’est essentiellement ça. Et pourtant, comme l’a dit Benedictus, ça tient très bien sur la durée !
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Emeryck
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptySam 17 Avr 2021 - 10:42

lulu a écrit:
Ce qu’il faut peut-être souligner par contre, parce que ça en rebutera certains, c’est le caractère très répétitif de cette musique. Si la partie centrale prend la forme de nappes d’accords qui tournent lentement en passant d’un claviériste à l’autre, les première et dernière parties sont constituées de petites sections où essentiellement de brefs motifs (voire une seule note) se répètent en étant variés rythmiquement d’une manière énergique qui est très reconnaissable du compositeur. Ce qui, avec le dispositif instrumental qui produit échos et déphasages à volonté, donne un côté franchement ligeto-rileyien (et structurellement — mais ça s’entend moins vu le caractère — feldmanien) à la chose. Vers la fin de ces deux parties, j’ai l’impression qu’on évolue vers quelque chose d’un peu différent, mais pour le reste c’est essentiellement ça. Et pourtant, comme l’a dit Benedictus, ça tient très bien sur la durée !
En trois mots : c'est chiant.  Mr. Green

Bon, ok, je lui redonnerai peut-être une chance...
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Iskender
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptyDim 18 Avr 2021 - 10:48

Lisant ce sujet par curiosité, je suis allé jeté une oreille sur la musique de ce compositeur dont je ne connaissais même pas le nom.
J’ai commencé par Altbau, conseillé en haut de page par Lulu puis Benedictus. J’ai tout de suite beaucoup aimé; les deux mouvements. La description de Benedictus sur les aspects rythmiques du 1er mouvement m’attirait tout en me me laissant craindre quelque chose d’un peu aride; ce n’est pas le cas. On est tout de suite pris par cette énergie. La deuxième partie fournit un total contraste et est très belle. Tout cela est finalement assez condensé, sans tunnel, et se démarque de ce que j’ai pu écouter en matière de musique contemporaine, en ce sens que j'entends ici une vraie "patte" personnelle.

J’ai du coup également écouté Keilschrift. Cette pièce qui commence par puiser dans le matériau traditionnel oriental en se gardant bien de tout folklorisme et en en exploitant les intervalles non tempérés ne pouvait que me plaire. Je renvoie à l’ancien post de Benedictus pour la structure de l’œuvre qu'il perçoit et présente bien mieux que je n'en serais capable. L’entrée des cuivres a une couleur originale et les timbres tibétains des percussions de l’épilogue prolongent l’univers dans lequel on évolue.

Une belle découverte pour moi qui jusqu'ici ai vraiment du mal avec la scène contemporaine allemande (mis à part Eichberg, mais on n'est pas dans ce même domaine moderne et avant-gardiste; c'est bien plus consensuel); je fais ici référence à Rihm ou Widmann qui ne me parlent pas du tout. J'ai apprécié certaines pièces des plus récentes de Ruzicka mais franchement pas toutes celles que j'ai écoutées.
Bref je vais poursuivre avec quelques enregistrements plus récents dont vous parlez.

EDIT : J'ai donc continué avec Fett. J'aime toujours beaucoup; la dernière partie est extraordinaire. Very Happy
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MessageSujet: Re: Enno Poppe (1969–)   Enno Poppe (1969–) EmptyMar 20 Avr 2021 - 13:14

cheers
En fait, le seul disque de musique instrumentale que j'ai un tout petit peu moins aimé, c'est celui qui vient de sortir (Filz, Stoff et Wald chez Wergo), mais je pense que ça tient surtout aux effectifs, un peu trop uniment «cordés» pour moi sur la longueur (et puis j'aime tellement l'écriture de Poppe pour les instruments d'harmonie et les claviers que ça me frustre un peu.)
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