Autour de la musique classique

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 Contemporains japonais sans domicile fixe

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jerome
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jerome

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MessageSujet: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyLun 5 Juil 2010 - 18:22

Je n'ai pas de vision globale de ce répertoire, mais j'entends de jolies choses donc je suppose qu'il y a là un vivier de compositeurs à explorer. Le plus difficile étant de parvenir à retenir et à différencier tous ces noms à consonance nipponne. Je fourre ici mes petites impressions.


Jo Kondo (1947) - wiki.

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Jo Kondo, Chamber music, Hat hut records 1998.

Musique aérée, tranquille, pas fanfaronne. Si j'ai bien compté, les pièces ne dépassent pas le sextuor. Au niveau du style d'écriture, je discernerais deux tendances. La première serait presque minimaliste : des jeux rythmiques sur un réservoir de notes très restreint, à dominante solaire et extatique (beaucoup de mode majeur). A partir d'unissons, Kondo met en place des déphasages qui font un joli ping-pong. Ce n'est pas forcément passionnant à la longue, mais j'apprécie cette clarté ludique et rafraîchissante. La seconde tendance fait moins typiquement japonaise : des harmonies bien plus chargées, à l'occidentale (ou à la Takemitsu), souvent des accords exploités isolément, voire simplement juxtaposés pendant de longues minutes (Aquarelle, Duo). Dénuée de violence, cette atonalité-là plonge dans un état de contemplation tranquille, on a le temps d'apprécier les voix intérieures, les mélanges de timbres. A cet égard, le Duo pour guitare et harpe offre de très belles sonorités.
Il y a une certaine modestie dans cette musique, c'est une écoute relaxante et agréable, qui réserve quelques menues surprises et quelques sourires. On a parfois l'impression de flotter dans un aquarium, c'est un peu space mais marrant. Very Happy


Toshiro Mayuzumi (1929-1997) - wiki.

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J'ai entendu la Nirvana Symphonie et la Mandala Symphonie (rips de vinyles, mais je vois qu'il existe un Naxos pour la Mandala).

Dans la Nirvana, Mayuzumi cherche à faire une sorte de "cantate bouddhique" ; en mélangeant techniques d'écriture occidentales (il a étudié au CNSM), récitations de Sutras zen par un choeur d'hommes, et imitation symphonique de la résonance d'une cloche de temple japonais (démarche qui me semble relever du spectralisme ; lui évoque plutôt Varèse), il entend construire un monde sonore qui constituerait son "Nirvana musical" personnel. Pour le rayonnement sonore et la constance de certains bourdons graves, j'entends du Scelsi-sme. Le son de la "cloche orchestrale" est très beau, un mélange de stridences aigües (les bois), de bourdonnements graves (les cuivres, les cordes) et de percussions. Pour certains passages en Klangfarben, j'entends Schönberg, influence dont il se réclame lui-même. Mais le discours est bien plus statique, peu contrapuntique, la démarche narrative n'est pas du tout la même. Le deuxième mouvement est consacré en grande partie aux choeurs, ce n'est pas ce que j'ai le plus apprécié. La troisième partie présente un long crescendo hypnotique qui doit bien faire décoller en concert. Globalement, cette musique se déguste certainement bien mieux en salle, le son vinyle ne rend pas idéalement justice à cette recherche éminemment acoustique.

La Mandala Symphonie est plus variée, et plus occidentale dans le langage. L'influence qui se dégage le plus est celle de la Turangalila, c'est particulièrement frappant dans le second mouvement : des percussions, des grappes d'accords, et un grand chant orgiaque de cordes à l'unisson survolant un agréable magma. L'utilisation de la Klangfarbenmelodie est plus poussé ici que dans l'oeuvre précédente, et ce n'est pas la caractéristique la plus stimulante de son langage. L'oeuvre est facile à écouter, prenante, hédoniste et me semble enracinée dans un état d'esprit fondamentalement positif.


Landscapes (Teldec – Apex)

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J'ai écouté ce disque plusieurs fois il y a quelques temps, le souvenir commence à s'estomper mais j'avais pris beaucoup de plaisir à certaines oeuvres. L'héritage Schönbergien m'avait paru flagrant. Ce disque regroupe des oeuvres pour quatuor à cordes de Akio Yashiro (1929-1976), Akira Nishimura (1953), Toshio Hosokawa (1955), Takemitsu et Akira Miyoshi (1933). Je n'ai pas encore grand chose à dire sur ces gens-là, mais peut-être les connaissez-vous.


Dernière édition par jerome le Lun 5 Juil 2010 - 18:25, édité 1 fois
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyLun 5 Juil 2010 - 18:23

Merci Jérôme. Sur Hosokawa, oui, j'ai à dire, et que du bien, même si les Landscapes ne sont pas la part la plus séduisante de sa production.
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyLun 5 Juil 2010 - 23:20

Merci jerome pour cette intéressante présentation. Je vais explorer ce que tu proposes. Personnellement, j'apprécie beaucoup certaines oeuvres orchestrales de Takemitsu mais je ne connais pas d'autre compositeur japonais sinon de nom seulement.
Je trouve que la musique de ce compositeur recèle beaucoup de poésie.
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antrav
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyMar 6 Juil 2010 - 2:09

Un fil qui manquait, très bonne idée, il y a certainement beaucoup de bonne musique à découvrir chez ces nippons. Very Happy

Je sors d'une écoute de la Mandala Symphony de Mayuzumi.
Si le langage ne semble pas particulièrement novateur, l'utilisation des timbres est en effet très séduisante. On n'évite pas une certaine emphase du discours mais certaines trouvailles sont absolument réjouissantes, des sons filés associant cordes dans l'aigu, quelques gongs tibétains, de longues tenues "om"... Beaucoup de sensualité. Very Happy
Si le second mouvement m'évoque aussi Messiaen et Takemitsu, j'ai associé à Varèse pour le premier, une rythmique un peu 'futuriste' une certaine dureté du son.

Une belle découverte !
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jerome
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyMar 6 Juil 2010 - 2:20

Je vais réécouter, je me rappelle pas du tout de ces "Om" scratch

Le son n'est quand même pas génial, je serais intéressé d'entendre ce que donne le Naxos.

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antrav
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyMar 6 Juil 2010 - 2:23

Le 'om' c'est l'impression que me donnent ces longues tenues. On ne les entend pas vraiment. Laughing
Ça me rappelle un peu certaines pièces de Scelsi qui ont cet esprit tibétain.
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jerome
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyMar 6 Juil 2010 - 2:25

Dans le genre, la Nirvana Symphony peut faire penser à la Nascita del verbo aussi, surtout dans le deuxième mouvement.

Sinon, t'as raison pour Varèse, d'autant qu'il se lâche bien sur les percussions, et que beaucoup d'événements un peu abrupts sont séparés par de petites césures. Quelle oeuvre tu dirais, plus précisément ?
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antrav
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyMar 6 Juil 2010 - 2:26

Faudrait que je réécoute. Ionisation peut-être. Smile
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyMar 6 Juil 2010 - 15:44

Akira Miyoshi (1933) - wiki

Contemporains japonais sans domicile fixe Miyoshi

Le Quatuor n°3 (1992), sous-titré La constellation noire, est une courte pièce en un mouvement qui pourrait très bien avoir été écrite à Vienne dans les années 20. J'entends comme un résumé un peu édulcoré de la Lyrische Suite. L'introduction installe un climat modéré, assez passionné sans atteindre la fièvre de Berg ; le lyrisme est plus diffus, plutôt collectif qu'individuel. Le mouvement est construit sur l'alternance de cette atmosphère dégagée et d'épisodes très agités où on retrouve les sautes d'humeurs violentes de la Suite (batteries nerveuses, pluies de pizz etc...). Le discours est moins fin, moins expressif, mais les techniques utilisées me semblent un tout petit peu plus modernes : on entend quelques parallélismes de clusters (Dutilleux ?), parfois des harmonies un peu plus tendues que chez Berg. C'est un peu bref, et pas très personnel ; donc, assez beau en soi mais pas particulièrement remarquable.

Concerto pour orchestre (1962 ou 64) : oeuvre très courte en trois mouvements. Le titre alléchant ne tient pas vraiment ses promesses : l'architecture n'est pas très perceptible, les idées semblent principalement esthétiques et l'unité générale n'est pas flagrante. C'est bien sûr du bel orchestre, je pense à Dutilleux, John Williams et Lutoslawski. Malgré tout, c'est assez difficile de caractériser ce langage, je ne sais pas trop quoi en dire à part qu'il y a de belles ambiances mais qu'on ne fait que passer à travers sans être réellement saisi par quoi que ce soit. Pour ces raisons, je me permets de sortir le qualificatif fatal (à valeur de carton rouge) : musique de film d'action ! hehe Le troisième mouvement, Prestissimo, est surchargé de cymbales, de coups de semonce et de vagues dynamiques "grand spectacle". Le deuxième est assez délicat, très illustratif avec ses tapis de célesta et de harpe et ses cordes graves un peu lugubres. La portée psychologique me semble réduite, ce n'est rien d'autre que du cinéma... Sympa, mais décidément pas vraiment personnel et à mon avis pas porté par un projet poétique très consistant.




Jo Kondo (1947) : Standing, Sight rhythmics, Under the umbrella (CP² recordings, 1981)

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Sight rythmics, pour piano seul (Aki Takahashi) : complètement minimaliste et abstrait. J'ai lu que Kondo fondait son écriture sur des principes mathématiques, je ne sais pas du tout de quoi il s'agit, mais dans son cas ça n'est pas du tout désagréable. Il joue là encore sur les décalages rythmiques, mais de manière très dépouilée, apparemment simple. Harmoniquement, c'est très étrange : il pioche sans complexe dans la tonalité la plus limpide et dans une atonalité neutre qui paraît presque aléatoire. Ça pourrait être stupide comme musique, mais bizarrement j'aime l'état dans lequel ça plonge, on contemple un mobile biscornu qui pivote doucement dans le vide. La pièce est une succession d'épisodes très semblables, avec beaucoup de reprises j'ai l'impression, si bien qu'on a souvent l'impression de revenir en arrière, une sensation de déjà-vu qui place l'auditeur dans un temps paradoxal. Beaucoup de "fausses hésitations" qui paraissent enfantines ou maladroites, ça donne une musique assez blanche où quelque chose des vicissitudes humaines semble aboli.

Standing, pour flûte, piano et marimba (Soundspace "Ark") : pièce de 8 minutes entièrement soumise à un système répétitif. Les trois instruments se suivent de très près, tous répétant la même note sur un rythme rapide. Résultat : une étrange mélodie continue déroulée par une quasi-mixture des trois timbres avec un débit assez vif en triolet. Au fur et à mesure, les protagonistes se séparent et se rejoignent. Les divergences mélodiques créent de jolies sensations harmoniques (dans l'esprit des harmonies étrangement libres de la pièce précédente) ; rythmiquement, le compositeur insère des fragments furtifs de sextolets qui donnent un rebond sympa à certaines sections. Là encore, le système de base subit des déphasages et de légères perturbations qui nourrissent bien l'intérêt.
Under the umbrella, pour 5 cloches (Nexus) : Sympa, mais 23'41 ça vire rapidement à la musique d'ambiance... I don't want that




Somei Satoh (1947) - wiki - catalogue.

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Somei Satoh, Toward the night, New Albion 1993.

Une musique désespérément uniforme, navrante du début à la fin, qui provoque chez moi un rejet massif. Esthétiquement, c'est comme si la pièce pour cordes la plus faiblarde de Pärt était ressassée pendant presque une heure ; du néo-kitsch minimaliste qui s'extasie d'un gros frottement de neuvième comme s'il renfermait le grand secret de l'existence. Les cordes ressemblent à du synthé (attaque lente, gonflement chichiteux, réverb esthétisante) et paraissent écrites en rondes. Le mode de jeu ne change jamais (il doit y avoir trois pizz dans tout le disque), la polyphonie se limite à quelques coquetteries, quelques retards bateau dans les voix intérieures, des pédales... la plupart du temps c'est un flot interminables d'accords pachydermiques. Quand il trouve un détail un peu plus riche, il suspend le discours dessus, le contemple pendant dix secondes, et bascule finalement dans une nouvelle platitude ou tout simplement marque une pause. Ce qui m'agace, c'est le pressentiment que le compositeur investit cette évanescence creuse d'une grande ambition lyrique ; je me sens presque insulté qu'il espère me toucher avec une platrée aussi grossière de pathétisme nunuche.
Le disque contient trois pièces : Ruika pour violoncelle et cordes, Toward the light pour cordes et Homa pour soprano et cordes, toutes aussi convenues les unes que les autres.
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jerome
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyLun 12 Juil 2010 - 1:30

Un petit tour d'horizon historique des principales figures de la musique contemporaine japonaise.
Je ne fais en grande partie que résumer le chapitre 3,2 de la thèse en musicologie de Hsien-sheng Lien. Ça fera toujours quelques documents de base pour ceux qui, comme moi, voudraient se repérer dans ce répertoire un peu obscur et intrigant.



La génération extraordinaire

L'expression est due au compositeur Ryôtarô Abe. Tous nés aux alentours de 1930, les compositeurs de cette génération commencent à être actifs dans la période d'après-guerre. Ce foisonnement fait penser à celui que connut l'Europe avec Boulez, Ligeti, Xenakis etc... (certes nés quelques années avant).


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Tôru Takemitsu (1930-1996)

Il dispose d'un fil spécifique, mais eut une telle influence sur la musique de son pays que le passer sous silence ici paraîtrait absurde. C'est le plus célèbre des compositeurs japonais de musique savante. Son succès international et son traitement de la dualité entre culture japonaise et héritage occidental font réfléchir ses compatriotes. Ses oeuvres les plus volupteuses, en particulier - comme A dorian horizon ou A flock descends in the Pentagonal Garden – ont pu favoriser l'émergence du style néo-romantique ou post-moderne. Pour beaucoup de compositeurs japonais actuels, le positionnement esthétique par rapport à ce Takemitsu-là semble être une question fondamentale.
Je ne connais pas toute son oeuvre, mais je lis dans la thèse de Lien qu'il commença à composer sérieusement sous l'influence stimulante des Huit préludes pour piano de Messiaen, de certaines oeuvres de Mompou et de Bartok – on est loin de Xenakis... Dès le début des années soixante il écrit : "La technique de construction des sons par des formules mathématiques est insignifiante. Le travail uniquement pour inventer ou pour construire les sons ne m'intéresse pas vraiment." "La méthode dodécaphonique de composition peut être le résultat d'une nécessité historique. Pourtant, elle présente des aspects assez dangereux. Les poursuites mathématiques et géométriques des sons dans cette technique sont purement des actes intellectuels. Elles peuvent aboutir à la même faiblesse que celles qui sont issues de n'importe quelle pureté esthétique trop spécialisée. Elles s'accompagnent d'un danger de durcissement de la sensibilité, élément essentiel de la créativité artistique." Donc, Takemitsu se présente assez tôt comme un sensualiste militant.
Il développe (en partie grâce à l'étude des musiques traditionnelles de son pays) un langage attaché "plutôt à la qualité du son de chaque évènement individuel qu'à la relation entre tel ou tel énènement qui construit le discours traditionnel de la musique occidentale." (Peter Burt) On voit poindre dans ces termes l'importance du silence, de la suggestion, du fragment.
Il introduit également des contours pentatoniques dans sa musique, jetant un pont entre le savant et le traditionnel. Takemitsu appartenait pourtant, dans les années cinquante, à un groupe d'artistes qui détestaient cordialement la technique pentatonique, la jugeant sans doute trop superficielle. Son évolution stylistique est ressentie comme décevante par un de ses corréligionnaires de l'époque, Jôji Yuasa.


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Jôji Yuasa (1929)

En 1951, il fonde le groupe de recherche musicale Jikken kôbô ("atelier expérimental") en compagnie, entre autres, des compositeurs Takemitsu, Keijirô Satô, Kazuo Fukushima et Hiroyoshi Suzuki. Cet atelier est décrit comme anti-académique, rejette l'influence de la musique traditionnelle et regarde surtout vers l'occident.
Quarante ans plus tard, Yuasa publie un essai dans lequel il se déclare peu convaincu par la musique de son ami Takemitsu : "Cette sorte d'esthétisme sensuel n'aura pas de futur, justement comme une espèce de masturbation". Il regrette que cette succession de "beaux moments" prenne le pas sur la solidité structurelle du flux musical et en affaiblisse le "message".
Il critique par ailleurs l'emploi d'instruments traditionnels qui ne sont que des "phénomènes superficiels" pour présenter l'identité culturelle d'un compositeur asiatique.
Au début de sa carrière Yuasa est marqué par l'influence du groupe Jeune France, en particulier par André Jolivet dont il apprécie le style "incantatoire". Sa première oeuvre, Cosmic haptic (1957, piano seul) doit beaucoup à Mana. Il considère le dodécaphonisme comme un système trop contraignant, et formule un peu plus tard le même reproche à l'encontre des techniques modales et rythmiques développées par Messiaen.
    Je n'ai pas encore entendu la musique de Yuasa. Outre Cosmic haptic, je serais curieux d'entendre un enregistrement du tryptique symphonique Scenes from Bashô (créé en 1980), dont "l'orchestration magnifique" impressionna Messiaen.



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Akira Miyoshi (1933)

Miyoshi étudia avec Ikenouchi (1906-1911), compositeur et pédagogue qui introduisuit systématiquement les méthodes d'écriture et de composition de l'école française au Japon. Il suivit également des cours à Paris de 1955 à 1957. L'influence de Dutilleux fut pour lui prédominante, ainsi que l'étude approfondie de plusieurs oeuvres de Berg.
D'abord très marqué par le style raffiné de l'école française, il se dirige à partir des années 1970 vers une musique plus libre et plus complexe, mais qui reste dramatique.
Pour la première période, les Trois mouvements symphoniques semblent réputés ; pour la seconde, on cite la trilogie orchestrale Requiem, Psaume et Kyômon, vaste méditation la mort.
    Je n'ai entendu pour l'instant que le Troisième quatuor et le Concerto pour orchestre (voir plus haut) : intéressant, sympa, mais pas marquant. On y entend tout à fait l'influence de ses modèles Berg et Dutilleux.



Contemporains japonais sans domicile fixe Matsumura
Teizô Matsumura (1929)

Matsumura garde une attitude distante vis-à-vis de l'avant-garde d'après-guerre et prépare l'arrivées des styles postmodernes au Japon (Yoshimatsu - dont il fut le professeur - et Nishimura). Il démarre sa carrière de compositeur sous l'influence de Stravinsky (Alchimie, pour soprano et orchestre, créé en 1957) puis développe un grand intérêt pour les musiques traditionnelles asiatiques, en particulier celle de l'Inde ancienne - comme en témoigne sa Symphonie datée de 1965, oeuvre à la forme classique mais violemment expressive.
    Je n'ai encore rien entendu de lui ; il semblerait que Naxos prépare un disque consacré à sa musique orchestrale.



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Toshirô Mayuzumi (1929-1997)

D'abord enthousiasmé par la musique d'avant-garde occidentale, il se tourna ensuite vers la musique traditionnelle de son pays et le bouddhisme, opposé à l'occidentalisation excessive du Japon à l'image de Yukio Mishima dont il avait fait un opéra de son Pavillon d'or. Il fut également un compositeur prolifique de musiques de films (une centaine environ), notamment pour John Huston (La Bible, Reflets dans un œil d'or) et Ozu (Bonjour). (wiki)
Il s'engage en politique aux côtés de l'extrême-droite dans les années 70, et devient par conséquent moins prolifique. Hsien-sheng Lien considère qu'il a eu moins d'influence que les précédents sur les jeunes compositeurs.
    J'ai entendu deux de ses symphonies, dans un style plutôt rituel qui ne manque pas de charme (voir plus haut).



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Akio Yashiro (1929-1976)

Il part en France avec Toshiro Mayuzumi, et il étudie la composition et l'orchestration au Conservatoire de Paris avec Olivier Messiaen, Tony Oban, et Nadia Boulanger. Il reçoit entre autres le premier prix d'harmonie, et rentre au Japon en 1956.
Son Quatuor à cordes, composé à Paris, remporte un grand succès dans son pays, première étape d'une carrière qui le voit devenir professeur à la Tokyo National University of Fine Arts and Music en 1974. Il meurt soudainement d'insuffisance cardiaque à l'âge de quarante-six ans. (wiki)
    Quatuor à cordes (1955). Sur l'album Landscapes (Teldec / Apex)
    Rien de très personnel dans cette oeuvre à mon avis, c'est très agréable mais pas nouveau. La forme est académique (Adagio/Allegro – Prestissimo – Andante – Allegro), le langage aussi ; on navigue dans un univers Janacek – Villa-Lobos – jeune Bartok (je hasarde quelques noms), c'est donc très agréablement écrit mais ça sent un peu la synthèse confortable. L'arrangement, les textures, les reprises thématiques, tout ça est assez classique mais fluide et suffisamment riche pour s'écouter agréablement. Un peu comme dans le quatuor de Miyoshi, on peine à sentir quoique ce soit d'oriental, on entend plus l'étudiant parisien que ses racines japonaises. Je ne sais pas à quoi ressemble le reste de sa production, mais vu l'aperçu que donne ce quatuor, je ne ressens pas d'urgence à fouiller de ce côté-là.


(A suivre : Taïra, Nishimura, Yoshimatsu, Hosokawa)
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jerome
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyMar 13 Juil 2010 - 0:56

Après Takemitsu


Contemporains japonais sans domicile fixe 179
Yoshihisa Taïra (1938-2005)

Deux choses paradoxales avec Taïra. D'une part, sa date de naissance le rapprocherait de la "génération extraordinaire", mais Lien l'incorpore aux "générations succédant à Takemitsu", j'ignore pourquoi. D'autre part, il habite en France depuis 1966 et a acquis la nationalité française. Pour l'état civil, ce n'est donc pas (ou plus) un compositeur japonais. C'est pourtant son arrivée en France qui lui ouvre les yeux sur l'importance de son héritage culturel japonais.
Il étudie d'abord à Tokyo avec Ikenouchi (le professeur déjà cité, très porté sur la musique occidentale) et baigne dans un les styles néoclassique et Bartokien. Il admire par ailleurs la musique de Takemitsu et de Miyoshi (ce dernier étant lui-même très européen dans l'âme).
Taïra s'expatrie ensuite à Paris pour suivre l'enseignement de Jolivet, de Dutilleux et de Messiaen. Mais ce déracinement le plonge dans une crise spirituelle et identitaire à l'issue de laquelle il s'oriente vers l'écriture d'une musique plus japonaise que ses oeuvres précédentes. Il s'intéresse particulièrement aux flûtes, dont il développe certaines techniques avancée (multiphones, sons éoliens, glissandos). Comme Yuasa, il est marqué par le style mystique et incantatoire de Jolivet. Sa musique revêt un caractère plutôt intuitif qu'intellectuel et procède, selon ses propres dires, d'une réflexion sur la dualité (ambiance yin-yang, j'imagine) : "Il y a, dans ma musique, deux extrémités très opposées, un grand contraste entre une forme de violence et la méditation".
    Là encore, je reporte ces infos aveuglément, je n'ai encore rien pu écouter de Taïra. Son oeuvre a l'air relativement réduite, et dominée par les petits effectifs.



Contemporains japonais sans domicile fixe Nishimura
Akira Nishimura (1953)

Il fonde en 1984 l'Institut de la Musique de Fin du Siècle avec Yoshimatsu (voir plus bas), se démarquant explicitement du mouvement avant-gardiste d'après-guerre. Les deux compositeurs sont mûs par la recherche d'un "nouveau lyrisme", inspiré entre autres par les oeuvres de Takemitsu de la fin des années 70. Nishimura ne se voit cependant pas du tout comme un fils spirituel de Takemitsu : "Mes parents musicaux sont Isang Yun, Xenakis et Teizô Matsumura. Dans leur musique, je peux directement ressentir quelque chose comme un lien du sang. Par comparaison avec elles, la musique de Takemitsu est assez éloignée de moi." Il se démarque en particulier de son aîné sur le plan de la couleur orchestrale : "Depuis peu j'aimerais trouver une orchestration totalement différente de celle de Takemitsu. Finalement je me suis orienté vers une orchestration complètement anti-Takemitsu par utilisation des clusters sonores qui sont constitués de trois timbres au lieu d'une texture de 24-couleurs, typique dans les oeuvres de Takemitsu."
La musique de Nishimura utilise volontiers les modes et, comme celle de Matsumura, présente un fort caractère asiatique - à la différence de celle des compositeurs japonais qui s'appuient principalement sur le langage européen comme Takemitsu ou Miyoshi. "J'ai été fortement attiré par 'l'esprit de son' de l'ancien Japon. (...) Lorsque j'ai découvert cet 'ancien esprit de son' du Japon et les sons des traditions asiatiques qui l'ont entouré, je n'ai jamais oublié cette extase irrésistible et ce grand plaisir naturel ressenti au plus profond de mon âme. En tant que compositeur de l'Asie de l'Est d'aujourd'hui j'aimerais toujours rapporter ce grand plaisir dans mes oeuvres."
    Mantra of the light (1993) est une pièce de 30 minutes pour orchestre et choeur féminin. Le caractère asiatique de l'écriture n'est pas flagrant, mais on perçoit très bien cet "esprit de son" que cultive Nishimura : pendant de longues périodes, la masse orchestrale ondule lentement autour de sons fixes (graves ou suraigus). L'introduction est mouvementée, parcourue de flammèches sonores de plus en plus touffues (pépiements de bois et de piano). Presque des échos de la Turangalila par moments. Après une césure le choeur entre sur de longs frottements éthérés, soutenus par un frisson continu de l'orchestre à l'arrière-plan. Les voix sont utilisées de façon psychédélique, presque comme des nappes de synthétiseurs. Il y a un côté new age dans ces voyelles planes qui enflent et dégonflent comme des effluves de poussière jouant avec la lumière. On peut même imaginer mieux : le vrombissement sourd du vaisseau spatial, les voix fuyantes d'esprits invisibles, le sifflement discret d'un générateur d'énergie positronique : en forçant un peu, on nage en plein film de science-fiction !
    La fin de l'oeuvre est étonnante : à l'issue d'un grand crescendo de cymbales et d'un bref gloussement du choeur surgit un énorme do en tutti de cordes , une note fixe qui reste là sans bouger pendant plus d'une minute, pour finalement s'éteindre sans plus d'explications. C'est sûrement très frappant en salle. Pour l'écoute domestique, l'usage de stupéfiants est sûrement un plus appréciable.

    The navel of the sun (1989, orchestre et hichiriki - c'est-à-dire hautbois traditionnel japonais) et Tapas (1990, concerto pour basson, percussions et cordes) partagent grosso modo la même inspiration contemplative et hypnotique. Les trois pièces sont regroupées sur un disque Camerata Contemporary Archives.

    Le Quatuor n°2 "Pulses of light" (1992) me paraît assez différent – bien que le titre évoque encore une sombre histoire de lumière. C'est un morceau très étrange, et extrêmement stimulant. Nishimura semble s'être jeté le défi d'utiliser toutes les techniques contemporaines d'instruments à cordes, et de façon toujours plus dense. L'oeuvre, pleine de pauses et de ruptures de ton, débute sur une sorte de "jingle" énergique sur une seule note, qui rappelle les fameux coups de timbales introductifs dans la 9e de Beethoven. Les cordes se mettent d'emblée à siffler, à glisser, à grincer. Certains épisodes bruiteux avancent par affolement progressif, d'autres par enchâssement bien groovy sur une pédale pulsée. Par contraste avec ces multiples textures modernes, un chant modal et clair surgit par moments, s'installe quelques instants dans un décor murmurant (trilles et trémolos sul ponticello) duquel s'extrait peu à peu un commentaire grinçant. Les passages lyriques sont d'autant plus beaux, égarés ainsi au milieu d'amas de sons bruts ; l'un d'entre eux est un superbe chant de violoncelle sur... une note, jouée quatre fois.
    Un épisode en sifflements harmoniques fait le lien entre les deux mouvements. Comme dans un concentré (ou une parodie) de forme classique, les deux premières minutes du 2e mvt jouent le rôle d'un scherzo : une cascade de sons incroyables, rebondis (une sorte d'effet delay !), glissés, sifflés. La découpe rythmique est lapidaire, haletante. Jusqu'à la fin du mouvement, le feu d'artifice technique ne fait que s'intensifier, par accélération, combinaison toujours plus dense des techniques employées jusqu'alors isolément. Certains passages sont de vrais grooves au sens propre, presque pulsés comme de l'électro, ou même du métal. Fait-il consciemment emprunt à certaines musiques actuelles ? C'est en tous cas très efficace, et joué avec fougue par les Lotus (sur l'album Landscapes déjà évoqué).
    Même si la succession peut parfois faire un peu "défilé de trouvailles" (mais n'est-ce pas un peu pareil dans les quatuors de Ligeti ?*), c'est une pièce ébouriffante et très stimulante sur le plan sonore. Je comprends mal la pertinence de l'étiquette "nouveau lyrisme" dans le cadre de cette pièce. En tous cas, je vous conseille chaudement d'écouter ça, au moins pour la curiosité ! bounce


*EDIT : n'importe quoi... après réécoutes, la dramaturgie des Ligeti est bien plus lisible.
(A suivre : Yoshimatsu et Hosokawa)


Dernière édition par jerome le Jeu 15 Juil 2010 - 17:09, édité 1 fois
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Théo taschimor
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyMar 13 Juil 2010 - 8:56

Il faudra que je vienne faire un tour ici car je m'intéresse beaucoup aux
compositeurs japonais,TORU TAKEMITSU,bien sûr,mais aussi TOSHIRO
MAYUZUMI,(déjà évoqué ici),AKIRA TAMBA,MAKI ISHII,MINORU MIKI,AKIRA
NISHIMURA,(déjà évoqué),FUMIO YASUDA,SOMEI SATOH,(déjà cité),
ATSUTADA OTAKA,TOSHIO HOSOKAWA (déjà cité) et TAKASHI YOSHIMATSU.

Le compositeur qui,après TAKEMITSU,retient le plus mon attention ici,parmi
les générations d'après,est TOSHIO HOSOKAWA.
J'ai aussi une forte sympathie pour la musique de YOSHIMATSU,très intemporelle,hors mode,loin des perversités de l'avant-garde et qui prend quelque-part ses racines au sein d'une histoire triste mais profondément
poétique. "Sa petite soeur était atteinte d'un cancer dont l'issue lui fut
fatale et,consciente de sa réalité,elle dit à son frère TAKASHI qui lui rendait
régulièrement visite à l'hôpital: << Lorsque je mourrai,je me réincarnerai
en oiseau.>> Il y a beaucoup d'oiseaux depuis,dans sa musique,que ce
soit le fantôme de l'un d'eux dans une envolée lyrique,le chant de plusieurs par l'expression des vents,un battement d'aile et tout ce que l'imagination peut construire éphémèrement,pendant l'écoute de l'une de ses oeuvres. Edité chez Chandos,on peut aussi apercevoir des oiseaux sur les pochettes de tous ses disques.
Pour ce qui est de sa musique,elle n'est pas révolutionnaire,n'en a de toute
façon pas l'ambition,est le plus souvent un continuel hymne à la vie pouvant épouser les traits d'un concerto,d'une symphonie ou d'une pièce
orchestrale,un hymne coloré,généreux et profondément poétique auquel j'adhère volontiers et sans retenue.

Pour ceux qui voudrons rompre avec cette musique en "déphase" avec son
temps,il pourront toujours se raccrocher aux pièces concertantes et bien
plus "torturées" d'AKIRA TAMBA,compositeur né en 1932. Je pense à ses
deux concertos,MANDALA pour piano et orchestre (1982) et ORION,pour
violoncelle et orchestre (1991). J'essaierai d'en faire le récit après une
nouvelle écoute. J'espère que le bon souvenir que j'en ai gardé ne va pas
s'émousser lors de cette nouvelle écoute.
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antrav
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyMer 14 Juil 2010 - 2:54

jerome a écrit:

Akira Nishimura (1953)


Le Quatuor n°2 "Pulses of light" (1992) C'est un morceau très étrange, et extrêmement stimulant.

Pas la peine de (mal) paraphraser tout ce que tu as dit, je le fais quand même un peu... C'est vraiment enthousiasmant tant du point de vue esthétique qu'émotionnel. Sa façon de sauter sur le quatuor pour lui faire rendre des sonorités pareilles est une petite merveille. C'est frais, réjouissant et le titre est finalement très bien choisi.
S'il prend de la distance vis à vis de Takemitsu et de ses moyens compositionnels je trouve qu'il y a un fond commun dans la façon de concevoir le discours, travail en progression, voyage au travers d'atmosphères luxuriantes, accent mis sur la sensualité sonore. On peut trouver chez Nishimura un petit plus sans doute, sa façon de vertébrer ces plages voluptueuses par un élan rythmique vigoureux et assez irrésistible comme tu le soulignes. On sent derrière cette oeuvre une vivacité d'inspiration, une fougue qui donne envie de découvrir d'autres oeuvres.

Un excellent conseil. Je trouve que ça mérite d'être écouté (et réécouté). Very Happy
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HOLLIGER
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyDim 5 Sep 2010 - 15:55

David, tu pourrais nous parler d'Hosokawa, tu connais, apparemment.
Moi, peu, mais ce que j'en entends est superbe!
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyDim 5 Sep 2010 - 16:35

J'avais dit à Jérôme que j'en reparlerais, mais je n'ai plus sous la main l'essentiel de ce que j'avais, et je n'ai pas eu envie ces derniers temps de me replonger dans cette musique que j'aime beaucoup, effectivement. Il faut que je le fasse, que je regarde ce qui est disponible, et que j'en dise un mot. Embarassed
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyDim 5 Sep 2010 - 17:25

J'ai le souvenir d'avoir entendu vers 1970 à la radio une oeuvre très kitsch pour orchestre symphonique et choeur vocalisé qui s'appelait "chateaux au japon".

Cela existait en disque vinyle, comme en témoignait le catalogue diapason de l'époque.

Quelqu'un aurait-il une idée du compositeur ?
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyLun 6 Sep 2010 - 14:24

DavidLeMarrec a écrit:
J'avais dit à Jérôme que j'en reparlerais, mais je n'ai plus sous la main l'essentiel de ce que j'avais, et je n'ai pas eu envie ces derniers temps de me replonger dans cette musique que j'aime beaucoup, effectivement. Il faut que je le fasse, que je regarde ce qui est disponible, et que j'en dise un mot. Embarassed

J'ai écouté cette nuit ce disque montaigne de musique de chambre, c'est hypnotisant!
Il y a aussi un double cd ecm avec du Carter et du Yun aussi, superbe.
J'ai la flemme aussi d'en dire plus!
Et comme tu es bombardé docteur es exégèse universelle, j'attends ton mot. Cool

PS : j'ai ensuite écouté 2 cds de Lachenmann : 1 de trios et un musique pour un seul instruments ; c'est trop expérimental, au bout d'un moment, ça manque de musique.. et finalement d'inventivité.
On a pas envie d'écouter ces disques en boucle, bien que ce ne soit pas inintéressant non plus!
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyLun 6 Sep 2010 - 15:03

J'ai découvert pas mal de Hosokawa au début de l'été. Je projetais de monter un petit dossier sur lui, mais l'envie m'a passé. Voici quand même quelques impressions rapides, d'après mes souvenirs.

Musique de chambre

In Memory Isang Yun, pour trio avec piano : celle qui m'a le plus marqué. Ecrit en mémoire de son vieux professeur. C'est très limpide et assez continu, une sorte de musique des sphères. Le piano très retenu lance quelques notes sur un tapis de doubles cordes, douces et douloureuses. Il y a beaucoup d'échos : le piano répète souvent une note énoncée par les cordes, la met en valeur sans la développer pour autant. Ces émergences furtives donnent une impression de nudité, de simplicité émue. Beaucoup de souffle, un souffle tranquille et réparateur.

Fragmente II, pour flûte alto et quatuor. Plus acéré, plus difficile. Mais la chaleur de la flûte alto crée des mixtures savoureuses, souvent associée à des effets spéciaux de cordes.

Landscape 1, pour quatuor à cordes. Un pas de plus dans l'hermétisme. Le début, très dépouillé, m'a fait penser à des gouttes d'encre qu'on jetterait sur une toile vierge, et qui traceraient tranquillement des lignes en coulant : plusieurs fois, un pizz claquant prolongé par des tenues murmurées, qui évoluent subtilement (modes de jeux spéciaux). D'après ce que j'ai entendu à la radio, les paysages qu'évoque le titre sont à considérer sous l'angle de la peinture japonaise, dans laquelle l'évocation de la nature est investie, entre autres, d'une réflexion sur le paradoxe solide-liquide (montagne, air, eau se mélangent, s'affrontent tout en s'unissant). Je ne maîtrise pas du tout ces idées-là, mais à l'écoute c'est plutôt parlant : pour peu qu'on s'immerge, on assiste à un jeu de matières et d'espaces énigmatique et envoûtant.

Musiques pour shô et accordéon (disque Deep silence) : le shô est un orgue à bouche utilisé dans le théâtre traditionnel Gagaku, un univers visiblement très important pour les japonais. Hosokawa en tire un travail sur la respiration, les flux et les reflux ; idée qui imprègne d'ailleurs manifestement une grande partie de sa production. Je n'ai pas vraiment accroché, il doit falloir se mettre dans un état de transe pas possible pour parvenir à habiter ces longues nappes de sons très uniformes. Les scintillements harmoniques ont l'air volontairement retenus, ça reste assez "sage" de ce point de vue.

Orchestre

Voiceless voices in Hiroshima pour orchestre, cheur, solistes et récitants (enregistrés ?). C'est un gros morceau en cinq parties, composé à l'occasion d'une cérémonie commémorative des bombardements, etc. Des extraits de témoignages de survivants se posent sur le tapis orchestral ; d'abord une voix d'enfant en allemand, puis d'autres personnages et d'autres langues se greffent, se mélangent. J'imagine l'ambiance intense que ce procédé a pu créer en salle lors de la création. La première partie, longtemps conçue comme une pièce indépendante avant d'être finalement étendue pour les besoins de la commande, m'a semblé la plus dense du point de vue orchestral. La plus moderne aussi ; on n'a pas l'explosion de la bombe, mais un lent accroissement du sentiment de danger, une panique qui agite peu à peu l'orchestre, de très belle façon. C'est cette première section que j'ai réécoutée plusieurs fois. Les suivantes sont plus coulées, plus planantes. Hosokawa illustre les "voix de l'hiver", les forces du renouveau qui très lentement réinvestissent l'endroit pour cicatriser la plaie et reconstruire une ville sur les ruines. C'est très doux, très lounge, il faut parvenir à se laisser porter par ces interminables coulées éthérées, pour ma part je n'ai pas complètement adhéré. Mais encore une fois, vu la finesse du travail orchestral dans les textures ouatées, ça doit être génial en concert.

Circulating ocean, pour orchestre. Cette pièce a l'air réputée, et elle est en effet très saisissante. Au départ, il voulait la nommer Das Meer ; c'est un prolongement direct du poème symphonique de Debussy, éminemment descriptif, 100% musique à programme (j'ai parfois pensé aussi aux cataclysmes de l'Acte Préalable). Les titres des parties évoquent très clairement les différentes humeurs de l'océan au fil de la journée : calme plat, vagues, tempête etc... L'orchestration est d'une grande efficacité, et en même temps fine et fouillée ; ce n'est qu'un spectacle visuel, en fin de compte, mais en ne cherchant pas plus loin on en a vraiment plein les yeux. A grande échelle, je crois me souvenir qu'on assiste à deux gigantesques crescendos et à leur dilution lente. Belle utilisation des flûtes graves. La toute fin est splendide : un interminable scintillement statique (triangles) qui met plusieurs minutes à s'éteindre ; on contemple un immense ciel étoilé, qui nous endort presque. Les notions de respiration, de flux et reflux, sont mises en avant au premier degré, sans trace de spéculation intellectuelle. Je ne sais pas si, passé cet émerveillement sensuel, la pièce est dotée d'une richesse inépuisable (il m'est arrivé de m'ennuyer un peu à la réécoute) - en tous cas, au moins pour se faire un gros shoot de sensualité orchestrale, ça vaut carrément le coup. bounce
Ça existe en Naxos Japon (en complément de La Mer de Debussy), mais je n'ai pas réussi à le commander. Je me suis procuré deux archives de concerts, dont l'une est compressée mais très audible. A écouter. Smile
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyJeu 25 Aoû 2011 - 2:49

Hosokawa: Ferne-Landschaft II pour orchestre

Pièce ultra-statique, presque entièrement construite autour d'un seul grand accord de mode 2, avec des variations d'intensité, de timbres, des glissandi... mais c'est très beau et ça tient tout de même la durée! (plus de 14 minutes)

Très bon premier contact avec ce compositeur. Smile
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyJeu 25 Aoû 2011 - 3:05

Voyage I pour violon et ensemble

Très chouette aussi.
Je pense à un mélange de Saariaho, Fedele et Scelsi.
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptySam 5 Nov 2011 - 13:35

Mis à part Takemitsu que j'ai un peu plus exploré, je ne connais que quelques pièces des compositeurs que tu cites:

* Mayuzumi: Bunraku pour violoncelle seul.

Je pense en avoir un peu parlé quelque part. Une pièce très séduisante qui fait référence au théâtre de marionnettes. Ca tient très bien la longueur (une dizaine de minutes). C'est varié, il y a des références à la musique japonaise qui sont plus des échos discrets mais efficacement évocateurs qu'une bête tentative de taper des des gammes extrême-orientales sur un violoncelle. J'aime vraiment bien.

* Hosokawa: Landscape I et II pour quatuor à cordes et harpe et quatuor à cordes respectivement.

Il m'a semblé être dans un esthétique plus proche de Takemitsu. Leurs oeuvres partagent cette impression de temps suspendu très poétique mais avec un côté plus incisif chez Hosokawa. Pas exactement agressif mais plus tranchant.

DavidLeMarrec a écrit:
Merci Jérôme. Sur Hosokawa, oui, j'ai à dire, et que du bien, même si les Landscapes ne sont pas la part la plus séduisante de sa production.

jerome a écrit:
J'ai découvert pas mal de Hosokawa au début de l'été. Je projetais de monter un petit dossier sur lui, mais l'envie m'a passé. Voici quand même quelques impressions rapides, d'après mes souvenirs.

Je me demande s'il ne mériterait pas son fil à lui. Moi qui ne suis pas particulièrement spécialiste des japonais, j'avais plusieurs fois entendu parler de lui et souvent en bien. C'est d'ailleurs ces éloges qui m'ont mis sur la piste de sa musique (il y a quelques pièces dans le tube).
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyLun 7 Nov 2011 - 9:37

Hosokawa: Circulating Ocean

jerome a écrit:
Cette pièce a l'air réputée, et elle est en effet très saisissante. Au départ, il voulait la nommer Das Meer ; c'est un prolongement direct du poème symphonique de Debussy, éminemment descriptif, 100% musique à programme (j'ai parfois pensé aussi aux cataclysmes de l'Acte Préalable). Les titres des parties évoquent très clairement les différentes humeurs de l'océan au fil de la journée : calme plat, vagues, tempête etc... L'orchestration est d'une grande efficacité, et en même temps fine et fouillée ; ce n'est qu'un spectacle visuel, en fin de compte, mais en ne cherchant pas plus loin on en a vraiment plein les yeux. A grande échelle, je crois me souvenir qu'on assiste à deux gigantesques crescendos et à leur dilution lente. Belle utilisation des flûtes graves. La toute fin est splendide : un interminable scintillement statique (triangles) qui met plusieurs minutes à s'éteindre ; on contemple un immense ciel étoilé, qui nous endort presque. Les notions de respiration, de flux et reflux, sont mises en avant au premier degré, sans trace de spéculation intellectuelle. Je ne sais pas si, passé cet émerveillement sensuel, la pièce est dotée d'une richesse inépuisable (il m'est arrivé de m'ennuyer un peu à la réécoute) - en tous cas, au moins pour se faire un gros shoot de sensualité orchestrale, ça vaut carrément le coup. bounce

Je suis assez d'accord avec toi.

Pour ma part, j'ai identifié trois parties: un début lent mais pourvu d'une gigantesque énergie potentielle qui évoque très bien la puissance de l'océan. L'orchestre m'a paru massif et peu différencié on est vraiment en plein coeur d'un maelstrom sonore. C'est très impressionnant mais ça devient presque trop. Heureusement, cette première partie colossale cède la place juste au bon moment à un deuxième épisode au cours duquel des motifs descendants isolés commencent à émerger avec peine: deux notes puis progressivement trois, quatre. La puissance, certes apaisée, reste considérable. Cela nous mène logiquement à la troisième partie dans laquelle apparaissent des mélodies d'abord introduites par des instruments graves (basson, violoncelle, etc.) puis poursuivies par les autres membres de l'orchestre maintenant pleinement libérés. L'oeuvre s'achève sur de très beaux scintillements fluctuants, jeux de vaguelettes sur les rochers.


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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyDim 24 Aoû 2014 - 16:46

Petit retour, donc, sur Mamoru Samuragochi et sa Symphonie Hiroshima.

Pour ceux qui auraient réussi à passer à travers, le nom de ce compositeur est devenu mondialement célèbre lorsque l'on découvrit qu'il s'agissait en fait d'un formidable escroc. Depuis vingt ans, l'homme était adoré des Japonais, qui le surnommaient le « Beethoven japonais » du fait de sa surdité, qui ne l'empêcha pas de composer diverses choses, et notamment la fameuse Symphonie numéro 1 « Hiroshima », qui fut un grand succès au Japon est devint un symbole de la reconstruction du pays, rebaptisée d'ailleurs par certains « Symphonie de l'espoir ». Mais récemment, Takashi Niigaki, compositeur et professeur de musique, a révélé être le nègre de Samuragochi depuis dix-huit ans. Un choc considérable pour la société japonaise, d'autant que Samuragochi a avoué ne pas être l'auteur de « ses » compositions, et a de plus reconnu que sa surdité était très largement inférieure à ce qu'il prétendait, en offrant des explications par ailleurs embrouillées.

La question reste du coup posée : en attendant que soit dénoués les noeuds de cet imbroglio musical, à quoi doit-on attribuer la paternité des compositions ? Je serai plus prudent que Wikipedia et resterai sur la version officielle, appliquant le célèbre adage : « c'est le monsieur qu'a son nom sur le disque qu'a composé le disque ». Mais, dans l'avenir, les choses iront probablement autrement. Avec au passage une publicité internationale monstre pour Takashi Niigaki et ses oeuvres, quand bien même l'homme a fait montre de repentance en considérant être lui-même coupable du mensonge, qu'il qualifie de crime. Au Japon, on n'est pas des guignols et on ne rigole pas avec l'honneur.

La Symphonie Hiroshima, on peut l'entendre grâce à ce disque que l'on ne peut pas entendre puisqu'il est indisponible partout :

Contemporains japonais sans domicile fixe 4111051194

Au sortir d'une première écoute, qu'en dire ? Je suis très mal placé pour donner des opinions érudites, donc je vais me contenter d'un ressenti d'usage. D'abord, j'ai trouvé ça très beau. Mélodiquement, des passages pleins de douceur alternent avec des moments beaucoup plus agités, voire chaotiques, mais ce serait exagéré de dire qu'ils sont violents. Certains épisodes de cette symphonie font tout bonnement penser à un bande-originale de film un peu plus courageuse que la moyenne, d'autres ont clairement plus une dimension « classique ». Mais là j'emploie le terme à propos : aussi belle soit cette symphonie (elle l'est, vraiment), elle n'est pas non plus foncièrement originale. Le début fait beaucoup penser à Ravel (La Valse, surtout), et on jurerait par moments que l'ombre de la Symphonie Turangalila plane volontiers sur l'ensemble, sans jamais d'ailleurs atteindre sa profonde singularité.

Il n'en ressort pas moins une profonde gravité, une lourdeur aussi, avec des phases volontiers écrasantes qui font leur effet, mais aussi une exaltation de la beauté qui permet de comprendre que les Japonais aient ressenti autant d'espoir dans cette Symphonie : on est loin d'une composition macabre ou morbide, mais vraiment dans une énergie positive, l'expression d'un désir de vie qui trouve toute sa force dans les dernières minutes du troisième mouvement, que d'aucuns risquent toutefois de trouver aussi un petit peu trop larmoyant. Bref, une chose est certaine, malgré mes petites réserves, je reviendrai sans aucun doute vers cette symphonie qui m'a très volontiers titillé les oreilles et me donne envie de la creuser un peu plus en profondeur.
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyVen 4 Sep 2015 - 23:52

Xavier, in playlist, a écrit:

Mélomaniac a écrit:

Maki Ishii (1936-2003) :

遭遇 II

= Ensemble Gagaku ; Seiji Ozawa, Orchestre philharmonique du Japon

(Emi, juin 1971)

Smile Le titre japonais signifie rencontre, et désigne ici le dialogue interculturel entre un groupe d'instruments traditionnels nippons et un orchestre symphonique.
Le compositeur, né à Tokyo, avait complété à Berlin ses études musicales, à la fin des années 1950, auprès de Boris Blacher et Josef Rufer.


Contemporains japonais sans domicile fixe Ishii_10

C'est un CD?
Voilà une oeuvre de Takemitsu que je ne connais pas du tout...



Smile Oui, c'est dispo en CD, isolé (B00YNO24CQ) ou alors dans le coffret récemment réédité par Warner (B00UI8TSCU).

On peut lire une présentation des deux oeuvres au verso de la pochette du vinyle :

Spoiler:
 

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Xavier
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyVen 4 Sep 2015 - 23:58

Je vois qu'il y a aussi une version numérique enregistrée par Botstein... merci.
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bouddha
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MessageSujet: contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyJeu 8 Oct 2015 - 19:12

Bonsoir,

dois-je conclure qu'ils sont aux japonais absents ??!
cordialement
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MessageSujet: Re: Contemporains japonais sans domicile fixe   Contemporains japonais sans domicile fixe EmptyMar 16 Juin 2020 - 16:25

Extrait du fil playlist :

Contemporains japonais sans domicile fixe 116282401

Yasuji KIYOSE (1900-1981)

Japanese Festival Dances
Elegie
Primitive Dance
Concerto pour piano
To ancient Times

New Symphony Orchestra Tokyo - Yasushi Akutagawa
Piano, Hikaru Hayashi
Fontec records, 1982


Ainé de la nouvelle vague des compositeurs japonais, Kiyose a été d'ailleurs l'un des professeurs de composition de Takemitsu ainsi qu'une influence majeure dans la recherche d'un mélange entre la musique traditionnelle et l'idiome européen.
Mais la musique de Kiyose n'a pas le même intérêt que celle de Takemitsu, notamment parce que les influences européennes sont encore trop prégnantes, on passe de choses folkloriques à du romantisme plus épais dans l'Elégie par exemple.
Pas désagréable en soit mais ça manque d'un caractère plus affirmé, d'un peu plus de contraste.

Les annotations sur le disque indiquent que Kiyose a composé la plupart de ses oeuvres en utilisant la gamme pentatonique mais ça ne ressort pas forcément dans les oeuvres jouées ici, pas à mon oreille en tous les cas. L'influence de Bartok est également évoquée et ça peut effectivement y faire penser dans les aspects folkloriques mais avec moins de réussite dans la mise en perspective de ce folklore.
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