Autour de la musique classique

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 Rodion Shchedrin (1932-)

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Benedictus
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MessageSujet: Re: Rodion Shchedrin (1932-)   Rodion Shchedrin (1932-) - Page 2 EmptySam 26 Oct - 0:02

Rodion Shchedrin (1932-) - Page 2 Chtche10
Carmen-Suite¹. Anna Karénine, musique romantique²
Guennadi Rojdestvenski / Cordes et Percussions de l’Orchestre du Théâtre du Bolchoï, Moscou¹. Evgueni Svetlanov / Orchestre Symphonique d’URSS²
Moscou, 1967¹; II.1979²
Melodiya / BMG «Authorized Shchedrin»


Grosse réévaluation de la Carmen-Suite. J’ai en effet été totalement électrisé par cette nouvelle écoute.

Il est très vraisemblable que ça vienne en grande partie de l’interprétation: ici, la captation est très frontale et chaleureuse, le spectre très plein, très coloré et les cordes bien typées (alors que chez Pletnev les percussions sonnent très rond, comme ouatées par des cordes aussi soyeuses qu’envahissantes, et chez Kuchar, tout sonne très malingre et uniformément pâle), et surtout Rojdé dirige ça de façon très animée et contrastée (alors que Pletnev et Kuchar sont franchement indolents.) Du coup, on perçoit beaucoup mieux les singularités de l’œuvre:

1. Si l’on a le plaisir de retrouver les thèmes de Bizet, le traitement de Chtchédrine est très respectueux (aucune distorsion ironique - ce n’est pas du tout Chosta citant l’ouverture de Guillaume Tell) mais ne se contente pas d’une sorte de suite de tubes en réduction: le matériau y est retravaillé et réorganisé suivant une logique narrative et dramatique propre, et très intense;

2. Le rendu du détail des timbres et des textures des percussions (le grain est vraiment formidable) permet de sentir l’extraordinaire maîtrise de l’écriture de Chtchédrine pour ces pupitres. Peu d’œuvres permettent d’entendre à ce point toutes les ressources de ces intruments, qui sont ici mobilisés pour produire des alliages de couleurs et des atmosphères harmoniques d’une incroyable richesse, et même pour déployer un discours mélodique singulièrement vivant et  articulé.

Donc vraiment une redécouverte enthousiaste!


J’ai aussi bien aimé Anna Karénine, même si le langage, très soviétique m’y a semblé plus convenu. Il n’empêche que, même dans ce cadre classiquement «post-chostakovien», Chtchédrine m’a paru se distinguer par certaines qualités qui lui sont indiscutablement propres.

D’abord, son efficacité narrative et dramatique: dans cette musique de ballet, Chtchédrine manifeste un art assez remarquable dans la gestion en continu d’un flux où la tension ne retombe jamais (par une certaine façon de retenir les effets de tension/détente, une utilisation assez frappante des rappels thématiques et des effets cycliques...), avec en particulier une manière tout à fait singulière de faire progresser le récit en accumulant continûment la tension jusqu’à des culminations qui ne ressemblent pas à des climaxes tonitruants, mais plutôt à de très beaux moments suspendus qui produisent un effet «œil du cyclone» (j’avais d’ailleurs déjà remarqué cette propension dans son opéra Le Voyageur ensorcelé.)

D’autre part, d’une manière qui touche plus directement à l’écriture musicale, j’ai eu l’impression que Chtchédrine réalisait une sorte de «re-tchaïkovskisation» du langage chostakovien.

C’est d’abord manifeste dans l’écriture mélodique: la syntaxe de Chtchédrine est bien cette tonalité cabossée aux harmonies grinçantes; mais, s’il sait l’utiliser ponctuellement pour créer des moments poisseux et évasifs (l’incipit, par exemple), il parvient aussi à la plier à une expression mélodique beaucoup plus franche et effusive, tantôt lyrique, tantôt conflictuelle (le sous-titre de l’œuvre est d’ailleurs «musique romantique») - et pour le coup assez éloignée des «mélodies déceptives», à l’expression déprimée ou sarcastique.

C’est au moins aussi sensible dans l’orchestration: à la différence de Chostakovitch, qui procède souvent par grands aplats gris sur lesquels se détachent des solos toujours un peu semblables (caisse claire, violon crincrinant, vents nasillards...) et de grands tutti un peu opaques, Chtchédrine utilise de manière beaucoup plus variée tout l’empan des ressources de l’orchestre, avec une façon assez typiquement tchaikovskienne de «tuiler» des boucles mélodiques solistes aux timbres très variés, de créer des arrière-plans aux textures différenciées et stratifiés qui font ressortir les contrechants, et plus globalement d’exalter le matériau thématique en le faisant circuler entre des pupitres aux timbres très individualisés.

Je ne connais pas d’autres versions de cette œuvre, mais il paraît évident que la manière expansive et directe de Svetlanov (sans doute accentuée par l’atmosphère du live) rend justice à l’espèce de romantisme renouvelé de l’écriture de Chtchédrine. Et même si cette musique n’est pas de celles qui me parlent le plus immédiatement, je dois dire que j’ai écouté cette œuvre avec un intérêt constant.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Rodion Shchedrin (1932-)   Rodion Shchedrin (1932-) - Page 2 EmptySam 26 Oct - 2:33

Анастасия231 a écrit:
Meow ! cat

Cela dit, je n'entends pas du tout de Mitia dans Anna Karénina (en revanche, des citations du 2e quatuor à cordes et de la 3e symphonie de Piotr Ilyitch ainsi que le matériau principal d'une musique que Chtchédrine a écrit pour la version cinématographique du Roman de Tolstoï en 1967, d'ailleurs son épouse Maïa y a participé dans un rôle secondaire). Qui plus est, il est difficile de se faire une idée globale d'un ballet de 85 minutes avec un réarrangement sous-titré "Musique Romantique" de 25 minutes, bien qu'on y gagne la voix de la prima ballerina assoluta du Bolchoï qui récite les dernières pensées d'Anna avant son suicide ferroviaire. C'est un peu comme juger la 5e de Mahler avec uniquement la Trauermarsch et l'Adagietto avec l'Ewig de Kathleen en supplément.

Анастасия231 a écrit:
Cela dit, je n'entends pas du tout de Mitia dans Anna Karénina
Si tu préfères: ce langage harmonique qui est un peu la lingua franca de la musique soviétique, et dont Chostakovitch est quand même la figure la plus emblématique. (D'ailleurs, Chostakovitch a quand même bien influencé Chtchédrine, non?)

Анастасия231 a écrit:
Qui plus est, il est difficile de se faire une idée globale d'un ballet de 85 minutes avec un réarrangement sous-titré "Musique Romantique" de 25 minutes, bien qu'on y gagne la voix de la prima ballerina assoluta du Bolchoï qui récite les dernières pensées d'Anna avant son suicide ferroviaire.
Mais est-ce que ce réarrangement ne doit pas être considéré comme une œuvre dérivée mais autonome? Rien que ce sous-titre («musique romantique» et non «suite de ballet») me l'avait donné à penser - disons que je m'imaginais qu'il s'agissait plutôt de quelque chose comme la Symphonie «Mathis der Maler» que comme les suites de Daphnis ou du Mandarin merveilleux.

Au demeurant, comme ce n'est tout de même pas non plus un langage qui me touche si fortement (et que je ne suis pas du tout balletomane), je ne suis pas sûr que j'aurais autant apprécié 85 minutes de cette musique (alors que les 95 minutes de la 4ᵉ Symphonie de Tichtchenko, ça passe crème.)

Анастасия231 a écrit:
C'est un peu comme juger la 5e de Mahler avec uniquement la Trauermarsch et l'Adagietto avec l'Ewig de Kathleen en supplément.
Ben justement, la 5ᵉ de Mahler, moins j'en ai, mieux c'est...  Embarassed
(Déjà, rien qu'en me dispensant du Scherzo et du Finale, ça passe mieux.)
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MessageSujet: Re: Rodion Shchedrin (1932-)   Rodion Shchedrin (1932-) - Page 2 EmptySam 26 Oct - 13:22

[hs]Mais c'est merveilleux, le Scherzo de la 5e de Mahler...[/hs]
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Анастасия231
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MessageSujet: Re: Rodion Shchedrin (1932-)   Rodion Shchedrin (1932-) - Page 2 EmptySam 26 Oct - 17:39

Benedictus a écrit:
Анастасия231 a écrit:
Meow ! cat

Cela dit, je n'entends pas du tout de Mitia dans Anna Karénina (en revanche, des citations du 2e quatuor à cordes et de la 3e symphonie de Piotr Ilyitch ainsi que le matériau principal d'une musique que Chtchédrine a écrit pour la version cinématographique du Roman de Tolstoï en 1967, d'ailleurs son épouse Maïa y a participé dans un rôle secondaire). Qui plus est, il est difficile de se faire une idée globale d'un ballet de 85 minutes avec un réarrangement sous-titré "Musique Romantique" de 25 minutes, bien qu'on y gagne la voix de la prima ballerina assoluta du Bolchoï qui récite les dernières pensées d'Anna avant son suicide ferroviaire. C'est un peu comme juger la 5e de Mahler avec uniquement la Trauermarsch et l'Adagietto avec l'Ewig de Kathleen en supplément.

Анастасия231 a écrit:
Cela dit, je n'entends pas du tout de Mitia dans Anna Karénina

Si tu préfères: ce langage harmonique qui est un peu la lingua franca de la musique soviétique, et dont Chostakovitch est quand même la figure la plus emblématique. (D'ailleurs, Chostakovitch a quand même bien influencé Chtchédrine, non?)

Figure emblématique certes, mais il n'était pas l'Unique option inébranlable de l'art musical soviétique. Sinon, tu as raison, Rodion Konstantinovitch a été bel et bien influencé par Mitia mais cette influence s'est quelque peu diluée, estampée dans la second moitié des années 1960 au profit de l'école polonaise et de l'école "Vieille Russie" sous l'égide bienveillante de Sviridov (2e concerto pour orchestre "Les Cloches", Poétoria, Lénine est dans le cœur du peuple...).

Benedictus a écrit:
Анастасия231 a écrit:
Qui plus est, il est difficile de se faire une idée globale d'un ballet de 85 minutes avec un réarrangement sous-titré "Musique Romantique" de 25 minutes, bien qu'on y gagne la voix de la prima ballerina assoluta du Bolchoï qui récite les dernières pensées d'Anna avant son suicide ferroviaire.

Mais est-ce que ce réarrangement ne doit pas être considéré comme une œuvre dérivée mais autonome? Rien que ce sous-titre («musique romantique» et non «suite de ballet») me l'avait donné à penser - disons que je m'imaginais qu'il s'agissait plutôt de quelque chose comme la Symphonie «Mathis der Maler» que comme les suites de Daphnis ou du Mandarin merveilleux.
Au demeurant, comme ce n'est tout de même pas non plus un langage qui me touche si fortement (et que je ne suis pas du tout balletomane), je ne suis pas sûr que j'aurais autant apprécié 85 minutes de cette musique (alors que les 95 minutes de la 4ᵉ Symphonie de Tichtchenko, ça passe crème.)

Encore une fois, je dois te donner raison sur les intentions formelles de cette "Musique Romantique". Et puisque la musique de ballet n'est pas ton dada... je ne veux pas t'y forcer la main. Mais c'est dommage.

Benedictus a écrit:
Анастасия231 a écrit:
C'est un peu comme juger la 5e de Mahler avec uniquement la Trauermarsch et l'Adagietto avec l'Ewig de Kathleen en supplément.

Ben justement, la 5ᵉ de Mahler, moins j'en ai, mieux c'est...  Embarassed
(Déjà, rien qu'en me dispensant du Scherzo et du Finale, ça passe mieux.)

Dans ce cas, je recommence : C'est un peu comme juger la 6e de Mahler uniquement sur le Scherzo et l'Andante (ou/et inversement) avec un extrait des Kindertoten-Lieder par Kathleen à la fin. Mr. Green
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MessageSujet: Re: Rodion Shchedrin (1932-)   Rodion Shchedrin (1932-) - Page 2 EmptyLun 28 Oct - 13:56

En faisant quelques recherches pour le BT de Greg, je viens de croiser ce post ancien de Vinastasia Wink :

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Анастасия231
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MessageSujet: Re: Rodion Shchedrin (1932-)   Rodion Shchedrin (1932-) - Page 2 EmptyLun 28 Oct - 22:13

Il se trouve que le danseur cubain en question était justement le chorégraphe de ce ballet, Alberto Alonso. Smile

/watch?v=uciCPeNHCVw
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MessageSujet: Re: Rodion Shchedrin (1932-)   Rodion Shchedrin (1932-) - Page 2 Empty

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