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 Cavalleria Rusticana-I Pagliacci : ONP 2012, Oren/Del Monaco

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Polyeucte
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Polyeucte

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Cavalleria Rusticana-I Pagliacci : ONP 2012, Oren/Del Monaco Empty
MessageSujet: Cavalleria Rusticana-I Pagliacci : ONP 2012, Oren/Del Monaco   Cavalleria Rusticana-I Pagliacci : ONP 2012, Oren/Del Monaco EmptySam 14 Avr 2012 - 12:55

Cavalleria Rusticana – I Pagliacci : 13/04/2012


Opéra Bastille, Paris

Santuzzza : Violeta Urmana
Turiddu : Marcello Giordani
Lucia : Stefania Toczyska
Alfio : Franck Ferrari
Lola : Nicole Piccolomini

Nedda : Brigitta Kele
Canio : Vladimir Galouzine
Tonio : Sergey Murzaev
Beppe : Florian Laconi
Silvio : Tassis Christoyannis

Orchestre et Chœur de l'Opéra National de Paris
Maîtrise des Hauts de Seine/Chœur d'Enfants de l'Opéra National de Paris

Direction musicale : Daniel Oren

Mise en scène : Giancarlo Del Monaco


Première ce soir de Cavalleria à l'Opéra de Paris...

La mise en scène de Del Monaco fait déjà l'objet d'un DVD où on retrouve Galouzine et Urmana. Je dois dire que lorsque je l'ai acheté (en solde hein!), je n'avais pas eu le courage de le regarder en entier. Et bien en salle, la mise en scène passe beaucoup mieux. Non pas que ce soit révolutionnaire et parfait, mais c'est loin d'être moche ou surchargé. Disons que pour une fois, il a fait dans la simplicité relative.
Cavalleria se passe dans une carrière de marbre, ce qui permet d'occuper bien la grande scène de Bastille et de ménager une certaine perspective entre les différents personnages avec Santuzza n'ose que rarement monter là où se dressent les hommes pour la majorité du temps. La direction d'acteur reste assez sommaire, mais on bénéficie pour une fois d'une Urmana très impliquée dans le rôle. C'est d'ailleurs clairement ce rôle qui est le plus travaillé, dans ses attitudes et sa présence sur scène. Son refuge sous une passerelle par exemple, comme voulant disparaître par honte d'elle même est assez saisissant. Par contre, les chœurs sont trimbalés sans aucun sens, entrant peut avant de chanter, repartant ensuite... pourquoi ne pas avoir réussi à trouver quelques idées pour les occuper et ainsi limiter les entrées/sorties multiples ?? La vision en noir et blanc est en tout cas assez impressionnante et bien venue, contraste entre les couleurs de certaines musiques pleines de soleil venant se heurter avec la rigueur et la sévérité des personnages ainsi que du décor.
La mise en scène de Pagliacci est parfaitement traditionnelle ou presque. On retrouve tous les éléments obligés, avec la roulotte, la scène qu'on a déjà vu des dizaines de fois, les costumes de la comédie vus et revus... mais au delà de ça, on trouve quelques bonnes idées. Le personnage de Canio déjà est dès le début montré comme usé, épuisé... en arrivant, c'est lui qui tire le camion avec un harnachement. Et toute la première scène le montre assez sombre et usé. Nedda bénéficie de la silhouette de Brigitta Kele pour camper une femme très à son aise dans un monde d'hommes (avec son costume), mais se libère totalement à partir de son air pour montrer son vrai visage féminin. Contrairement à Cavalleria, les passages des chœurs ou juste musicaux sont très bien traités. Le grand chœur du début avec les photographies par exemple est une bonne idée. Mais le mieux reste la scène du maquillage des comédiens : alors que le drame est né, chacun se réfugie dans son coin de scène pour faire les mêmes gestes, allant comme à l’abattoir. Très bonne idée !
Par contre, vouloir à tout pris faire le lien entre les deux histoire est à mon avis une mauvaise idée. Déjà, présenter le Prologue de Pagliacci en début de Cavalleria pourrait être bien... sauf qu'il déséquilibre totalement les deux parties, enlevant à Pagliacci un impact dramatique dès le début ! L’œuvre de Leoncavallo est construite d'une manière bien particulière et du coup elle se trouve amputée d'un membre. Et le joint entre cette musique et celle de Mascagni ne montre que la grande différence de traitement de l'orchestre entre ces deux compositeurs. L'ajout du convoi mortuaire de Turridu au début de Pagliacci par contre est assez intéressant pour le changement d'esprit du chœur.

Musicalement, la soirée était très bonne globalement. L'orchestre dirigé par Daniel Oren était très efficace. On a entendu direction plus dramatique ou passionnée (Cavalleria manquait par moments cruellement de ces vagues de cordes passionnées) mais ça restait globalement efficace pour une musique qui vise quand même justement à ce drame plus qu'à la beauté à certains moments. Les chœurs étaient assez homogènes et bien tenus.
Comme toujours, très bons petits rôles dans les deux opéras.
Les deux femmes (Lola et Lucia) présentent des timbres de voix assez intéressants, avec une Toczyska qui passe parfaitement de la mère inflexible à la femme compatissante avec Santuzza. Piccolomini en Lola possède une certains sensualité mais aussi des aigus difficiles. Moins fille légère que d'habitude, on perd un peu le côté irréfléchi.
Ferrari commence sérieusement à poser problème. Le chant est toujours aussi relâché, mais n'a plus du tout le mordant qu'il montrait avant, et semble avoir perdu ses aigus. Dommage quand pour Alfio qui doit les lancer comme des coups de fouets. Du coup, Alfio devient un sombre méchant sans aucune noblesse ou violence.
Giordani fait une entrée assez catastrophique avec un air chanté des coulisses accumulant les poncifs du vérisme... Sa prestation par la suite sera meilleure avec une voix plus solide et propre mais qui reste quand même assez générique, tout comme son interprétation. Loin du Turridu vaillant et passionné on a là aussi un ténor un peu vieillissant comme le rôle.
En fait, la grande gagnante de Cavalleria reste Urmana ! Après une Forza assez difficile en décembre, elle revient dans un rôle à priori plus dans ses cordes. Alors bien sûr, les graves ne sont plus très assurés et les aigus des fois un peu tendus. Mais ce qui compense, c'est l'engagement ! Souvent placide, la chanteuse semble avoir trouvé en Santuzza un personnage qui lui correspond. Rude et perdue, elle varie la dynamique et les nuances pour vraiment montrer toutes les facettes du rôle. Et vocalement, la voix prend de l'aisance au fur et à mesure de l’œuvre. Claquante, roque ou plus souple, elle change et se plie aux mélodies. Une très belle Santuzza donc !

Pour Pagliacci, on est à un niveau vocal bien plus haut !
Florian Laconi propose un Beppe vraiment superbe, avec une délicatesse dans la sérénade d'Arlequin qui contraste parfaitement avec un chant plus brut au début de l’œuvre.
Murzaev en Tonio n'est pas avantagé par la mise en scène puisque qu'il chante le prologue puis se retrouve avec peu de choses par la suite. Malgré tout, on retrouve cette voix percutante qui avait donné des personnages noirs dans Otello ou Andrea Chénier. Son Tonio est violent et très sonore mais sans difformité dans la voix. C'est vraiment le mal violent et direct. Dans la comédie, il joue parfaitement et use d'effets comiques très bienvenus. Vraiment un baryton passionnant !
Autre baryton, Tassis Christoyannis impressionne. La voix est vraiment très belle avec une rondeur et un timbre très chaud. Mais en plus de cela, j'ai été marqué par une projection insolente ! Non pas que les autres soient de petites voix et il rivalise sans soucis avec un Murzaev qui est déjà d'un beau volume ! Son Silvio est passionné et mais très mature, loin du jeune homme de la campagne. C'est un rival sérieux pour Canio.
La grande révélation de la soirée aura été Brigitta Kele. Remplaçant Inva Mula, on gagne largement au change. Dès ses premières notes, la soprano montre une voix sûre, à la fois dramatique et lyrique avec un petit vibrato qui n'est pas sans rappeler Freni, mais avec une voix plus charpentée. Tout au long de la soirée, son chant sera parfaitement contrôlé et nuancé. A cette voix vraiment magnifique et magnifiquement utilisée, s'ajoute une grande aisance scénique et un présence magnifique. Il faut dire que déjà, la silhouette est très flatteuse. Mais en plus, elle montre vraiment un talent de comédienne ! Composant une Nedda passionnée et forte, elle propose ensuite une certaine légèreté dans la comédie avant de revenir vers la tragédie et faire jeu égal en terme de présence avec Galouzine ! Une très belle découverte à suivre !
Galouzine justement... Après son immense Hermann, je l'attendais énormément... peut-être un peu trop... et ce jour ne semblait pas être très bon pour lui. L'interprète est toujours aussi génial et convaincant, créant un Canio inquiétant, se forçant à jouer les clowns même si le coeur n'y est pas. La violence qui paraît dans son chant est assez effrayante, tout comme sa douleur est poignante. Mais le soucis de la soirée est que la voix restait trop engorgée et n'a pas réussi à se libérer pour imposer totalement son interprétation. Le volume n'était pas aussi imposant qu'à l'habitude et les aigus difficiles sans l'explosion qui va si bien à Canio. Donc une soirée sans je pense pour la voix, mais l'interprétation est toujours impressionnante !

Au final, une bonne soirée de vérisme qui nous manquait quand même à l'Opéra de Paris ! Il est quand même fou que Cavalleria n'ait pas encore été représenté sur cette scène. Triomphe à la fin du spectacle et de grands moments d'émotion !

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