Autour de la musique classique

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 Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015   Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 EmptyLun 23 Mar 2015 - 17:26

Direction musicale, Paul McCreesh
Mise en scène et décors, Éric Ruf
Costumes, Renato Bianchi
Lumières, Stéphanie Daniel
Chorégraphe, Glyslein Lefever

Marguerite de Valois, Marie Lenormand
Isabelle de Montal, Marie-Eve Munger
Nicette, Jaël Azzaretti
Baron de Mergy, Michael Spyres
Marquis de Comminge, Emiliano Gonzalez Toro
Cantarelli, Eric Huchet
Girot, Christian Helmer
Le brigadier, Olivier Déjean *
L’exempt du guet, Grégoire Fohet-Duminil *
Les archets, Thomas Roullon et Jean-Christophe Jacques *

Danseurs, Anna Konopska, Camille Brulais, Anna Beghelli, Paul Canestraro, Andrea Condorelli, Clement Ledisquay

Chœur, accentus
*membres du chœur accentus

Orchestre, Orchestre Gulbenkian

http://www.opera-comique.com/fr/saisons/saison-2014-2015/mars-avril/pre-aux-clercs


Première ce soir, j'y serai. Very Happy
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015   Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 EmptyDim 29 Mar 2015 - 22:50

Quel succès !  Surprised Personne ne veut donc en parler ?

Petite remise en bouche avant un hypothétique avis sur le spectacle :


Ferdinand HÉROLD — Le Pré-aux-Clercs vu d'hier et d'aujourd'hui


Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 Herold_pre_aux_clercs_artiste
Extrait de la grande notice (lyrique) de Xavier Aubryet pour la revue L'Artiste, en 1859, longtemps après la mort du compositeur.


1. La place d'Hérold : Zampa (1831)

Le grand chef-d'œuvre d'Hérold reste Zampa ou la Fiancée de marbre (sur un livret de Mélesville), plaisant et tragique pastiche de Don Juan à grands coups d'ensembles, de couleur locale sicilienne, de pirates, de sérénades et de fantastique. Musicalement, si l'on sent toute l'équivalence avec la faconde et la célérité rossiniennes, le langage s'approche beaucoup de la richesse et des surprises de Meyerbeer – belles couleurs harmoniques et même orchestrales.

À sa création en mai 1831, six mois avant Robert le Diable, c'est ce que l'on fait de plus avancé musicalement en France (à l'Opéra du moins), d'assez loin devant Boïeldieu, Auber ou Halévy.
Il faut aller chercher chez des post-classiques comme Rodolphe Kreutzer pour trouver une autre forme de complexité qui puisse se comparer – ou partir en Allemagne, où les audaces sont bien plus conséquentes. En musique instrumentale, le cas est plus complexe, car les contraintes de langage, surtout en musique de chambre, sont très différentes.

Pour les détails, je renvoie aux notules précédemment consacrées à l'œuvre :
¶ Structure.
¶ Un peu de musique et distribution de la version donnée dans la même maison.
¶ Une parodie de Don Giovanni.
¶ ... vu sous l'angle de l'humour en musique.
¶ « Comique mais ambitieux » : une plus vaste évocation des finesses musicales de la partition.
En attendant d'ouïr un jour Le Siège de Missolonghi, où l'on retrouve paraît-il les prémices de Zampa


2. Aujourd'hui même, au Pré-aux-Clercs

Le Pré-aux-Clercs, bien que composé plus d'un an plus tard (c'est son dernier opéra, créé en décembre 1832), tout en conservant un style similaire (petits airs galants ou piquants, échanges courts accompagnés de petites mélodies orchestrales soutenues par des trépidations de croches, grands ensembles…) reflète un aspect assez différent, plus caractéristique du reste de sa production : tout est très lumineux et gai, quasiment jamais de sections en mode mineur ni de moments de mélancolie réelle — les tristesses d'Isabelle (« Souvenir du pays ») sont finalement plutôt des ariettes qui semblent émaner d'un folklore fictif (puis parées de vocalisations virtuoses), et à l'exception de la scène de la barque funèbre, on n'a pas beaucoup le temps de s'apitoyer.

De façon très marquante, le livret d'Eugène de Planard supprime d'ailleurs tous les moments de solitude de Mergy : il est hors scène lorsque Marguerite de Valois souhaite par deux fois ourdir son complot amoureux, il est absent après qu'on lui a annoncé le mariage de sa bien-aimée selon la volonté du Roi, et entre les actes II et III, dans l'intervalle de l'entracte, se passent la révélation de l'amour d'Isabelle (elle n'a jamais eu l'occasion de le lui dire auparavant), la mise au courant du complot et leur mariage secret !
Autant dire qu'il a peu l'occasion d'exprimer sa tristesse ; tout juste sa colère lorsqu'il croit que Comminge va lui ravir ce qu'il aime. Son seul grand solo est d'ailleurs un air d'impatience amoureuse lorsqu'il arrive à Paris, plein d'espoir.

Pour le reste, le livret résume la Chronique du règne de Charles IX, l'un des rares ouvrages (longs et) faibles de Mérimée ; il ne faut pas en attendre des merveille, mais tout est très opérationnel pour la scène, et le jeu avec les nerfs du public de la fin est très réussi : le public sait qui se bat (contrairement aux trois femmes à l'avant-scène), mais ne voit pas le combat (or Comminge est invincible, c'est la prémisse première), puis arrive un corps en fond de scène (normalement Mergy), un archer l'arrête en disant qu'il vit encore (voilà comment sauver l'affaire), mais finalement non, et au moment où l'on peut se douter du subterfuge, le second du combat débarque et bafouille des paroles dépourvues de sens, avant l'arrivée finale de l'amant vainqueur. Plusieurs minutes où l'on se doute bien que tout va bien finir, mais où l'on ne parvient pas à voir de quelle façon exactement, si bien que le public finit par perdre confiance.
Pour nous, donc, le Pré aux clercs évoque furieusement du Rossini à la française, et même du Rossini assez peu mêlé d'affects, plutôt celui du Barbier de Séville. Les contemporains ne s'y sont pas trompés et Xavier Aubryet écrivait ainsi, dans sa longue présentation (enthousiaste) de l'art d'Hérold, pour la revue L'Artiste, en 1859 :

Citation :
Zampa, qui fut son Guillaume Tell, comme le Pré aux clercs fut son Barbier de Séville

On remarquera au passage, à l'appui de cette impression, l'orchestration avec doublures de flûte à l'italienne et force pizz et cymbales, beaucoup plus sommaire que pour Zampa – témoin la romance de Camille introduite par les vents comme une sérénade populaire, qui n'a rien de révolutionnaire (Mozart fait ça aussi dans Così fan tutte), mais témoigne au moins d'un intérêt plus poussé pour les alliages instrumentaux…

Cette œuvre où l'on se tue, légère et jubilatoire, séduit assez immanquablement : les jolies mélodies délicates s'enchaînent au fil d'ensembles motoriques très efficaces. Ce fut déjà ressenti ainsi lors de la création, mais avec des nuances assez significatives qui ne laissent pas d'intéresser sur l'évolution des perceptions.


3. Au temps d'Hérold

L'œuvre est créée Salle des Nouveautés (ou Salle de la Bourse), mais elle est aussi choisie pour l'inauguration de la deuxième Salle Favart en 1840 (après l'incendie de 1838).

Le sujet de l'œuvre, qui peut nous paraître futile, était en réalité au cœur de l'actualité puisque Mérimée venait de publier sa Chronique du règne de Charles IX qui marque précisément (avec le plus solennel Cinq-Mars de Vigny) le début de l'engouement français pour le roman historique « médiéval ». Meyerbeer a d'ailleurs écrit pendant ces mêmes années (et commencé avant Hérold) ses Huguenots, sur un livret de Scribe inspiré des mêmes années (et manifestement marqué à son tour par Mérimée). Autrement dit, ce qui nous paraît pure convention décorative était au cœur de l'actualité littéraire, comme si l'on faisait un film sur le dernier Houellebecq.

Par ailleurs, si les contemporains ont bien ressenti l'impact dramatique de Zampa (et l'ont d'ailleurs moins aimé : 250 représentations en 1859, contre 800 pour le Pré), ils n'ont pas forcément vécu le Pré-aux-Clercs aussi légèrement que nous :
Citation :
En affichant pour son jour d'ouverture le Pré-aux-Clercs d'Hérold, l'Opéra Comique a fait un acte de convenance qui lui a réussi. C'est ainsi que depuis quelques années les Italiens ont pris la coutume d'inaugurer la saison d'hiver avec les Puritains de Bellini ; et peut-être y aurait-il plus d'un rapprochement à faire entre ces deux partitions, œuvres suprêmes de deux génies qui se ressemblaient tant.
Écoutez le Pré-aux-Clercs ; que de mélancolie dans ces cantilènes si multipliées ! que de pleurs et de soupirs étouffés dans cette inspiration maladive ! comme toute cette musique chante avec tristesse et langueur ! Il y a surtout au premier acte une romance d'une mélancolie extrême ; l'expression douloureuse ne saurait aller plus loin. Eh bien ! cette phrase d'un accent si déchirant, vous la retrouvez dans les Puritains ; et, chose étrange, pour que rien ne diffère, les paroles sur lesquelles s'élève cette plainte du cygne, les paroles sont presque les mêmes : Rendez-moi ma patrie ou laissez-moi mourir, chante Isabelle dans le Pré-aux-Clercs, et dans les Puritains, Elvire : Rendetemi la speme o lasciate mi [sic] morir. Quoi qu'il en soit, le Pré-aux-Clercs d'Hérold est, comme les Puritains de Bellini, une partition pénible à entendre. Cette mélancolie profonde qui déborde finit par pénétrer en vous. Chaque note vous révèle une souffrance de l'auteur, chaque mélodie un pressentiment douloureux, et votre cœur se navre en entendant cette musique où l'ame de ces nobles jeunes gens semble s'être exhalée, cette œuvre écrite pendant les nuits de fièvre, et dont la mort recueillait chaque feuillet.
(Revue des deux mondes, 31 mai 1840.)

Il y a là, certes, un plaisir de prophétie rétrospective, de pair avec une croyance dans la superposition entre l'homme et l'œuvre qui n'a plus cours ; néanmoins, qualifier de « mélancolie extrême », d' « expression douloureuse » et de « souffrance » l'univers émotionnel du Pré-au-Clercs, personne n'y songerait aujourd'hui.

Eh oui, on n'avait pas encore écouté le Sacre du Printemps en boucle, et les moindres inflexions d'une cantilène en mode majeur pouvaient encore faire chavirer les cœurs. De même qu'on peine à se figurer le public en larmes lorsque Gluck crée Iphigénie à Paris… pour nous, il s'agit de musiques intenses, mais toujours mises à distance par une sorte de jubilation purement musicale… on ne peut croire au désespoir réel sur des ritournelles majeures. Et pourtant, vu que la musique ne touchait pas encore aux zones où nous plaçons l'émotion triste, cette nuance subtile était ressentie.

(Tout de même, je m'interroge, pour ce Hérold-ci…)

Dans le même registre, Comminge, le bretteur irracible et invaincu, que nous distribuerions volontiers à un méchant ténor dramatique ou de caractère (d'où le choix des voix étranges de Paul Crook ou d'Emiliano Gonzalez Toro, dans les productions récentes), était confié pour la création à Louis-Augustin Lemonnier (tantôt décrit comme ténor, tantôt comme baryton), spécialisé dans les œuvres légères mais réputé pour son élégance — il a d'ailleurs tenu rien de moins que le rôle du comte de Torellas dans Masaniello ou le Pêcheur napolitain de Michele Carafa (sur le même sujet que la Muette de Portici d'Auber).

Ce choix est totalement respecté dans l'enregistrement de Benedetti, la seule version complète officiellement publiée à ce jour, puisque le rôle est confié à… Camille Maurane !


Pour la suite, rendez-vous plus tard.  (il y aura des sons sur Carnets sur sol)
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MessageSujet: Re: Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015   Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 EmptyMer 1 Avr 2015 - 0:42

Le Pré aux Clercs : 31/03/2015

Opéra Comique

Marguerite de Valois : Marie Lenormand
Isabelle de Montal : Marie-Eve Munger
Nicette : Jaël Azzaretti
Baron de Mergy : Michael Spyres
Marquis de Comminge : Emiliano Gonzalez Toro
Cantarelli : Eric Huchet
Girot : Christian Helmer
Le brigadier : Olivier Déjean
L'exempt du guet : Grégoire Fohet-Duminil
Les archets : Thomas Roullon, Jean-Christophe Jacques

Choeur Accentus
Orchestre Gulbenkian

Direction musicale : Paul McCreesh

Mise en scène et décors : Eric Ruf
Costumes : Renato Bianchi
Lumières : Stéphanie Daniel
Chorégraphies : Glyslein Lefever


Tout était là pour me faire passer une superbe soirée : l'histoire, la distribution, le lieu... mais au final, c'est une petite déception. Pourquoi ? A cause en grande partie de l'oeuvre en elle-même. Je sais que le répertoire veut du léger, mais à ce point, c'est à se demander quel était l'intérêt de faire appel aux Chroniques de Mérimée ! L'histoire se résume à un quiproquo avec les personnages traditionnels et des morceaux de musique qui ne font jamais avancer le sujet : très décoratifs et parfois peu intéressants musicalement. On nous parlait d'une sorte de cousin des Huguenots, mais finalement nous avons plus un Fra Diavolo à certains moments dans l'inspiration comme l'histoire.

La mise en scène est très sobre, et renoue avec les premières production de l'Opéra-Comique sous la direction de Jérôme Déchamps. Une mise en scène traditionnelle mais avec peu de moyens. Du coup, le résultat fait un peu léger...

L'orchestre est pourtant bien détaillé voir même original avec beaucoup de parties solistes dans les accompagnements. Quelques airs proposent de belles lignes expressives mais restent souvent dans la galanterie pure sans vraiment approfondir le personnage. Au bout du compte, ce sont les dialogues parlés qui assoient vraiment les caractères là où j'espérais que la musique aurait elle aussi une vraie personnalité. Mais au final, c'est assez rare. Du coup, l'ensemble des personnages tournent soit à la caricature, soit à la tiédeur généralisée. Ainsi, ne se dégagent finalement que deux personnages : La Reine Marguerite ainsi que Cantarelli. Mergy ne gagne jamais une vraie consistance malgré le charisme de Spyres, Nicette se contente de son personnage de soubrette piquante alors que Girot est totalement transparent une bonne partie de l’œuvre. Enfin Comminge... comment le grand duelliste froid et dangereux peut-être se transformer en ce méchant d'opérette sans aucune prestance ??? A côté, le rôle de ténor bouffe de Cantarelli ferait presque sérieux !
Pas mal d'ensembles qui fonctionnent plutôt bien musicalement, mais qui reste un peu trop fades à mon goût malheureusement pour vraiment capter l'attention.

L'orchestre se montre très adapté à la partition, avec le rebond qui convient au style sans pour autant oublier le grandiose de certains moments. Paul McCreesh se montre très attentif et dirige de belle manière la partition.

Pour le chant, tout est assez bon, malgré à mon sens un point noir : Emiliano Gonzalez Toro compose déjà un personnage totalement caricatural, mais en plus la voix ne passe pas ! Si certains passages sortent, la majorité de sa partie chantée est écrasée par l'orchestre ou les autres chanteurs. Du coup, le personnage perd toute substance alors qu'il n'en avait pas beaucoup à l'origine.
Pour le jeune couple, Christian Helmer est une superbe surprise : la voix est très belle, le personnage vivant et bien dit... on le sent particulièrement à l'aise dans le registre de l'opéra comique avec cette alternance parlé et chanté. Dans les deux cas, il est impeccable et convaincant. Jaël Azzaretti peine légèrement dans les parties parlées, forçant un peu ses moyens par moments. Par contre, la voix est vraiment parfaite pour le style. Fine, piquante, aussi à l'aise dans le chant orné que le chant sobre... manque juste un peu plus de projection dans la voix parlée.
Eric Huchet se spécialise dans les rôles de composition, et il se montre ici splendide d'un bout à l'autre. La voix serait presque trop tenue pour le personnage, mais malgré cela le courtisant bouffon se montre immédiatement là, sans ostentation ou sans exagération.
Isabelle est chantée par Marie-Eve Munger... et je ne vois pas trop quoi dire sur le personnage et la chanteuse. Très agréable à écouter, convaincante et délicate... mais le personnage se borne à soupirer et reste une vague silhouette.
Par contre, la Reine Marguerite est un vrai personnage ! Et même si le chant de Marie Leenormand n'est pas d'un type qui me séduit en général, j'ai été ici frappé par le charisme qui se dégage dès la première apparition. Que ce soit le jeu, le chant ou la parole, tout est d'une grande force et révèle une chanteuse qui pour moi était restée toujours étrange.
Enfin Michael Spyres dans le rôle de l'amoureux se montre à la hauteur de sa réputation : la voix est large, sonore, mais capable d'une grande variété d'accents et de nuances. Son air d'entrée est ainsi superbe et le reste du rôle très bien chanté. La diction est fortement marquée d'un accent pour les dialogues, mais le texte est compréhensible.

Au final, une soirée en demi-teinte tant à cause de l’œuvre que de certains paramètres de la représentation. On se demande toute de même pourquoi cette œuvre a disparu en 1949 des scènes parisiennes après avoir eu un tel succès !
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015   Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 EmptyMer 1 Avr 2015 - 0:54

Ah, enfin un retour, merci ! cheers

Avec lequel je ne suis pas d'accord, en plus : d'autant plus intéressant. bounce


Polyeucte a écrit:
c'est à se demander quel était l'intérêt de faire appel aux Chroniques de Mérimée !

Mais la Chronique de Mérimée n'est pas une œuvre majeure du tout ; importante en son temps comme point de départ d'un engouement (qu'il traite d'ailleurs non sans légèreté, même s'il y est très peu sarcastique par rapport à ses habitudes), mais le style en est tout à fait plat et l'histoire sans profondeur non plus… L'adaptation n'est pas forcément ridicule, même si elle tire forcément du côté de l'esthétique « familiale » de la salle Favart.


Citation :
On nous parlait d'une sorte de cousin des Huguenots,

En général, le parallèle est fait en parlant de cousins en miroir (esthétique d'opéra comique, esthétique de grand opéra…) marqués par le roman de Mérimée, sinon il n'y a pas de ressemblances particulières.


Citation :
L'orchestre est pourtant bien détaillé voir même original avec beaucoup de parties solistes dans les accompagnements.

Ah non, je trouve ça extraordinairement sommaire au contraire (des battues de croches pour accompagner, des doublures de flûte en permanence…). Et McCreesh n'était vraiment pas intéressant (sans parler du potentiel limité du Gulbenkian lui-même).
Peu de nuances, de couleurs, de climats… donc l'œuvre paraissait assez unidimensionnelle.


Je ne suis pas forcément d'accord avec certains de tes avis sur les chanteurs (aucun Comminge n'est audible en général, Huchet était mal mis en valeur par le rôle, je n'ai pas vraiment aimé Munger…), mais j'essaierai d'y revenir, je suis trop content d'avoir avec qui en causer. hehe
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MessageSujet: Re: Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015   Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 EmptyMer 1 Avr 2015 - 1:29

Le Pré aux Clercs: très jolie version discographique datant de 1959 sous Robert Benedetti. Avec les voix, le style, et tout et tout. Difficile à trouver, mais une petite perle.
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MessageSujet: Re: Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015   Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 EmptyMer 1 Avr 2015 - 9:47

DavidLeMarrec a écrit:
Ah, enfin un retour, merci ! cheers

Avec lequel je ne suis pas d'accord, en plus : d'autant plus intéressant. bounce

Seeeeeeeerviteeeeur! Twisted Evil


Citation :
Mais la Chronique de Mérimée n'est pas une œuvre majeure du tout ; importante en son temps comme point de départ d'un engouement (qu'il traite d'ailleurs non sans légèreté, même s'il y est très peu sarcastique par rapport à ses habitudes), mais le style en est tout à fait plat et l'histoire sans profondeur non plus… L'adaptation n'est pas forcément ridicule, même si elle tire forcément du côté de l'esthétique « familiale » de la salle Favart.
Oui, mais je pense que c'est là tout mon soucis... j'attendais quand même un petit souffle épique, quelque chose d'un peu marquant (après tout, Cinq-Mars a été composé pour la même salle même si bien des années plus tard et c'est autrement plus convaincant!). Là j'ai vraiment eu l'impression que le Mérimée est un prétexte historique pour en fait faire une bonne petite histoire traditionnelle...


Citation :
En général, le parallèle est fait en parlant de cousins en miroir (esthétique d'opéra comique, esthétique de grand opéra…) marqués par le roman de Mérimée, sinon il n'y a pas de ressemblances particulières.
Bien sûr, l'esthétique est différente, mais tout de même on peut trouver un peu moins de niaiserie (le terme est peut-être fort!) pour un opéra-comique...


Citation :
Ah non, je trouve ça extraordinairement sommaire au contraire (des battues de croches pour accompagner, des doublures de flûte en permanence…). Et McCreesh n'était vraiment pas intéressant (sans parler du potentiel limité du Gulbenkian lui-même).
Peu de nuances, de couleurs, de climats… donc l'œuvre paraissait assez unidimensionnelle.
Ah? Certains moments sont assez chouettes je trouve pourtant. Pas forcément géniaux, mais plus inspirés je trouve que l'histoire en elle-même!

Citation :
Je ne suis pas forcément d'accord avec certains de tes avis sur les chanteurs (aucun Comminge n'est audible en général, Huchet était mal mis en valeur par le rôle, je n'ai pas vraiment aimé Munger…), mais j'essaierai d'y revenir, je suis trop content d'avoir avec qui en causer. hehe

Huchet pas mis en valeur? Quand même... tout son potentiel comique est bien mis en avant et le chant est sacrément tenu! Very Happy
Pour Comminge, pourquoi ne pas avoir distribué un baryton? Par exemple (au hasard hein! Mr.Red), Mauillon aurait donné une autre tenue au rôle et là on l'aurait entendu!

En tout cas, pour ma dernière soirée à l'Opéra-Comique avant sa ré-ouverture, ce n'était pas au niveau des fabuleuses soirées que j'y ai passé (Atys, Carmen, Les Pêcheurs, Lakmé, Les Fêtes Vénitiennes, Platée, Cendrillon, David et Jonathas, la Voix Humaine... et sans parler des récitals et autres concerts!). Sad Au revoir Opéra-Comique!
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MessageSujet: Re: Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015   Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 EmptyMer 1 Avr 2015 - 14:42

Un petit retour aussi du récital Marin-Degor/Bou en marge de ce Pré :


Récital Marin-Degor/Bou : 26/03/2015

Opéra Comique

Georges Bizet : Rêvons (Sophie Marin-Degor et Jean-Sébastien Bou)
Frédéric Chopin : Nocturne n°2, opus 27 en ré bémol majeur
Jules Massenet : Élégie (Sophie Marin-Degor)
Jules Massenet : Le poète et le fantôme (Sophie Marin-Degor et Jean-Sébastien Bou)
Jules Massenet : Les amoureuses sont des folles (Sophie Marin-Degor)
Franz Liszt : Feux follets, Étude n°5 des douze études transcendantes
Charles Bordes : Extraits de Paysages Tristes
- Soleil couchant (Sophie Marin-Degor)
- Promenade sentimentale (Jean-Sébastien Bou)
Charles Bordes : La bonne chanson (Sophie Marin-Degor)
Charles Bordes : Fantaisie rythmique n° 1
Charles Bordes : Sur la mer (Jean-Sébastien Bou)
Charles Bordes : L’hiver (Sophie Marin-Degor et Jean-Sébastien Bou)
Georges Bizet : Arrangement François-René Duchâble « Près des remparts de Séville »
Léo Delibes : Les Filles de Cadix (Sophie Marin-Degor)
Emmanuel Chabrier : Extrait de Le Roi malgré lui
- Barcarolle (Sophie Marin-Degor et Jean-Sébastien Bou)

Jacques Offenbach : Extrait des Contes d’Hoffmann
- Entracte, Acte IV
Jacques Offenbach : Extrait de La vie parisienne
- Duo Baron et Pauline, Acte III (Sophie Marin-Degor et Jean-Sébastien Bou)
Camille Saint-Saëns : Étude en forme de valse, opus 52
André Messager : Extrait de Passionément
- Couplets de Julia (Sophie Marin-Degor)
André Messager : Extraits de Monsieur Beaucaire
- Air de la rose (Jean-Sébastien Bou)
- « Vous me demandez une rose » (Sophie Marin-Degor et Jean-Sébastien Bou)
- « Quoi ! si doux ce beau soir » (Sophie Marin-Degor et Jean-Sébastien Bou)
- Air de Lady Mary (Sophie Marin-Degor)
Maurice Ravel : Paraphrase sur un air de Gounod à la manière de Chabrier
Emmanuel Chabrier : Extraits d’Une éducation manquée
- Air de Pausanias (Jean-Sébastien Bou)
- Duo Gontran et Pausanias (Sophie Marin-Degor et Jean-Sébastien Bou)
Maurice Ravel : Extrait de Carmen, Habanera pièce en forme de vocalise
Reynaldo Hahn : Extraits de Malvina
- Air de Valérien (Jean-Sébastien Bou)
- Air de Malvina (Sophie Marin-Degor)
- Duo Malvina et Valérien (Sophie Marin-Degor et Jean-Sébastien Bou)
BIS :
André Messager : Extrait de Véronique
- Duo de l'âne (Sophie Marin-Degor et Jean-Sébastien Bou)

Sophie Marin-Degor, soprano
Jean-Sébastien Bou, baryton
François-René Duchâble, piano


Alors que le récital d'Antonacci a été annulé pour maladie, le duo Marin-Degor/Bou est fidèle au poste… et vu comme la salle est peu remplie, cela confirme bien le souci de santé d'Antonacci! Au programme donc, de la musique dite "légère" du XIXème siècle… mélodies et extraits d'opéra-comique et d'opérette…

L'avantage avec Marin-Degor et Bou, c'est que la diction est tout de suite là. Même sans connaître les textes chantés, on en comprend presque chaque mot. Les deux chanteurs sont très à l'aise avec les styles proposés, d'une belle douceur poétique pour la première partie, alors que la deuxième les montre beaucoup plus extraverti, jouant véritablement sur scène. Avec quelques robes et trois éclairages, les situations prennent vie et les deux chanteurs s'amusent et se répondent.
Marin-Degor n'a pas forcément la voix la plus belle du circuit, surtout avec un début où sonne un timbre un peu dur et vibré, mais rapidement la rondeur arrive pour une superbe prestation tout au long de la soirée. Bou se montre beaucoup plus beau vocalement dès le début, mais on lui reprochera presque de faire trop de nuances!! A certains moments, le texte est tellement chuchoté qu'il en devient inaudible. Très belle complicité des deux chanteurs (plus qu'amis à la ville non???) en tout cas qui prennent beaucoup de plaisir dans ces extraits et mélodies.

Au piano, Duchâble a failli me gâcher toute la soirée. Non pas qu'il soit mauvais pianiste. Mais on sent tout le temps une volonté de se montrer qui est assez désagréable. Ainsi, tous les extraits uniquement au piano (et il y en a tout de même beaucoup!) sont dans la démonstration technique pure, sans vrai sentiment et sans lien réel avec le programme chanté. Que viennent faire Liszt et Saint-Saëns ici?? En plus, quand on entend le nocturne de Chopin joué sans émotion, et le Liszt qui il me semble était loin d'être parfait, c'est un peu embêtant!

Malgré ce piano assez envahissant, l'ensemble du récital était très agréable. On ne retrouve pas la finesse d'un Lott dans ce répertoire bien sûr, mais le plaisir était bien là tout de même…
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MessageSujet: Re: Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015   Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 EmptyMer 1 Avr 2015 - 19:44

André a écrit:
Le Pré aux Clercs: très jolie version discographique datant de 1959 sous Robert Benedetti. Avec les voix, le style, et tout et tout. Difficile à trouver, mais une petite perle.

Ce n'est plus difficile à trouver : c'est libre de droits, et disponible sur Carnets sur sol.
http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2015/03/29/2658-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs

Effectivement, très chouette.


Polyeucte a écrit:
j'attendais quand même un petit souffle épique, quelque chose d'un peu marquant (après tout, Cinq-Mars a été composé pour la même salle même si bien des années plus tard et c'est autrement plus convaincant!). Là j'ai vraiment eu l'impression que le Mérimée est un prétexte historique pour en fait faire une bonne petite histoire traditionnelle...

Cinq-Mars a été composé à partir du roman de Vigny (justement l'autre roman fondateur de cette veine historique…), beaucoup plus solennel et sérieux, qui n'a rien à voir avec le récit léger de Mérimée. Le souffle épique, on peut en trouver dans Zampa (même si le qualificatif reste exagéré, mais c'est au moins du roman d'aventures très serré), plus difficilement dans le Pré dont ce n'est pas vraiment l'objet.


Citation :
En général, le parallèle est fait en parlant de cousins en miroir (esthétique d'opéra comique, esthétique de grand opéra…) marqués par le roman de Mérimée, sinon il n'y a pas de ressemblances particulières.
Bien sûr, l'esthétique est différente, mais tout de même on peut trouver un peu moins de niaiserie (le terme est peut-être fort!) pour un opéra-comique...


Citation :
Ah? Certains moments sont assez chouettes je trouve pourtant. Pas forcément géniaux, mais plus inspirés je trouve que l'histoire en elle-même!

Musicalement, oui. Mais ce qu'en faisaient les musiciens restait (suffisant mais) assez sommaire. Ils avaient un peu l'air de s'ennuyer, à vrai dire… (sans avoir le niveau suffisant pour le faire proprement, néanmoins Mr. Green )


Citation :
Huchet pas mis en valeur? Quand même... tout son potentiel comique est bien mis en avant et le chant est sacrément tenu! Very Happy

Oui, bien sûr ! Mais justement, je trouve ces rôles comiques très en-dessous du potentiel d'Huchet, et le timbre s'en ressent.


Citation :
Pour Comminge, pourquoi ne pas avoir distribué un baryton? Par exemple (au hasard hein! Mr.Red), Mauillon aurait donné une autre tenue au rôle et là on l'aurait entendu!

Je suis tout à fait d'accord avec ça (je n'aurais pas distribué Gonzalez Toro si on m'avait demandé mon avis, il n'en demeure pas moins qu'il s'en tire très bien, avec les contraintes d'un ténor…). Il faut un baryton qui ait un la bémol très solide, c'est tout. Ça existe, tout de même. Parce que pour un ténor, la partie est très basse (Cantarelli et Marguerite de même).


Citation :
En tout cas, pour ma dernière soirée à l'Opéra-Comique avant sa ré-ouverture, ce n'était pas au niveau des fabuleuses soirées que j'y ai passé (Atys, Carmen, Les Pêcheurs, Lakmé, Les Fêtes Vénitiennes, Platée, Cendrillon, David et Jonathas, la Voix Humaine... et sans parler des récitals et autres concerts!). Sad Au revoir Opéra-Comique!

Ah, pour moi, sans être du niveau d'Atys, les Pêcheurs ou les Festes (ou, objectivement, de Lakmé et du Segreto, même si j'ai autant aimé !), j'ai trouvé ça plus abouti que Jonathas, et en tout cas jubilatoire, même si ça aurait pu être encore plus fort avec un bel orchestre plus souplement dirigé.


Citation :
Au piano, Duchâble a failli me gâcher toute la soirée. Non pas qu'il soit mauvais pianiste. Mais on sent tout le temps une volonté de se montrer qui est assez désagréable. Ainsi, tous les extraits uniquement au piano (et il y en a tout de même beaucoup!) sont dans la démonstration technique pure, sans vrai sentiment et sans lien réel avec le programme chanté. Que viennent faire Liszt et Saint-Saëns ici?? En plus, quand on entend le nocturne de Chopin joué sans émotion, et le Liszt qui il me semble était loin d'être parfait, c'est un peu embêtant!

Je n'ai pas du tout entendu Duchâble depuis plus de dix ans (je l'évite soigneusement), mais ce que tu dis ressemble bien à ce que j'ai toujours entendu chez lui : du piano très mécanique (et en plus assez cassant en termes de timbre), à la limite de la pénibilité. Effectivement, couplage bizarre, il aurait pu travailler quelques piécettes de Hahn ou, s'il voulait de grande virtuosité, du Pierné…

Merci pour ce retour (il n'en pleut pas, en bonne logique) !
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MessageSujet: Re: Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015   Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 EmptyMer 1 Avr 2015 - 19:47

La soirée proposée à l'Opéra-Comique rendait justice à l'œuvre, indubitablement : une mise en scène (tradi), une direction vive, et surtout des chanteurs de haute volée, ayant déjà fait leurs preuves depuis des années dans ces emplois. 

Dans le détail, on peut faire quelques réserves pour se dire qu'on aurait encore pu faire mieux – d'ailleurs, si j'en crois les extraits aperçus de Zampa, cette œuvre plus dense que le Pré était considérablement apauvrie par le statisme littéral de sa mise en scène, nourrissant une impression infondée de platitude (ce qui n'est, vraiment, ni le cas de la musique, ni même le cas du livret !).

D'abord, le plus important : la partition est intégrale – c'était aussi le cas pour Benedetti et Serebrier, cela dit ; elle est suffisamment brève pour ne pas être sécatorisée. Quant aux dialogues, ils subissent bien sûr des coupures (pas excessives) mais ne sont pas du tout retouchés. Pas d'actualisations (ce peut être sympa) ou de réécritures (ce peut être irritant), on entend vraiment le vrai texte du livret de Planard, dont la langue sans façons paraît pourtant éminemment familière aux oreilles d'aujourd'hui.

Visuellement, Yves Ruf, comme au théâtre (et comme ses collègues blanchis sous le harnais des Comédiens-Français, que ce soit Podalydès ou Génovèse), nous sert de la plus pure littéralité, pas mal faite, mais pas forcément mobile non plus – la conviction scénique des choristes d'Accentus n'est pas forcément très évidente. Les personnages restent groupés au centre de la scène (des étages, ils sont même parfois occultés par les jolis arbres de la forêt d'Étampes), et sans être complètement livrés à eux-mêmes, ne débordent pas d'intentions gestuelles.
Pour une œuvre aussi vive que le Pré aux clercs, la trame et la musique permettent qu'on ne le ressente pas comme un manque, mais la valeur ajoutée n'est pas très considérable, à mon sens.

Le plateau était très beau en général.

Jaël Azzaretti, parée d'une éternelle jeunesse dans le rôle de Nicette, épate – comment se peut-il que la voix ne se soit jamais altérée au fil d'une carrière aussi remplie ?

J'entends Michael Spyres (Mergy) pour la première fois en salle, assez conforme à son niveau (excellent), même si le rôle le flatte moins que les grands portraits héroïques comme Raoul de Nangis ou Arnold Melchtal (formidable dans la toute récente parution intégralissime de Fogliani, dont il sera question dans le prochain Carnet d'écoutes), où son aplomb et sa flexilité combinées font merveille.
Ce qui frappe, en vrai, et qu'on perçoit un peu moins en retransmission, c'est à quel point sa technique est américaine : émission un peu nasale, très unie, claire et souple, mais pas très souvent mixée (quelques faussets renforcés très bien intégrés plus qu'un véritable dégradé de voix mixtes), et pas du tout un placement très antérieur à la façon des français d'autrefois. Ce n'est pas un reproche, c'est l'un des meilleurs chanteurs actuels pour ses rôles, suffisamment puissant pour les éclats dramatiques tout en demeurant précis, clair et adroit ; par ailleurs acteur sans dons naturels mais assez convaincu, qui remplit très bien l'espace laissé par la mise en scène.

La grande surprise de la soirée revient à Marie Lenormand (Marguerite de Valois), qui tire le meilleur parti de sa voix un peu opaque dans ce rôle de second soprano (dans des tessiture bien basses…) qu'elle traite quasiment comme un mezzo, avec une autorité naturelle très persuasive. Le contraste avec les deux autres sopranos se crée avec facilité, de même que l'impression de supériorité sociale, sans que la voix paraisse contrefaite ou vieillie.

Que du bien à dire de Christian Helmer en Girod, ancien du CNIPAL (comme Thomas Dolié, déjà embauché dans ces murs), « baryton grave » qui ne cravate pas trop comme la plupart de ses homologues, de Grégoire Fohet-Duminil (du chœur Accentus, dans le rôle important de l'exempt du guet qui favorise le duel à la fin de l'opéra), qui ne prend pas prétexte de sa tessiture pour obturer les clartés de son timbre, et d'Emiliano Gonzalez Toro (Comminge). Ce dernier a été en général mal reçu de la critique, parce qu'il était (comme cela était assuré, vu qu'il est déjà peu sonore dans le baroque, sa résonance étant largement interne et son timbre très peu fourni en harmoniques) facilement couvert – or, il ne chante que dans les ensembles. Néanmoins, il était tout à fait audible dans ses répliques importantes, et son timbre étrange, à la fois doux et un peu grognon, séduit immanquablement. Gros travail aussi dans les dialogues – où la mise en scène le fait un peu agir en soudard, mais la saturation vocale qu'il utilise donne immédiatement vie à cette facette, très belle réalisation, en contraste absolu avec son timbre chanté très pur.

Deux déceptions à citer seulement du côté vocal : Éric Huchet, très grand ténor (le meilleur Elemer de tous les temps, par exemple), ne peut pas donner sa pleine mesure dans un rôle aussi grave que Cantarelli qui, comme Comminge, pourrait tout aussi bien être chanté par un baryton de caractère. Le timbre paraît un peu blanc, on entend la trame très robuste de la voix, alors que les rôles plus exigeants le mettent mieux en valeur en permettant à la machinerie de fonctionner à plein. Néanmoins, déception relative au potentiel d'Huchet lui-même, et pas dans l'absolu : incarnation tout à fait valable, même si le timbre n'est pas, dans ces circonstances, le plus séduisant du monde (on peut difficilement lui jeter la pierre si on le sous-distribue très régulièrement). 
En revanche, moins de compassion pour Marie-Ève Munger, que je découvrais. Après en avoir entendu le plus grand bien à l'occasion de sa Lakmé stéphanoise (et effectivement, ça paraît très plaisant, un peu arrière mais mieux focalisé), assez désagréablement surpris de ce que j'entends : une voix dotée d'une fantastique facilité, il est vrai, mais qui ne peut se manifester que dans un joli grave d'une belle diction naturelle et dans un suraigu très facile et précis. En revanche, tout le reste, à cause d'une émission complètement en arrière, crisse assez pour monter : je ne parviens pas à me rendre compte si elle se fait mal, mais en tout cas l'effet n'est pas bien beau, la voix est toujours voilée et forcée… Autant, pour un baryton, le chant de gorge peut paraître en accord avec les personnages de méchants jaloux, autant pour une soprano colorature, ça cause tout de suite des frustrations assez insurmontables. À l'endroit du passage, tout est particulièrement gris et métallique, vraiment dommage pour un voix naturellement facile et belle. Dans les dialogues, on entend un peu d'où vient le problème : une émission parlée d'aujourd'hui, douce, un peu terne, presque translucide ; tout à fait suffisante pour les dialogues d'une jeune première d'opéra-comique, mais appliquée au chant lyrique, c'est une déception. [Néanmoins, précisons que ce n'est pas moche non plus, et qu'on prend du plaisir à l'écouter, une fois l'étonnement passé.]


Accentus n'est pas aussi en chaleureux que dans ses meilleurs meilleurs, mais enfin, avec ce niveau individuel et collectif, ce ne peut qu'être excellent. À l'inverse, l'Orchestre Gulbenkian, d'un niveau assez modeste (sons rauques, équilibres un peu grossiers, pas la justesse parfaite des grands orchestres…) semble ne pas trop se soucier de détail ; la partition n'est pas jouée sans entrain, mais la partition d'Hérold, surtout qu'elle contient de la belle musique pas très bien orchestrée, méritait plus de soin. Il faut dire que Paul McCreesh : tout avance un peu de la même façon, sans délicatesses d'articulation, effets de texture ou mise en valeur des pupitres ; tout file droit de façon assez unie et linéaire, avec alacrité, sans grande recherche d'équilibres ou de couleurs. [Même si ses gestes ne trahissaient pas d'intérêt particulier pour ces questions, c'est une limite qu'on lui retrouve dans d'autres œuvres, certainement du fait de sa formation dans des répertoires qui ont une tout autre relation aux notions d'agogique et d'équilibre.]

Au bout du compte, l'impression que les moyens nécessaires ont été mis pour servir très adéquatement une œuvre qui le méritait. Le petit effort supplémentaire aurait pu être orchestral, avec un ensemble un peu plus aguerri ou intéressé (pas besoin d'inviter un ensemble baroqueux hors de prix pour autant, l'Orchestre de Chambre de Paris aurait été parfait par exemple), et un chef plus familier du style (mais qui l'est ?). Au moins, ce n'était pas lent ni pâteux.

--

Présentation de la maigre discographie et téléchargement d'une version libre de droits sur Carnets sur sol :
http://carnetsol.fr/css/index.php?2015/03/29/2658-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs
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MessageSujet: Re: Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015   Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 EmptyMer 1 Avr 2015 - 20:11

DavidLeMarrec a écrit:
En revanche, moins de compassion pour Marie-Ève Munger, que je découvrais. Après en avoir entendu le plus grand bien à l'occasion de sa Lakmé stéphanoise (et effectivement, ça paraît très plaisant, un peu arrière mais mieux focalisé), assez désagréablement surpris de ce que j'entends : une voix dotée d'une fantastique facilité, il est vrai, mais qui ne peut se manifester que dans un joli grave d'une belle diction naturelle et dans un suraigu très facile et précis. En revanche, tout le reste, à cause d'une émission complètement en arrière, crisse assez pour monter : je ne parviens pas à me rendre compte si elle se fait mal, mais en tout cas l'effet n'est pas bien beau, la voix est toujours voilée et forcée… Autant, pour un baryton, le chant de gorge peut paraître en accord avec les personnages de méchants jaloux, autant pour une soprano colorature, ça cause tout de suite des frustrations assez insurmontables. À l'endroit du passage, tout est particulièrement gris et métallique, vraiment dommage pour un voix naturellement facile et belle. Dans les dialogues, on entend un peu d'où vient le problème : une émission parlée d'aujourd'hui, douce, un peu terne, presque translucide ; tout à fait suffisante pour les dialogues d'une jeune première d'opéra-comique, mais appliquée au chant lyrique, c'est une déception. [Néanmoins, précisons que ce n'est pas moche non plus, et qu'on prend du plaisir à l'écouter, une fois l'étonnement passé.]

A propos de la Lakmé de Saint-Etienne, je me permets de poster ici mon commentaire d'alors :

bAlexb a écrit:
Marie-Eve Munger : fort joli timbre très droit de soprano (ultra) léger dans une certaine tradition (ça sonne fugacement comme Géori Boué ou Martha Angelici), parfaitement articulé, assez égal, au legato impeccable (trille idem), au medium franc, assez incroyable même tellement il est émis avec naturel. L'aigu, en revanche, est très en arrière, très métallique, extrêmement petit même si juste (on peine à définir dans quelle dynamique il est émis ; le suraigu est un fil aérien, coupant mais ténu, un peu court, pas très séduisant) ; en général ça manque un peu d'abattage (voilà pour la scène, cf "Où va la jeune hindoue" à la vocalise plutôt mécanique) et d'incarnation (de "montée en chair") dès lors qu'on dépasse le mf (c'est vrai face à Gérald au I avec des "va-t-en" assez pauvres en mordant). Bref, une Lakmé un peu lointaine au visage magnifiquement (mais un peu univoquement) désincarné/poétique, cf. "Sous le ciel tout étoilé", "Tu m'as donné le plus doux rêve" exemplaires. Chanteuse à suivre pour voir si la maturation de l'instrument est en mesure de pallier à ceci ; beau potentiel, en tout cas.
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Michel Desrousseaux
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MessageSujet: Re: Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015   Opéra Comique - le Pré aux Clercs (Hérold) - mars 2015 EmptyJeu 2 Avr 2015 - 8:55

DavidLeMarrec a écrit:
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