Autour de la musique classique

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 Alfred Schnittke

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Анастасия231
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Анастасия231

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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptyDim 12 Mai 2019 - 18:21

Benedictus a écrit:
Adalbéron a écrit:
Le dernier mouvement fascine par sa dimension sinistre et son harmonie retorse quoiqu'assez tonale (les cinq dernières minutes, c'est quelque chose !).
Voilà, comme du Chostakovitch plus décadent.

J'aurais plutôt dit comme du Golubev empoisonné. cat
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lulu
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptyMar 25 Juin 2019 - 16:26

Je me suis enfin décidée à écouter la Troisième de Jurowski... franchement c’est pas terrible. Mr. Green
Il y a un truc qui m’a frappée par rapport à Rozhdestvensky (I love you). Vous savez sans doute que Schnittke adore les canons à l’unisson et qu’il en met un peu partout, mais cette symphonie, et en particulier son premier mouvement, où on a toutes sortes de canons à plusieurs dizaines de voix, en est le plus parfait exemple. Le principe du canon à l’unisson fait que chaque mesure du thème se répète virtuellement en passant d’un instrumentiste à l’autre (voir ci-dessous première page de la symphonie). Alors, selon la façon dont c’est joué (et écouté je suppose), on peut entendre une multitude de voix qui s’ajoutent et évoluent, ou bien un motif répété en boucle, auquel s'ajoute un autre motif répété en boucle, puis un troisième etc. Et alors que Rozhdestvensky, avec ses phrasés intenses comme l’a dit Benoit, insiste sur l’aspect linéaire et évolutif, Jurowski en fait quelque chose de très statique/stationnaire et répétitif. D’une manière générale il y a une intensité et une direction que je ne retrouve pas du tout chez Jurowski...

Spoiler:
 
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lulu
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptyMar 25 Juin 2019 - 16:33

Sinon plus ou moins récemment j’ai beaucoup écouté la Première symphonie, et wow. I love you Ma préférence va toujours à Rozhdestvensky 1987 (Melodiya). De toute façon les quatre premières symphonies sont géniales.
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Анастасия231
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptyDim 21 Juil 2019 - 18:34

Plus j'écoute Yellow Sound (1974) d'après un livret abstrait (pléonasme n'est-il pas ?) du peintre Vassily Kandinsky (1866-1944) plus je considère ce chef-d’œuvre comme fondamental dans la production du compositeur. Les relations internes entre le son, la couleur, la forme et le mouvement ont intéressé le peintre durant toute son existence. Étant enfant, il rêvait de devenir musicien et plus tard il éprouvait un vif intérêt pour les expérimentations de Scriabine avec la couleur et la musique. Il deviendra également ami avec Arnold Schoenberg. En 1928, Kandinsky créa une synthèse des Tableaux d'une Exposition de Moussorgsky dans sa propre étape de conception. Mais ses premières compositions abstractives, apparues dès 1910, testaient déjà l'étonnante musicalité de ses concepts en tant qu'artiste et dans l’almanach munichois Der Blaue Reiter (Le Cavalier Bleu) de 1912 il publia le texte pour une composition scénique 'Der Gelbe Klang' ('Yellow Sound') qu'il considérait comme un livret pour une présentation multimédia, dont le but était d'allier trois composantes : la musique, le mouvement pictural et le mouvement chorégraphique. En contraste avec les idées synesthésiques de couleur de Scriabine et les premières expérimentations eurythmiques de cette époque, Kandinsky recherchait le moyen d'achever une relation contrapuntique entre chaque langage de l'art (peinture, musique, danse), ce qui anticipait de près d'un siècle les expérimentations artistiques multimédia que nous connaissons actuellement. La musique originale pour Der Gelbe Klang fut écrite par Thomas de Hartmann mais la première mondiale de cette version n'avait pas eu lieu avant 1982 à New York sous la direction du compositeur-chef d'orchestre Günther Schuller. Le livret n'est pas un scénario dans le sens usuel du terme, mais plutôt un canevas de relations entre le mouvement, le son et la lumière, l'ensemble interagissant dans un tout unifié. Mais il est vrai qu'il y a des "personnages" bien qu'ils soient de natures abstraits : cinq géants jaunes "des êtres indistincts", un enfant, des gens en vêtements amples, des gens en vêtements serrés, etc. Le concept de l'entière synthèse est défini par la théorie de la lumière développée par Kandinsky lui-même dans son traité 'Sur le Spirituel dans l'Art' (1911) qui englobe une large gamme de sujets esthétiques et philosophiques. Chaque couleur, selon lui, est une substance spirituelle correspondant à une sphère externe particulière de l'être. La couleur blanche est la naissance ; le noir est la mort, les autres couleurs représentent des paires de contrastes de vie de ces pôles, le contraste le plus important étant celui entre le jaune (Terre) et le bleu (paradis). Chaque couleur a sa propre chaleur inhérente, mobilité et potentiel pour le développement. La couleur jaune a le plus de potentiel, dirigé vers l'extérieur, l'énergie d'une surabondance de pouvoirs vital et corporel. Dans sa propre version musicale de la composition scénique Yellow Sound, qui consiste en six scènes avec une introduction, Schnittke suit le livret du peintre assez étroitement : l'apparition de la couleur jaune correspond aux notes La et Si atrocement répétées par divers instruments (violon, clarinette et trompette), et le caractère général du drame, où le "jaune" est nettement séparé de tout le reste. L’œuvre (musique uniquement) fut créée en première mondiale (1975) au Festival de Sainte Baume en France. Il aura fallu attendre le 6 janvier 1984 pour assister à la première performance scénique complète à Moscou par l'Ensemble des Solistes du Bolshoï sous la direction experte d'Alexander Lazarev avec la collaboration de l'Ensemble d'Art Dramatique de Moscou. Il existe un enregistrement de cette exécution (en présence du compositeur) édité par la firme anglaise TOCCATA (que je recommande vivement !). Pour avoir une idée de ce que tout cela donne sur scène, voici un document rare (ne me remerciez pas c'est tout naturel) : /watch?v=fR5OpU6pyjE
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gluckhand
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptySam 21 Déc 2019 - 19:14

Alfred Schnittke - Page 4 Cadenc10
Je ne sais si l on a parlé de ce livre ici,mais après l'avoir dévoré (il se lit assez vite),j ai très envie d'en parler  et même une sous forme romancée,Paul Greveillac qui est un fin connaisseur de l 'oeuvre et de la vie de Schnittke,nous aide surtout à comprendre la génèse de certaines oeuvres, à comprendre le terrible climat insupportable de l'èpoque et se replonger dans cette oppression permanente et continue  du pouvoir soviètique, ou la délation, l'arrivisme ,la lâcheté ,même dans le milieu musical sont terribles.les petites mesquineries ,  qui deviennent pour celui qui les subit de grosses souffrances ,qui se trament  par le peu sympathique Khrennikov jusqu'au compositeur et Schnittke comme d'autres d'ailleurs ,en est un exemple frappant.
Greveillac nous fait aussi revivre ces complicités entre  musiciens,Kremer,Loubostsky chefs d'orchestre dont le fidèle Rojdestvenski ou Polianski autour du compositeur
Au début Schnittke compose des musiques de films qui lui servent un peu avec le recul de tremplin et dont beaucoup sont perdues,puis peu à peu s'engage petit à petit, dans une voie différente avec d'abord,le canon  In mémoriam en hommage à Stravinsky.,puis la première symphonie dont Schnittke déclarait a son propos "Disons seulement que cette première symphonie sera une entreprise de démolition"
On voit éclore aussi le très beau quintette en hommage à sa mère,qu'il mettra 4 ans à peaufiner, le Requiem, La Suite dans le style ancien.
Greveillac raconte avec intèrêt et  ,très lyriquement la création de cette première symphonie qui consacrait un compositeur de 40 ans ,avec l orchestre de Gorki avec Rojdestvenski à sa tête .

" et puis une cacophonie de tous les diables se fit bientôt entendre.Les musiciens s'installaient en jouant.C'était pire encore que la fois ou Alfred avait rêvé de mille fanfares dispersées sous l 'orage.Il sourit.L 'immense pachyderme ivre et rageur,perdu dans la Galerie des Glaces,la symphonie n1,enfin barrissait comme le cheval de Guernica.Eléphant boxeur.Eléphant jazz.Eléphant trou noir absorbant les genres et les époques pour mieux les improviser.Wagner étrillé par Mingus. La Gemûlichkeit de Strauss et Haydn greffée à la sauvagerie des cavernes.Les intouchables Beethoven,Tchaïkovski, Chopin,jetés dans l'arène pour un pugilat indigne.Un dentiste aventureux dans la gueule d'un fauve drogué,souffrant d'une rage de dents,en proie à un rêve agité.Collage-message .Opéra de quat'kopecks.Versatilité virtuose au service de l'absurde,du monstrueux,du ridicule .Manifeste de l aliénation.Et de la liberté"
Greveillac décrit la surprise et l interrogation des auditeurs qui après un moment de silence  applaudit à tout rompre.
On assiste aussi à la génèse de la seconde symphonie "messe invisible" puis de la troisième, du relâchement de la part du KGB,qui est fait autour de sa personne.Puis hélas la suprise totale de l'hémoragie cérébrale qui le plonge dans un  coma de 19 jours, bref un livre à conseillé à tout passionné de Schnittke et même aux autres..
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptySam 21 Déc 2019 - 20:09

Merci de la recommandation! Le passage que tu cites est représentatif du style de l'auteur?
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gluckhand
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptySam 21 Déc 2019 - 20:33

C'est très bien écrit , vivant et l 'auteur s'attarde plus sur le contexte et les débuts dans la sphère musicale de Schnittke, c'est avant tout biographique ,bien qu'il interprète les sentiments et les pensées du compositeur.Il se réfère aussi surtout à une biographie russe qu'il cite d'ailleurs, pour moi ,c'est un plus pour ceux qui aiment ce compositeur,pour mieux comprendre son chemin de croix. Neutral
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptySam 21 Déc 2019 - 20:57

gluckhand a écrit:
C'est très bien écrit , vivant
Mais je voulais dire: est-ce que la manière dominante du livre ressemble à l'extrait que tu cites - ce staccato proliférant de phrases nominales, de métaphores et de noms propres, d'antithèses et d'allusions...?

gluckhand a écrit:
c'est avant tout biographique ,bien qu'il interprète les sentiments et les pensées du compositeur.
J'ai du mal à me représenter comment ça fonctionne. L'auteur cite explicitement des sources, expose ses propres hypothèses, les justifie et les discute comme dans une biographie académique? Ou bien il présente le tout comme un récit à la 3ᵉ personne et présente ses interprétations comme des faits à la manière d'un narrateur balzacien?

gluckhand a écrit:
Il se réfère aussi surtout à une biographie russe qu'il cite d'ailleurs
Celle d'Ivashkin? D'ailleurs, elle n'a toujours pas été traduite en français, si?
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gluckhand
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptySam 21 Déc 2019 - 21:44

https://www.leducation-musicale.com/index.php/livres/9040-cadence-secrete-la-vie-invisible-d-alfred-schnittke
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptySam 21 Déc 2019 - 22:14

Merci beaucoup, la recension est très éclairante! (Mais du coup, je ne suis pas sûr du tout que ce soit ce genre de livre que j'ai envie de lire sur Schnittke. Je crois que je vais plutôt me tourner vers la biographie d'Ivashkin et/ou vers son Schnittke Reader qui se trouvent en anglais.)
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gluckhand
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptyMer 27 Jan 2021 - 3:33

Alfred Schnittke - Page 4 Azaza10
Définir la musique de Schnittke serait un pari osé,auquel je ne me risquerais pas.Définir l'attrait et la force qu'elle a sur nous, c'est plus facile ,et  plus évident, surtout dans cette 6ème symphonie, ou ces grands blocs d'instruments ,dès le premier mouvement,nous surprennent et nous maintiennent en haleine permanente.d'abord  c'est beau et intrigant, très lyrique ,parfois sombre même, on est plus du tout ,dans le patchwork de composition du début des symphonies. on sent même, dans ces montées individuelles d'instruments,une grande paix retrouvée, du moins un équilibre serein.Dans ces quatre mouvements,s'il y des duels et des confrontations,il y a d'abord,avant tout  une grande liberté formelle .Les  groupes instrumentaux semblant garder leur totale indépendance,et ne pas s'assembler ,dans un dialogue commun, mais vivre  leur propre vie spirituelle,scindée par des silences .L'oeuvre date de 1992 ou 1993, je sais pas exactement, mais Schnittke a eu de graves pépins de santé, un peu avant puis s'est installé en Allemagne.Beaucoup de changements dans sa vie.
C'est une musique, qui pour finir n'a plus vraiment d'époque. L'on pourrait presque retrouver, un peu cette forme, chez Roland de Lassus, ou les instruments , sont simultanés mais restent  indépendants.L'orchestre et le chef Poliansky sont remarquables,aussi bien dans la symphonie que dans le second concerto grosso, ce mélange de forme ancienne revisitée ,avec génie par Schnittke.
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Golisande
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptyVen 29 Jan 2021 - 1:03

Alfred Schnittke - Page 4 7be67810Alfred Schnittke - Page 4 Fd3cad10

Le début est une version hallucinée du prélude de l'Or du Rhin (d'abord en mode acoustique sur do, puis de plus en plus surchargé); au sommet, on bascule en et rebelote — avec en prime de lents mélismes aux tuba, cor, violons, avant un sommet bien plus intense qui nous propulse cette fois en si — toujours en mode acoustique, et cette fois un empilement de cuivres solos (tous sur des motifs plus ou moins arpégés) ; peu à peu, le premier plan est investi par un empilement d'ostinati lents de différents instruments à cordes pincées et de cloches, auxquels viennent s'adjoindre les timbales, le célesta, avant une incroyable péroraison de cuivres suivie d'un nouveau crescendo accumulatif, cette fois en do éolien, et hop c'est fini.
Musique assez incroyable, je pense à la fois à Ives et (par moments) à Atom heart mother des Pink Floyd...

La verison Jurowski met bien davantage en valeur les instruments solistes (bois dans la première section), avec des timbres plus "internationaux" et beaucoup moins de relief — par ailleurs le volume de l'enregistrement est beaucoup plus faible au départ, mais la progression dynamique n'en est que plus impressionnante ; la section finale permet de baucoup mieux entendre les différents pupitres, et la conclusion est bien plus puissante et inattendue...
Je suis partagé : Rozhdestvensky m'a fait "vivre" plus intensément les deux premiers tiers du mouvement, mais la tendance s'inverse pour la dernière section...

Quel trip, ce deuxième mouvement ! drunken Ça commence par une très jolie cantilène aux harmonies parfaitement consonantes et enchanteresses (exactement ma came, à vrai dire, dans le genre heureux), interrompue par de petits chorals de cuivres tout aussi enchanteurs (mais aussi, en son milieu, par une éruption dissonante et stridente) ; brusquement, ce petit paradis disparaît dans un tourbillon implacable et rapidement cacophonique, avant le bref retour d'une musique délicieusement nostalgique (cette fois ternaire), progressivement engloutie de nouveau dans la cacophonie ; le clavecin entonne ensuite une espèce de paraphrase du Prélude n°1 de Bach, auquel se superposent des citations/souvenirs d'œuvres diverses dans une ambiance à la fois douce et surchargée (la 4e de Ives me vient évidemment à l'esprit – et la 1ère de Schnittke lui-même, mais le souvenir que j'en ai est plus ancien) ; puis survient un épisode beaucoup plus rythmique (presque "motorique", même si Schnittke est ailleurs), suivi d'un grand crescendo aboutissant à un cluster d'orgue — et la petite musique du début revient, troublée par l'expansion progressive de nappes souterraines aux cordes (et ponctuée par un cluster ressemblant chez Jurowski à la chute d'un objet sur les cordes graves d'un piano)... L'épisode suivant consiste en une "énorme" mélodie de tuba + orgue (+ basse électrique ?), à laquelle se superpose des éclairs de violons et (progressivement) un tonnerre de timbales, puis on bascule dans une ambiance de cabaret complètement déjantée et explosée (un mélange de Ives et d'acte III de Wozzeck); nouvel épisode motorique, de plus en plus hystérique, surchargé et dissonant, avec la musiquette du début en augmentation aux trompettes dans une cavalcade apocalyptique, progressivement submergée par un tsunami d'orgue — puis la même musiquette au piano dans un rythme disloqué, et enfin au glockenspiel, le tout sur basse de "prélude de Bach" (je précise que Jurowski m'évoquait ici une ambiance de hall de gare, alors que chez Rozhdestvensky cela fait plutôt penser à la fin du monde) ; reflux progressif du tsunami et accalmie à la fois romantique et dépouillée (presque pelléassienne par moments), avec de magnifiques touches de célesta (et de piano, que j'apprécie décidément beaucoup comme instrument d'orchestre minimaliste Mr. Green ). Citation mozartienne un peu superflue à la fin — avec nappe envahissante de cordes graves , le tout se concluant naturellement sur un cluster...

Notons que Jurowki est beaucoup plus coloré, sensuel, suggestif (je ne dirais tout de même pas impressionniste, mais l'idée m'en a - oh, de très loin - effleuré), alors que Rozhdetvensky exalte plutôt la crudité et la sauvagerie du propos (je ne dirais pas qu'il est expressionniste, quoique l'idée...). Quant à dire lequel je préfère, c'est impossible – tant ils sont différents et constituent deux expériences d'écoute distinctes, complémentaires (au point qu'il est parfois difficile de reconnaître un même passage d'une version à l'autre, les éléments mis en avant n'étant souvent pas du tout les mêmes)...

Le troisième mouvement débute de façon aussi anguleuse et dépouillée (essentiellement en valeurs longues, malgré l'indication Allegro pesante) que le mouvement précédent était foisonnant et organique ; la suite consiste toutefois en une série de vagues successives (surprenant passage au rythme syncopé dominé par le timbre de la guitare électrique — beaucoup plus réussi par Rozhdestvensky, d'ailleurs) aboutissant en une cavalcade démente et tonitruante, peu à peu aspirée vers un vertigineux unisson de si bémol sur un rythme clairement rock; par un ralentissment progressif, l'enchaînement se fait sans interruption avec
l'Adagio final — mahlérien de façon évidente, mais aussi bartokien, avec sa succession d'accords parfaits plus ou moins éloignés noyé dans un halo de notes étrangères égrenées par différents instruments – certains passages étant plus ou moins atonaux, mais le "vrai" drame n'intervenant que dans la seconde moitié (toujours dissipé par une touche de lumière — la magnifique descente de cuivres vers la quinzième minute, nimbée du fourmillement des cordes, et sa suite très cinématographique...)
La conclusion (qui sollicite largement la flûte solo) retrouve la couleur harmonique du tout début de l'œuvre (do majeur peu à peu transformé en mode acoustique, avec en prime un ré bémol à la toute fin...).

Là encore, grosse différence entre les deux versions — Rozhdestvensky beaucoup plus détaillé, donnant l'impression d'un univers bien plus bigarré mais parfois fatigant à l'écoute (notamment cet espèce de reverb artificiellement plaquée entre 7' et 8'43 Shocked ), les timbres étant par ailleurs plus exotiques - ou idiomatiques...

Œuvre impressionnante à tous égards — qui me donne envie de réécouter non seulement la Quatrième de Ives, mais surtout la symphonie homonyme de Tichtchenko (d'une envergure au moins comparable si j'ai bonne mémoire)...
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gluckhand
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptyVen 29 Jan 2021 - 1:23

Bravo, très interessant, merci Golisande.Je pense personnellement ,même s'il est mort en 1998,qu'on a pas vraiment encore pris la vraie mesure de Schnittke,bien sûr, on joue ses oeuvres, on enregistre des disques de lui,aussi, mais je veux parler, surtout de l'impact d'un compositeur sur une époque .Il y a c'est sûr d'autres compositeurs très importants, au même moment, mais ce qu'a apporté Schnittke, à la forme symphonique, en mettant d'abord tout par terre, mélangeant tous les genres, tous les styles,tous les compositeurs, et pour finir par arriver ,ensuite,peu à peu,vers un équilibre et une force tranquille remarquables. Je pourrais dire la même chose pour d'autres oeuvres de sa musique de chambre,comme ses quatuors,qui s'épurent  avec le temps.D'autant plus, qu'il était soumis à une sévère pression de la part d'un régime répressif, dont on ne se rend plus vraiment compte.Désolé de dire des banalités,mais on est là pour ça aussi.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptyVen 29 Jan 2021 - 1:30

Ca me donnerait presque envie d'essayer, j'avais entrepris d'écouter sérieusement l'ensemble du corpus des symphonies, et je m'étais lâchement découragé après la 1ère... Confused
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptyVen 29 Jan 2021 - 1:31

Je ne me souviens pas très bien de la 1ère, mais cette 3e c'est vraiment quelque chose...
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptyVen 29 Jan 2021 - 9:02

Xavier a écrit:
Ca me donnerait presque envie d'essayer, j'avais entrepris d'écouter sérieusement l'ensemble du corpus des symphonies, et je m'étais lâchement découragé après la 1ère... Confused
Ah, personnellement, autant je suis allergique à la 1ᵉ (je crois avoir employé l'expression «happening bricolé» dans les pages qui précèdent), autant j'aime les 2-3-4, qui me semblent clairement pouvoir te plaire (tu seras peut-être moins sensible aux atmosphères religieuses des 2 et 4, mais la 3 comme vient de le dire Golisande, c'est vraiment quelque chose.)
Les 6-7-8 (dans un genre plus soviétique-raréfié-déprimé) pourraient aussi ne pas te déplaire. En revanche, je serai plus réservé sur la 5 (un concerto grosso à violon et clavecin avec des bout de Mahler dedans.)
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Анастасия231
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MessageSujet: Re: Alfred Schnittke   Alfred Schnittke - Page 4 EmptySam 30 Jan 2021 - 22:05

Golisande a écrit:
Œuvre impressionnante à tous égards — qui me donne envie de réécouter non seulement la Quatrième de Ives, mais surtout la symphonie homonyme de Tichtchenko (d'une envergure au moins comparable si j'ai bonne mémoire)...
La 4e symphonie de Tishchenko dure une heure et trente-cinq minutes (d'ailleurs on y entend l'oncle Gennady réciter du Tourguéniev entre deux coups de pistolet aux alentours de 75 minutes). cat
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