Autour de la musique classique

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 Bartok - Le Château de Barbe-Bleue

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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 13 Sep 2009 - 21:26

Petit guide d'écoute du Château de Barbe-Bleue

Les minutages correspondent à la version Boulez 1.
Les extraits du livret sont une traduction perso de la version anglaise.



1 : Le hall


1 a : Prologue et introduction

La première partie du prologue est sans musique. Le narrateur introduit la légende : c'est l'écho de l'écho d'un soupir... Il questionne le public : les rideaux de vos paupières sont grand ouverts, mais où est la scène ? En nous ? Ah mes amis, pourquoi lancer des questions sans fin ? La vie est un étrange patchwork... Le monde est déchiré par les guerres, mais est-ce de cela que nous mourons ? Non, pas du tout ! Alors, de quoi mourons-nous ? La réponse est l'écho d'un soupir.

Il fait une courte pause ; le rideau s'ouvre, les cordes graves commencent :
Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 Bbax
Un thème rampant construit sur la gamme pentatonique. Rien de moderne, un chant sans âge qui illustre la troublante universalité du conte évoquée par le narrateur.
Un vaste hall circulaire, sans fenêtre, sans décoration. Comme une grotte taillée au coeur d'un solide rocher. Sur la gauche, un escalier escarpé mène à une petite porte en fer. A droite des escaliers, sept énormes portes, dont quatre font face au public. La scène est plongée dans la pénombre.

Au premier point d'orgue, le narrateur reprend : La musique commence... C'est un vieux château, aussi vieux que ce conte. Tendez l'oreille...

Spoiler:

Au moment où le motif pentatonique aboutit, hautbois et clarinettes en octaves lancent ce que j'appellerai le motif du château :
Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 Bbbk
Acide, nerveux, il met mal à l'aise. On sent déjà que les vieilles pierres nous réservent des horreurs. Par deux fois, le développement du motif mène à un accent, un sursaut, et la tension redescend immédiatement, diluée dans les cordes. Au deuxième accent, la petite porte de fer s'ouvre, et les silhouettes de Barbe-Bleue et Judit apparaissent en haut de l'escalier.


Dernière édition par jerome le Ven 2 Oct 2009 - 7:37, édité 1 fois
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Jules Biron
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 13 Sep 2009 - 21:29

Tu pourrais faire un nouveau topic ?
Ca risque d'être intéressant et je vais peut être m'y mettre, du coup.
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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 13 Sep 2009 - 21:30

Pourquoi un nouveau topic ? C'est très bien ici Smile
Tu l'as déjà écouté ou pas, je sais plus ?
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Jules Biron
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 13 Sep 2009 - 21:31

Sans livret. J'avais apprécié les ambiances mais sans plus.


Un nouveau topic pour que ça ne se perde pas dans ce topic-ci...! Smile
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Hidraot
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 13 Sep 2009 - 21:31

C'est exactement ce que j'étais en train de me dire. Il faut déjà que je m'en procure un mais je ne sais pas lequel choisir.
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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 13 Sep 2009 - 21:33

On pourra peut-être mettre un lien en tête du fil ? Sinon, je me vois mal ouvrir un deuxième sujet sur la même oeuvre.
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Hidraot
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 13 Sep 2009 - 21:34

Certes ça ferait un peu bizarre.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 13 Sep 2009 - 22:03

Même avis que Jérôme : il faut juste mettre le lien en tête du fil, de façon claire.

Avec noté : Si les bavardages de nolife ne vous intéressent pas, allez directement au coeur du sujet.
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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 13 Sep 2009 - 22:36

Spoiler:

1 b : Entrée dans le hall

Barbe-Bleue présente son château, sur fond de cordes calmes. [1'24] L'harmonie est assez claire, dans un style qui, repris à plus fort volume, exprimera plus tard sa gloire, sa noblesse. Il dénigre immédiatement les lieux : Pas un endroit joyeux comme chez tes parents. Puis, comme incertain qu'elle puisse se plaire chez lui : Judit, réponds. Veux-tu venir ? (me suivre)

Réponse de Judit :
Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 Bbcj
Le nom de son époux bien-aimé est prononcé comme un soupir d'extase. Quatre notes descendantes formant un contour un peu exotique. Je l'appelle « motif K » (pour Kékszakàllù ) tout en sachant qu'il sera très souvent altéré. Bartok est dingue de ce genre de motifs à cette époque, j'en entends aussi plusieurs dans les opus 10, 12 et 13.
Pour cette première parole de Judit, l'orchestration change complètement : accord de harpe, bois medium dans les P, ses paroles sont entourées d'un scintillement délicat. A-t-elle peur, a-t-elle froid ? Ou est-ce sa grande beauté qui irradie autour d'elle ?
Elle commence à lentement descendre les escaliers, accompagnée par deux petits frissons de cordes qui semblent illustrer son hésitation.

Barbe-Bleue, impitoyable, évoque une nouvelle fois la famille éplorée qu'elle laisse derrière elle. [2'09] Une longue phrase régulière, ponctuée par les cordes graves (accords brièvement posés, et trois accords liés en fin de phrase). L'harmonie est toujours un brin épique, c'est un Barbe-Bleue fort et intimidant qui pose à nouveau sa question : Judit, réponds. Veux-tu venir ?

La réponse de Judit est similaire à sa toute première phrase. Mais le motif K est plus resserré, descend moins grave, comme sa nervosité était montée d'un cran.
Barbe-Bleue est déjà en bas. Judit est au milieu des escaliers, immobile. La lumière de l'extérieur parvient encore jusqu'à eux par la porte restée ouverte. [2'37] L'orchestre fait réentendre le thème du château, accéléré et étoffé. Est-ce la terreur qu'on entend monter dans le coeur de Judit ? Barbe-Bleue s'inquiète : Chère Judit, as-tu peur ?

Le calme est à peu près revenu dans l'orchestre. Seuls un hautbois et deux flûtes prolongent l'agitation pendant que Judit se justifie : Non, le volant de ma robe s'est coincé quelque part. Il lui laisse à nouveau le choix : regarde, la porte est toujours ouverte. Elle s'offusque sur un motif K très large et forte (Kééékszakàllù !) et descend quelques marches de plus.

Puis elle évoque sa famille, dans le même climat qui entourait la question de Barbe-Bleue une minute plus tôt : [3'23] Ma mère et mon père bien-aimés, mon frère et ma soeur dévoués, je les laisse tous en pleurs, tous les miens, pour venir ici. Les bois s'ajoutent aux cordes alors que son ton vire au pathétique : Cher Barbe-Bleue, si tu me rejettes et me mets dehors, je ne te quitterai jamais. Je mourrai sur ton seuil glacé.

Elle est vraiment mordue. Barbe-Bleue l'enlace. [3'56] L'orchestre les accompagne, sur le ton de la passion Bartokienne : des remous, des accents violents et répétés. C'est le son du sang qui monte aux tempes. Alors que l'étreinte se calme, Barbe-Bleue savoure sa victoire. Bien fort dans les aigus, il lance une nouvelle sentence au ton épique : Que la porte se referme ! Et la petite porte de fer obéit, les plongeant tous deux dans l'obscurité.


Dernière édition par jerome le Ven 2 Oct 2009 - 7:33, édité 1 fois
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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyLun 14 Sep 2009 - 0:33

1 c : Ce château est lugubre !

[02]
Un ostinato pentatonique se forme pendant qu'on s'habitue à la pénombre. Les cordes graves font tournoyer les 6 mêmes notes aussi PP que possible.
La main dans celle de son époux, elle déambule un peu en observant les lieux. Autour d'un ré# fixe, ils dialoguent ; Pourquoi pas de fenêtre, pas de lumière du jour ? Jamais. Le soleil ne brille jamais ici ? Jamais plus. C'est toujours aussi glacial, sombre et morne ? Toujours, toujours.

Plus elle évoque les rumeurs qui entourent Barbe-Bleue. [02-1'07] L'ostinato s'interrompt alors qu'il demande calmement : Tu les connais ? (tu en as entendu parler ?) Une mélopée discrète de clarinette souligne la non-réponse de Judit, concentrée sur autre chose : Tout est si sombre !

Une dissonance aigüe des flûtes et des hautbois accompagne son frisson : elle s'aperçoit soudain que les murs sont tout humides. Plus tard, ce petit grincement strident sera souvent associé au sang (le château suinte et saigne, c'est dans le même ordre d'idée). La voix s'élève (poco espressivo) sur ce constat stupéfait, terminé par un motif K : Les murs et les poutres pleurent ! Troyanos est royale ici. I love you

L'ostinato cède la place à des tenues de cordes rayonnantes ; Barbe-Bleue tente à nouveau de dissuader Judit en une longue phrase de croches [02-1'47] : Judit, Judit, ne serait-ce pas plus gai dans le château de tes parents, les roses courant le long de la terrase, la lumière du jour dansant sur le toit ?
La mélopée des clarinettes reprend, ainsi que l'ostinato aux violoncelles : Jamais, jamais, cher Barbe-Bleue ! Ce type de plaisirs n'a, à ses yeux, aucune valeur. L'orchestre s'anime subtilement pendant qu'elle développe – une belle zone trouble. Le ton enfle encore, elle en revient à cette troublante obscurité : Tout est si sombre ! Austère, austère Barbe-Bleue ! Elle tombe en sanglots et embrasse sa main. L'orchestre se calme, et la clarinette termine seule sur un motif K.


1 d : Faisons entrer la lumière !

Toujours calme, Barbe-Bleue demande [02-3'22] : Pourquoi es-tu venue ici ? Elle se relève d'un coup et reprend son ton agité, accompagnée par le même d'éléments que précédemment (ostinato transformé, mélopée de bois qui se croisent et se relaient) : Je vais sécher les larmes des pierres avec mes propres lèvres, réchauffer ce marbre glacé à la chaleur de mon corps ! Elle met toute sa conviction dans un nouvel appel Kékszakàllù !, très long et soutenu par un embrasement de l'orchestre, et enchaîne directement sur autre tirade, plus passionnée encore : Toi et moi, faisons entrer le vent, la lumière, faisons briller ton triste château !
Elle perd peu à peu son souffle, semble s'affaisser un peu plus à chaque mot.

L'ostinato a repris. Désespérant, Barbe-Bleue rétorque calmement : Rien ne peut briller dans mon château. L'élan est complètement coupé. Le morne ostinato reprend le premier plan, un peu resserré. Le cor anglais, la clarinette et le hautbois se relaient pendant de longues mesures ; Judit encaisse la déception.
Calmement, elle finit par demander [4'54] : Je te suis, doux Barbe-Bleue, fais-moi visiter tout ton château. A nouveau, l'ostinato et la clarinette meurent l'un après l'autre (perdendosi) et laissent place à un court silence.
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*Nico
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyLun 14 Sep 2009 - 11:30

Merci Jérôme ! thumleft
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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyLun 14 Sep 2009 - 12:05

De rien ! Smile

Je viens de recevoir un livret en 4 langues (Adam Fischer). C'est la première traduction française que je lis, et c'est le bazar : certains détails sont changés avec beaucoup de liberté par rapport aux versions allemande et anglaise.

Exemple :
  • Judith, Judith, would it not be gayer in your father's castle ?
  • Schöne Judith, heller war' es in der Liebste hohen Hallen.
  • De ton fiancé, plus claire, plus joyeuse est la demeure.

Bon alors, ses parents, ou son fiancé ? scratch
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poisson
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyLun 14 Sep 2009 - 14:00

que dit le hongrois?
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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyLun 14 Sep 2009 - 14:47

1 e : Sept grandes portes

[3]
Judit est maintenant au centre de la scène. Elle aperçoit les sept portes : Sept grandes portes closes, sept sinistres portes closes ! Les cordes l'accompagnent d'une série d'accords simples évoquant à nouveau la grandeur de Barbe-Bleue. Puis, sur un tapis de bois plus trouble : pourquoi sont-elles fermées ? Barbe-Bleue, immobile, répond par un motif des plus archaïque : Nul ne doit y pénétrer.

Spoiler:

D'un coup Judit retrouve toute son excitation : Ouvre, ouvre, ouvre vite ! Tous ces verrous doivent être ouverts, que l'air et la lumière y pénètrent ! L'orchestre appuie vigoureusement sa demande. Barbe-Bleue, toujours archaïque, mais un plus tendu que précédemment, tente de la mettre en garde : Pense donc aux rumeurs ! Judit ignore la remarque et lance une nouvelle tirade passionnée : Que la lumière emplisse ton château ! Que la lumière emplisse ton château ! Pauvre et sombre château, Ouvre ! Ouvre ! Ouvre !
L'orchestre entier répond à chacun de ses cris. Elle frappe trois fois sur la première porte, accompagnée par la grosse caisse. Les claques de l'orchestre en réponse expriment la plus grande violence (accord issu de la gamme par tons. Stravinsky ne me semble pas très loin).


1 f : Donne-moi les clés !

[03-0'57]
On entend un long soupir caverneux, comme le vent nocturne tournoyant dans un sombre labyrinthe. Stupéfaite, Judit recule : Ah !... Ah!... Les cordes à l'unisson déroulent un long motif K étendu, franchissant presque deux octaves en sept notes. Puis, PP, elles font réentendre le sombre motif pentatonique du début de l'oeuvre. Sur cette ample phrase grave, la clarinette reprend sa mélopée obsessive et Judit parvient à articuler quelques chuchotements : Qu-est-ce que c'était ? Qu'est-ce qui a soupiré ? Qu'est-ce qui a gémi ? Kékszakàllù ?...

La clarinette s'agite peu à peu : sa mélopée jusqu'alors très statique commence à se transformer en un motif récurrent. Judit réalise lentement que le château est vivant et s'exclame : Ton château !... Ton château !... Ton château !... Chacune des trois phrases est introduite par les premières notes du motif du château. La progression harmonique donne froid dans le dos.

Barbe-Bleue demande doucement : As-tu peur ?. [2'34]
Les altos reprennent le motif patiemment élaboré par la clarinette. Je l'appelle “motif de la peur”, même si ce n'est pas toujours adéquat, c'est histoire de lui donner un nom :
Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 Bbd
Une bribe mélodique dérangeante, proche de la folie.
Alors que Judit essaye en vain d'obtenir des explications de Barbe-Bleue, le motif de la peur circule, se développe, puis est répété à découvert par un hautbois et une clarinette à l'unisson. Bartok cherche ainsi à lui donner une aigreur qu'on retrouvera également plus loin.

Judit, touchée par les gémissements du château, abandonne son ton autoritaire. [03-3'24] Elle se fait câline et tente de gagner la confiance de Barbe-Bleue. Les quelques phrases qui suivent constituent quasiment un air, magnifiquement mélodique. La douceur de l'orchestre (cordes très divisées, ligne mélodique doublée par plusieurs pupitres) souligne sa compassion. Le motif de la peur persiste néanmoins à la clarinette (molto espressivo).
Elle tente d'abord d'impliquer Barbe-Bleue : Allons, ouvrons puis change de stratégie : Je vais ouvrir, moi seule. Et cette belle phrase où l'on est libre de voir douceur, tact ou séduction manipulatrice : J'ouvrirai gentiment, doucement, doucment... tendrement... doucement...
Sur des cordes inquiètes elle conclut sa prière : Donne-moi les clés, Barbe-Bleue, donne-les moi parce que je t'aime. Le débit n'est plus celui d'un air ; les croches et le contour mélodique heurté laissent percevoir une certaine fermeté. Mais ce haussement de ton relève-t-il de l'intimidation, ou de la détresse ?

Elle pose sa tête sur son épaule. [03-4'37] Magnifique interlude orchestral, à la fois tendre et tragique, reprenant les éléments mélodiques de l'air. Barbe-Bleue est ému : dans le calme des cordes, il lui accorde sa confiance (Tes mains sont bénies, Judit). La courbe mélodique est radieuse, gorgée d'un bien-être nouveau.
Il lui donne la clé de la première porte. Elle le remercie fébrilement. Alors qu'elle tourne la clé dans la serrure, les bois et les basses font retentir un présage funeste. Le château soupire à nouveau. Dans un silence inquite elle chuchote : Ecoute, écoute !


Dernière édition par jerome le Ven 2 Oct 2009 - 7:26, édité 1 fois
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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyLun 14 Sep 2009 - 15:13

poisson a écrit:
vőlegény c'est le fiancé
Ok merci !
Mais alors c'est qui celui-là ? scratch
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antrav
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyLun 14 Sep 2009 - 15:16

Ben Barbe-Bleue, il parle de lui à la 3° personne comme Delon, non ? Il n'y a que son château dans les parages il me semble.
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyLun 14 Sep 2009 - 15:18

Non, ils viennent visiblement de se marier. Et puis il compare son propre château à celui, plus gai, du fiancé. Mais ce n'est sans doute pas important.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMar 15 Sep 2009 - 10:32

Judith a largué son fiancé pour Barbe-Bleue, je pensais que c'était clair dans le livret, non?
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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMar 15 Sep 2009 - 10:35

Ayant toujours suivi sur la version anglaise, je croyais qu'il parlait du château de ses parents.
Il parle du fiancé à un autre moment ? Mais effectivement c'est mentionné dans le livret Adam Fischer.

EDIT : ah oui, "j'ai délaissé mon doux fiancé". Mais là encore la version anglaise gomme ce détail. Trop libertin pour eux, sans doute.
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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 1 Nov 2009 - 20:03

Je n'arrive pas à trouver beaucoup d'infos sur la création de l'oeuvre.
En particulier, j'adorerais voir des images de la mise en scène et savoir si Bartok y a participé ou a donné son avis à ce sujet.

Création : Opéra de Budapest, le 24 mai 1918.
Barbe-Bleue : Oszkár Kálmán. Judit : Olga Haselbeck; Direction : Egisto Tango. Mise en scène : Dezső Zádor.

Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 Creabb

Bartok a écrit que la direction de Tango et l'interprétation vocale correspondaient parfaitement à ses intentions.
Altough the composer himself had a high regard for his opera, he never talked much of his cooperation with Balázs.

Documents non identifiés
Spoiler:

Première édition du conte de Balazs
Spoiler:
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senga
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 1 Nov 2009 - 21:22

Je retranscris (pas exactement, c'est à partir de mes notes) qq infos. Pê les as-tu déjà, mais on ne sait jamais...
- Il écrit à sa femme Maria en 1915 qu’il a envie d’assister à des représentations de Barbe-Bleue. « Maintenant, je sais que je ne l’entendrai pas de mon vivant. » Il évoque la barbarie qui s’est abattue sur l’Europe. Il souhaite jouer l’œuvre avec Maria encore une fois mais craint de ne pas supporter de le jouer jusqu’au bout. « C’est pourquoi, justement, j’essaierai une fois encore. Au moins, nous pourrons pleurer ensemble. »
- Après la création, il écrit le 24 mai 1918 ; "Je leur (au chef Tango et à qq d’autre, son mécène, je crois) voue une grande reconnaissance car ils n’ont pas ménagé leur peine. Olga Haselbeck et O. Kalman chantent leurs rôles respectifs avec une telle perfection que l’exécution arrive tout à fait à al hauteur de ce que je m’imaginais."
- A propos d’une représentation de Francfort, il s’était plaint du chanteur qui était si « incertain qu’il improvisait des mesures entières ».
- Pour la représentation de Weimar, en 1924, il suggère au Chef Ernst Latzko de ne pas faire jouer les parties de saxo par 2 clarinettes, mais pas un cor anglais et une clarinette basse. « Jusqu’ici, j’ai fait l’expérience que que dans Barbe Bleue, les chanteurs veulent interpréter les passages parlando dans un rythme fixe (tempo giusto). C’est pourquoi j’attire votre attention sur le fait qu’une telle conception serait complètement erronée, une sorte de chant parlé doit régner sans exception. »… Je vous prierai
1. de ne pas faire ressortir exagérément le caractère folklorique de ma musique.
2. d’insister sur le fait que, dans ces œuvres scéniques, je n’utilise jamais de mélodies populaires. etc…
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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 1 Nov 2009 - 21:31

Merci senga ! Very Happy
senga a écrit:
- Il écrit à sa femme Maria en 1915 qu’il a envie d’assister à des représentations de Barbe-Bleue. « Maintenant, je sais que je ne l’entendrai pas de mon vivant. »
Sad
Citation :
- Pour la représentation de Weimar, en 1924, il suggère au Chef Ernst Latzko de ne pas faire jouer les parties de saxo par 2 clarinettes, mais pas un cor anglais et une clarinette basse.
Je ne comprends pas, il n'y a pas de saxo dans la nomenclature (édition 1925).
Merci encore pour ton post Smile
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 1 Nov 2009 - 21:42

C'est dans une lettre écrite de Budapest le 16 déc. 24.
La citation exacte : "Je vous suggérerais de ne pas faire jouer les parties de saxophones par deux clarinettes, mais par un cor ang[lais] et
une clar[inette] basse."
Ce n'est pas très important, si?
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 1 Nov 2009 - 21:43

Non, ce n'est pas vraiment important bien sûr, mais ça m'intrigue quand même : je ne sais pas du tout d'où sortent ces deux parties de saxophone. scratch

Quel est ton livre ? Tu le conseillerais ?
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 1 Nov 2009 - 21:56

J'avais juste pris des notes lors de la présentation de l'oeuvre à Lyon il y a 2 ans dans une mise en scène de Pelly.

Il y avait aussi ça :

Un visage d’archange-enfant inexorable.
Son profil prégnant et offensif a l’air
D’être retranché du vivant douloureux.
Sa bouche close ne rit jamais.
Qu’est-ce qui te hante ?
Chétif, menu géant.
Ton corps, cette écharde menaçante
Entre dans l’espace,
Provoquant une inflammation cuisante tout autour.
Tu te portes comme un sabre au clair. A qui en veut-il ?
Certes, ta musique n’incite point à la rêverie.
Elle est une structure d’acier,
Une révolte grondant de sous du triste sol,
Une douleur violente, un cri d’alarme.
Qui t’a offensé ?
Tes violons taillent, tes cornets frappent.
C’est avec des serres d’épervier que tu tapes le piano
Et les sons déchirés s’enfuient
Pareils à une troupe d’oiseaux souillés de sang.
Que chantes-tu ?
Tu souffres de ta douleur non comprise ?
Et du fait qu’on ne veut rien savoir de tes peines ?
L’on te frappe puisque tu bats.
Qu’attendais-tu de mieux ?
Tu es ni agréable, ni amusant.
Que t’est-il donc arrivé ?
Je le sais, moi qui t’ai vu à la recherche
De la chanson, des airs populaires magyars
Dans les rudes fermes gueuses et silencieuses de Csongrád,
Comme on cherche des racines vivantes sous la glace.
Et tu n’en trouvais pas.
Mais tu as découvert la peine étouffée du chagrin
Rustique qui t’a rencontré au bord de la Tisza
Ou aux sommets neigeux de Transylvanie,
Sans plus te lâcher et le sourire
S’est glacé dans ton coeur.
Leur souffrance rebelle, réduite au silence, c’est elle qui
Hurle maintenant de toi, mais ils ne la reconnaissent pas.
Ils ne l’entendent même plus. A qui fais-tu donc
Cette musique de faux ébréchés se dressant vers le ciel
Dans notre solitude magyare ?

Adaptation d'un poème de Bela Balazs sur Bartok
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 1 Nov 2009 - 21:58

thumleft


Infos tirées de Inside Bluebeard's castle: music and drama in Béla Bartók's opera - Carl Stuart Leafstedt. (traduction bricolée rapidement)

* Il écrit en 1917 : Il est notoire que mon opéra a été refusé à un concours : la plus grande entrave à sa représentation sur scène réside dans le fait que l'action est limitée au conflit spirituel de deux personnes, et que la musique ne fait que décrire cette situation simple et abstraite. Rien de plus ne sa passe sur scène.

* En 1925, après une représentation du Château et du Prince à Weimar : J'ai été très heureux (...) d'apprendre que le public avait apprécié Le Château encore plus que le Prince. A vrai dire, je ne suis pas très épris du Prince : je considère le Château, tant du point de vue musical que littéraire, comme une oeuvre bien meilleure.

* le 20 avril 1913, la pièce de Balazs est crée à Budapest. Bartok joue des intermèdes au piano (l'opéra est déjà composé depuis un an et demi).

* Première édition au printemps 1921 (Universal Editions) sous forme de réduction piano-chant.

* Balazs raconte qu'il partageait avec Bartok la même recherche d'une identité artistique authentiquement hongroise. A propos du livret : Cette poésie était adressée à Bartok de la même manière qu'un voyageur las et desséché lance une chanson pour inciter son compagnon encore plus fatigué à se mettre chanter. Parce qu'une mélodie peut vous aider à continuer d'avancer un peu quand vos jambes sont sur le point de vous lâcher. Et je me suis arrangé pour stimuler la musique en lui. Bartok s'est mis à entonner un chant tel qu'on n'en avait plus entendu en Europe depuis Beethoven.


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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 1 Nov 2009 - 22:29

@ Jérôme, côté mise en scène :

Eh bien, précisément, à cette date, ça devait ressembler à ce qu'on voit sur la photo. Des costumes premiers degré avec des acteurs statiques, qui font deux pas de côté, face au public et bras en croix, pour faire mine d'ouvrir des portes.

Avant 1970, il n'y a pas vraiment de mises en scène mobiles et créatives comme on l'entend aujourd'hui.
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 1 Nov 2009 - 23:20

Donc, sûrement pas de décor, de choix d'ambiance etc...?
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 1 Nov 2009 - 23:37

J’avais aussi noté ailleurs, que, l’œuvre ayant été décrétée impossible à monter (absence de dramatisme, manque de caractérisation des personnages), la femme du compositeur (et ami) Kodaly avait traduit le tout en all pour faciliter l’entrée sur les scènes all.
Bartok aurait modifié l’orchestration en 1913, puis en 1918 et enfin en 1921 (pour la réduction cette fois-ci).
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyDim 1 Nov 2009 - 23:45

senga a écrit:
Bartok aurait modifié l’orchestration en 1913, puis en 1918 et enfin en 1921 (pour la réduction cette fois-ci).
Plus précisément, toujours selon la même source :

* Il compose l'oeuvre de février 1911 au 20 septembre de la même année.
* Première traduction allemande de la pièce par Henrik Horvath, publiée à Leipzig en juillet 1911. Madame Kodaly fait la sienne pendant l'été ; j'ignore pourquoi ils en font deux différentes, mais honnêtement on s'en fiche un peu. Smile
* Octobre 1911 : l'oeuvre est présentée au concours Lipotvarosi Kaszino.
* Il modifie la fin vers février 1912.
* Le mois suivant, il présente l'oeuvre au concours Rozsavölgyi.
* Résultats en juillet et novembre : échec aux deux concours.
* Pendant l'été 1917, Bartok révise toute l'oeuvre en vue de sa représentation.

Concernant la réduction piano, c'est en effet une révision assez drastique de l'orchestration. Razz
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyLun 2 Nov 2009 - 0:19

senga a écrit:
C'est dans une lettre écrite de Budapest le 16 déc. 24.
La citation exacte : "Je vous suggérerais de ne pas faire jouer les parties de saxophones par deux clarinettes, mais par un cor ang[lais] et
une clar[inette] basse."
Ce n'est pas très important, si?

Est-ce qu'il ne s'agit pas d'une représentation du Prince de bois, tout simplement? Puisqu'il y a du saxophone dans le Prince...
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyLun 2 Nov 2009 - 20:25

2 : Première porte


2 a : La salle de torture. [04]

Quand Judit ouvre la première porte, un rai de lumière rouge se projette sur le sol. Un tremolo dissonant jaillit aux violons 1 sul ponticello et aux clarinettes, aussi perçant pour l'oreille que cette brusque irruption de lumière l'est pour l'oeil. Les notes la#-si se superposent, rappelant les sol# et la du motif du sang. Judit laisse s'échapper un cri de surprise.

L'illustration orchestrale de la salle de torture est d'une grande complexité rythmique. Le tremolo aigu persiste pendant 19 mesures à tempo lent. Un xylophone à clavier, doublé par plusieurs bois aigus dont le piccolo, lance des traits agressifs en allers-retours. Les cordes pizz et la harpe martèlent une série d'accords dissonants, accompagnés par des traits de bois en quadruples-croches. On entend le cliquetis de machines, et presque le tranchant des lames. Les quatre cors et un trombone bouché posent çà et là un accord de cinq sons, lugubre, inquiétant.
Les trompettes bouchées les rejoignent pour accompagner la première parole de Barbe-Bleue : Que vois-tu ?... Que vois-tu ? Il est dans les aigus ; ce ne sont plus les questions calmes et méfiantes qu'il posait jusqu'à présent.

Judit énumère les instruments menaçants qu'elle a sous les yeux. A chacune de ses paroles, l'orchestre reflue légèrement pour la laisser s'exprimer, l'orchestration s'allège et le tempo accélère. Bartok a prévu un phénomène de compression acoustique avant l'heure ; il y a comme un effet de zoom.
La texture désépaissit à l'aveu “C'est ma salle de torture”, et flûtes et clarinettes déroulent une longue guirlande chargée de trilles. Le tremolo strident descend d'une octave mais ne disparaît pas encore. Judit s'écoeure : Horrible, horrible !


2 b : Les murs saignent [04 - 1'03]

Les violons 1 cessent leur tremolo, relayé par un long trille de la première flûte sur les mêmes notes. Barbe-Bleue demande, menaçant : As-tu peur ? Immédiatement, le thème du sang réapparaît (hautbois, trompettes bouchées), suivi d'une nouvelle mélopée dérangeante de la clarinette. Judit est figée par la surprise : Les murs sont couverts de sang... Regarde, les murs saignent... Deux puissantes quintes donnent du poids à ses fins de phrases (cordes, bois graves, harpe). La tension redescend jusqu'à un nouveau As-tu peur ? de Barbe-Bleue, accompagné par un bel accord mineur P (cordes, les trois bassons).

Judit est maintenant calmée ; baignée par la lumière rouge, elle répond dans les graves : Non... je n'ai pas peur. Reprise de la guirlande trillée (violons 1, flûtes) ; en soutien, un balancement d'accords mineurs aux cordes et aux cors appuie le pathétique de la situation. Peu à peu, cet arrière-plan se fait plus mobile, jusqu'à constituer un véritable contre-chant (mF espressivo) pendant que Judit s'émerveille : Vois, déjà point la lumière ! Vois ces rayons, vois ce flot de lumière ! Elle s'agenouille, fascinée ; Barbe-Bleue lui rappelle la nature morbide de ce scintillement (Une rivière rouge, une rivière de sang), dans un décor orchestral perturbant, inconfortable.

Mais elle persiste dans son émerveillement (Regarde, regarde la lumière !), dans une bulle orchestrale onirique et rayonnante [04 – 2'25]. Les violons et les flûtes en octaves, d'abord légers dans les aigus, déroulent une longue descente heurtée. Stimulée par cette lumière qu'elle perçoit comme salvatrice, Judit est pleine de bonne volonté : Il faut ouvrir les portes à la brise, à la lumière. Il faut vite ouvrir les portes !
Elle termine par un motif K. Les cordes ont atteint les graves, et restent vigoureuses malgré un fort relâchement du tempo. Barbe-Bleue répond a cappella par une nouvelle menace : Mais sais-tu ce qu'elles cachent ?...
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMar 3 Nov 2009 - 23:13

jerome qui aime comme tout le monde la piste 7 du Château façon Boulez a écrit:
Bonne idée Very Happy
A 0'30, ça fait très Pelléas cet assombrissement, non ?

Le scintillement (harpe et cordes) avec les appels de cuivres du début sont un lever de soleil, un espoir qui s'éveille. Les dissonances des bois qui les recouvrent amènent une incertitude, voilent légèrement l'atmosphère rayonnante du début.
Oui ! A 0'30 c'est La Mer mais sans la transparence et la fluidité, plus opaque, plus dur, on ne s'enfonce pas dans cette Mer, elle nous empoigne plutôt. Pas de frémissement et d'écume. Les bois apportent des sonorités liquidiennes et assombrissent le tableau en effet. Puis c'est le déchaînement des cordes et des cuivres, tellement voluptueux que c'en est indécent (comme le reste de cette porte d'ailleurs). Puis juste avant l'orgasme - le premier de cette piste - (signalé par l'arrivée du celesta), c'est Troyanos qui vient planer dans une formule chromatique irrésistible qu'elle répète la coquine... On en parlerait des heures. drunken
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 2:37

Citation :
Puis juste avant l'orgasme - le premier de cette piste - (signalé par l'arrivée du celesta), c'est Troyanos qui vient planer dans une formule chromatique irrésistible qu'elle répète la coquine...
Bien vu hehe
Pour moi, les choses sérieuses commencent vingt secondes avant la fin, mais bon, chacun son rythme hein fleurs
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 11:21

2c : Tu peux ouvrir les autres portes [04 - 2'57]

Cette mise en garde n'effraie pas Judit. Elle est au contraire stimulée et réclame : Donne-moi toutes les autres clés ! Donne-moi toutes les autres clés ! C'est plus que de la simple curiosité féminine ; par amour, elle se déclare prête à affronter d'horribles visions pour assainir le château de son cher époux et lui offrir une vie nouvelle.
Les violons conduisent à nouveau l'orchestre. La progression est ascendante, presque chromatique et sempre più agitato ; trois grands paliers de deux mesures chacun mènent au forte de la phrase suivante.
Elle ne fait alors que répéter son désir, avec une conviction encore accrue : Je vais ouvrir toutes les portes ! Toutes les portes ! Son impatience est appuyée par la timbale et par un bel accord obstiné de presque tout l'orchestre (do# - mi# - sol# - si# - mi). D'abord quatre blanches, puis huit noires crescendo nourries par un roulement de caisse claire discret.

Et là, moment fort ! Le motif du sang réapparaît. Bien que ce procédé soit simple (frottement de seconde mineure aux trompettes, en tremolo aux cordes et en trille aux bois) Bartok sait lui donner, à chaque nouvelle apparition, une grande puissance dramatique. Chair de poule ! Barbe-Bleue est à cran : Dis-moi, pourquoi les veux-tu ? La question est à nouveau pressante, menaçante ; Nimsgern est criant de vérité dans son intonation, totalement impliqué dans la montée du suspense. [04 - 3'13]
Judit, sans hésiter, donne cette réponse désarmante : Parce que je t'aime. Le motif du sang, fortissimo, inonde l'orchestre. Les violons, dans ce vacarme assourdissant, reprennent la mélopée dérangeante de clarinette entendue à la précédente évocation du sang (cf. 2b, début).
On reste de longs instants suspendu dans ce pic de tension ; on met le doigt sur le point sensible qui rend tragique ce dilemme amoureux. Ce son strident, c'est le coup de sang qui ébranle Barbe-Bleue à l'écoute de cette touchante déclaration : comment rester fermé face à cela, comment continuer à se cacher ? Il se sent acculé, en danger. Les secrets honteux qui rendent sa psyché monstrueuse sont sur le point d'être dévoilés.

C'est le sens de sa réplique suivante : Mon château tremble. L'orchestre s'est lentement calmé, le motif du sang ne persiste que sous la forme d'un trille de flûte. Le style puissant et archaïque de Barbe-Bleue fait son retour (quintes aux cordes, motifs mélodiques descendants issus de l'arpège mineur), dans une tristesse délicate (nuance P, accords de harpe à découvert). Vaincu par la sincérité de son épouse, il se rend : Tu peux ouvrir les autres portes. Dans ce morne paysage orchestral illustrant sa solitude intérieure, il lance cette supplique au contour mélodique malgré tout empreint de grandeur : Prends garde, prends garde à mon château. Prends garde, prends garde à moi, Judit.
Elle reprend le ton rassurant de son air (cf. 1F, J'ouvrirai gentiment, doucement) pour quelques phrases d'une divine douceur avant d'ouvrir la deuxième porte. Ça se passe de commentaires, je crois : EXTRAIT. I love you
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 12:33

jerome a écrit:
Il fait une courte pause ; le rideau s'ouvre, les cordes graves commencent :
Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 Bbax
Un thème rampant construit sur la gamme pentatonique. Rien de moderne, un chant sans âge qui illustre la troublante universalité du conte évoquée par le narrateur.
Il y a par ailleurs une parenté de ton qui m'a toujours frappée, et qu'il me semble avoir lue aussi chez d'autres, avec le début de Pelléas - de même que le début du Prince évoque le Prélude de Rheingold. En tout cas cette émergence mystérieuse est remarquable, et comme tu le dis très bien, intimemement lié à la situation : un conte sombre et sans âge.
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 12:36

Oui la parenté avec Pelléas a déjà été pas mal rebattue, on en parlait avec Natr Marguerite* par ici.
Pour les deux exemples que tu cites, je dois être très partial, je trouve à chaque fois que Bartok fait quelque chose de bien plus beau. Embarassed


* : Rolling Eyes


Dernière édition par jerome le Mer 4 Nov 2009 - 12:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 12:39

jerome a écrit:
Un ostinato pentatonique se forme pendant qu'on s'habitue à la pénombre. Les cordes graves font tournoyer les 6 mêmes notes aussi PP que possible.
Il est particulièrement réussi chez Boulez I d'ailleurs, très évocateur.

Et sa parenté criante avec l'introduction instrumentale, tu l'expliques comment ? J'avais toujours mis ça sur le compte d'un motif du château, précisément.

Tu le rattacherais plutôt à celui du conte ? Mais alors, avec quel sens à ce moment ? (La curiosité n'est pas encore suscitée, c'est presque le seul moment qui se déroule dans une relation humaine à peu près saine.)
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 12:40

jerome a écrit:
Pour les deux exemples que tu cites, je dois être très partial, je trouve à chaque fois que Bartok fait quelque chose de bien plus beau. Embarassed
Pour le Prince, je suis totalement d'accord, c'est sans commune mesure niveau poésie. Plus bref et moins impressionnant sans doute, qu'importe.

Pour Pelléas, évidemment, je n'en pense pas de même. Mr. Green
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 12:45

DavidLeMarrec a écrit:
Et sa parenté criante avec l'introduction instrumentale, tu l'expliques comment ? J'avais toujours mis ça sur le compte d'un motif du château, précisément.
Techniquement, la parenté est évidente dans l'utilisation de la gamme pentatonique. Donc, cet ostinato apparaît clairement comme un développement du motif d'introduction.

Au niveau de l'imaginaire, je l'associerais à une sorte de motif du château, mais à un niveau plutôt descriptif : un décor sombre et antique. Il n'y a pas la charge d'angoisse qu'apporte le motif de hautbois-clarinettes que, précisément, j'ai appelé motif du château.

On pourrait dire 1) château-décor, et 2) château-psyché.
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 16:10

Pour le Prince et l'Or du Rhin je suis d'accord et effectivement ça a souvent été dit, mais pour Pelléas je ne suis pas d'accord.
Déjà effectivement Bartok est pentatonique, pour Debussy ça n'est pas si évident, bien sûr on peut faire rentrer ça dans une gamme pentatonique, mais pour moi ça sonne surtout mode de la. (mineur sans sensible)
Enfin Debussy est harmonique alors que Bartok est purement monodique, c'est très différent.
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 16:25

Xavier a écrit:
Pour le Prince et l'Or du Rhin je suis d'accord et effectivement ça a souvent été dit, mais pour Pelléas je ne suis pas d'accord.
Déjà effectivement Bartok est pentatonique, pour Debussy ça n'est pas si évident, bien sûr on peut faire rentrer ça dans une gamme pentatonique, mais pour moi ça sonne surtout mode de la. (mineur sans sensible)
Enfin Debussy est harmonique alors que Bartok est purement monodique, c'est très différent.
Ben si, en fait t'es plutôt d'accord. Je parlais bien de l'esprit, de la couleur qui s'en rapproche, cet espèce de mystère en train de sourdre. Après ça, oui, Debussy est harmonique, et d'ailleurs j'ai souvent répété que ça reprenait un motif mineur des Huguenots, tantôt monodique, tantôt harmonique. Mr. Green
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 16:29

DavidLeMarrec a écrit:
Je parlais bien de l'esprit, de la couleur qui s'en rapproche, cet espèce de mystère en train de sourdre.

Oui ce n'est pas très éloigné en termes d'atmosphère, c'est sûr.
Mais techniquement ce n'est quand même pas si proche que ça, à l'inverse du Prélude de l'Or du Rhin par rapport au Prince de bois.
Et puis Debussy passe vite au motif de Golaud avec la gamme par tons (autre motif, autre harmonie, autre orchestration), alors que Bartok tourne en rond pendant assez longtemps pour accompagner le texte du prologue, ça devient vraiment un truc sous-jacent, presque un accompagnement du texte plutôt que le vrai début de l'opéra.
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 16:33

Autre différence : le truc de Bartok a une vraie qualité mélodique.


(ah zut, j'ai oublié d'écrire en tout petit)
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 16:52

DavidLeMarrec a écrit:
Xavier a écrit:
Pour le Prince et l'Or du Rhin je suis d'accord et effectivement ça a souvent été dit, mais pour Pelléas je ne suis pas d'accord.
Déjà effectivement Bartok est pentatonique, pour Debussy ça n'est pas si évident, bien sûr on peut faire rentrer ça dans une gamme pentatonique, mais pour moi ça sonne surtout mode de la. (mineur sans sensible)
Enfin Debussy est harmonique alors que Bartok est purement monodique, c'est très différent.
Ben si, en fait t'es plutôt d'accord. Je parlais bien de l'esprit, de la couleur qui s'en rapproche, cet espèce de mystère en train de sourdre. Après ça, oui, Debussy est harmonique, et d'ailleurs j'ai souvent répété que ça reprenait un motif mineur des Huguenots, tantôt monodique, tantôt harmonique. Mr. Green

S'il te plait laisse les Huguenots loin de Pelléas fouet
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jerome
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 17:01

3 : Deuxième porte

Le découpage de cette scène est comparable à celui de la précédente. Bartok passe cependant moins de temps sur la description des lieux, et développe plus longuement le conflit entre les époux. Judit prend clairement l'ascendant sur son mari.


3a : L'armurerie [05]

A l'ouverture de la deuxième porte, un rai de lumière rouge cuivré se dessine sur le sol, venant s'ajouter au premier. Sur le trille persistant de la flûte, hautbois et petites clarinettes font entendre une sonnerie militaire. La trompette leur répond par un motif staccato lui aussi apparenté à un appel guerrier. Musicalement, est dans une aigreur désagréable, presque dans le grotesque. La légèreté de l'effectif nous laisse dans l'attente de quelque chose de plus puissant.
Que vois-tu ? Judit décrit les affreux engins de guerre qu'elle aperçoit dans la pièce. C'est mon armurerie, Judit. Sur une légère inflexion de la sonnerie militaire, Judit hésite entre admiration et dégoût : Quelle puissance tu as ! Quelle cruelle puissance ! (à nouveau un motif K).

Cette puissance éclate alors fortissimo dans tout l'orchestre. Au bois, une longue tenue registrée comme un orgue en plein jeu (flûtes et clarinettes jouent le même accord à l'unisson dans l'aigu). Les quatre trombones sont en position ouverte à travers toute la clé de fa, les cordes bariolent obstinément les quatre mêmes notes. L'harmonie est un peu trouble, mais nullement tendue. Bartok puise dans une vaste gamme de moyens harmoniques en fonction du climat recherché, et n'ignore pas les vertus de la franche consonance lorsque c'est nécessaire (ce n'est certes pas tout à fait le cas ici). Le procédé de "compression" est à nouveau utilisé : le niveau sonore de l'orchestre baisse rapidement lorsqu'il faut laisser la place aux voix. Ainsi, la déclamation reste intelligible tout en donnant l'impression d'être entourée d'un espace très large et bien rempli. Cors et trompettes prennent immédiatement le motif du sang, tout va plus vite que dans la scène précédente. As-tu peur ? Judit décrit les traces de sang qu'elle voit sur les armes.

Nouvel assaut des vents, un accord ramassé dans les mediums, très intense : As-tu peur ?
Judit le regarde et ne répond pas. La tension décroit pendant trois mesures ; l'accord inquiétant s'adoucit et se change en une septième mineure brièvement accentuée aux cordes, sentimentale, attendrissante. On pourrait croire que Judit s'apprête à embrasser son pauvre petit mari, à le réconforter.


3b : Donne-moi les autres clés ! [05 – 0'51]

Mais elle commence au contraire à s'impatienter sérieusement et à se faire plus autoritaire. Sur l'accord sentimental de cordes, elle lance un ordre terriblement véhément : Donne-moi les clés des autres portes ! En regardant la partition à cet endroit, on voit tout à fait son refus de se laisser embarquer dans un jeu d'attendrissement : la première note de sa phrase contredit l'harmonie qui la soutient, elle utilise la septième majeure, plus mordante. Pour le sommet de la phrase, son accent tonique, Bartok utilise la quarte augmentée dans un registre qui commence à devenir aigu. A chaque nouvelle imprécation, ce type de contour très volontaire sera réutilisé.
Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 Bb3apetit

La réponse de Barbe-Bleue a elle aussi quelque chose d'exotique, mais le mouvement est descendant, et la tessiture n'a rien de tendu : il est dominé, suppliant.
Le cor anglais introduit un motif descendant de cinq notes, simplissime et archaïque. Par transformations successives, ce motif sera bientôt repris par Barbe-Bleue pour exprimer sa plainte. Pour l'instant, c'est Judit qui répond au cor anglais, commentant l'apparition du second rai de lumière. Puis la clarinette et la flûte la précèdent pour deux reprises du motif, chaque fois dans un ton plus aigu. La troisième fois, Judit simplifie la mélodie : Regarde ! Regarde ! Le ton s'alanguit pendant qu'ils s'absorbent dans la contemplation de cette lumière, dont on ne sait en fait toujours pas si elle est bienfaisante ou malfaisante. Les cordes glissent lentement, les fondamentales descendent périodiquement d'un demi-ton et la couleur harmonique s'assombrit peu à peu.

Judit recommence à donner des ordres qui laissent Barbe-Bleue tout intimidé : Donne-moi les clés des autres portes ! - Prends garde, prends garde, Judit. Elle répète sa demande, montant un demi-ton plus haut : Donne-moi les clés des autres portes ! Presque à découvert, efféminé dans les aigus, Barbe-Bleue commence à utiliser le motif de plainte de cor anglais : Sais-tu ce qu'elles cachent ?

Judit s'énerve d'un coup. Ça ne rigole plus. Soutenue par de nombreux accents de l'orchestre et des fusées de bois et violons appuyant son agitation, elle assène une tirade furieuse notée appassionato : Je t'ai suivi parce que je t'aime. Je suis là, et je me donne à toi. Puis deux nouveaux ordres d'une extrême vigueur, dont les derniers mots résonnent dans le silence : Montre-moi tout ! Ouvre-moi toutes les portes ! Les deux exclamations commencent par un saut de neuvième mineure ascendante. La première termine en descendant par une sorte de motif K, la seconde est au contraire conclue par un regain d'énergie, une remontée dans les aigus. Troyanos interprète ça comme une vraie furie : la première phrase conclue par une voyelle incroyablement ouverte, la seconde lancée avec une vigueur et une conviction sans appel. La fusion théâtre-musique est totale.


3c : Mon château tremble [05 – 2'30]

Après un bref silence commence ce qu'on peut appeler l'air de la plainte de Barbe-Bleue. Judit viendra mettre son grain de sel en plein milieu, mais il s'agit d'une section spécifique, nettement différenciée de ce qui précède, et Barbe-Bleue s'y exprime de façon plus lyrique que ce à quoi il nous a habitués. Il s'ouvre un peu.
En guise d'accompagnement, un accord mineur tenu aux cordes graves et scandé régulièrement par la harpe – ce qui ressemble à l'orchestration d'une guitare. De près ou de loin, le motif mélodique qu'entonne Barbe-Bleue me semble corrélé aux cinq notes de cor anglais entendues précédemment (cf. 3b) mais je ne détaille pas plus cette parenté, ce n'est pas essentiel. Le cor répond aux deux premières phrases de la confession : Tout mon château tremble. Mon château frémit de plaisir. Ce cor P espressivo ouvre l'espace, crée une impression de réverbération. On s'enfonce dans les profondeurs du monstre. Sous la phrase suivante, l'accompagnement se désagrège : incises de quelques bois, légers frissons de harpe. Le sens de la phrase est pourtant terrible : Judit ! Judit ! Plus frais et plus doux coule le sang d'une plaie ouverte (Pas facile à traduire de manière satisfaisante).

Un nouvelle fusée de flûtes interrompt la délicatesse de l'aveu : Judit reprend brutalement son ton autoritaire (sauf de neuvième mineure, nuance f, deuxième phrase finissant en montée) Je t'ai suivi parce que je t'aime. Ouvre-moi toutes les portes !
Deuxième partie de la plainte. Barbe-Bleue chante maintenant une quinte plus haut, et la partition indique p espressivo. La harpe ménage des trous dans son accompagnement, pour mettre le chanteur en valeur. Je te donne trois clés de plus -réponse du cor anglais - Regarde, mais ne pose pas de questions. Peu m'importe que tu voies, mais ne pose pas de questions.
Sitôt la phrase finie, Judit répond sauvagement : Donne-moi donc les trois suivantes ! Le motif est semblable à ses précédentes invectives, ascendant, en contradiction avec l'harmonie sous-jacente. Elle atteint ici le sol aigu, sommet de cette série d'exclamations.

Curieusement, le rapport de forces paraît soudain s'inverser à l'ouverture de la troisième porte : après quelques notes de bois, c'est Barbe-Bleue qui presse sa femme : Tu hésites ? Tu n'ouvres pas ? Revenue dans une tessiture moyenne, Judit a l'air désorientée : Je ne trouve pas la serrure. Retrouvant l'assurance (f) et le registre grave qu'il avait un instant quittés, Barbe-Bleue conclut : Judit, n'aie pas peur, tout ça n'a plus d'importance.


Dernière édition par jerome le Mer 4 Nov 2009 - 19:36, édité 11 fois
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 17:18

Xavier a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Je parlais bien de l'esprit, de la couleur qui s'en rapproche, cet espèce de mystère en train de sourdre.

Oui ce n'est pas très éloigné en termes d'atmosphère, c'est sûr.
Mais techniquement ce n'est quand même pas si proche que ça, à l'inverse du Prélude de l'Or du Rhin par rapport au Prince de bois.
Et puis Debussy passe vite au motif de Golaud avec la gamme par tons (autre motif, autre harmonie, autre orchestration), alors que Bartok tourne en rond pendant assez longtemps pour accompagner le texte du prologue, ça devient vraiment un truc sous-jacent, presque un accompagnement du texte plutôt que le vrai début de l'opéra.
Ah oui, mais absolument. Simplement, pour rebondir sur ce que dit Jérôme, c'est un peu le meilleur moment de BB, puisqu'on croit qu'on va pouvoir écouter quelque chose d'intéressant.
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 17:30

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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 17:32

Vous pouvez arrêter de morceler mon texte avec vos amuseries, s'il vous plaît ? cat
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MessageSujet: Re: Bartok - Le Château de Barbe-Bleue   Bartok - Le Château de Barbe-Bleue - Page 5 EmptyMer 4 Nov 2009 - 17:35

jerome a écrit:
Vous pouvez arrêter de morceler mon texte avec vos amuseries, s'il vous plaît ? cat

Dis ça à Jérôme :

jerome a écrit:
Autre différence : le truc de Bartok a une vraie qualité mélodique.


(ah zut, j'ai oublié d'écrire en tout petit)

Et je fais remarquer que le reste de mon message était au demeurant tout à fait en sujet, MOI.
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