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 Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)

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lulu
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MessageSujet: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyDim 22 Avr 2018 - 9:30

Neue Einfachheit

S’il [l’artiste] fonctionne, c’est qu’il aura intériorisé tout ce que la classification lui a prémâché — qui il est, à partir de quoi il crée, en quoi consiste ce qu’il crée. Il devient utilisable. Utilisable dans une époque qui fixe, qui réglemente, qui sature. La technique de cette époque est la spécialisation, dont le premier stade se nomme classification. C’est sur cet arrière-plan que la notion de “Nouvelle simplicité” nous apparait comme ce qu’elle est : une tentative de castrer la liberté. Aux artistes de voir s’ils veulent tomber de leur plein gré dans ce piège, en se sentant obligés d’attraper une nouvelle chimère, la “Nouvelle simplicité”, sans savoir très bien ce que c’est. (Rihm, 1979)

L’étiquette encombrante de Neue Einfachheit (Nouvelle simplicité) est apparue en Allemagne au cours des années 70, associée à celles de Neo-Romantik, Neo-Tonalität, Neue Subjektivität, etc. Elle s’est collée à un ensemble de compositeurs qui n’avaient vraisemblablement rien demandé, et sans qu’on sache vraiment de quoi on parle (musique « simple » à écrire, à écouter, à analyser ?). Pas du tout de mouvement unitaire et revendiqué donc : c’est tout le contraire. Étrange entreprise que celle de dresser une catégorie figée pour défendre la liberté et le non-dogmatisme, et il est probable qu’elle avait plutôt pour but de la circonscrire. Il n’empêche qu’elle s’est imposée jusqu’à aujourd’hui, et il faut bien composer avec.

Du reste elle n’est pas si inutile. En France où on préfère réactiver toujours les mêmes querelles de clocher cinquante ans après (et plaquer cette analyse simpliste là où elle s’applique encore moins, comme en Allemagne...), il ne me semble pas que passé le seul nom de Rihm on connaisse beaucoup ces compositeurs. C’est pourquoi je vais essayer d’en parler brièvement.

*

Les origines de cette appelation ne sont pas claires mais il semble qu’elle provienne d’un weekend thématique organisé à la WDR en janvier 1977. Les compositeurs représentés y étaient si divers qu’on ne voit pas très bien comment on pourrait même rêver d’un quelconque courant esthétique. À vrai dire seul l’un de ces compositeurs fait partie aujourd’hui de ce qu’on entend le plus souvent par Neue Einfachheit : Ulrich Stranz. Cette première bizarrerie me fait penser qu’il y a peut-être plusieurs « groupes » associés à la Neue Einfachheit. Mais une chose à la fois : la Nouvelle simplicité, c’est quoi ?

Si vous voulez mon avis, l’esthétique de la Neue Einfachheit correspond à une idéologie... de droite, ou si vous préférez libérale. C’est l’individualité créatrice, la subjectivité, l’imagination, l’intention, c’est écouter son monde intérieur révélé par l’intuition ; c’est l’apologie de la synthèse, le les extrêmes se rejoignent et la libre disponibilité de l’histoire à l’individu ; c’est peu importe le langage, tonal ou atonal, tant que la musique est bonne ou authentique ; c’est l’humanisme universaliste ; c’est exister par soi-même et non par distinction ou réaction ; c’est « composer sans système » (Rihm), sans concept, sans dogme, une musique qui soit « émancipée de sa fabrication » et des normes qui brident l’individu créateur — « ramener la musique vers son essence originelle, la délivrer des dogmes architechtoniques, acoustiques et esthétiques ; qu’elle devienne intention et sentiment à l’état pur, qu’elle ne soit rien d’autre que la nature qui se reflète dans l’âme humaine et que cette dernière réfléchit » (Busoni cité par Rihm).

Mais laissons là ces considérations et reprenons. Face à l’avantgarde moderniste vieillissante mais aussi face à la tendance au collage et au citationnisme typique des années 70, la Nouvelle simplicité a pu s’apparenter à un retour à voire à une position purement rétrograde et réactionnaire. Il est vrai qu’on peut entendre un retour à la mélodie, à la pulsation, à l’harmonie fonctionnelle ou consonnante, à la répétition, au figurativisme voire au figuralisme, etc. Pourtant on reste le plus souvent très éloigné d’un univers purement « néo » comme celui qui a fait école de l’autre côté du Rhin. Écoutez par exemple Morphonie qui est la première création significative de Rihm (1974 à Donaueschingen), vous serez peut-être surpris d’entendre que cette musique n’a rien de « facile » ni de la tonalité racoleuse. Alors on dit un peu grossièrement que ce sont des musiques qui renouent avec l’expression et l’accessibilité sans pour autant céder à la facilité du néo ou du rétro, puisant volontiers à cette fin dans le répertoire des techniques dites modernes y compris celles des avantgardes récentes mais sans faire table rase de la tradition.

La Neue Einfachheit est un changement de paradigme, faisant suite au changement de paradigme historique, celui de la Neue Musik (soit de la musique contemporaine, pour faire simple), et qui revient en partie à la situation antérieure. En effet elle prend du point de vue esthétique le contrepied du modernisme :

a) Expression. La musique redevient figurative c’est-à-dire qu’elle exprime des affects qui doivent bien lui préexister (émotions, subjectivité de l’auteur, etc.). C’est précisément en ce sens qu’on peut parler de néoromantisme. L’œuvre n’est plus ce bel objet sphérique fermé sur lui-même mais procède de et produit des choses qui la dépassent : la musique doit « sortir d’elle-même ». C’est pourquoi elle peut utiliser des techniques variées et hétérogènes qui sont autant de moyens mis en œuvre à telle ou telle fin. Ce qui tend au passage à rendre le langage de ces compositeurs certes « communicatif » mais davantage complexe que simple.

b) Histoire. La Neue Einfachheit renonce au progrès et à la vision adornienne de l’histoire. Le compositeur a tout le loisir de faire référence à des œuvres et styles hérités de la tradition et les extraire de leur contexte pour les reconfigurer et leur faire produire du sens. Cela inclut bien évidemment l’utilisation des formes et genres classiques. Dans les faits le répertoire dans lequel puisent ces compositeurs est surtout celui de la grande tradition germanique jusqu’à Mahler et Schreker, voire Hartmann, Henze et Pettersson.

c) Matériau. Beaucoup des acteurs de la Neue Einfachheit vont aussi dénoncer un fétichisme du matériau, évident dans le sérialisme mais également présent ailleurs. Cela ne veut pas dire que le compositeur ne peut plus manipuler des objets sonores, mais il y a une critique de la suprématie du matériau et en particulier de la pensée paramétrique de celui-ci. La musique de la Nouvelle simplicité se veut plus directe et immédiate, ne nécessitant pas d’élaborations formelles préalables.

*

Comme je le disais plus haut non seulement la Neue Einfachheit est hétérogène mais elle semble parfois désigner plusieurs réalités différentes (elles-même hétérogènes donc).

a) Un certain nombre de personnes sont associées à la Neue Einfachheit de façon plutôt impropre (bien que le mot leur convienne sans doute mieux dans l’absolu). C’est notamment le cas de ce qu’on appelle l’école de Cologne qui est une identité mal définie qui englobe un certain nombre de compositeurs (dont beaucoup sont étrangers). Plusieurs partagent une influence du Cage dit naïf (voyez Cheap Imitation) ou de Feldman, une texture distendue, simple, mélodique, consonnante et donc une parenté avec le minimalisme mais d’une manière un peu distanciée et bizarre. Parmi les allemands on trouve notamment :

* Walter Zimmermann (1949), qui était l’un des compositeurs représenté au weekend de 1977. Il a la particularité de s’inspirer de la musique traditionnelle de sa région d’origine.

* Johannes Fritsch (1941), chez qui il faut surtout noter une sorte de proto-spectralisme et l’importance de l’électroacoustique. Il a cofondé le Feedback Studio.

Mais il faut aussi revenir à la génération précédente avec rien de moins que...

* Karlheinz Stockhausen (1928), une des références principales pour l’école de Cologne, qui à partir d’Adieu (1966) puis de Mantra (1970) entre autres se dirige nettement dans cette direction (écriture plus simple, prédominance de la mélodie, consonnance, etc.). Tierkreis (1974) est l’œuvre qui va le plus loin de ce point de vue.

Plus largement encore, l’étiquette (surtout dans sa variante anglaise, new simplicity) est parfois attribuée à des compositeurs (allemands ou non) qui se rapprochent de cette esthétique faussement naïve, voire à n’importe quelle musique minimaliste et/ou néotonale (Pärt, Górecki, Tavener, Reich, Adams...).


b) Mais en général (c’est-à-dire quand on est un peu renseigné) ce n’est pas à tous ces gens qu’on pense quand on parle de Neue Einfachheit. Après le weekend de 1977 et quelques textes de Rihm plus tard (1977, 1979), un article de Reimann (1979) vient sacrer sept compositeurs souvent identifiés par le terme. Il s’agit de :

* Wolfgang Rihm (1952). Voir son sujet sur ce forum. Sa renommée écrase de loin celle de tous les autres.

* Hans-Jürgen von Bose (1953). Important également mais seulement trois disques monographiques déjà anciens (Wergo). Pour ce que j’en connais pas une musique facile, parce qu’elle intègre beaucoup d’éléments modernes et complexes, parfois dans une optique de superposition pluraliste.
Travesties in a Sad Landscape (1978) : /watch?v=6S58GOeqYpo
Sappho-Gesänge (1982) : /watch?v=nN5NHeSQS-o (il existe aussi une version orchestrale)

* Detlev Müller-Siemens (1957). Cinq parutions sous étiquette Wergo. Je trouve que Müller-Siemens a un style plus « brillant », avec des allusions tonales souvent bien présentes. Cela dit certaines de ses œuvres plus récentes me paraissent se rapprocher du canon postsériel, à moins que ce ne soit l’influence de Ligeti.
Klavierkonzert (1981) : /watch?v=gxE78yh_FX8
Phoenix I (1993) : /watch?v=kJfbd6m0zPY

* Manfred Trojahn (1949). Je ne le connais pas bien. Il semble qu’il verse plus facilement dans un néosymphonisme plus clairement romantique que chez les autres compositeurs cités jusqu’ici.
Architectura Caelestis (1974/75) : /watch?v=O-fhklQkH5A

* Wolfgang von Schweinitz (1953). Attention qu’on ne parle pas ici de ses œuvres récentes qui sont tout à fait étrangères à la Neue Einfachheit (spetralo-minimalisme).
Variationen über ein Thema von Mozart (1976) : /watch?v=UG9XqK4K_3k

* Peter Michael Hamel (1947). Parfois retiré de la liste. Je ne connais pas bien, mais il faut savoir qu’à côté des ses œuvres classiques il a aussi fait des trucs proche de la scène krautrock.

* Hans-Christian von Dadelsen (1948). Jamais rien entendu pour ma part, je peux pas vous dire.

Depuis d’autres sont fréquemment ajoutés à la liste :

* Ulrich Stranz (1946)

* Jens-Peter Ostendorf (1944)

* Peter Ruzicka (1948). Plus célèbre, il se rattache par bien des points à la Neue Einfachheit, bien qu’il soit un peu inclassable (certaines de ses œuvres sont plutôt comparables à du Lachenmann).

Il y a encore beaucoup de noms qu’on pourrait citer, mais c’est déjà pas mal, surtout que nombre d’entre eux sont plus clairement traditionnels que les représentants de la Neue Einfachheit à proprement parler.

Au-delà de ce que j’ai dit précédemment, ce qui caractérise tous ces compositeurs et contraste fortement avec le style raréfié du groupe précédent est leur univers foisonnant, souvent violent, et leur affiliation au postromantisme ou à l’expressionnisme. Ces compositeurs ont le gout des extrêmes, des grands sentiments, de la folie, etc., et tous les thèmes romantiques habituels. On note aussi un retour à la religiosité chez plusieurs d’entre eux. Cela se traduit également par les références extramusicales, en particulier littéraires (permises par le renouveau du lied, de l’opéra, etc.).


c) Rétrospectivement, des compositeurs plus âgés et déjà célèbres aux débuts des évènements sont fréquemment associés à la Neue Einfachheit, et qui sont par ailleurs des références majeures pour le groupe précédent. Je pense en particulier à :

* Hans Werner Henze (1926) qui prend très vite ses distances avec Darmstadt. (Mais notez que c’est à Darmstadt que la Neue Einfachheit prend son essort au cours des années 70.)

* Wilhelm Killmayer (1927), très important au point qu’on le place parfois à la tête de la Neue Einfachheit. Les deuxième et troisième symphonies sont des incontournables à mon humble avis. Également plusieurs cycles de lieder.

* Aribert Reimann (1936) évidemment.


d) Une nouvelle génération de compositeurs et compositrices, dont une partie sont des élèves des premiers. Je passe pour l’instant.


Dernière édition par lulu le Mar 15 Mai 2018 - 14:01, édité 5 fois
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyDim 22 Avr 2018 - 10:54

Merci pour cette remarquable synthèse, lulu! (Cette fois encore, je crois n'avoir rien lu de plus solide ni de plus clair sur le sujet.)

(Et Zender, je ne vois pas du tout non plus.)
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lulu
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyDim 22 Avr 2018 - 19:09

tu as raison, je vais simplement le retirer.
ça vaudrait peut-être la peine qu’on crée un sujet sur lui d’ailleurs, mais je t’avoue que je ne saurais pas bien quoi dire.
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyDim 22 Avr 2018 - 19:41

Je ne vois pas trop non plus; en dépit de ses déclarations contre le dogmatisme sérialiste, son écriture musicale s'inscrit vraiment dans la continuité des avant-gardes des années 70 - la seule forme de réinvestissement d'une tradition tonale, chez lui, je ne la trouve que dans sa réinterprétation du Winterreise, mais celle-ci se présente vraiment comme l'orchestration d'une œuvre préexistante (comme le Ricercar de L'Offrande musicale ou les Danses allemandes de Schubert pour Webern), pas comme une œuvre originale qui réinvestirait des moyens d'écriture venus de la tradition.

Je me demande si un bon angle d'attaque pour l'œuvre de Zender ne serait pas la question du langage et de son articulation ou de sa profération, à partir de textes-limites plus ou moins liés à une expérience mystique, fût-elle négative (les poèmes zen de Muji no kyo et Fûrin No Kyô, les textes de Maître Eckhart ou les poèmes de Jean de la Croix, les expériences dadaïstes d'Hugo Ball dans Cabaret Voltaire, Hölderlin, le Cantique des Cantiques...)

(Je le verrais du coup plutôt du côté de B.A. Zimmermann et de Klaus Huber.)
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyDim 22 Avr 2018 - 20:59

En revanche dans la catégorie c) de ta taxinomie («rétrospectivement, des compositeurs plus âgés et déjà célèbres aux débuts des évènements [...] fréquemment associés à la Neue Einfachheit, et qui sont par ailleurs des références majeures pour le groupe précédent»), je verrais assez bien le Cerha dernière manière, celui du Concerto pour violoncelle, des Drei Orchesterstücke...
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lulu
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyMar 24 Avr 2018 - 11:05

J’aurais dû évoquer aussi tout l’imaginaire à base de désir, pulsions, sensualité, etc. pour parler de musique : au-dela du style ou des thèmes, la musique est elle-même désir.

Par exemple, toujours chez Rihm :

Tout ce qui m’importait, c’était de formuler un désir de musique, un imaginaire rempli d’angoisses et de joies d’enfant, en tant que désir. Je composais pour cela une musique qui ne veut pas “dire autre chose” quand elle parle. Un tel degré de conscience, face à cet art sensuel et hors concept qu’est la musique, apparait comme de l’inconscience quand on part du principe qu’il faut d’abord, avant de produire de la musique, disposer d’une grille qui permet cette production.
Lorsqu’une musique est capable de sortir d’elle-même et de dire quelque chose, alors elle parle pour moi de la terre, de l’amour, de la mort. Et toutes ces relations forment un nœud en ces endroits-là, qui composent à leur tour un seul lieu. Tout ça est très ancien et très simple.
La musique a à faire avec des pulsions qui sont des atavismes. C’est pour cela peut-être que les tentatives de classification en musique sont tellement violentes et qu’elles ont souvent le caractère d’une vaccination — comme si l’on voulait se prémunir contre tout ce que la musique a d’obsessionnel, de menaçant, d’étranglant.
etc. etc.

Müller-Siemens et Schweinitz ont également parlé d’un désir de tonalité et d’harmonie.
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anaëlle
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyMar 24 Avr 2018 - 12:07

Si j'aime le Rihm des quatuors à cordes et de la symphonie Nähe Fern, ce mouvement serait susceptible de me plaire ?
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyMar 24 Avr 2018 - 19:42

A priori, oui (mais en fait, à part, Rihm, c'est surtout le groupe c - surtout Henze et Killmayer - que je te recommanderais bien, oui...)
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyJeu 9 Avr 2020 - 16:16

Entre hier et aujourd'hui, écouté ou réécouté:
- Rihm: Quatuor à cordes nº3 «Im Innersten» - Quatuor Minguet (Col Legno);
- Trojahn: Quatuor à cordes nº2 avec clarinette et mezzo-soprano - Quatuor Minguet, Tanja Ariane Baumgartner, Thorsten Johanns (Wergo);
- Schweinitz: Messe - Cherryl Studer, Gabriele Schreckenbach, William Pell, Boris Carmeli, Gerd Albrecht / RSO-Berlin, Uwe Gronostay / RIAS-Kammerchor (Wergo).

J'ai prévisiblement beaucoup aimé, mais ce qui est tout de même frappant, c'est à quel point ce terme de Neue Einfachheit est peu approprié. Franchement Neo-Expressionismus aurait été tellement plus adéquat à son objet...
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyJeu 9 Avr 2020 - 17:14

Oui, ça ne peut se comprendre qu'en relation avec ce à quoi il réagit… À l'oreille, le nom de néoromantisme également assez aberrant la plupart du temps.
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyJeu 9 Avr 2020 - 22:23

DavidLeMarrec a écrit:
Oui, ça ne peut se comprendre qu'en relation avec ce à quoi il réagit…
Et même comme ça... Ce sont des œuvres qui articulent et parfois superposent tellement de langages musicaux hétérogènes, qui déploient des structures tellement complexes ou touffues, souvent saturées de références musicales et de paratextes extramusicaux (littéraires, historiques, philosophiques, picturaux, liturgiques...) que , finalement, même si la visée expressive en est plus immédiatement perceptible, ce sont des œuvres qui semblent malgré tout plus compliquées que bien des œuvres sérielles ou post-sérielles épurées ou «naïves.»

DavidLeMarrec a écrit:
À l'oreille, le nom de néoromantisme également assez aberrant la plupart du temps.
À la limite, si on entend «romantisme» dans un sens très large, désignant davantage une sorte de posture esthétique (la revendication de la subjectivité créatrice, une certaine violence «gestuelle», l'effusion lyrique...) que le langage et le style d'une époque, ça me semble moins aberrant par rapport aux œuvres que «simplicité.» (Et si on disait «néo-postromantisme», ça me semblerait même presque aussi éloquent que «néo-expressionnisme.»)
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyJeu 9 Avr 2020 - 23:41

Benedictus a écrit:
Et même comme ça... Ce sont des œuvres qui articulent et parfois superposent tellement de langages musicaux hétérogènes, qui déploient des structures tellement complexes ou touffues, souvent saturées de références musicales et de paratextes extramusicaux (littéraires, historiques, philosophiques, picturaux, liturgiques...)

Très vrai… Il faudrait plutôt parler de musique post-tradition, qui vient s'ajouter à un millefeuille et qui fait sans cesse référence, que de simplicité, parce qu'on en est loin.


Citation :
(Et si on disait «néo-postromantisme», ça me semblerait même presque aussi éloquent que «néo-expressionnisme.»)

Ça dépend du sens donné à postromantisme, si c'est le jeune Křenek ou le vieux Rachmaninov… Ce serait plutôt un post-expressionnisme qu'un néo-, à mon sens, il s'inscrit vraiment dans une continuité et non dans une recréation, sans réelle interruption à la vérité.
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyVen 10 Avr 2020 - 1:07

DavidLeMarrec a écrit:
Ce serait plutôt un post-expressionnisme qu'un néo-, à mon sens, il s'inscrit vraiment dans une continuité et non dans une recréation, sans réelle interruption à la vérité.
Ça, ça dépend un peu de l'échelle à laquelle on accommode.

À l'échelle de la musique germanique du XXe, c'est tout à fait vrai: on peut en effet voir une espèce de tradition ininterrompue qui irait de Schoenberg et Berg avant la Première Guerre mondiale à la Neue Einfachheit de la seconde moitié des années 70, avec des relais comme Hartmann ou Fortner.

À l'échelle de la musique ouest-allemande et autrichienne de 1945 à 1980 (c'est sans doute différent à l'Est: lulu, qui est en train de réécouter Mathus pourrait sûrement nous en dire davantage), il y aurait déjà une sorte de hiatus d'une grosse douzaine d'années dans la transmission: Hartmann meurt en 1963; en 1969-75, Henze se détourne de cette tradition-là (ce n'est qu'une parenthèse, mais c'est l'époque de ses voyages à Cuba, marquée par des œuvres plus «expérimentales» comme El Cimmarón ou la 6e Symphonie, ou influencées par le théâtre d'avant-garde comme Der langwierige Weg in die Wohnung der Natascha Ungeheuer); en 1968-73, Killmayer est en plein dans cette étape totalement singulière de son œuvre (les trois Symphonies, le Quatuor, fin al punto...) qui semble échapper à l'esthétique expressionniste (voire en signifier l'épuisement ou l'impossibilité.) C'est donc une petite quinzaine d'année où l'expressionnisme semble s'effacer du paysage, tandis que les choses marquantes, ce sont les grands projets ambitieux issus du sérialisme (Spiegel de Cerha, Hymnen de Sto...) et les premières œuvres importantes de Lachenmann - et ça correspond précisément aux années de formation de Rihm, Bose, Schweinitz, Trojahn, Müller-Siemens... Donc quand, après 1975, apparaissent les œuvres de ces jeunes compositeurs qui seront regroupées sous le terme de Neue Einfachheit, si, il y a recréation après une brève interruption.

Enfin, si l'on prend les itinéraires personnels, ça doit être encore plus patent. Pour ne prendre que le cas de Rihm (le seul que je connaisse vraiment bien), ses œuvres de jeunesse avant Morphonie ou Lichtzwang (fin des années 60, début des années 70: les deux premiers quatuors, les deux Symphonies numérotées...) sont tout à fait post-sérielles, et parfois d'un webernisme tout à fait orthodoxe. Et d'ailleurs, comme le notait lulu, ce qui accrédite l'idée d'une recréation après interruption, c'est que précisément, c'est quelque chose qui se passe dans le sérail de Darmstadt, et pas en marge ou à côté.
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptyVen 10 Avr 2020 - 2:37

Pardon, je parlais de continuité stylistique (le « néo- » recrée quelque chose d'un peu distordu, souvent ; mais là aussi, on peut débattre assurément de l'existence de cette distorsion) plutôt que temporelle – j'ai conscience qu'il y a une forme d'interruption dans les grandes figures que nous connaissons, je ne sais pas du tout s'il y a eu une poursuite de postromantisme / postexpressionnisme de façon massive (et à quel degré de visibilité).

Disons que pour moi, cette musique coule assez bien de source, pour certaines de ses composantes, lorsqu'on a l'habitude de l'expressionnisme. [Mais le Rihm le plus aride / hardi – celui de la musique de chambre plutôt que des opéras, pour faire simple – est, pour le coup, autre chose, qui ressortirait plutôt au néo-, à la réinvention d'après l'esprit, oui.]

La diversité même du mouvement et des œuvres chez un même compositeur rend sans doute l'étiquetage délicat. Mais « simplicité », aussi bien sur les partitions que dans les projets transversaux très ancrés dans le rapport à des références musicales ou textuelles, c'est effectivement un nom assez peu révélateur.
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MessageSujet: Re: Neue Einfachheit (néoromantisme allemand)   Neue Einfachheit (néoromantisme allemand) EmptySam 18 Juil 2020 - 15:00

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Hans-Jürgen von BOSE: Die Nacht aus Blei (1981), Suite de la Musique pour une action cinétique d’après Hans Henny Jahnn
Matthias Bamert / Sinfonieorchester des Südwestfunks, Baden-Baden
Baden-Baden, V.1983
Wergo


Cette suite pour une «kinetische Handlung» («action cinétique»: «pas un ballet dans le sens habituel, plutôt un happening constitué de musique, de peinture et de théâtre dansé» selon le chorégraphe William Forsythe) dont les climats sont particulièrement adéquats à ceux du roman de Jahnn (voir ici une présentation analytique très fouillée): de bout en bout nocturnes, tour à tour mystérieux, poisseux, oniriques, exaltés...

Musicalement, ça semble assez bien illustrer ce que disait plus haut lulu de la Neue Einfachheit en général («des musiques qui renouent avec l’expression et l’accessibilité sans pour autant céder à la facilité du néo ou du rétro, puisant volontiers à cette fin dans le répertoire des techniques dites modernes y compris celles des avantgardes récentes mais sans faire table rase de la tradition») et de Bose en particulier («pas une musique facile, parce qu’elle intègre beaucoup d’éléments modernes et complexes, parfois dans une optique de superposition pluraliste.»)

L'impression que j'ai eue, c'est d'avoir une sorte de «trame de fond» très expressionniste-allemande (un langage harmonique qui fait penser à l'atonalité libre du Schoenberg ou du Berg des années 10; une écriture orchestrale qui déploie un tissu polyphonique aux couleurs assez sombres; un discours très tendu et mobile, à l'expression assez inquiète - tout à fait le genre de choses auxquelles on peut s'attendre d'un ancien élève de Fortner et de Reimann), sur laquelle viendraient s'intégrer dans une sorte de patchwork des fragments aux langages beaucoup plus divers, tantôt issus de traditions tonales plus ou moins anciennes (aussi bien du cabaret berlinois grinçant à la Kurt Weill que des figures évoquant les polyphonies anglaises de la Renaissance - toute la première partie des Isorhythmische Motette, absolument superbes), tantôt synchrones d'expérimentations plus contemporaines (l'écriture percussive, notamment, qui fait beaucoup penser au Rihm «varésien» de Tutuguri; mais aussi des effets bruitistes qui peuvent faire penser au Stockhausen des premières journées de Licht - avec manifestement beaucoup d'instruments insolites du type flexatone, plaques métalliques...)

La dimension polystylistique est d'ailleurs également sensible dans la forme: on a aussi bien des épisodes composés dans une forme rhapsodique très lâche mais au caractère narratif exacerbée (un côté «musique de film» souligné par les effets bruitistes) que des passages écrits selon des modèles formels très rigoureux (mais très chargés, comme la longue Passacaglia.) (Où l'on sent d'ailleurs à quel point B.A. Zimmermann est une des idoles de Bose.)

Étonnamment, j'ai beaucoup aimé cette œuvre: alors même que je ne suis en général pas fou des esthétiques du collage (y compris, justement, de B.A. Zimmermann) et que certains traits mobilisés ici sont même plutôt de ceux qui me font grincer des dents mais je dois dire que la façon dont tout cela est intégré dans un propos narratif labyrinthique mais qui progresse sans temps morts et la prégnance des atmosphères emporte l'adhésion. Par ailleurs, il faut noter que l'œuvre est d'une accessibilité expressive surprenante eu égard à sa complexité.
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