Autour de la musique classique

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 Autour de Samuel Barber (1910-1981)

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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyJeu 15 Mar 2007 - 0:59

la moitié de Return à Carnegie Hall
Il reste après le récital d'adieu de Saint Paul et la fois où elle est venue chanter un spiritual pour les victimes du 11 septembre. Qu'importe, Miss Price est encore là et la deuxième mélodie de Lee Hoiby me fait pleurer à chaque fois que je la réécoute, lui aussi je pense, un extrait de "Songs for Leontyne
Bon personne pour m'aider à compléter la bio de Thom Schippers?
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptySam 17 Mar 2007 - 17:31

Dénument

Si Menotti a mis la main au livret de Cleopâtre, la rupture entre Barber et lui est néanmoins consommée, leurs vies vont prendre des directions opposées, l’un continuera à courir le monde entre les festivals d’opéra qu’il dirige de son château écossais, Yester House, une grande demeure historique de 80 pièces, dont la légende dit qu’elle fut construite avec l’aide du diable… l’autre se repliera dans une solitude grandissante ; cette rupture est compliquée de difficultés financières qui font qu’en 1973 (la même année où Léontyne Price obtient l’officialisation de son divorce) la mort dans l’âme, Barber est contraint de vendre Capricorn.
Schippers se marie le 17 avril 1965 et prend le poste de directeur de l’orchestre de Cincinnati à partir de la saison 1970. C’est durant l’été de cette même année que Menotti et Francis se mettent en tête d’acheter Yester House. La dissolution des liens des habitants de Capricorn se situe donc sensiblement autour de la période de gestation d’Antoine et Cleopâtre, dans ces cinq années où Barber verra presque tous ses amis lui tourner le dos, ou plutôt disparaître mystérieusement. Lui-même semble avoir déjà changé de lieu de vie.

Barber se décrivait volontiers comme un garçon de province, « just a small-town kid » qui a toujours voulu rester en contact avec la campagne : pour composer il avait besoin de silence, et de promenades solitaires dans les bois. Il fallait donc qu’il se soit enfoncé assez loin dans la dépression pour choisir de vivre en ville, dans un petit appartement, exposé aux bruits des embouteillages.
« A New York, on n’est plus qu’un ornement de la vie new-yorkaise, c’est l’endroit du monde où, il est le plus difficile d’écrire », l’artiste rejoint ce statut qu’il occupe dans la société moderne : on en discute parfois après le digestif dans les maisons bourgeoises ( « How awful that the artist has become nothing but the after-dinner mint of society » terrible que l’artiste soit devenu le rafraîchissement post-prendial de la société.)

En fait plus on se rapproche de nos jours, moins on en sait, ceux qui savent encore quelque chose se taisent, leurs papiers, s’il en reste, sont bouclés dans les coffres des héritiers… Seul Paul Wittke (disparu lui aussi) semble avoir entrouvert le couvercle de la boîte :

«Il loua un petit appartement à New York sur la 60è rue Est, qui ressemblait vraiment à un intérieur à la Barber –simple mais coûteux, les partitions complètes de Schütz aux contemporains, reliées en Marocain, des étagères chargées de livres, quelques peintures modernes (dont certaines de ses propres gouaches), des fauteuils confortables, un grand sofa, quelques babioles et souvenirs personnels, des photos des amis et de la famille, des fleurs, en bref toute une atmosphère élégante, tranquillement trompeuse. Il traversait une période terrible, luttant contre la dépression, l’esseulement, l’alcool et la page blanche. Il n’arrivait plus à se concentrer, rien ni personne ne l’intéressait vraiment.

C’était un crêve-cœur de voir cet homme de la campagne, perché sur le balcon de son petit appartement, observant avec mélancolie le ciel au dessus des buildings d’en face. Il était très sensible au bruit, et le brouhaha de la circulation lui causait un malaise physique. Une des rares consolations était d’entendre jouer le clarinettiste Benny Goodman, qui habitait juste au-dessus. Ils devinrent amis.
Qu’il parvint à produire quelquechose durant cette période relève du miracle ; un indice de sa force de caractère innée et du refus forcené de capituler devant les démons intérieurs. Grâce à l’aide attentionnée et à la patience de son majordome, Valentin Herranz, une sorte de Figaro, il arriva finalement à se reconstruire. »

Que ce soit dans l’exil italien, ou entre les quatre murs de son appartement de l’upper east-side, Barber n’écrit guère de musique entre 1968 et 1971 : le peu qui lui échappe est d’une rigueur extrème, des musiques sans destinataires, appaisées et calmes, qui ne laissent aucune place à la révolte et au cri, des polyphonies intérieures, des madrigaux vocaux ou instrumentaux, dégagés de toute implication sentimentale.

Mutations from Bach

« Quand vous ne parvenez pas à composer, orchestrez » conseillait Shostakovich : c’est un peu se qui se passe dans ce morceau, le seul numéro du catalogue de Barber pour l’année 1967, encore sur les trois « variations » seule la dernière méditation avec sa trompette bouchée est-elle véritablement de Barber. Le thème de l’œuvre est le choral luthérien, « Christe, du lamm Gottes », dont l’harmonisation dans la version de Joachim Decker (1604) forme l’ouverture et la coda. La première mutation est la réduction de la version qu’en donne Bach , qui l’utilise dans la cantate BWV23 et dans le petit livre d’orgue. En cinq minutes ce sont des métamorphoses à la Hindemith ou à la Richard Strauss, dans lesquelles Barber s’efforce de tutoyer son compositeur d’élection, de se mettre en perspective dans un dépouillement qui analyse l’essence de la musique pure, une polyphonie antérieure à la détermination tonale, un trait d’adieu, tel un épigraphe sur une tombe. Quatre cors, trois trompettes, trois trombones, tuba et timbale, la formation aussi est inédite, et il ne semble pas qu’il y ait eu d’interprêtes en vue, pas plus que de numéro d’opus.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptySam 17 Mar 2007 - 17:33

Deux chœurs à 4 voix, op 42

Le sujet choisi pour ces deux chants a capella terminés en décembre 1968 est on ne peut plus symbolique de l’état psychologique de leur auteur. Twelfth night est une réflexion sur la nuit de l’équinoxe, la nuit la plus longue de l’année, celle dont il semble qu’elle ne finira jamais. Dans cette mélodie strophique, d’une écriture assez complexe, Barber se sert du vers initial pour en faire un refrain « Aucune nuit ne peut être aussi sombre que cette nuit », lequel vient finalement contredire le message d’espoir du texte axé sur la renaissance de la lumière et le retour du printemps.


Twelfth night Laurie Lee

No night could be darker than this night,
no cold so cold,
as the blood snaps like a wire,
and the heart’s sap stills,
and the year seems defeated.

O never again, it seems, can green things run,
or sky birds fly,
or the grass exhale its humming breath
powdered with pimpernels,
from this dark lung of winter.

Yet here are lessons for the final mile
of pilgrim kings;
the mile still left when all have reached
their tether’s end: that mile
where the Child lies hid.

For see, beneath the hand, the earth already
warms and glows;
for men with shepherd’s eyes there are
signs in the dark, the turning stars,
the lamb’s returning time.

Out of this utter death he’s born again,
his birth our saviour;
from terror’s equinox he climbs and grows,
drawing his finger’s light across our blood
the son of heaven, and the son of God.


Laurie Lee La douzième nuit

O nuit, toi plus sombre que la nuit
O froid des froids
Et le sang claque comme un fil
Et le coeur bat mal
Et l’an neuf est déjà vaincu

Jamais, jamais plus rien ne reverdira,
Oiseaux dans l’air
Le blé en herbe a perdu son souffle
Semé de mourron rouge
Né du poumon noir de l’hiver.

Voici la leçon du dernier mile
Pour les rois-mages
Le chemin qu’il reste a couvrir
Au bout du compte : berceau
De l’Enfant caché.

Car sens, là sous la main, déjà la terre
Chaude irradie;
Et ceux, tels les bergers, voient briller
Dans le noir, l’étoile insigne
Retour du pâle agneau.

Vois, du rêgne de la mort il ressurgit,
Il naît le Sauveur
Des terreurs d’équinoxe il a grandi
Son doigt de feu crée notre sang,
O fils du ciel, o fils de Dieu.


To be sung on the water, qui lui fait pendant, est sans doute moins sombre, il s’agit plutôt d’une barcarolle désabusée, rythmée par la vague qui revient sans cesse sur les mots « Beautiful, my delight ». Cette mélodie semble certes apporter un apaisement, mais ambigu puisqu’elle commente à la façon de la mélodie de Fauré que Barber aimait donner en bis de ses récitals avec Léontyne Price, Au bord de l’eau, un certain effroi devant le passage du temps et la fragilité des sentiments humains, une obsession semblable encore à celle de Mrs Stone chez Tennesse Williams, devant le courant qui vous emporte à la dérive.

To be sung on the water Louise Bogan

Beautiful, my delight,
Pass, as we pass the wave,
Pass, as the mottled night
Leaves what it cannot save,

Scattering dark and bright,
Beautiful, pass and be
Less than the guiltless shade
To which our vows were said;

Beautiful, my delight
Less than the sound of the oar
To which our vows were made
Less than the sound of its blade
Dipping the stream once more.



Louise Bogan Pour chanter sur l'eau

Vraie splendeur, mes délices,
Va comme en nous la vague
Va, la nuit diaprée glisse
Sur le flot qui divague,

Dispersant, clair et sombre
Vraie splendeur, passe et fuit
Moins qu’un aveu dans l’ombre
Un soupir dans la nuit;

Vraie splendeur, mes délices
Moins que le son des rames
Sur qui nos serments bruissent
Moins qu’au fil de la lame
Dans le courant complice.



Parfois il me semble que je suis entré dans cette nuit d’équinoxe qui n’en finit plus. Là, dans le grand parc solitaire et glacé, alors que je ne parviens plus à communiquer avec les autres, c’est avec Sam que je parle, dans un dialogue qui recommence chaque soir entre sa musique et mon cœur
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptySam 17 Mar 2007 - 18:49

Wink

Vivement l'opus 43 !
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptySam 17 Mar 2007 - 19:11

ça va venir, mais pour The Lovers je doute de tout traduire, à moins de donner les originaux de Neruda, en espagnol. Si je m'attaque à ça j'en ai pour huit jours de plus au moins
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptySam 17 Mar 2007 - 19:18

sud273 a écrit:
ça va venir, mais pour The Lovers je doute de tout traduire, à moins de donner les originaux de Neruda, en espagnol. Si je m'attaque à ça j'en ai pour huit jours de plus au moins

Ou juste un petit résumé et contextualisation suffisent.
J'ai des envie de Barber finalement.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptySam 17 Mar 2007 - 19:25

Bien, je vais donc bouleverser l'ordre prévu à la demande (générale)... de Vartan: battons le fer tant qu'il est chaud:

The Lovers op 43

C’est peut-être à l’insistance amicale d’Eugene Ormandy qu’on doit l’existence de ce grand cycle de mélodies avec chœur et orchestre, cette symphonie lyrique de plus de 30 minutes que sont The Lovers. En 1969 Barber a refusé une commande pour une œuvre d’envergure émanant de l’orchestre de Philadelphie. S’il accepte maintenant, c’est probablement sous le coup de l’inspiration, ou plus vraisemblablement parce qu’il a déjà commencé à composer une partie des mélodies, et qu’il va comme d’habitude détourner l’objet de la commande pour la remplir avec ce qu’il a envie d’écrire.
Selon Wittke, c’est Valentin Herrantz, le majordome de Barber qui lui aurait mis entre les mains la traduction des « 20 poèmes d’amour et une chanson désespérée » de Neruda, histoire universelle d’un amour qui brûle et finit en cendres. Si ce texte est déjà à l’époque l’un des plus connus du monde hispanophone, il est encore relativement confidentiel en amérique du Nord, et au moment où Barber en détache les neuf extraits qui constituent la trame de sa partition, Neruda n’a pas encore reçu le Prix Nobel, qui ne lui sera décerné que le 21 octobre 1971.
Rassemblée durant l’été 1971, la partition est sans doute la dernière que Barber écrit à Capricorn : dans sa chère maison vide il entend un chant d’oiseau, qui lui suggère les premières notes du prélude. L’atmosphère rêveuse évoquée par les bois et la harpe se double d’une inquiétude rythmique, un thème précipité qui monte vers un premier crescendo mettant en présence toutes les forces orchestrales, énonçant le thème « désespéré » de la huitième section « je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit ». Bien que l’ensemble sonne à nouveau souvent comme un orchestre de chambre, l’effectif orchestral et surtout choral (200 voix) est immense. Le chanteur principal, le récitant, qui occupe les sections 1,6,et 8 est encore une fois un baryton : « mon corps rablé de paysan plonge dans le tiens », c’est bien ce que le registre suggère dans la déclaration agité du premier mouvement « corps de femme », sorte de blason célébrant l’amour physique.
La section 2 « Little girl, Brown girl » semble issue tout droit des danses égyptiennes des suivantes de Cleopâtre avec son tambourin et ses motifs orientalisants : « ta bouche est un oiseau rouge qui danse sur l’ivoire ».
« Dans les profondeurs chaudes de l’été » est dévolu aux seules voix de femme, c’est un adagio nostalgique, où le paradis perdu est traversé de nuages changeants. Le postlude orchestral est dominé par le chant du hautbois.
Le mouvement suivant est une berceuse dont l’ambiguité tonale continue à évoquer le trouble de ces étés étouffants et mouillés, où il semble qu’on attende l’orage comme dans la Nuit de l’Iguane. « La pluie marche pieds nus dans les rues ». Mais le motif qu’on entend le mieux, le refrain qui encadre le poème est « strip-off your clothes » (Ferme les yeux… et ôte tes vêtements). Les textures des cordes sur fond de quelques notes de piano, les échanges choraux sont d’une beauté étranges.
Le sommet, la scène d’amour est la section 6 Les îles fortunées, et son postlude confié à une voix de soprano solo.
Mais aussitôt le baryton reprend la main pour une courte mélodie inquiète et ironique, dont les rythmes jazz font penser irrésistiblement à Bernstein

A partir de là tout le matériel thématique réapparait, inversé, les mêmes thèmes énoncés depuis l’introduction heureuse prennent des couleurs plus sombres et plus urgentes. . La section 7 est restless et presque raging. Comme dans le texte les même images de l’extase apmoureuse prennent la couleur du chagrin « Nous avons perdu jusqu’à ce coucher de soleil ».
« Ce soir je peux écrire les vers les plus tristes » est à mon avis le plus beau poème du 20ème siècle : quelle surprise de le retrouver là quand on ne s’y attend pas et qu’on écoute pour la première fois cette œuvre. Je ne l’ai même pas reconnu la première fois dans sa traduction anglaise. Je me souviens, j’étais devant le Louvre, sur le pont royal, le disque dans mon walkman, je venais de le dénicher avec sa pochette atroce (ne cherchez pas il n’y en a qu’un !) et avec la dynamique pourrie de l’enregistrement, la voix de Dale Duesing ne parvenait qu’à peine à couvrir les bruits de la circulation. Je me suis appuyé à la pile du pont et j’ai repassé le morceau, indéfiniment jusqu’à le reconnaître. Comment se confronter à une telle puissance expressive ? seule la traduction peut-être laisse un espace pour l’interprêtation musicale. Ah, il faut l’écouter pour savoir. Tout ce qu’on dirait de sa structure ne peut tout à fait en rendre compte.
Tout parcours amoureux aboutit-il forcément au « Cimetière des baisers » ? oui, « il y a encore du feu dans nos tombes ». Malgré le « naufrage » et la « dérive » il existe bien une possible apothéose « à l’heure du départ : avoir renoncé ».

Le sujet choisi fit grincer des dents : en plus de l’orchestre de Philadelphie, le commanditaire principal, le mécène oeuvrant à la contribution à la culture américaine était la banque Girard ; on s’inquiéta donc en haut lieu du caractère érotique des textes de Néruda. A vrai dire, on s’inquiéta sans doute plus que Neruda, prix Staline 1950, eût des sympathies marquées pour les communistes et qu’il fût un symbole de la gauche révolutionnaire. Encore n’avait-il pas écrit le pamphlet appelant à l’assassinat de Nixon ! Barber fit donc semblant de prendre au sérieux l’argument de la moralité et on le laissa faire, persuadé que la chose n’aurait que peu de retentissement, -ce qui fut le cas !

« Un de mes ouvrages les plus hardis et les plus stimulants » devait conclure le compositeur « J’étais fasciné par les poèmes d’amours et une chanson désespérée de Néruda… ils m’inspiraient et je voulais absolument en mettre quelques uns en musique. Les textes eux-même sont très érotiques, ce qui fit sourciller les membres de la direction de la banque Girard. Finalement je demandai au conseil d’administration s’ils n’avaient pas d’histoires d’amour à Philadelphie, et j’appris que si… Peu importe, la banque se montra très aimable avec moi, et finit par me laisser une totale liberté ».

Le 22 septembre 1971, l’orchestre de Philadelphie, le Temple University chorus dirigé par Robert Page, avec Tom Krause en soliste, donna la première de l’œuvre. Il semble que Barber n’y assista pas, préférant envoyer un ami pour tester à l’entracte les réactions de la salle. Il existe forcément un enregistrement de cette soirée pusiqu’on en entend parfois des extraits, dans un son épouvantable. Sinon, c’est à Andrew Schenck qu’on doit le seul enregistrement existant, lors de concerts publics qu’il donna avec l’orchestre de Chicago. Encore ne seront-ils sans doute plus disponibles très longtemps puisque le label qui les distribuait a sombré !
Schenck a beaucoup enregistré Barber, multipliant les premières au disque d’œuvres jamais jouées. On ne peut malheureusement pas dire qu’il soit un excellent interprête, et chaque fois qu’on a le choix, de préférence se diriger vers le reste. Mais lui aussi est mort, alors, soyons-lui reconnaissant d’avoir essayé et de s’être battu pour que des œuvres aussi importantes que The Lovers existent au disque.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptySam 17 Mar 2007 - 19:27

Poème 20
Vingt poèmes d amour et une chanson désespérée
PABLO NERUDA

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Écrire, par exemple: "La nuit est pleine d’étoiles
et les astres bleutés tremblent dans le lointain."

Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante.

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit,
Je l'aimai, et parfois elle aussi elle m'aima.

Les nuits comme celles-ci, je la tenais entre mes bras.
Je la baisais tant de fois sous le ciel infini.

Elle m'aimait et parfois moi aussi je l’ai aimée
Comment ne pas avoir aimé ses grands yeux fixes.

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit,
Penser que je ne l'ai pas. Savoir que je l’ai perdue.

Entendre la nuit immense, plus immense sans elle.
Et le vers tombe dans l'âme comme la rosée dans l'herbe.

Qu'importe que mon amour n'ait pas su la garder.
La nuit est pleine d'étoiles, elle n'est pas avec moi.

Et c’est tout. Au loin quelqu’un chante. C'est au loin.
Mon âme ne peut se satisfaire de l’avoir perdue.

Comme pour l’approcher mon regard la cherche.
Mon coeur la cherche, et elle n'est pas avec moi.

La même nuit qu’alors blanchit les mêmes arbres.
Nous autres, ceux d'alors, ne sommes plus les mêmes.

Je ne l'aime plus, c'est vrai, pourtant, combien je l'aimai.
Ma voix cherchait le vent pour toucher son oreille.

A un autre. Elle sera à un autre. Comme avant mes baisers.
Sa voix, son corps clair. Ses yeux infinis.

Je ne l'aime plus, c'est vrai, mais peut-être je l'aime.
Il est si bref l'amour, et l'oubli est si long.

Parce qu’en des nuits comme celles-ci, je la tenais entre mes bras
mon âme ne peut se satisfaire de l’avoir perdue.

Même si c’est l’ultime douleur qu’elle me cause
et ces vers les derniers que je lui écrirai.
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antrav
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptySam 17 Mar 2007 - 19:37

Merci. Un beau topic décidément. Wink

J'ai aussi trouvé aujourd'hui un petit Leontyne - Barber. Pas encore écouté.

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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptySam 17 Mar 2007 - 21:06

Merci Sud Very Happy

Ma façon d'aborder la musique de Barber était jusqu'à maintenant l'écoute de ce que je trouvais à ma disposition, je ne suis jamais trop 'partie à la chasse' aux enregitrements rares. Grace à toi j'ai découvert beaucoup de nouvelles choses.

Je viens d'écouter The Lovers
Un langage quelque peu inattendu sur ce genre de textes (j'ai lu les textes avant d'écouter, j'attenbdais quelque chose de moins discret, retenu..), mais finalement tout à fait adaptée,
Dans les premières phrases, j'ai eu cette même impression d'explosion de riche mélancolie que j'avais au début en écoutant Knoxville (plus maintenant vraiment, trop d'écoutes m'ont donné à l'entendre plutôt un sentiment de confortable habitude, dommage..), puis la progression de poemes en poemes est réellement déchirante...

Merci aussi de nous avoir informer en ce qui concerne la potentielle non disponibilité pour bientot. Je me suis dépechée d'en commander un Wink
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Jaky
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyDim 18 Mar 2007 - 11:46

Oui, merci Sud.

J'ai écouté le récital de la "La Voce" cette nuit et j'ai compris son surnom, cette présence, ce grain et ce souffle auquel je suis resté scotché… J'ai de suite réécouté les Hermit Songs pour entendre son timbre en pleine jeunesse et quel plaisir. Ce recueil prends place aux côtés des "songs of travel" et du "Winterreise" pour moi...
J'ai à peine honte d'avouer avoir écouté en boucle "The monk and his cat"… Embarassed
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antrav
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyLun 19 Mar 2007 - 13:03

The Lovers. Oui c'est très beau.
Peu habitué et ordinairement peu sensible à l'orchestration épaisse et glucosée des anglo-saxons, j'ai d'abord écouté un peu rapidement ces lieder sentimentaux. Mais la sentimentalité simple de ces vers, l'importance démesurée des choeurs et des moyens orchestraux quasi post-romantiques emportent toutes mes réticences.
D'un lyrisme et d'une tendresse échevelés, d'une passion amoureuse et érotique douloureuse, je ne saurais trop vous les conseiller. Merci encore.

Love is so short, forgetting is so long...
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyLun 19 Mar 2007 - 18:01

Je suis heureux que The Lovers attirent des réactions aussi positives, malgré une interprêtation qui me paraît moyenne. J’aurais vraiment aimé entendre Tom Krause qui m’avait fait une belle impression dans certains lieder de Mahler… Je commençais à douter que les dernières œuvres de Barber trouvent un public, condition nécessaire pour qu’on puisse espérer en trouver un jour un nouvel enregistrement.

Comme je parlais à David de mon admiration pour Les 20 poèmes d’amour souvent regroupés avec les cent sonnets de Neruda (le seul livre en de poésie en espagnol de ma bibliothèque), il m’a permis de découvrir une autre œuvre américaine, les cinq mélodies sur des sonnets de Neruda de Peter Lieberson. Il semble que ces mélodies se soient taillées un beau succès au moins aux Etats-Unis, une part de leur célébrité étant due aux circonstances tragiques qui entourent leur création.
Lieberson a écrit ces pièces à l’intention de sa femme Lorraine Hunt, rencontrée en 1997, et pour qui il avait aussi fait des chansons sur des poèmes de Rilke. On voit à travers ces sources littéraires qu’il semble y avoir une certaine filiation entre les goûts de Barber et de Lieberson : à l’écoute leur langage romantique et tonal n’est pas non plus sans rapport. Lorraine Hunt, mezzo-soprano, venue tardivement au chant est décédée en 2006, des suites d’un cancer du sein, laissant un dernier enregistrement live des Neruda songs de son mari, dirigé (de main de maître) par Levine. L’entendre chanter le célèbre sonnet 92
« Mon amour, si tu meurs, et que je ne meures pas,
Ne laissons pas à la douleur plus grand domaine… »
est une expérience déchirante, et le disque se vendit dans des proportions jamais atteintes pour une œuvre de musique contemporaine, à mesure que les diffusions radio de l’histoire passaient d’une côte à l’autre, pour atteindre le top ten des disques les plus vendus (tous styles confondus). Et pourtant, ça tousse beaucoup dans le public, et la délicate orchestration chambriste s’en trouve souvent un peu oblitérée.
L’œuvre elle-même est d’une grande beauté, les textes sont chantées dans la langue originale. On passe d’une atmosphère intimiste, rappelant les derniers lieder de Strauss à des moments inspirés par les rythmes cubains, avec une subtilité d’orchestration assez étonnante, jouant beaucoup des effets mélodiques des percussions, utilisées avec une douceur confondante.
Lieberson est né en 46, sa mère était chorégraphe, son père dirigeait Columbia, il fut entre autre l’élève de Wuorinen et s’intéressa longuement aux pratiques de méditation issues de l’Inde. Selon ce que j’ai pu lire, il serait tombé par hasard sur les poèmes de Neruda, alors qu’il était en transit dans un aéroport.
Je ne connais rien d’autre de Lieberson (mais je vais réparer sous peu), je pense que c’est là l’une des premières œuvres du nouveau siècle à s’inscrire au répertoire international. J’ai hâte qu’une chanteuse d’envergure l’enregistre à nouveau, en complément de The Lovers (ou l’inverse puisqu’il n’y a pas de mezzo soliste dans le cycle de Barber). Les deux dernières mélodies du cycle sont à elles-seules des hits, on pense à Montsalvage et Rodrigo. Plus je les réécoute et plus je les aime : ce que j’ai entendu de plus séduisant de la part d’un compositeur encore vivant depuis Schedrin.

Il est si court l'amour, et l'oubli est si long ahhh...
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyMer 21 Mar 2007 - 13:00

Knoxville: summer of 1915 / Price, New Philh. Orch., Schippers.

Beaucoup de plaisir à nouveau, cet orchestre voluptueux, onctueux voire doucereux qui laisse percer puis éclater la douleur (Perte ? Drame ?). Grand moment de poésie lyrique. Leontyne Price incarne parfaitement l'émotion nostalgique et déchirée du poète.

Plus de mal avec les Hermit songs. Confused
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyMer 21 Mar 2007 - 16:01

oui c'est curieux Hermit songs ne passe pas toujours très bien, je ne me rends plus compte car comme je l'ai déjà dit je les sais par coeur, et j'entends toujours avec émerveillement The Monk and his cat, les vocalises extraordinaires de Praises of god ("each day, everywhere, lau-au-audation sing...) et le sombre final "ce sera la fin de tout mal, quand je serai tout seul, dans un petit coin au milieu des tombes, loin des maisons des puissants..."

Il y a de nombreuses belles versions de Knoxville (même si Price est évidemment celle que je préfère) et notamment Steber, avec l'orchestration de chambre, et quelques plus rares aussi avec baryton; peut-être est-ce cela qu'il faut faire entendre en priorité, il semble que ça marche du premier coup, même sans le texte. Ai-je déjà dit que James Agee (l'auteur du texte) était le dialoguiste de La nuit du chasseur, film qui parle de l'enfance comme aucun autre et dont l'imagination poétique semble rejoindre l'univers de ces pages d'ouverture de "Un mort dans la famille"?
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyMer 21 Mar 2007 - 23:24

sud273 a écrit:
Ai-je déjà dit que James Agee (l'auteur du texte) était le dialoguiste de La nuit du chasseur, film qui parle de l'enfance comme aucun autre et dont l'imagination poétique semble rejoindre l'univers de ces pages d'ouverture de "Un mort dans la famille"?


Oui ! Laughing
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyMer 21 Mar 2007 - 23:56

Alzheimer me guette: donc je passe à la suite avant de devenir totalement gâteux...

Despite and still op 41
Encore et malgré tout


Le titre même parle pour lui, tout texte est devenu signifiant, puissamment, autant, plus peut-être, que la musique qui s’efface, souligne la trame du drame, comme une lettre de Mozart, O Dieux ! récitatif acompagné, accord de sol mineur, Aria

« Une dernière chanson, une toute dernière, puis une encore-
Quand pourrai-je arrêter ?
Faudra-t-il diriger mon stylo jusqu’à ce que le sang jaillisse de mes ongles ? »
Ce sont les premiers vers de Robert Graves qui servent de support à la mélodie initiale intitulée « A last song ». Les mélodies 1-3-5 du cycle sont empruntées au même poète. Il semble qu’elles aient occupé Barber une partie de l’année 1968 : contrairement aux chœurs résignés et éthérés de l’opus 42, on y perçoit les traces d’une certaine révolte, en même temps que l’affirmation d’une volonté à recommencer à produire « Envers et contre tout », à recommencer à aimer. La mélodie centrale, la plus longue, la seule qui dépasse les trois minutes « In the wilderness » (dans les contrées sauvages) évoque bien une traversée du désert, à travers l’épisode des quarante jours du Christ dans la solitude : on perçoit dans la musique des échos des trilles du cygne des Mélodies passagères, en même temps que l’atmosphère rappelle le « Ah to be all alone » qui conclut les Hermit songs.
Mais cette mélodie est encadrée par deux petits chef d’œuvres d’humour et d’ironie. Le premier My lizzard (sous-titrée « Vœux pour un jeune amour ») sur un texte de Theodore Roethke, est une courte ronde dont l’enjouement n’est pas si naïf qu’il peut sembler au premier abord.
« Puisses-tu vivre jusqu’au bout ta vie
Sans haine, sans chagrin…
…Quand je serai défait,
Quand je ne serai plus personne. »
Inutile d’insister sur ce que l’adresse au lézard peut avoir d’ambigu pour un homme vieillissant. Tant musicalement que par le thème, on peut y voir un négatif de The Daisies, la délicieuse chanson d’amour qu’écrivait Barber à 17 ans.

Dans « Solitary Hotel » Barber replonge dans ses « Souvenirs », la musique est de nouveau une sorte de Tango-Hésitation, le texte emprunte une dernière fois à James Joyce, puisant dans une bribe de la prose d’Ulysse. C’est une petite tragédie miniature de la vie ordinaire, d’une discrétion étonnante, qui ne s’appuie que sur peu de mots alignés dans un style télégraphique :
« Hôtel solitaire dans une passe de montagne.
Automne. Crépuscule. Feu crépitant.
Jeune homme assis dans coin sombre.
Jeune femme entre.
Agitée. Solitaire. Elle s’assoit.
Elle va à la fenêtre. Se lève.
S’assoit. Crépuscule. Elle pense.
Sur papier d’hôtel solitaire, elle écrit.
Elle pense. Ecrit. Soupire.
Roues et piétinements. Elle sort en trombe.
Lui sort de son coin d’ombre.
S’empare du papier solitaire.
Le tient devant le feu. Crépuscule.
Il lit. Solitaire. Quoi ?
Renversant, debout, d’un revers.
Queen’s hotel, Queen’s hotel, Queen’s ho… »
S’arrête la mélodie comme un disque rayé. Tout un film, tout un roman en 2 minutes 40, arpèges descendants, imitations de violon tzigane sur un battement de vieux tango, un effet saisissant qui me fait penser à la scène du bal dans le ravissement de Lol V.Stein de Duras, aux photos que révèle le générique de fin de Shining de Kubrick, d’élégantes sueurs froides, préparant la violente déclaration finale qui donne son titre au cycle et s’achève sur ces mots :
« Mais, O, refuse
De choisir
Quand le hasard semble offrir
Des amours en alternance »
A quoi Barber ajoute la répétition « Aimer encore et malgré tout » qui n’est pas dans le texte de Graves.

Selon le numéro d’opus, ce cycle achevé en 1969, succède directement à Antoine et Cléopâtre (alors qu’il n’est terminé qu’après l’opus 42). Il porte la dédicace « A mon amie Léontyne Price » qui est effectivement censée l’avoir créé. Mais malgré les recherches, je n’en trouve nulle trace. Il n’y en a pas plus d’enregistrement. Il est étonnant que Léontyne Price, qui, des années après, jusqu’à son dernier récital officiel de St Paul, chantera encore les chansons écrites à son intention par Lee Hoiby ou Marx, n’ait plus jamais mis aucune mélodie de Barber au programme de ses récitals avec accompagnement de piano. Elle emportera de par le monde les deux airs de Cleopâtre, en 1980, elle les chante encore pour le centenaire de la Julliard School ; en dehors de cela, je ne trouve pas d’autre occurrence conjointe de leurs noms dans la presse américaine, excepté sa présence attestée aux obsèques de Barber à New York.
Est-il possible qu’il soit vraiment tout seul, dans l’hôtel solitaire, à contempler le crépuscule ?

Peut-être aussi, en dépit de la dédicace, le cycle ne s’adresse-t-il pas vraiment à une voix de femme. Toute la dernière production de Barber me paraît destinée surtout à des voix d’hommes, et assez graves, à ce qui en fin de compte est son propre registre d’origine. La voix de baryton a envahi Antoine et Cleopâtre, on la retrouve dans The lovers, dans le cycle op 45, il n’y a plus de partition pour « voix haute » si tant est qu’il y en ait jamais eu depuis la fin des années 30.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyMer 21 Mar 2007 - 23:57

Récapitulation

La plupart des critiques musicaux, (pour ne pas se donner la peine d’écouter ?) font remarquer qu’à partir des années 70, Barber, au fond de la dépression, devient alcoolique au point de ne plus pouvoir rien écrire. Je pense que ce raccourci relève de la légende et on a dit la même chose de Popov, de Moussorgsky, de Glazunov et de Shostakovich. Au regard de l’hagiographie, les autres , les héros positifs, les Debussy et les Varèse, meurent assez rapidement d’un noble cancer…

Maintenant c’en est fini de l’austérité totale, de se mettre au service des autres, faute de parvenir soi-même à se donner des émotions, fini les transcriptions pour chœur des mélodies, de l’adagio, fini la relecture des œuvres de l’oncle Sydney, les variations de circonstance.
S’il y a bien une indéniable phase dépressive –ou tout le moins une envie d’éloignement vis-à-vis des obligations sociales- , il me semble qu’elle touche à sa fin avec les mélodies de l’opus 41, et que Barber retrouve l’envie d’écrire de la musique. C’est parce que, s’appuyant sur les redites des musicologues, on ne les joue jamais, que les trois œuvres majeures que Barber écrit dans la dernière décennies de son existence sont largement sous-estimées. Ses capacités personnelles sont intactes, il a même retrouvé le moyen d’obtenir des commandes, trop nombreuses pour qu’il parvienne à toutes les honorer, et si vagues qu’il peut les remplir à l’envi de ce qu’il lui parait nécessaire d’écrire (comme il a toujours fait). Ses mélodies sont les meilleures qu’il ait jamais produites, et, s’il se méfie parfois de ce qu’il écrit, c’est qu’il tente de refermer, de mettre un point final à chacun des cycles entrepris, musique de piano, d’orchestre, et de scène.
Après quoi la tâche est finie et il n’est plus besoin d’écrire, comme Sibélius, que sa femme décrivait comme apaisé et désangoissé après qu’il eût renoncé au projet d’une ultime symphonie qui ne pouvait le satisfaire.

C’est en 1971, année faste, puiqu’elle voit la création de Fadograph et The lovers, que Barber prononce lors d’une interview radio ces mots devenus célèbres : «Quand j’écris à partir d’un texte, je m’immerge dans les mots, et je laisse la musique couler à partir d’eux. Quand j’écris un morceau abstrait, une sonate pour piano ou un concerto, j’écris ce que je ressens.Je n’ai pas d’affectation en tant que compositeur. On dit que je n’ai aucun style, c’est sans importance. Je continue à faire mon truc, comme ils disent. Je crois que ça demande un certain courage. » Ce qu’il convient de rapprocher de cette autre déclaration : « certains compositeurs pensent qu’ils doivent adopter tous les ans un nouveau style : dans mon cas, c’est une cause perdue ! »

Cela n’est pas tout à fait vrai car Barber progresse justement vers d’autres styles : on ne souligne pas assez combien ses dernières œuvres se rapprochent, en plus élaborées, des techniques de base qui deviendront les tics des musiciens minimalistes et répétitifs ; Adams et Glass me paraissent prendre pied dans cette musique tonale, qui devant les levées de bouclier se méfie plus que tout du lyrisme et de l’épanchement pour venir se placer plutôt du côté de la contemplation.
Mais dans un mouvement contraire aussi, ses musiques jouent sur l’importance primordiable des rythmes, et des mélodies de timbres, elles emboitent le pas à Milhaud, Chavez, Ginastera, Bernstein.

Qu’on répète les mêmes choses, qu’on continue à « faire son truc » est inévitable, c’est moins un travers que l’affirmation d’une personnalité. C’est comme si chaque individu disposait d’un stock limité de choses à exprimer ou de moyens de le faire ; on écrit toujours la même chose : l’œuvre se développpe à partir d’un ensemble de cellules rythmiques ou de tournures mélodiques, d’intervalles de la gamme tempérée, toujours les mêmes, ou dans un enchaînement systématique. Comme le dit Ned Rorem : « les artistes n’ont que quatre ou cinq idées dans toutes leur vie. Ils passent leur vie à les classer dans un ordre qui les rend communicables, sous des déguisements divers. » D’où la nécessité de jeter ce qui est inutile, de se concentrer sur l’essentiel.

Jamais la dernière musique de Barber ne s’étale : jamais plus elle n’emprunte les voix sombres du romantisme tourmenté, (le lyrisme peut cultiver des expressions divergentes) elle ne vise qu’à l’affirmation de l’apaisement et du mieux-être. Comme la dernière musique de Mozart, sa sérénité et parfois sa joie, en deviennent les émotions les plus dramatiques. Certains grands compositeurs, jugeant la mort proche, se sont complu à répandre des plaintes élégiaques et des chants désespérés. Barber au contraire ne trouve plus nécessaire de parler que pour voler vers une éclaircie, une paix radieuse et sereine, une nécessité de continuer à survivre en faisant abstraction de la douleur, cela n’a pas besoin d’être répété, c’est la chose la mieux partagée du monde, tout le monde connaît par cœur.


Fadograph of a yestern scene op 44

Chromo, photo jaunie, décolorée, repentir –au sens de la peinture- image virtuelle –au sens de la photo argentique- Yestern, d’autrefois, d’asie, du levant, à l’envers… du ponant, donc… Le titre en soi est un poème, de Joyce, on l’a déjà dit, dans lequel seul « of a scene » n’est pas un néologisme. Ici la référence à Joyce ne me parait pas plus essentielle que celle à St Exupéry, juste une dernière façon de saluer l’Irlande des ancêtres, de dire aux amis « je mets en scène un morceau de votre bible ».
Et, remarquons que comme l’opus 7 c’est une « scène ».

…commence sur des arpèges pentatoniques de cordes et harpe, le hautbois monte une gamme, le cor répond, avec de fines poncutations de triangle. Puis le rapport des cordes et des bois s’inverse, ils s’échangent les arpèges montants et descendants, le thème initial devient le motif d’accompagnement à la façon de Saint-saens, le tout débouchant sur une aria d’opéra recomposée à partir des bribes des deux autres, conduisant à un tutti aussi modéré que celui de certaines symphonies de Sibélius. Tous les pupitres s’échangent, signalés par des appels de fanfares en sourdines, les cuivre prennent l’ostinato d’accompagnement, tandis que se déploie l’apothéose lyrique, avant la décomposition qui se conclue sur un accord vide, ni mineur, ni majeur.
Tout au long du morceau, la pulsation des cordes est semblable à la structure des Sirènes de Glière qui bâtit le suspense sur un thème très simple de gamme ascendante, sauf qu’ici, c’est le mélange des gammes par ton ascendantes et descendantes dans une structure en miroir qui constuit et détruit la progression ; en résulte un effet statique comme l’enchaînement de photos de levers et couchers de soleil dans un rythme croissant, une distortion temporelle pareille à celle de la pastorale de Popov : est-ce l’alcool finalement qui donne ce curieux sentiment de précarité bienheureuse ? avec une telle précision ?

Remarquons qu’il n’y a pas de tradition de direction : personne, ni les commanditaires de l’orchestre de Pittsburgh, ni les chefs américains bien assis des années 80 n’en ont enregistré une seule version. Dans les deux seules existante je remarque que l’une des deux est supérieure en temps de plus d’une minute trente, les deux toutes aussi agréables, mais aucune définitive.

Fadograph est un adagio, il s’incrit dans la lignée des deux autres œuvres qui adoptent cette forme, l’op 7 et Night Flight : je pense que ce ne serait pas une mauvaise idée de les jouer en tryptique, comme les essays.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyMer 21 Mar 2007 - 23:59

3 Songs op 45

Les trois mélodies opus 45 sont écrites en 1972. Comme The Lovers, mais contrairement à toute la production qui les précède, elles sont écrites sur des textes d’origine étrangère traduits en anglais, deux textes allemands, encadrant un texte polonais. La remarque n’est pas gratuitement descriptive ; il s’agit d’une sorte d’éloignement de la parole. Pour Barber qui a toute sa vie fréquenté les grands textes de la poésie dans leur lange originale, l’écran de la traduction le protège d’un accès direct à l’émotion. De plus les trois textes sur lesquels il s’arrête partagent un caractère étrangement surréaliste et moderne, très éloigné de ce qu’il a jusqu’alors mis en musique, plus proche de Theodor Roethke que de James Stevens. Le premier, chronologiquement le plus ancien, est une traduction par Joyce de Gottfried Keller : « Maintenant que j’ai mangé la rose » est une prière très surprenante, commençant par un récit pour le moins décalé. A cause de la rose peut-être, mais aussi de la rupture entre la narration et la prière à double sens qui en naît, ce texte fait penser à Gertrud Stein, mais aussi aux mélodies de Satie sur les ludions de Léon-Paul Fargue, comme la simplicité dépouillée et semi-amusée de la musique s’en rapproche. On pourrait la chanter comme une berceuse (un peu inquiétante peut-être) a cappella.

A une époque où le fossé est encore grand entre les productions classiques et la connaissance qu’en a le public, il faut rappeler combien certaines chansons de Barber sont demeurées populaires. Ainsi, on raconte qu’ayant besoin de changer urgemment son numéro de téléphone à New York, Barber appella la compagnie : l’opératrice sur laquelle il tomba lui indiqua qu’il fallait une semaine pour effectuer l’opération. Barber s’emporta un peu, tentant de mettre en balance sa notoriété ; la demoiselle du téléphone lui dit alors qu’elle avait besoin d’une preuve de son identité pour contourner le règlement, et qu’il n’avait qu’à lui chanter « Sure on this shining night » s’il était vraiment Sam Barber ; il le fit, et obtint son nouveau numéro de téléphone –et quelques éloges- dans la minute.

A l’épitaphe de la rose ingérée succède un paysage de campagne peuplé de pianos à queue, une mélodie inoubliable, par sa douceur délicate, son humour, et la répétition du court motif de trois notes piquées, évocateur de toute la vie de l’animal-piano. Le poème de Jerzy Harasymowicz est traduit par Czeslaw Milosz (futur prix Nobel et neveu d’un des plus grand poètes francophones du 20ème siècle). C’est là, dans un rire, que se joue le véritable adieu au concert :

« Dans le soir
Aussi loin que l’œil peut fouiller
Des troupeaux
De pianos noirs

Jusqu’au genou
Dans la boue
Ils écoutent les grenouilles

Dans l’eau ils gargouillent
En accords extatiques

Enchantés par la spontanéité
Batracienne et lunaire

Après les vacances
Ils font scandale
Dans les salles de concert
Pendant la traite artistique
Voilà qu’il se couchent soudain
Tels des vaches
Effleurant d’un œil indifférent
Les blanches fleurs
Qui forment public à l’orchestre

Epiant les gesticulations
Des ouvreuses »


La perfection attendrie de ce paysage intérieur, cet éblouissement calme me rappelle celle de la chanson de Charlebois que reprit Barbara dans ses derniers concerts : « Quand je serai mort, enterrez-moi, dans un piano noir, comme les corbeaux, do-ré-mi-fa-sol-la-si-do, quand je serai mort… ». Il faudrait regarder les dates ou interroger le chanteur pour savoir si l’influence n’est pas une imitation directe.

« O nuit, nuit sans borne », déliée, telle Prométhée, déchaînée, est un poème de Georr Heym, (figure légendaire de l’expressionnisme littéraire, mort noyé à l’âge de 24 ans en 1912 alors qu’il tentait, tel Granados, de porter secours à un ami) traduit par Christopher Middleton, le plus classique des trois textes sans doute. Le poème qui célèbre l’irradiation des derniers feux du jour (c’est presque l’image du « rayon vert ») est comme Elévation de Baudelaire, un paysage vu du ciel qui passe des hirondelles, petites dans le lointain survolant les champs de blés, aux mats des voiliers dans les baies radieuses, thème familier à Barber, celui de Fadograph, des extinctions estivales de Knoxville et de Summer Music. « Dans Boundless, boundless evening, écrit John Browning dans sa préface aux mélodies, Barber parvient à créer tant au piano que pour la voix, des lignes mélodiques d’une extraordinaire ampleur ; la texture de la musique de piano, quoiqu’elle ne semble qu’une succession discrète d’accords brisés, est en réalité un magistral contrepoint à quatre voix, rempli d’harmonies envoûtantes. Barber pensait que si la musique ne parlait pas d’elle-même, le compositeur avait échoué ; et donc, je ne commenterai pas plus avant ».

Les 3 songs op 45 répondaient à une commande de la société de musique de chambre du Lincoln Center. Elles étaient explicitement destinées à une tournée américaine de Fischer-Diskau, dont le nom est resté attaché au cycle pour les commentateurs. Dieskau connaissait Barber depuis longtemps déjà, et, s’il n’a pas enregistré ce dernier cycle écrit à son intention, il a cependant produit une version célèbre de Dover Beach en 1968, en compagnie du Julliard Quartet. Hélas, Dieskau a créé tant de grandes œuvres dont il ne reste aucun enregistrement, la 5ème symphonie d’Isang Yun, les Matthus, les Reutter, les Rhim, Einem, Henze, les prières de Dallapiccola, les psaumes de Blacher : alors trois mélodies de Barber, il n’y avait aucune chance qu’une maison de disque lui fasse graver cela, plutôt qu’une énième version de la Belle Meunière ! peut-être ne les chanta-t-il qu’une seule fois, le 30 avril 1974, accompagné par le pianiste Charles Wadsworth.

De 73 à 76, il n’y a rien de neuf au catalogue de Barber : l’essentiel de ces années-là sont sans doute consacrées à la révision d’Antoine et Cléopâtre, à l’édition de la partition demeurée indiponible et aux déménagements successifs.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyJeu 22 Mar 2007 - 0:01

Ballade pour piano op 46

La ballade op 46 est sans doute l’œuvre la plus controversée de Barber : pour certains critiques elle est le symbole même de l’échec, une tentative désespérée pour lutter contre les ravages de l’addiction, et qui n’aboutit à rien, qu’à tourner en rond. Son existence dans le corpus des dernières œuvres de Barber suscite un certain malaise, on a du mal à comprendre pourquoi après avoir abandonné la musique de piano pendant près de 25 ans, Barber éprouve le besoin de complèter sa production sous la forme d’un point d’interrogation énigmatique.
La première justification de son existence est qu’il s’agit d’une commande de la fondation Van Cliburn pour le concours portant son nom : à ce titre elle se tient au côtés du Caprice sur cinq notes de Lee Hoiby , du Caprice sur un intervalle de seconde de Della Joio, de la Fantaisie sur un ostinato de Corigliano, des Night thoughts de Copland. Mais jamais Barber n’honore une commande si l’objet ne correspond pas à la nécessité intérieure du moment. Les circonstances n’expliquent ici que le recours à une certaine virtuosité nécessaire aux morceaux de concours, mais la difficulté des traits n’est qu’accessoire.
Au départ, ce n’est qu’un morceau bête de forme ABA, dont la seule mélodie identifiable est un enchainement de demi-tons descendants dans la gamme d’ut mineur. Sauf que les accentuations de la phrase, et les harmonies contradictoires créent un faux-rythme de valse désabusée. Sauf que certaines idées y sont étrangement martelées, j’y vois même une allusion à l’étude d’attaque sur un accord de Stockhausen, dans les répétitions obstinées qui viennent mettre fin à tout développement. Ce qui déroute les amateurs de Barber, c’est que, malgré le patronnage de Chopin, on est à l’opposé de toute déclaration romantique, même l’irruption revendicative de la section centrale se situe dans une sécheresse drastique. Le pianiste va d’un bout à l’autre du clavier sans qu’il se passe rien, ça reste compréhensible pour l’auditeur de musique parfaitement tonale, mais tout se referme comme une énigme. Comment faire de la musique quand il n’y a rien à dire ? se sampler soi-même, sans affect, décrire un état parfaitement froid, toujours à la lisière du débordement sans jamais y sombrer, créer par la musique un vide, une boucle temporelle qui anihile ce que la mesure précédente vient d’énoncer. Il y a aussi cet accord brisé qui est une pure citation, à la fois de la musique orientalisante de Cléopatre et des petits maîtres du piano français, un court-bouillon, un bouillon de onze heures.

C’est la musique de la pluie, du temps qui ne passe pas, de l’insomnie quand le corps est malade, l’échelle qu’on ne peut pas monter quand on a trop bu, l’impossibilité de trouver le trou de la serrure. Pas grave, si c’est l’été, on dormira dans le jardin, si c’est l’hiver on s’allongera sur l’iceberg jusqu’à finir noyé. L’indication de tempo est simplement « Restless », sans repos. On peut sans dommage le remplir de ce qu’on veut : l’éditeur suggère une durée de cinq minutes, certaines versions dépassent les sept.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyJeu 22 Mar 2007 - 0:23

Badaboum ! Mr. Green
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 0:06

Musique d’orchestre

Une fois refermé le corpus de sa musique de piano, de sa musique vocale, de sa musique de scène, Barber va mettre un point final magistral à sa musique d’orchestre. Alors que rétrospectivement Barber semble un compositeur essentiellement vocal et tourné vers la scène, il est jusqu’en 1958, considéré comme un pur symphoniste, les critiques s’étonnent même qu’il se soit consacré à l’écriture d’un opéra. Il convient de revenir maintenant sur l’essentiel de son leg symphonique qui a été peu évoqué jusqu’ici :

Ouverture for the School of scandal op 5

Toute l’europe et toute l’amérique sont réunies dans cet opus initial du corpus orchesral de Barber, avec une science ou plutôt une perception intuitive de l’orchestration comparable à celle de Berlioz ou Ravel . Comment aller au-delà quand on a tout dit d’emblée, l’après midi d’un faune, Liebeszauber, l’apprenti-sorcier ? car l’ouverture op 5 est le morceau d’examen d’un étudiant qui n’a produit jusqu’alors que des chansons et de courtes pièces de piano : quand bien même n’aurait-il écrit que ça, il aurait mérité une place dans l’histoire de la musique.

Comme la musique de Richard Strauss, la musique symphonique de Barber ne rentre pas très bien dans les cadres : elle en crée de nouveaux, adopte des dénominations vagues: en dehors des deux symphonies, qui ne se plient qu’avec difficultés aux règles classiques pour mieux les pervertir, elle n’a pas d’autre référent qu’elle-même.
Comme chez Shosta, Stravinsky ou Dukas, la première pièce orchestrale de Barber est un scherzo qui n’a guère de rapport ni avec son titre, ni avec son sujet, dans Ouverture for the school of Scandal, la référence à la pièce de Sheridan ne vise que l’humour et l’agitation qui l’anime : c’est l’éclat de rire d’un jeune homme de 21 ans qui entend démontrer qu’il domine jusqu’à l’outrance les arcanes de la technique de l’orchestration, l’œuvre d’un artificier toujours en équilibre sur un fil ténu (« L’homme est un pantin qui danse sur des abîmes » écrit Balzac dans La Peau de Chagrin).
Tout Barber est déjà là, les accords dissonnants et à demi-sérieux qui ouvrent l’œuvre, les échanges entre les bois et les cordes, le thème syncopé, les appogiatures joyeuses, le tendre second thème énoncé au hautbois, repris par la clarinette, le développement en accélération, l’agitation mélancolique et ironique, les ponctuations des cuivres, l’incertitude modale, la combinaison contrapuntique de tous ces éléments dans une coda échevelée.
Non seulement l’ouverture valut à Barber son diplôme mais aussi la bourse d’étude du prix Bearns ainsi qu’une immédiate célébrité lorsque l’orchestre de Philadelphie la donna en conclusion de sa saison le 30 août 1933 sous la direction d’Alexander Smallens (ce chef d’origine russe sera aussi le premier à diriger Porgy and Bess en 1935). Barber n’assista pas à la première, il était déjà en Italie, à Cadegliano, dans la famille de Menotti : « Caché dans des montagnes d’une extraordinaire beauté, quasi vierges de paturage, dominant une superbe vallée semée de trois lacs et séparant des sommets qui regardent vers la suisse au loin, peu connu et n’ayant cure de l’être, se dresse un petit groupe de villas pittoresques, de divers degrés de luxe, dont toutes ou presque sont occupées par des membres de la famille de Gian-Carlo » écrivait-il alors à ses parents.


Musique pour une scène de Shelley op 7

C’est dans ce cadre, à Cadegliano pendant l’été 1933 que Barber écrit son opus 7 : on y trouve les nuages et les montagnes, au moins à travers la référence littéraire à Prometheus Unbound de Shelley. Le rapprochement avec la source supposée de l’oeuvre est à la fois aussi lâche que l’ouverture précédente et un prétexte publicitaire pour faire parler les critiques, tout en invoquant une référence « inattaquable ». On peut remarquer dans les deux cas que ces pièces purement orchestrales se situent toutes deux dans un rapport à la scène et au théâtre.
La « scène » dont il est question est un moment allégorique à la Goethe, un échange entre Asia (l’amour), Penthea, sa soeur, et l’Esprit du Temps, quelques vers précis auxquels succède la didascalie « Musique »

Panthea : …non, ce n’est pas moi seule
Ta soeur et ta compagne, et l’élue de ton coeur :
C’est l’univers entier qui veut ta sympathie.
N’entend-tu pas dans l’air les sons dire l’amour
Emanant de tout qui peut parler. Sens-tu point
Les vents inanimés qui s’éprennent de toi ?
Ecoute ! (Musique)


Un ostinato impair (à neuf/huit) de cordes hésitantes, sans tonalité ferme introduit le double appel chromatique des cors qui, selon Barber lui-même traduit les voix lointaines appelant « Asia, Asia », thème sur lequel se bâtit un log crescendo débouchant sur un second thème plus apaisé, que reprend la trompette. Ce second motif se développe dans une harmonie chorale qui mène au point de rupture, un cri d’effroi dissonant, souligné par un fortissimo de timbales, juste avant la dernière minute de la partition, qui rappelle les points culminants des derniers adagios de Mahler, avant que la pièce ne se referme sur la récapitulation (en ordre inverse) de l’introduction, balancée par le second thème qui se dégrade dans des harmonies mineures.
« pas d’originalité fulgurante mais de grandes promesses » dirent les commentateurs de l’époque, même si le compositeur tentat de relancer le débat, souligant que contrairement aux mots du rédacteur du prgramme, il ne cherchait pas à traduire la « musique dans l’air », mais « les voix de la nature implorant Asia (déesse de l’amour) de restaurer la sympathie et l’amour au sein de l’humanité (ce que symbolise la libéraration de Prométhée) » ; On croirait entendre les justifications des compositeurs soviétiques qui tentent d’abuser les critiques par des interprétations tirées par les cheveux de leurs intentions programmatiques.

Music for Shelley est tout simplement un adagio de symphonie, qui comporte un climax violent, agrémenté des trois coups du brigadier tels qu’on les entend au théâtre. Il ouvre la voie à Night Flight (Air music aussi), celui de la deuxième symphonie, où l’on entend la même introduction modale de cordes sur fond de percussions de piano, et on ne peut manquer d’y penser dans la mystérieuse musique « de dessous la terre » de la scène 3 au deuxième acte d’Antoine et Cléopâtre où le soldat reprend presque mot à mot la citation de Shelley « music i’the air, Hark ! »
La partition soumise en 1934 au New York philarmonic fut choisie pour une première exécution parmi 150 autres manuscrits de compositeurs américains : même si Barber ne se montra pas très satisfait de l’exécution à l’issue d’une seule répétition partielle de sa pièce, la création sous la baguette de Werner Janssen, le 24 mars 1935, lui valut une bourse d’étude Guggenheim, une bourse de voyage Pullitzer en 1935 et le prix de Rome américain l’année suivante qui devait lui permettre de se consacrer à l’écriture de sa symphonie. Signalones encore que c’est en cette même année 1935 que Barber écrit sa seule musique incidentale pour le théâtre, destinée à la pièce One day of Spring de Marc Kennedy : cette partition dont personne n’a retrouvé la trace a-t-elle seulement été exécutée ?

Des versions trop policée ou trop polie conviennent assez mal à ces brûlots de jeunesse.
La plupart des chefs oublient la brièveté, la clarté nécessaire à de tels constats déclaratifs, ils se laissent emporter par un lyrisme qui n’est déjà plus de mise dans les années trente, ils atténuent ce que l’ironie a de mordant et visent la contemplation d’une beauté stéréotypée. Il suffit de comparer le minutage de ces morceaux pour savoir d’avance quelle est la version à choisir, celle qui laisse le moins de place à l’étalage des sentiments et à l’alanguissement maladif. Ce n’est pas dans l’esprit de Barber : contrairement à ce que laisse croire l’adagio, il n’y a pas de place dans la musique de Barber pour l’élégie, à peine pour la déploration. Il faut écouter les versions « historiques » des créateurs pour s’en rendre pleinement compte, Toscanini, Victor de Sabata, Ormandy, Walter, une époque où il n’y a pas de 33t à remplir, il suffit juste que ça tienne sur les deux faces d’un 78.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 0:08

Le renom mondial de Barber est dû, on l’a souligné à Toscanini : cette gloire soudaine est preque un accident puisqu’il est dû à la fois aux relations familiales de Menotti, mais aussi aux recommandations de Rodzinsky, qui, après avoir créé en Europe la symphonie op 9, suggéra fortement au Maestro de choisir Barber comme porte-étendard de la musique américaine. L’adagio op 11 dans sa version pour orchestre n’est destiné dans l’esprit de Barber qu’à accompagner l’envoi de l’autre partition écrite spécifiquement pour Toscanini, dont on sait qu’il aimait particulièrement les œuvres théâtrales et spectaculaires, le 1er Essay.

Les Essays

Barber n’a jamais donnée lui-même la définition de l’Essay, il dit juste, tardivement, qu’il s’inspire d’une forme littéraire, développe un sujet précis, suggère qu’il disserte sur un motif, voire sur deux découlant l’un de l’autre dans une forme en miroir ou en dérivation.
En revanche il est bien clair que l’entreprise vise à sortir de la forme sonate avec son bi-thématisme, sa section centrale en contraste, sa forme d’ouverture définitivement ternaire ou tétralogique, sa récapitulation obligatoire.
Les essays ont plus à voir avec la structure de base telle qu’elle apparaît chez Bach, le prélude et fugue, une introduction et développement contrapuntique dont la récapitulation avortée prend la forme d’une strette (une sorte de dissertation, sur le modèle thèse-antithèse-synthèse).
On peut remarquer que l’idée est déjà présente dix ans auparavant chez Barber puisqu’il rédige en 1926 « Trois essays » pour piano seul, demeurés inédits, qui constituent, si l’on en ignore le contenu, la première tentative d’établir l’essay en tant que forme fixe et abstraite.

Le 1er essay traite un seul motif qui envahit petit à petit tout le spectre sonore de l’orchestre, issu des cordes graves divisées, d’abord présenté dans un dialogue entre cordes et cuivres, dans une atmosphère qui rappelle celle de l’adagio destiné au même programme. A l’introduction lente succède un scherzo abrupt emmené par les bois (sur une base percussive de piano) qui égrènent des arpèges en pizzicati, jusqu’à un tutti qui s’éteint rapidement laissant la pièce en suspension, et l’auditeur dans l’attente d’un enchaînement avec l’essay suivant, qui ne voit le jour que cinq ans plus tard, répondant à une commande du New york Philarmonic et de Bruno Walter.

Ici, les bois sont en vedette dès l’énonciation du thème, transformé en un second motif par les cordes : on retrouve les même ponctuations de cuivres et de timbales, qui introduisent un élément d’incertitude rythmique, un troisième motif purement rythmique trouvant sa conclusion dans un accord surprenant derrière lequel les bois jacassent à nouveau dans une course de relai fuguée, entraînant tout l’orchestre dans une fuite joyeuse. Les trois motifs sont alors superposés dans une brêve récapitulation simultanée, couronné par une coda que dominent les percussions et les fanfares de cuivres. Ainsi s’achève une sorte de symphonie en miniature (en moins de 10 minutes), animée d’un souffle épique qui s’offre comme une conclusion à la production symphonique de Barber.

Pourtant quand il reprend l’idée, trente cinq ans après, il semble qu’il renoue avec le fil exploité dans le 2ème essay, confiant l’introduction à une longue mélodie de percussions (timbales et xylophone) toujours soutenue par le piano. A l’occasion de ce troisième essay, Barber donne à Phillip Ramey une deuxième interview qui rend mieux compte de la tentative que n’importe quelle description. Voici ce qu’il en disent :

Le troisième essay, opus 47, a été écrit durant l’été 1978 en Italie ; la première eut lieu le 14 septembre de la même année avec le New York Philarmonic dirigé par Zubin Mehta. L’œuvre commandée par la fondation Merlin est dédiée à son fondateur Audrey Sheldon.

La conversation qui suit prit place dans l’appartement new-yorkais de Barber, le 23 août 1978, quelques jours avant la création du 3ème essay. Phillip Ramey examinait la partition avec le compositeur, afin de préparer la rédaction du programme du concert à venir. Voici la transcription de la bande enregistrée à cette occasion.

Phillip Ramey : Ma première impression est que votre troisième essay ressemble peu aux deux premiers.

Samuel Barber : Le caractère en est peut-être plus dramatique ; la musique est complètement abstraite, d’essence purement dramatique.

P.R. : Il est plus long que les précédents et il semble qu’il y ait plus de thèmes.

S.B. : Je ne l’ai pas analysé moi-même, mais si c’est ce que vous percevez, ça doit être vrai. Il y a effectivement plusieurs thèmes lyriques dans cette pièce. Ce qui n’est pas, malgré tout, un délit fédéral.

P.R. : pas encore, en tout cas.La formation orchestrale est plus étendue qu’à l’habitude, avec un tuba ténor, deux harpes, le piano et une section de percussions augmentée.

S.B. : Les 27 premières mesures sont entièrement confiées aux percussions aux harpes et au piano.

P.R. : Concèderiez-vous que la batterie exerce une influence déterminante sur la tonalité de cette musique ?

S.B. : La percussion dicte le caractère thématique de la section d’ouverture ; néanmoins je ne pense pas que toute la pièce soit dominée par les percussions. La partie centrale est profondément lyrique, même si ce troisième essay l’est moins que les deux autres.

P.R. : Je découvre la partition pour la première fois cet après-midi, j’ai donc un peu peut de faire état d’une incurable ignorance à son propos.

S.B. : Oui, bien sûr, je n’ai terminé l’œuvre que la semaine dernière. C’est dommage que vous n’ayiez pas pu lire la partition plus tôt. Mais vous revenez vous-même de Singapour.

P.R. :Hong-Kong.

S.B. : Oui, n’importe !

P.R. : D’après ce que je vois, le motif développant l’intervalle de triton qui ouvre la pièce génère une partie du matériel qui suit et sert de leitmotiv rythmique.

S.B. : Oh, voilà bien les musicologues ! « Leitmotiv rythmique »… comme je déteste ce vocabulaire.

P.R. : Et pourtant…

S.B. : Bien, je me rends. C’est une sorte de point de référence qui lie les différents thèmes. Voyez-vous, je voulais surtout créer dans cette pièce un sentiment d’unité.

P.R. : La construction a l’air très serrée.

S.B. : Content de vous l’entendre dire!

P.R. : Après la vigoureuse musique d’ouverture, prend place une section « tranquillo » qui débute par un thème rhapsodique élégant de la clarinette solo, que poursuit un thème lyrique au cor anglais. Ce passage fonctionne comme une section médiane en contraste, non ?

S.B. : S’il le faut ! Je ne vois pas pourquoi il serait obligatoire que toute pièce présente une section médiane contrastée. Je m’y oppose formellement ! Pour répondre sérieusement, il y a dans les dernières pages du troisième essay un climax dans lequel se superposent les différentes idées rythmiques . En ce qui concerne la structure générale, c’est bien une forme littéraire qui est à l’origine de sa conception.

P.R. : Selon le Oxford Dictionnary, un essay est « une composition de durée moyenne sur un sujet particulier… dans un style plus ou moins élaboré, quoique d’une étendue (portée) limitée. »

S.B. : La définition me paraît convenable.


En réalité le 3ème essay n’est pas plus long que les autres (sinon que certains chefs le font s’étaler sur plus de14 minutes, donc au moins 4 de trop, la version de Mehta, la seule enregistrée du vivant de Barber, dure 10’37), il n’en diffère que par la mise en avant des percussions et un effectif orchestral renforcé. Comme dans les deux autres toute la thématique est issue des premières mesures, aboutissant à une conclusion en augmentation, où le thème se décline en canon.
Mis bout à bout, ils constituent bien un sorte de symphonie d’un genre nouveau, une structure cyclique et presque monothématique, un ensemble dont les fragments engendrés les un par les autres forment une variation continue.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 0:11

« L’appartement new-yorkais » où prit place la conversation qui précède n’est plus l’étroit studio bruyant du début des années 70. Paul Wittke décrit ainsi les dernières années de Barber :

« Il s’installa sur la cinquième avenue, dans un appartement magnifiquement meublé, en face de Central Park. Il soulignait avec tristesse que ce n’était qu’un « bouquet d’arbres encerclé de bruit », surement pas la nature, et que regarder les gens jouer sur le lac avec leurs bateaux-miniatures (une mode de l’époque) était « fatigant et lassant ». Toujours il avait souffert de mélancolie et d’ennui; les gens intelligents n’y échappent guère. Cela n’avait fait que croître et embellir.

« Pour son 68ème anniversaire Barber se donna une fête. Il passa des mois à dresser des plans pour sa préparation. Cette soirée extaordinaire fut un mélange parfait des civilités traditionnelles de la vieille europe et de l’art du détail, poussé à l’extrême, tel que Barber seul pouvait le concevoir. Le décorum et la nourriture confinaient à l’œuvre d’art. Tous ses collègues et amis qu’il admirait, tous ceux à qui il était attaché, y furent invités. La liste des convives est l’epitomé du Who’s Who du monde intellectuel et musical. Le regard circulaire qu’il jeta sur la table dressée pour le banquet est inoubliable –ce mélange de lucidité résignée, pénétrante, triste ; c’était son adieu au monde de l’art, le seul qu’il avait aimé. Il se savait atteint d’un cancer incurable.

Dans ses dernières années Barber fut épaulé par Valentin [Herrantz] qui préparait ses repas et veillait à ses besoins matériels. Et Charles Turner, un proche depuis tant d’années, se montra un permanent compagnon, a portée de téléphone 24 heures sur 24. »

Car, pendant que le New York Philarmonic répétait le troisième essay, les médecins diagnostiquèrent que Barber était affecté d’un cancer du système lymphatique déjà métastasé en myelomes multiples. Les ravages de la chimiothérapie ne lui permirent pas d’assister en personne à la première de son œuvre, ni à aucun autre concert. Il avait sans doute renoncé à faire étalage de la déchéance physique. Il n’avait pas renoncé aux voyages, ni encore à composer puisqu’il travaillait sur une commande antérieure, un concerto pour hautbois. Et contrairement à ce qu’on lit un peu partout Barber n’est pas à proprement parler mort du cancer.

Dénouement

Fin 1980, alors qu’on programme la première européenne d’Antoine à Cléopâtre , Barber est en voyage en Ecosse, chez Menotti. C’est là qu’il est frappé d’un infarctus qui le ramène au University Hospital de New York, dont il ne sortira que pour mourir chez lui :

« Durant la phase finale de sa maladie, après qu’on l’avait transporté au retour d’une visite écossaise au château de Menotti, Barber fut assisté par ses nombreux amis. Ce n’était pas difficile d’aimer le vrai Barber.

« Même durant ces dernières semaines, pénibles, il conserva son humour ironique et son espièglerie. Cela surgissait à tout propos. Son talent d’imitation acide continua à défier la pompe de l’instant, comme son goût immodéré pour la glace au chocoloat Baskin et Robbins. Ou sa passion renouvelée pour les soap operas ; il fallait l’informer tous les jours des aléas des personnages de « As the World Turns » [diffusé quotidiennement depuis 1956 par NBC, mettons un genre de Santa-Barbara si vous voulez]. »

Barber est mort le 23 janvier 1981, Menotti, qui avait insisté pour qu’on le ramène dans ses meubles, resta avec lui jusqu’à la dernière minute.

Concernant ses funérailles, voici le récit, pour le moins curieux, qu’en fait sur son site le baryton Donald Collup :

« En mars 1980, alors que j’étudiais à Curtis, je dus remplacer le baryton Theodor Uppman, lors du récital donné pour la célébration du 70ème anniversaire de Samuel Barber. [Il ne s’y rendit pas mais écouta la retransmission à la radio.] Je chantai les 3 chansons op 45. Gian Carlo Menotti y assistait, ainsi que d’autres personnalités du monde musical.
Rose Bampton qui avait chanté la première de Dover Beach plusieurs décades avant, redonna la mélodie avec les membres survivants du Curtis Quartet des origines. Orlando Cole joua la sonate pour violoncelle qu’il avait aussi créée, et Ruth Laredo joua la sonate pour piano. Ce soir-là il y eut un dîner de gala à l’Académie, accompagné d’un concert au cour duquel Jaime Laredo joua le concerto pour violon.

En décembre 1980, John de Lancie, directeur du Curtis Institute, me demanda de chanter Dover Beach lors d’un concert de Gala en l’honneur de Nellie Lee Bok, belle-fille de Mary Louise Curtis Bok, co-fondatrice de Curtis. J’avais déjà chanté l’œuvre lors de mon récital de fin d’étude au conservatoire Peabody, ce n’était donc pas une demande impossible à satisfaire.

Un samedi matin, très tôt, un coup de fil changea ces projets. Mr de Lancie appelait pour me dire que Samuel Barber venait de mourir dans la nuit et que Gian Carlo Menotti (qui m’avait entendu l’année précédente) désirait que je chante Dover Beach à ses funérailles le lendemain. Par chance nous étions déjà en répétition, le quatuor et moi pour l’hommage prévu à Mrs Bok. Ma leçon (tous les samedis à 9 heures pile !) avec Todd Duncan, mon professeur de chant à l’époque, nous permit de travailler l’interprêtation. L’après-midi, nous répétâmes avec Felix Galimir.

Les funérailles avaient lieu dans une petite église de Westchester, Pennsylvania, la ville natale de Barber. Visiblement il n’y avait pas foule, et les seules personnalités présentes étaient Menotti, le pianiste John Browning et un représentant de l’éditeur, G. Schirmer. Une petite chorale du Westminster Choir college chanta quelques œuvres courtes, et Dover Beach fut l’autre œuvre au programme. L’expérience avait quelquechose de surréaliste.

Après le service je me rendis à une veillée chez un ami de Barber. On me présenta Menotti, lequel, plaçant ses mains sur mes épaules, me dit avec un grand sourire, « Vous aviez exactement la voix de Sam ! », par référence au vieil enregistrement que Barber fit de son œuvre avec le Curtis Quartet. Quand j’avais rencontré Samuel Barber, lors du Concours de piano Van Cliburn à Fort Worth, il m’avait dit quelle difficulté il avait eu à enregistrer ce disque, à cause de son manque d’expérience en tant que chanteur. Il m’avait dit aussi qu’il ne voulait pas que l’adagio de son quatuor à cordes soit joué lors de ses funérailles, et que sa mère n’avait pas voulu non plus.

Le lundi suivant, je tombai sur l’attachée de presse de l’école ; elle me demanda si l’on avait jeté des croûtons sur le cercueil. Après le choc initial, je compris qu’elle avait sans doute raison, en me souvenant que j’avais vu les gens au bord de la fosse plonger la main dans des sacs de papier kraft, et jeter des poignées de je ne savais quoi, sauf que ce n’était pas des mottes de terre, car ça ne faisait pas de bruit. Je découvris plus tard queBarber avait vraiment dit à quelqu’un qu’il souhait qu’on jette des croûtons sur sa tombe. Pourquoi ? Parce qu’il aimait ça, les croûtons, avait-il répondu. »

Voilà peut-être pourquoi l’on entend dire que Barber avait laissé des consignes très détaillées pour ses funérailles, sans qu’on parvienne jamais à savoir quel en fut le détail !
Ce même lundi, un service religieux eut lieu à l’église St Bartholomé, à l’angle de Park Avenue et de la 50ème. Selon Time, la cérémonie comprenait des œuvres jouées par les artistes suivants : John Aller (ténor), John Browning, Irwin Densen (basse), Rosalind Elias, Alice Garott (mezzo), David Garvey, Esther Hinds, David Jolley (corniste), Dennis Keene (chef de chœur), Gary McGee (acteur), Leontyne Price, Richard Vrotney (basson), Ranson Wilson (flutiste), Randall Wolfgang (hautbois), Marylin Zschau et le chœur de St Bartholomé dirigé par Jack Ossewaarde.
Parmi les œuvres interprétées, il y eut To be sung on the water, et la prière finale du ballet-fantaisie de Menotti « La Licorne, la Gorgone et le Manticore » (1956), dans laquelle le poète au milieu de ses animaux fantastiques dit aux villageois « Comment aurai-je pu tuer les enfants de mon imagination, et qu’elle eût été ma vie sans eux », œuvre dont Barber avait demandé expressément l’exécution.

Barber est enterré au cimetière d’Oakland, à Westchester, où il repose à côté de sa mère. Une place vide dans la concession était destinée à Menotti. Bien qu’il ait affirmé pendant près de vingt ans, à chaque fois qu’un journaliste lui posait la question « J’espère que je serai près de lui », une dépêche du 6 février 2007 spécifie : « Le compositeur d’opéras, Gian Carlo Menotti, qui a vécu plus de trente ans dans une maison de campagne située à l’est du Lothian county sera inhumé dans son pays de résidence. Ses funérailles auront lieu à Monaco, mais le compositeur sera enterré à Gifford (au pied des collines de Lamermoor, Ecosse). »
Devinant qu’il pourrait se trouver une deuxième fois abandonné, Barber avait prévu que si personne n’occupait l’emplacement, on y dressât une stèle de pierre, portant pour seule mention « à la mémoire de deux amis ». Reste à souhaiter que cette dernière volonté trouve un exécutant.

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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 0:17

Il est mort trop tôt ! Dès la page 12. Sad

J'espère que ce n'est pas fini, qu'on aura encore quelques croûtons à ronger.
Merci pour probablement (je n'ai peut-être pas tout lu) la plus belle présentation du forum.

Mais j'y pense, tu as sans doute un discographie à préparer ? Mr. Green
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 0:24

il est mort mais ce n'est pas tout à fait fini...
Et puis ça ne peut pas durer éternellement, je crois que ça commence depuis déjà un certain temps à lasser. Et il y a des choses encore dont je n'ai pas trouvé le courage de parler.

Je promets que je n'ai pas inventé l'histoire des croutons
http://www.collup.com/amy.html pour l'original
je m'interroge toujours sur cette histoire... scratch
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 0:28

Oui, on peut comprendre que tu aies envie de t'aérer un peu. Merci encore.

Pour les croûtons c'est quand même plus pratique pour les endeuillés que des écrevisses à la bordelaise ou des palombes rôties ! Laughing
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 0:37

oui, ça doit être choquant quand même pour des américains si orthodoxement protestants
Et quand même ça reste une idée curieuse, soit quelqu'un a pris au sérieux une mauvaise plaisanterie, soit il y a un sens caché à la chose...
je me demande si "croutons" en anglais peut signifier aussi vieille barbe dépassée? ce qui m'étonnerait, ils auraient employé un autre mot, l'usage du mot français me laisse perplexe aussi, je dois buter sur un problème linguistique lié au champs sémantique de ce mot
J'aimerais assez savoir ce que ça suggère aux autres.
Et à vartan particulièrement, merci d'avoir permis en parlant de journal et de blog que je finisse par établir un premier ensemble complet, même si c'est maintenant que le travail commence
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 0:50

Canzonetta pour hautbois et cordes op 48 (Posth)

Pendant l’hiver 1978, juste après avoir publié la partition du troisième essay, Barber s’attela à la composition d’un concerto pour hautbois, que le New York Philarmonic avait commandé pour Harold Gomberg, grâce à des fonds fournis par Francis Goelet. Il n’y a pas une seule œuvre orchestrale de Barber qui ne comporte un solo de hautbois et la perspective d’écrire un concerto dut probablement l’enchanter, même s’il confia à John Corigliano qu’il n’avait pas la moindre idée de la façon dont il aurait pu traiter les mouvements rapides, raison pour laquelle il avait commencé par concevoir un adagio, dont il savait qu’il lui viendrait pour ainsi dire sans effort, et ce morceau lui-même, excédant dans sa version finale les 7 minutes est remarquablement étendu pour un mouvement lent de concerto de Barber.
Lui qui avait souvent eu des difficultés à terminer ses œuvres concertantes, il dut comprendre assez vite qu’il n’aurait ni la force ni le temps d’achever le concerto, et se concentra sur le mouvement lent. En 1980, il confia à Phillip Ramey que le mouvement existant nommé dans sa version initiale « Andante pour hautbois et orchestre » -marqué andante sostenuto- était bien fini, quoiqu’il ne se soit pas encore décidé à l’orchestrer, mais que, quoi qu’il arrive, il pouvait tenir tout seul, et qu’on devrait au besoin le renommer « Canzonetta pour haubois et cordes ». En octobre 1981, c’est Charles Turner, le même pour qui avait été écrits les Souvenirs, unique élève et ami depuis plus de 40 ans de Barber, qui complèta l’orchestration manquante.
Telle quelle, c’est une magnifique réussite, une œuvre d’un calme extatique, qui atteint avec les moyens de Bach, à un classicisme tout mozartien. On cite souvent cette anecdote : Mozart à l’issue d’un diner, griffonna deux lignes mélodiques qu’il partagea entre ses amis, l’une était en mineur et d’une grande tristesse, l’autre gaie et enjouée. Les deux mélodies chantées simultanément produisaient (comme dans le sextuor des Noces par exemple) un effet de déchirement et de paix radieux, correspondant exactement à cette définition que Mozart donnait de son existence : « ni heureux, ni malheureux », étant sous-entendu que c’est le mélange de ces deux états qui fait le bonheur et la fatalité de vivre, ce mélange admirable et détestable qui définit la condition humaine.
La section d’introduction, qui enchaîne des quartes descendantes revient à trois reprise. Sur cet accompagnement s’élève une mélodie enchanteuse, d’une seule coulée volubile, dont les tensions de plus en plus chromatiques débouchent toujours sur une résolution harmonieuse, comme une flamme de bougie, qui cherche à s’éteindre pour renaître dans une clarté à chaque fois plus prononcée.

Selon l’analyse de Corigliano « le plus intéressant dans la Canzonetta est la manière dont deux procédures harmoniques que Barber utilisa tout au long de sa carrière finissent par se combiner. Sa musique, toujours lyrique, oscille souvent entre un romantisme post-Straussien, extrêmement chromatique, et une simplicité diatonique de nature typiquement américaine…
Dans Canzonetta, une seule mélodie court du début à la fin. Au début elle revêt un aspect strictement diatonique (il n’y a ni altération ni accident dans la mélodie ou l’accompagnement durant les 16 premières mesures) mais à mesure que la pièce déroule ce même thème (qui présente des ressemblances autant thématiques qu’harmoniques avec le thème du concerto pour violon), il devient plus anguleux, se présente sous des versions de plus en plus altérées et chromatiques. Le rythme même finit par devenir irrégulier. »

Le 17 décembre 1981, Gomberg, Mehta, et les cordes du New York Philarmonic donnèrent la première de la Canzonetta : aux dires des critiques le soliste en fit un peu beaucoup, s’appropriant certaines lignes de l’accompagnement, introduisant une cadence de son cru et conférant à l’ensemble un ton emphatique en contradiction avec la belle simplicité du morceau. Si Barber avait vécu, nul doute qu’il eût revu la partition avec le soliste, et s’il s’était trouvé parmi ses infirmiers un jeune et bel oboïste amateur, peut-être aurions-nous même un concerto complet…
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 0:50

Coda : Barber après Barber

Barber n’a publié de son vivant qu’une cinquantaine d’œuvres : il en reste à peu près autant à découvrir en manuscrit, principalement des œuvres chorales, des mélodies et de la musique de piano.
En 1991, lorsque Browning et Hampson tentèrent de réaliser une intégrale des mélodies, ils obtinrent de Menotti, alors exécuteur testamentaire de Barber, la permission d’en inclure huit dans leur enregistrements, dont cinq datent des années à l’Académie américaine de Rome. Grâce à Barbara Heymann, biographe officielle de Barber, ils parvinrent à en localiser deux autres qui étaient au répertoire de Louise Homer. Schirmer publia l’ensemble sous le titre « Ten early songs » : A slumber song for the Madonna (1925), There’s Nae Lark (1927), Love at the door (1934) Serenader (1934) Love’s caution (1935), Night wanderers (1935), Of that so sweet imprisonment (Joyce 1935), Strings in the Earth and Air (Joyce 1935), Beggar’s song (1936), In the dark Pinewood (Joyce 1937). Les deux dernières de ce corpus sont d’un grand intérêt, l’accompagnement de gamme montante de In the dark Pinewood, le côté chanson populaire italienne ponctuée de fanfares « médiévales » de Beggar’s song ajoutent vraiment à la connaissance de Barber, elles donnent une idée assez exacte de ce que pouvait être son style en tant que chanteur. Les chansons sur les textes de Joyce complètent le cycle Chamber Music dont Barber détacha les trois chansons op 10 pour la publication. Night wanderers anticipe le style sombre et dramatique qui sera celui de Barber durant les années de guerre.

Divers pianistes sont aussi allé rechercher quelques une des pièces pour piano : le premier des deux interludes de 1931 « Pour Jeanne », une pièce de plus de 6 minutes, a trouvé sa place dans la plupart des anthologies : Barber l’écarta peut-être à cause de son côté trop dramatique, mais aussi parce que ses grands sauts d’octaves et son aspect de récitatif, la rapproche des techniques associées à Copland.
On trouve aussi plusieurs enregistrements des Trois esquisses de 1924 : Lovesong, qui préfigure Souvenirs, To my Steinway et le délicieux Menuet (aucune des 3 n’excède la minute), ainsi qu’un au moins des Jazzings : En revenant de Westchester.

Harold Rosenbaum, chef de nombreuses chorales (Virtuoso singers, Westchester’s amateurs)
continue à se battre pour populariser certaines pièces. Il a entre autre permis l’édition du Motet sur des paroles du Livre de Job pour double chœur, et met au programme de ses concerts le chœur d’ouverture et la chanson tzigane de The Rose Tree, l’opera que Barber composa à dix ans.

Horizon (1945)

Certes l’importance des pièces inédites est probablement contestable alors qu’on ne joue fréquemment qu’un peu moins de la moitié du catalogue officiel, mais on est souvent étonné quand on peut les découvrir d’y voir le compositeur au travail, réutilisant en les démembrant des idées déjà couchées sur le papier parfois plusieurs décades avant.
A cet égard, Horizon est une miniature passionnante, et pas seulement parce que Barber en réutilisa les sept premières mesures pour former la séquence d’entrée de Summer Music.
Au début de 1945, il reçut commande d’une pièce pour grand orchestre sur des thèmes arabisants, destinée au rendez-vous hebdomadaire de l’émission radio sponsorisée par la Standard-Oil (plus tard Chevron et Exxonmobile, compagnie de John Rockfeller). Les cinq minutes de musiques furent crées par Ephrem Kurtz –grand chef un peu oublié qui se fit une réputation grâce à ses interprêtations de musique russe – et l’orchestre de San Francisco pour le programme du 17 juin 1945. Bien que l’effectif mis en jeu soit très important, nombreux bois, trompette, 2 cors, timbale, l’orchestration est d’une transparence et d’une extrême délicatesse, confiant une phrase nouvelle à chaque instrument soliste. L’atmosphère est loin d’être aussi solaire et joyeuse que celle de la summer music, elle se situe plutôt dans le prolongement de Night flight, l’adagio de la deuxième symphonie : c’est une sorte de nocturne, ne présentant qu’un seul tutti, dans lequel la timbale ne joue qu’un roulement étouffé. Le prétexte oriental fournit à Barber l’occasion d’en faire une étude pour vents, sur fond de nappes de cordes qu’on dirait inspirée de Dans les Steppes de l’Asie centrale. Pourquoi la berceuse finit-elle dans un tiroir ? il se passa plus de dix ans avant que Barber ne réutilise le matériel thématique du début. Le 57 mesures restantes faisaient-elle partie de ces extensions mélodiques qu’il retira finalement de la summer music ? car l’atmosphère crépusculaire était trop en contradiction avec le propos. Le type d’orchestration qu’il expérimente là se retrouve non seulement dans la version réduite de Knoville, mais beaucoup plus tard, elle est aussi la source à laquelle il puise encore pour écrire Fadograph of a yestern scene, même si les mélodies sont assuréments différentes, et que l’atmosphère moins impressionniste de Fadograph se trouve sous-tendue par une pulsation rythmique plus accentuée mais qui se dissout de façon similaire.
En 1981 Menotti communiqua les parties séparées au Merrick orchestra de New York qui la fit entendre et dont la copie servit aux deux versions enregistrées qui existent désormais, sans que la partition ait jamais été publiée. On attend maintenant la révélation d’Aventure.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 0:52

Outre les œuvres réputées perdues ou détruites, comme la sonate pour violon et le concerto pour piano de 1930, il reste beaucoup de choses exploitables pour les chercheurs et les musicologues. Voici la liste des œuvres non publiées :

Opéra: The Rose Tree (Annie Sullivan Brosius Noble), 1920 inachevé
Musique incidentale pour le théâtre: One day of spring (Mark Kennedy) 1935
Musique d’orchestre:
Concerto pour piano et orchestre (1930) perdu ou détruit
Marche funèbre (sur un chant de l’Armée de l’Air) pour orchestre d’harmonie (1943)
Adventure (1954) pour flûte, clarinette, cor, harpe et instruments exotiques

Musique de chambre :
Fantaisie pour 2 pianos (1924)
Sonata in Modern Form (1925) révision de la précédente
Sonate pour violon et piano (1928) perdue
Marche nuptiale commémorative pour violon, cello, piano (1941)
Song for a New House, pour voix, flute et piano (Shakespeare) (1941)
Adagio du 2ème quatuor à cordes (1949)

Musique instrumentale:
Melody in F, (1917) Sadness (1917)
Largo (1918) War Song (1918)
At Twilight (1919) Lullaby (1919)
Themes (1923)
Laughingly and briskly (1924) Petite Berceuse (1924)
Prelude to a Tragic Drama (1925) To Longwood Gardens (1925)
Some Jazzings:Fresh from West Chester, Poison Ivy, a Country Dance (1925), Let's Sit It Out, I'd Rather Watch (1926)
Three Essays (1926)
To Aunt Mamie on her birthday (1926)
Main Street (1926)
Choral for a New Organ (1926)
Three Choral Preludes and Partitas for organ (1927)
Two-and three-voices fugues (1927)
Prelude et Fugue en si mineur pour orgue (1927)
Pieces pour Carillon (second set): Round, Allegro, Legend, Dirge (1930-31)
Two Interludes (Intermezzi), (1931-32)
After the Concert (1973)

Musique chorale:
Christmas Eve: trio et solos (1924)
Motetto sur des paroles du Livre de Job pour double chœur (1930-1938)
Mary Ruane(Stephens) 1936 Peggy Mitchell (Stephens) 1936
God's Grandeur (General Manley Hopkins) 1938
O the Mind, the mind has mountains (Hopkins), inachevé 1939
Ave Maria (after Josquin Desprez) 1940
Long Live Louise and Sidney Homer 1944


Mélodies
Sometime, 1917
Why not? (Kitty Parsons), 1917
In the Firelight (Eugene Field), 1918
Isabel (John Greenlaf Whittier), 1919
Prayer (for his mother), 1921
An Old Song (Charles Kingsley), 1921
Hunting Song (John Bennett) avec cornet 1921
Thy Will Be Done, A Sacred Solo (voix et orgue) 1922
Seven Nursery Songs ("Mother Goose Rhymes set to music"), 1920-23
October-Weather (Barber) 1923
Dere Two Fella Joe, 1924
Minuet à 2 voix, 1924
My Fairyland (Robert T. Kerlin), 1924
Summer Is Coming (Alfred Tennyson), 3 voix, 1924
Two Poems of the Wind (Fiona Macleod): Little Childern of the Wind; Longing (1924)
Fantasy in Purple (Langston Hughes),1925
Lady, When I Behold the Roses (anon.).1925
La nuit (Alfred Meurath), 1925, en français
Two Songs of Youth: I Never Thought That Youth Would Go (J.B. Rittenhouse); Invocation to Youth (Laurence Binyon) 1925
Addio di Orfeo (C. Monteverdi), 1926
An Earnest Suit to His Unkind Mistress Not to Forsake Him (Sir THomas Wyatt),1926
Ask me to Rest (E.H.S. Terry), 1926
Au clair de la lune, 1926
Hey Nonny No (Christ Church MS) , 1926
Man (Humbert Wolfe), 1926
Music, when Soft Voices Die (Percy B. Shelley), 1926
Thy Love (Elizabeth Browning), 1926
Dance (James Stephens), 1927 (perdu)
Mother I cannot Mind My Wheel (Walter Savage Landor), 1927
Only of Thee and Me (Louise Untermeyer) 1927
Rounds [of three voices] A Lament (Shelley); To Electra (Robert Herrick), Dirge: Weep for the World's Wrong (anon., 1350); Farewell; Not I (Robert Louis Stevenson); Of a Rose Is Al Myn Song (anon., 1350); Sunset (Stevenson), The Moon (Shelley), Sun of the Sleepless (Byron), The Throstle (Tennyson), When Day is Gone (Robert Burns), Late, Late,
So Late (Tennyson) 1927
The [Passionate] Shepherd to His Love (Christopher Marlowe); The Nymph's Reply [to the Shepherd] (Sir Walter Raleigh), 1928
The Song of Enitharmon Over Los (William Blake) 1934, inachevé
Peace (Bhartorihari, trans. P. E. More), 1935
Stopping by Woods on a Snowy Evening (Robert Frost), 1935
Who Carries Corn and Crown (?)1935
Between Dark and Dark (Katherine Garrison Chapin), 1942 (perdu)


Barber n’a cessé de lutter pour l’émancipation des artistes, qu’ils soient noirs, émigrés, opprimés, ou simplement pauvres -discrètement, à la manière de Shostakovich se battant contre l’antisémitisme par l’invasion dans sa musique des thèmes juifs. Chacun fait avec les armes qui sont les siennes. Même quand il s’est trouvé à la tête d’institutions officielles comme le département musical de l’UNESCO, il a cultivé l’irrévérence polie, agissant par en-dessous, utilisant les acquis de son statut social pour imposer ses choix. Il a œuvré à la promotion de ses confrères, il a permis que de nombreux compositeurs puissent mieux vivre grâce à l’augmentation des droits d’auteurs aux Etats-Unis. Lui-même en but au rejet et au mépris, pour des raisons qui ne se lisent pas forcément tout de suite sur votre front, et d’autres qui sont immédiates dans sa musique, son attachement aux formes et aux expressions à l’époque considérées comme passéistes, il a vite compris comment placer l’auditeur face à ses contradictions potentielles, en lui fournissant de la musique mélodique toujours agréable, mais mouvante et instable, sans cesse au bord de l’éruption dissonnante, de l’évasion dans des discours conceptuels et savants, comme il le met en porte à faux sur l’assise de ses certitudes, tonales, religieuses, préjugés d’ordre moral ou sexuel. En cela, sous ses dehors d’homme poli, conformiste et bien éduqué, il a œuvré pour un monde plus humain, apaisé, où la seule force respectable est issue du sentiment, de l’amour de quoi ou de qui que ce soit, fût-ce soi-même, le petit dieu de l’intérieur, le démon de l’enfance qui habite les profondeurs du désir.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 1:42

crust Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 Dictionary (crouton, en anglais sans circonflexe):
c.1325, from L. crusta "rind, crust, shell, bark," from PIE *krus-to-, from base *kreus- "to begin to freeze, form a crust" (cf. Skt. krud- "make hard, thicken;" Avestan xruzdra- "hard;" Gk. krystallos "ice, crystal," kryos "icy cold, frost;" Lett. kruwesis "frozen mud;" O.H.G. hrosa "ice, crust;" O.E. hruse "earth;" O.N. hroðr "scurf"). Meaning "outer shell of the earth" is from 1555. Crusty in the figurative sense of "short-tempered" is from 1570. (cité de l'Etymology dictionary),
et le Merriam-Webster dit crouton = small piece of toast).

Magnifique, ton exposé. Ma boule de cristal me dit que tu as encore tant de choses sur lui "in petto".

Sam n'a-t-il jamais eu contact avec Paul Robeson (tu en as parlé quelque-part)? J'ai 12 78t de Robeson, dont "The banjo song", musique de Homer (ce qui me fait penser à "Long live Louise and Sydney Homer" ,1944) ou je me trompe? Robeson n'a jamais été aimé aux EU, sans doute parce que c'était un noir?

Pour demain la suite?
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyVen 23 Mar 2007 - 8:17

merci de ton message felyrops, je n'ai à vrai dire plus rien d'autre, à part encore des questions et des suppositions. Donc pa de suite dans l'immédiat.
Je ne sais pas sur Robeson, (j'ai un disque de lui, un vieux 33) c'est à propos de Leontyne Price que j'en ai parlé, car il a financé sur ses deniers personnels une partie de ses études de chant pour lui permettre de rentrer à Julliard. Je sais qu'elle a écrit un livre de mémoires mais je n'ai pas ça.
Maintenant que j'ai fait un premier tour presque complet de Barber, je crois que je vais me procurer le livre de Barbara Heyman, pour vérifier si je n'ai pas dit trop de bêtises.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyLun 26 Mar 2007 - 1:11

Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 Gershwin_cd1

J'ai pris ça pour écoute une autre interprétation de Knoxville: Summer of 1915 et écouter du Copland pour la première fois.

Hickox aux commandes c'est tentant.

A moitié enthousiasmé.


Jill Gomez prête sa voix pour le Barber où s'est illustrée Price.
Il faut bien dire qu'ici la diction est superbe, la voix plus assurée que celle de Leontyne, un vibrato plus chic. Mais un peu trop chic à mon goût. La note tourmentée est présente chez Gomez, mais la ligne mélodique est tenue prudemment. On s'ennuie un peu. C'est très honorable quand même.
S'il fallait emporter la décision pour cette version, ça pourrait être l'orchestre conduit par Hickox. Fin, aux cuivres rutilants, aux couleurs ravéliennes parfois.

Pour l'autre Barber, celui de l'Adagio, rien à dire, c'est bien paisible et suspendu, ample et pathétique à souhait. Mais pas grand chose à dire cet orchestre qui s'écoute jouer, vire au sirop.

Par contre, passons sur un horrible Rhapsody in Blue de Gershwin, criard et vulgaire au possible, à moins de vouloir en faire une pièce de bastringue (c'est peut-être l'esprit de l'oeuvre ?).

Copland et Appalachian Spring. Mon Dieu que c'est long... Neutral

Par contre une jolie surprise avec Quiet City du même Copland, pièce contemplative d'une dizaine de minutes pour orchestre et trompette soliste qui évoque les pensées dela ville endormie. Poétique, tonal de chez tonal mais des chromatismes délicieux, pas trop de guimauve même si c'est doucereux parfois. Mélancolique (ça devient un critère important chez moi).
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyLun 26 Mar 2007 - 1:27

Je ne connais pas la version Jill Gomez même si le nom me dit quelquechose, je ne me souviens pas dans quoi je l'ai entendue.
Apalachian spring est au départ une musique pour petit ensemble, des variations sur Simple gift et de la musique de ballet. Là, les interprêtes ont sans doute un rôle important, et trouver la bonne version doit être difficile. De plus il y a une suite et le ballet complet (tu n'as donc peut-être pas subi le plus long).
Si tu as aimé quiet city, Central Park in the Dark et La question sans réponse (ainsi que la 4ème symphonie) me paraissent assez indiqués pour entendre autre chose de Ives, les 3 places in New England aussi.
Hickox? on peut difficilement se passer de lui pour certains enregistrements de musique anglaise, mais ce n'est ni Boult, ni Handley. Je me demande à la réflexion s'il ne m'a pas fait passer à côté de certains Vaughan-Williams...
La bonne alternative pour Knoxville, Stener et Strickland, sinon une voix d'homme mais je n'ai pas encore trouvé.

La version de Rapsody in blue que j'aime c'est les rouleaux de Gershwin et Tilson Thomas avec l'orchestration pour band réenregistrée dessus (les tempi sont stupéfiants, pas du tout ce qu'on lit, mais assez convaincants) sinon Bernstein (en soliste). J'avais le Whiteman (le créateur) en vinyl, mais finalement ce n'est pas forcément mieux, une oeuvre qui peut être tiraillée dans tous les sens (et l'orchestration n'est pas de Gershwin, l'original pour Band est de Grofé je crois, Gershwin commence à orchestrer pendant le concerto en fa, après que Ravel a refusé de lui donner des cours et que Nadia Boulanger lui ait dit qu'elle n'avait rien à lui apprendre).
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyLun 26 Mar 2007 - 1:46

La version d'Apalachian spring sur le disque d'hickocks est la version pour petit orchestre, moi j'aime assez même si je préfère Bernstein dans la version grand orchestre. Hickocks dans RVW : je n'aime pas ses symphonies (je ne connais que ses 6 et 8 ème et je n'ai pas été plus loin) mais j'aime beaucoup dans le reste (Pilgrims progress, etc).
Dans Knoxville, l'orchestre est magnifique mais je restai sur ma faim avec Gill Gomez, je la préfère tout de même à Steber, trop froide à mon goût…
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyLun 26 Mar 2007 - 1:50

Jill Gomez d'après la notice a enregistré avec Britten pour la télévision Peter Grimes, elle a enregistré les Illuminations et chantait la gouvernate de The Turn of the screw
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyLun 26 Mar 2007 - 3:22

Je me tâtais justement pour le Knoxville de Gomez. J'attends Price qui va arriver par la poste. Pour 'instant, ma préferée est la version Steber, et même si je vois ce que tu veux dire Jaky, cette 'froideur' ne me gêne pas du tout.. Je trouve dans la diction un côté net et minutieux (peut-être froid du coup ?) qui se prète bien aux énumérations du texte (mais c'est bien possible que cela ait beaucoup à faire avec ma meilleure aptitude à comprendre ce qui est dit dans cette version Embarassed ), mais mon 'overall' impression n'est pas du tout de froideur, bien au contraire, la poussière encore chaude de soleil passe très bien aussi dans cette version Wink

Je n'avais pas fait le rapprochement avec la Jill Gomez de PG, et je ne savais pas qu'elle avait enregistré les Illuminations, c'est très curieux que je ne sois jamais tombée dessus, et en cherchant rapidement là, j'ai pas trouvé Confused
C'est la même Jill Gomez que celle qui chante la duchesse dans Powder her face ? Y a pas un probleme de chronologie ? Confused Bon, c'est vrai qu'elle est toute jeunette dans PG et qu'elle n'a pas un rôle de jeune première dans PhF, mais elle ne devait vraiment plus être toute jeune! Shocked


Edit : si, j'ai trouvé les Illuminations. Chez EMI, plus dispo. Voilà une nouvelle chasse en vue pour moi Mr. Green
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyLun 26 Mar 2007 - 9:55

un peu de HS puisqu'il y a un topic spécial Copland, et RVW mais c'est Hickox qui nous fait tout mélanger. Jacky, c'est bien The Pilgrim's progress que je visais, car, si l'intention est louable, je ne suis pas arrivé jusqu'au bout, et la direction ne doit pas y être étrangère, car habituellement je suis très amateur de la musique de RVW (je dois avoir pas loin de 4 intégrales des symphonies plus des versions séparées -je me dépèche de le dire tant qe David a le dos tourné).

Sur Apalachian spring: effectivement on dirait la version pour 13 instruments un peu renforcée (même si les vendeurs disent suite d'orchestre for full orch, ). Bon, c'est lent, mais juste lent sans aucun émerveillement, et surtout rythmiquement c'est vraiment n'importe quoi, tous les accents qui sont si nécessaires aux mélodies sont complètement gommés, ignorés, le thème au piano dans la 1ère section après l'intro est étouffé, méconnaissable, le violon genre square dance ne frotte pas, aucun relief, Hickox joue ça comme du Bantock ou du Buttersworth, c'est Shropshire Spring, on se rend compte à quel point il faut du talent, une culture américaine pour tirer quelquechose de ces harmonies diatoniques plates, hymniques. Apalachian spring est dans mon souvenir à la fois drôle et grandiose. Je ne pense pas qu'on puisse laisser Vartan sur une impression pareille, un pianiste amateur s'en tirerait mieux. Juste au moment où ça s'arrête, j'allais arrêter aussi: et je ne comprends pas le déroulement. C'est squelettique et glacial.

Knoxville: on dirait que c'est la version allégée (la 2ème orchestration) d'où les transparences. Là c'est un peu mieux, Miss Gomez chante bien, proprement, un peu détimbré: dans le même genre je préfère la version que j'ai reçue il n'y a pas longtemps avec Ruth Golden (que je ne connais pas plus) et l'orch de chambre de San Diego. Mais tout est égal, et rythmiquement encore un peu à côté, très anglais, un nuage de lait en trop dans le thé: l'émotion ne passe guère; les bois n'ont aucune chaleur, assez brûmes hivernales. En fin de compte pourquoi pas? une autre vision des choses. Le dernier climax est quand même assez laid. En revanche ça finit plutôt bien.
L'adagio? une sarabande de Haendel, qui ne se lâche un peu qu'après les quatre premières minutes: (les cordes sont tellement fâchées de s'être laissé aller qu'elles jouent faux au début de la reprise!) Là encore rythme et accentuations à la ramasse.

Comme pour se rattrapper d'autant de mollesse inexpressive, l'orchestre se lance dans une rhapsodie à effets (un peu trop, percussions au premier plan, cuivres vulgaires, pianiste maniéré) mais là l'ingénieur du son s'y met, l'équilibre entre un piano lointain et un orchestre grêle est bancale: ça passe sans le moindre lyrisme, ça ne va nulle part; le genre même d'interprêtation susceptible de conforter les détracteurs de Gershwin dans l'idée que c'est de la musique pour boîte de strip-tease.

Ah oui, erreur de ma part confondu Quiet City et La question sans réponse, mais cette pièce de Copland se fonde bien à mon avis sur des lectures répétées de Ives... Là on y est presque, sinon que les solistes sont un peu en avant et qu'il n'y a aucun "balancement" dans les cordes, encore une fois l'impression d'entendre un ensemble baroque, mais la partition s'y prête (relativement) bien, ça tire bien un peu vers le nocturne de la London symphony de RVW, mais on échappe à l'ennui et même les bois retrouvent un peu de chair.
Programme intéressant... manque de parti pris, ou alors à rebrousse-poil.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyMar 27 Mar 2007 - 5:10

Je découvre les 3 Essays.

Le premier est vraiment beau, c'est inspiré, simple, efficace. Très bien écrit pour l'orchestre.
Fait penser au célèbre Adagio, mais en un peu moins emphatique, plus sincère, en mieux quoi.
Le deuxième est assez sympathique, écriture virtuose de l'orchestre, j'entends pas mal de John Williams dans tout ça.
J'ai un peu moins accroché au 3è, mais c'est quand même de la bonne musique.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyMer 11 Avr 2007 - 13:38

Meredith Willson (1904-1984)

De son vrai nom, Robert Meredith Reiniger, Meredith Willson est né dans l’Iowa (à Mason City). Son nom ne dit pas grand-chose aux français : certains le connaissent pourtant, car il est l’auteur de partitions pour le cinéma, dont celle du Dictateur de Chaplin, comme d’un tube mondial « Till there was you » enregistré par les Beattles en 1964.

Pour les américains son nom est plutôt lié à Broadway et surtout au très célèbre musical The Music Man dont il écrivit également le texte, basé sur ses souvenirs d’enfance dans l’Iowa, et dont la production originale connut 1375 représentations, ainsi que deux adapatations cinématographiques. On y trouve d’autres hits, comme « 76 trombones » : ses autres comédies musicales The unsinkable Molly Brown (adapté au cinéma avec Debbie Reynolds) et Here’s Love (Miracle sur la 34ème rue) connurent aussi un grand succès, Perry Como rendit célèbre sa chanson « It’s beginning to look a lot like Christmas ». Il fut aussi l’auteur de plusieurs best-seller, dont un roman et deux livres de mémoires, le plus connu restant « J’étais là, avec mon piccolo ».

Meredith Willson fut une grande figure de la radio, mais ses premières amours étaient la musique classique : élève de l’école Damrosch et de la Julliard School, il fut lui-même flutiste et membre de l’orchestre de Sousah (1921-23) ainsi que du New York Philarmonic, où il joua longtemps sous la direction de Toscanini. Parmi ses œuvres symphoniques, on peut citer le poème symphonique The Jarvis Bay, Song of steel et Anthem for the atomic age, mais surtout les deux symphonies qu’il écrivit en 1934 et 1936. Toutes deux liées à la description des paysages californiens et même franciscains, elles se caractérisent par une orchestration efficace, un respect des formes classiques et un don particulier pour la mélodie, qu’on peut parfois trouver facile et romantique.
La première « une symphonie de San Francisco » était destinée à célébrer le 30ème anniversaire du grand tremblement de terre : elle connut un tel succès lors de sa création qu’il fallut la rejouer plusieurs jours de suite. Son premier mouvement de 16 minutes combine habilement des éléments fugués et des thèmes qui semblent tirés de chansons populaires. Son second thème lyrique s’apparente à un hymne comme tant de symphonies américaines ultérieures ; on croit parfois y entendre du Gershwin, avec les pupitres de saxophone, du Gottschalk avec ses ambiances latino, du Sousah dans les échos de musique de marche et de solis de tuba héroïque, ou même du Hermann. Rien de spectaculaire ni de très novateur mais une musique agréable et bien venue qui apelle les images tragi-comiques de Jeanette McDonald chantant au milieu des ruines. La passacaille de l’andante décrit la patiente reconstruction de la ville qui renait de ses cendres à travers une suite de variations allant crescendo. Un délicieux scherzo à la Glazunov, vif et surprenant (le trio parait citer un motif caricatural d’opéra italien) s’enchaine au finale qui évoque le côté industrieux des grandes villes telles que Carpenter ou Bennett pouvaient les décrire musicalement à la même époque. Le saxophone y introduit des contre-sujets de blues, conduisant par des voies détournées à une accumulation de bruits de circulation, de percussions de pseudo-dance indienne, mêlés dans une apothéose de dessin animé qui ne se prend jamais très au sérieux.
La deuxième symphonie qui ne sera créée qu’en 1940 par Albert Coates est sous-titrée « Les missions de Californie ». Son introduction avec cloche et motifs hispanisants décrit tout de suite les paysages qu’on retrouve dans la deuxième partie de Vertigo de Hitchock, comme dans le générique du Zorro de Disney. D’une conception plus cyclique, elle est surtout remarquable par son scherzo « San Juan Capistrano » qui évoque les hirondelles qui arrivent chaque année à la Saint Joseph pour repartir mystérieusement à la Saint Jean. Il s’y mélange des motifs religieux de plain-chant : tant l’orchestration que la thématique font penser à la musique de Ketelbey, aux « jardins d’un monsastère » et aux « cloches dans la vallée ».

On peut trouver ces deux curiosités chez Naxos, interprêtées par l’orchestre symphonique de Moscou sous la baguette de William Stromberg.
Certes ce n’est que musique légère, mais c’est agréable comme un bonbon acidulé entre deux repas plus consistants.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyDim 22 Avr 2007 - 14:42

Pour ceux qui seraient intéressés par le livret d'Antoine et Cléopatre de Barber, on peut le trouver librement sur le site de l'éditeur :
http://www.newworldrecords.org/album.cgi?rm=view&album_id=80322
Lien direct pour télécharger le pdf :
http://www.newworldrecords.org/liner_notes/80322.pdf
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyDim 22 Avr 2007 - 14:44

oui, et ça reste de l'anglais Shakespearien
allez traduire "live the lascivious wassails"!

merci pour le lien, combien va-ton vendre d'Antoine et Cléopâtre de plus?
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyDim 22 Avr 2007 - 14:46

sud273 a écrit:
oui, et ça reste de l'anglais Shakespearien
allez traduire "live the lascivious wassails"!

merci pour le lien, combien va-ton vendre d'Antoine et Cléopâtre de plus?
Moi je le traduit très bien (à ma façon) , mais j'aurais trop honte de le dire ou écrire… Razz
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyLun 23 Avr 2007 - 13:11

Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 B000675OJ4.01._SCLZZZZZZZ_

Je voulais écouter ce fameux Capricorn Concerto pourHautbois, Flûte et Trompette (je n'ai pas retrouvé la page qui en parlait ici).

Grosse déception. C'est hésitant, vaguement répétitif, susurrant, mélodiquement léger, l'accompagnement de cordes est franchement simple (pour rester poli). Aucun souvenir, à tel point qu'il m'a fallu plusieurs écoutes pour en retenir les méchancetés que je viens de pondre. Mr. Green

Sur le même CD: les interludes de Vanessa, Intermezzo qui permet de retrouver le soyeux et la richesse de cette écriture.

Plus intéressant me semble être la superbe Canzonetta pour hautbois et cordes, proche des plus belles pages lyriques et élégiaques de Barber. Enfin le hautbois traité avec égard ( à la différence de Capricorn), il se libère et chante avec bonheur une mélancolie doucereuse sans virtuosité. L'accompagnement de cordes n'a pas inventé la poudre mais c'est le soliste qu'on écoute. C'est modal délicatement, sans trop de chichi ni trop de sirop.

Autre belle pièce de ce CD: Fadograph of a Yestern scène, d'un ton élégiaque aussi mais avec plus de mystère, quelque chose de Takemitsu dans la recherche plus raffinée des timbres de l'orchestre.
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyLun 23 Avr 2007 - 13:42

je suis assez d'accord avec tes remarques:
Le capricorn concerto n'est pas une des meilleures oeuvres de Barber malgré sa grande popularité, c'est un divertissement domestique (quand Barber s'intéresse de trop près à Bach, comme dans les Mutations, le résultat est assez décevant): la version Alsop est honnête, sans plus.
Malgré tout, il me semble que ça vaut bien certains des concertos de Stravinsky (celui pour piano, le capriccio de 53, l'ennuyeux concerto pour violon). J'en ai parlé dans War music, après la 2ème symphonie.
Le plus intéressant sur ce disque est Hand of bridge dont il n'existait qu'une version difficile à trouver, mais ça demande sans doute plusieurs écoutes avant d'entrer dedans.

Note:L'orchestration de la Canzonetta n'est pas de la main de Barber.

Euh Vartan, as-tu écouté le triple concerto de Menotti, qui, plus tardif apporte une réponse à la Hummel au Capricorn? la musique a étrangement inspiré celle des Sorcière d'Eastwick

(PS: je vois que tout le monde se fout de Meredith Wilson, autant que de Grace Chang et du jazz éthiopien) je vais devoir créer un topic "Comédie musicale" dans "autres styles" pour parler de Bernstein et Weill)
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyMer 9 Mai 2007 - 16:10

à part David (qui a perfidement laissé sous-entendre que ça ne valait pas tripette) personne ne s'est penché sur Cléopâtre -un opéra péplum, ça semblait alléchant pourtant-. Petit à petit la Library of Congress livre au fil de ses expositions quelques un de ses trésors cachés

Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 Leonty10
Leontyne Price (courtesy of) dans un de ses multiples costumes


Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 Acact310
Page du manuscrit holographe, début de l'acte 3

je conviens que ça n'apporte pas grand-chose à la musique
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyMer 9 Mai 2007 - 23:04

sud273 a écrit:
personne ne s'est penché sur Cléopâtre -un opéra péplum, ça semblait alléchant pourtant-.
A vrai dire j'aimerai pouvoir le réécouter, à la première écoute j'ai été moins séduit que par Vanessa, c'est moins "intimiste . Je sens que les vacances seront trop courtes…
sud273 a écrit:
à part David (qui a perfidement laissé sous-entendre que ça ne valait pas tripette)
C'est un mot que David aime employer, il faut savoir que David à commencer une carrière comme apprenti-trippier en Suisse où il veut semble t'il, y promouvoir le cochon français! hehe
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyJeu 10 Mai 2007 - 0:07

Jaky a écrit:
David à commencer une carrière comme apprenti-trippier en Suisse où il veut semble t'il, y promouvoir le cochon français!
je ne m'étendrais pas sur ce que recouvre cette dénomination en matière de musique... il semble aussi que parfois David ait un certain goût pour le pig américain.
Mais comment se fait-il que personne ne relève ma menace de dérive vers la comédie musicale et l'opérette dégénérée? Shit
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MessageSujet: Re: Autour de Samuel Barber (1910-1981)   Autour de Samuel Barber (1910-1981) - Page 5 EmptyJeu 10 Mai 2007 - 0:15

Mais je ne suis pas le rythme, si tu savais ce que j'ai en retard. En plus j'ai commandé "Help, Help, the Globolinks" de Menotti, enfin disponible depuis 1968 ! J'espère que je le recevrai tardivement ! Mais j'en parlerai ici.
J'en suis à souhaiter que la poste se mette en grève. Le jazz éthiopien, je ne l'ai pas oublié, mais je mets parfois longtemps à ouvrir un dossier.
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